Homélie de la solennité des Saints Pierre et Paul, apôtres

 

Année liturgique A dimanche 28 juin à la cathédrale Saint-Pierre et Paul de Malmedy.

 Lectures Ac 12, 1-11; 2 Tm 4, 6-18; Mt 16, 13-19

Mes frères et mes sœurs, nous sommes heureux ce matin d’être rassemblés pour honorer les apôtres Pierre et Paul. Si nous avons anticipé cette fête de demain lundi 29 juin pour aujourd’hui, c’est parce qu’avec saint Quirin, saints Pierre et Paul sont les patrons de cette paroisse de Malmedy.  Ce sont 2 pasteurs profondément attachés au Christ, responsables de l’Eglise primitive;  2 piliers de l’Eglise  sur lesquels nous pouvons nous appuyer aujourd’hui pour le témoignage de leur foi, de leur espérance et de  leur dévouement au service de l’Eglise.

« Je suis capable de croire n’importe quoi » disait Oscar Wilde, « pourvu que ce soit complètement incroyable« . Effectivement, elle est tout à fait hallucinante l’action de Dieu dans l’histoire des hommes, et tout autant  fabuleux le parcours des saints Pierre et Paul.

Ce sont deux profils différents : Pierre vit principalement d’une modeste pêche dans le  lac de Tibériade. Il est brute, impulsif, en proie au doute, lâcheur : il a renié Jésus lors de son procès. Saul de Tarse devenu plus tard  Paul, est lui  formé à l’école de Gamaliel, le réputé docteur de loi en Israël (Ac 22, 3). Il est instruit, féru de la culture grecque. Il a en plus le statut privilégié de citoyen romain  qui lui valut d’être jugé à Rome … Avant sa conversion, il a été un  pharisien fanatique, défenseur zélé des traditions judaïques. Il a persécuté la jeune Eglise naissante qui, à ses yeux, était une secte dangereuse.  Mais la grâce de Dieu a transformé  leur pauvreté en fécondité  spirituelle inouïe. Ce sont 2 pécheurs pardonnés qui ont fait l’expérience de la miséricorde de Dieu dont ils ont témoigné inlassablement malgré les échecs et les épreuves endurées. Tous les deux  sont  devenus une bénédiction pour l’Eglise et le Monde, des missionnaires infatigables de la Bonne Nouvelle du Ressuscité. Paul dira un jour : « Prêcher l’Evangile n’est pas un titre pour moi, c’est une nécessité qui m’incombe. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » (1 Co 9, 16). Dans la 1ère lecture de ce jour, Pierre est  détenu en prison, les fidèles intercèdent pour lui. En plein sommeil, il a cette  vision: un ange qui le réveille et le délivre de ses chaînes…  Il gardera cette vision dans son for intérieur, convaincu que sa délivrance vient du Seigneur qui n’abandonne jamais celle ou celui qui lui fait confiance. Dans l’Evangile, Jésus lui fait changer de nom : Simon s’appellera dorénavant « Képhas » (pierre). Dans la tradition biblique, le changement de nom indique une nouvelle destinée. Dans la péricope de l’Evangile de Mathieu, c’est l’investiture officielle de Pierre : il devient le roc, la pierre de base sur laquelle Jésus fonde son Eglise, c’est-à-dire il devient « le prince des apôtres, le premier parmi les semblables« , « le serviteur des serviteurs« . Les évêques, successeurs des apôtres, forment le collège épiscopal, et l’évêque de Rome, élu pape, est le premier parmi ses pairs.  Les clés qui lui sont remises sont un signe de responsabilité et de confiance. C’est à un ami que l’on confie les clés de sa maison quand on va en vacances.

Prêchant d’abord aux juifs, Pierre aura la mission d’organiser et de conduire  la toute première Eglise, la tâche de raffermir la foi du troupeau de Dieu. « Pierre, m’aimes-tu ?  » lui demandera le Ressuscité par 3 fois, « alors prends soin de mes brebis » (Jn 21, 15-19).  Ou encore : « J’ai prié pour que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31-34). Quant à Paul,  le grand théologien qui, dans ses 14 lettres ou épîtres,  a fourni et structuré le terreau, le contenu de la foi chrétienne, il s’est  tourné vers les nations étrangères dites païennes, pour les engendrer à la foi. Il a parcouru une grande partie de l’Asie et de l’Europe, en fondant partout où il passait (Corinthe, Ephèse, Thessalonique …) et en communion avec l’Eglise-mère  de Jérusalem, des communautés chrétiennes   en vue de la catholicité de l’unique Eglise de Jésus-Christ.

On comprend dès lors comment  les 2 grands apôtres  sont complémentaires : Pierre représente l’institution ecclésiale, la tradition, les structures, le centre. En d’autres termes, il est  le conservateur qui veille  à ce que la digue ne cède pas. Tandis que Paul représente la liberté de l’esprit, l’imagination du futur, la périphérie. Progressiste, il est à son époque, l’apôtre de l’ouverture.  Tous les 2 ont travaillé assidument pour que l’Eglise de Jésus-Christ soit une et catholique. Il s’agit d’une communion de diverses personnes marquées par leurs différences légitimes, mais qui sont unies par la même  foi en Jésus-Christ, reçue des apôtres et professée depuis les origines.

Cependant, ce n’est pas toujours facile d’articuler les forces centripètes et les forces centrifuges de l’Eglise. Il y a  parfois des désaccords, comme ce jour où, à Antioche,  Paul  fustigea le comportement dissimulateur de Pierre, lui reprochant devant tout le monde de vouloir imposer aux chrétiens venus d’ailleurs, l’observance de certaines pratiques juives. Pour Paul, il est hors de question que les non-juifs nouvellement convertis pensent que les traditions juives sont indispensables au salut (Gal 2, 11-15).  Pierre lui a humblement donné raison. Il a d’ailleurs conseillé et recommandé la lecture des lettres  de Paul qu’il appelle « notre frère  et ami« , tout en reconnaissant, néanmoins, qu’il s’y trouve des passages difficiles (2 Pi 3, 15-16).

Leur destin les unit aussi : Pierre fut crucifié à Rome, tête en bas, vers 64 sur la colline du Vatican lors de la persécution par Néron. Et Paul décapité vers 67 dans un lieu que la tradition place hors les murs de la ville de Rome…

Dans l’Evangile, Jésus fait une étude qualitative (sondage) sur son identité. Vous le savez bien, chacun de nous est un mystère, un genre de secret caché derrière tant de masques. C’est à la longue que quelques facettes de la personnalité profonde de l’être humain  se dévoilent. Qu’est-ce que, demande Jésus à ses disciples,  vous entendez dire de moi auprès des foules, des politiques, des autorités religieuses que vous côtoyez ?

Réponse: Jésus, les témoignages s’accordent pour attester  que tu es un homme exceptionnel, un vrai témoin de Dieu assimilé aux grands prophètes. Et Jésus : Et vous-même, comment me percevez-vous, quelle est votre propre idée sur moi puisque chaque jour vous me découvrez un peu mieux. Alors Pierre répond : « Tu es le messie (attendu), le Fils du Dieu vivant« , c’est-à-dire tu es l’oint qui a reçu de Dieu la mission de délivrer et de sauver les hommes. Pour Jésus, cela ne saurait être autrement, cette profession de foi tient d’une révélation.

Parlant justement de la foi, au soir de sa vie, après en  avoir fait le bilan et débriefé  sa mission, Paul dira à Timothée et à nous tous aujourd’hui, dans une   parole testamentaire, que la foi n’est pas une sinécure : on se décourage, on doute, balbutie, tâtonne faute d’assurance suffisante… Comme dans une course à gagner à tout prix, il faut absolument s’entraîner, acquérir de l’endurance pour être champion de foi, d’espérance et d’amour.

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

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