Renaître d’une crise, renaître à la lumière

                             Homélie du 4è dimanche de Carême, Année A   

                                      « Renaître d’une crise, renaître à la lumière »

Lectures : 1 S 16, 1-13; Ep 5, 8-14; Jn 9, 1-41        

Mes sœurs et mes frères, chargé par Dieu pour désigner le futur roi parmi les fils de Jessé à Bethléem (1ère lecture), le prophète Samuel a dû changer de regard. Chaque homme, enfermé dans sa caverne de stéréotypes, de certitudes, de prêt-à-penser, de clichés, de jugements tout faits, limite son regard aux apparences. Dieu lui, voit le cœur et pose sur l’homme un regard pur, bienveillant, positif. Ce faisant, il le fait exister. Car exister, c’est entrer dans la lumière d’un regard aimant (Christian Bobin). Alors, se convertir, ne serait-ce  pas  changer de regard sur soi-même, sur l’autre, sur le cosmos et sur Dieu?

La question des disciples de Jésus dans l’Evangile, c’est celle de tous les temps, elle peut être  la nôtre aujourd’hui : pourquoi la souffrance ? Qu’est-ce que nous avons fait au Bon Dieu pour mériter ce coronavirus ravageur ? Prisonniers du vieux dogme de la rétribution, de la religion du mérite (il y a une justice immanente, tout se paie ici-bas), les disciples et les pharisiens pensent que la cécité de l’aveugle-né  est une sanction divine due à ses péchés ou aux péchés  de ses parents – disons en passant que  c’est toute la problématique du livre de Job. Pour Jésus, rien de tel!  Il faut passer de la question « pourquoi la souffrance ? » à celle qui oriente vers l’avenir : « Vers quoi nous amène la souffrance ?« . A ses yeux, toute souffrance est pour Dieu l’occasion de manifester la toute-puissance de son Amour. En effet, c’est quand nous sommes faibles que Dieu déploie sur nous toute la mesure de sa grâce (2 Co 12, 9) qui est au demeurant gratuite. Elle est donnée, c’est tout. Voilà pourquoi Jésus guérit l’aveugle-né sans que celui-ci ne le lui ait demandé…

Vers quoi nous amène la souffrance ? De toute crise peut naître une croissance spirituelle comme en témoignent les semences d’espérance qui germent  de partout face à l’affreuse  crise sanitaire que nous vivons !   C’est comme si un nouvel « ethos« , une nouvelle hiérarchie des valeurs était en train de s’installer : on se confine sans se replier.  Un huit clos forcé qui incite les familles au dialogue.  Une créativité et des solidarités inattendues : des italiens qui sortent sur leur balcon ou postés à leur fenêtre avec un instrument de musique pour remettre de la gaité dans la ville. D’autres entonnent l’Ave Maria en hommage aux disparus… Des plateformes citoyennes d’aide et de soutien se mettent en place. Par exemple : l’initiative malmédienne et stavelotaine « Je suis ton voisin » : un autocollant posé sur la fenêtre ou sur la porte pour demander de l’aide ou bien en proposer.  Dans les immeubles, on recense les besoins et les services des personnes isolées.  Comme on le fait dans certaines communes, en guise de reconnaissance et de soutien  à celles et à ceux qui montent au front (personnel soignant et autres), à 20h pile, les cloches de la cathédrale de Malmedy retentissent…

Admiratif de cette chaîne de solidarité, j’ai envie de professer ma foi à l’instar du nouveau converti, l’aveugle de naissance guéri :  » Je crois, Seigneur ! »

Cet aveugle sur la route, c’est toute l’humanité plongée dans les ténèbres et qui redécouvre la lumière du Christ …  En  revenant à l’Evangile  de ce dimanche, ces 3 axes montrent comment, pour ce qui le concerne, il est passé des ténèbres à la lumière de la foi : avant, pendant et après sa guérison.

Piscine-de-Siloe

Avant : il est mendiant, sa dignité humaine est foulée aux pieds, bafouée. Jésus est un inconnu : il parle d’abord d’un homme Jésus (v.11), et puis d’un prophète (v.17) et enfin du Seigneur (V.38 ).

Pendant : pour Saint Augustin, l’application de la boue faite par Jésus, évoque le récit de la Création (Gn 2, 7). La piscine de Siloé renvoie aux eaux de notre baptême. Grâce au baptême, une nouvelle vie commence. Le nouveau baptisé appelé jadis « néophyte » (nouvelle plante) est impliqué dans le mystère pascal,  clivant sa vie en 2 parts, à savoir : l’autrefois et le maintenant. Hier dans les ténèbres, aujourd’hui il marche en pleine  lumière christique dans la bonté, la justice et la vérité (2ème lecture).         

                          Après : le nouveau converti n’est plus le même homme.  Par son témoignage simple et désarmant, il fait une leçon de bon sens  aux pharisiens et à son entourage. A l’instar de la Samaritaine du dimanche dernier, il devient ainsi missionnaire.                                                           

La Parole de Dieu nous interpelle

*Comme David, ton front a été frotté d’huile sainte à ton baptême. Grâce à cette onction, tu es devenu une personne sacrée dont l’Esprit Saint s’est emparé. Quelle est alors ta relation avec l’Esprit Saint qui t’habite ?

*Les parents de l’aveugle-né sont laconiques, prudents : ils évitent de se compromettre comme certains chrétiens qui ne se positionnent pas pour ne pas se mettre en désaccord avec leur entourage. Qu’en penses-tu ?

*L’aveuglement spirituel  des pharisiens : prétendre savoir alors qu’on est ignorant. Quels sont tes propres aveuglements, les savoirs, les suffisances qui te bloquent ? De Quelle(s)  cécité(s) as-tu besoin d’être guéri ?

                                                                                         Vital Nlandu, votre doyen

Cet article a été publié dans Actualité, Homélies, Le mot du curé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laissez un commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s