La folie de la Croix !

Homélie du 3ème dimanche de Carême :                                                                                Lectures : Ex 20, 1-17; Ps 18 B , 1 Co 1, 22-25; Jn 2, 13-25

Chers amis, après l’alliance avec Noé et Abraham, Dieu fait cette fois-ci alliance avec tout son peuple (1ère lecture) : il continuera à inonder son peuple de ses bienfaits;  en revanche,  il attend que celui-ci s’ajuste, pour son propre bien d’ailleurs, à sa Parole.  Cette Parole de vie et d’avenir remonte du fond des âges, elle dégage les pas de l’homme du filet qui le retient prisonnier. Aujourd’hui, elle est offerte à nous, peuple cabossé à bien des égards, qui espère la délivrance de la covid-19 avec les incertitudes et angoisses face à l’avenir qu’elle traîne. Le Décalogue porte l’exigence de reconnaître Dieu comme l’unique Seigneur, de l’aimer (respect de Dieu : les 3 premiers commandements) et d’aimer les autres (respect mutuel : les 7 suivants).

Quant au récit johannique de la purification du temple (Evangile), il a une portée très large en termes de glissement théologique. Jésus dénonce la confusion entre religion et commerce. Il ne veut pas que l’on fasse de la maison de son Père une galerie marchande. En effet, le Temple de Jérusalem est le sanctuaire de la religion juive. C’est la demeure de Dieu parmi son peuple, le Très Haut réside dans la pièce sacrée du Temple, le débir (en hébreu), le saint des saints où est le coffre de l’Arche d’alliance (les Tables de la Loi-les 10 commandements). Seul le grand prêtre d’Israël y avait accès une seule fois  par an, à l’occasion de la fête de Yom Kippour (Jour du grand pardon). Les gens vont donc au Temple pour rencontrer Dieu, l’adorer. Mais c’est aussi le lieu où l’on fait des sacrifices de bêtes pour implorer les faveurs de Dieu et donc, on y trouve des vendeurs d’animaux (bœufs, brebis, colombes), des changeurs de monnaie, des flâneurs. C’est tellement achalandé que l’on comprend pourquoi Jésus fait le ménage de ce lieu sacré devenu un instrument de profit mercantile !

Le geste provocant qu’il pose est hautement symbolique et prophétique : il purifie un lieu dévoyé à ses yeux, dont l’utilité originelle  a carrément été détournée. Ce faisant, il ouvre une nouvelle compréhension de la religion qui ne repose plus sur l’accomplissement des rites, qui pis est tarifiés, mais sur une démarche intérieure, libre et authentique : la conversion du cœur. A quoi sert-il de manipuler la Parole de Dieu par un ritualisme hypocrite ou de se mentir à  soi-même ? Je renvoie à certaines pratiques traditionnelles de l’Eglise inconcevables aujourd’hui, comme par exemple la doctrine des indulgences !  L’important ne serait-ce pas  d’être vrai devant Dieu et sa conscience ? Et quand Jésus dit : »Détruisez ce Temple« – ironie de l’histoire : il a été détruit en 70 par les romains -, il met fin au culte de l’ancienne alliance (appartenance ethnique au peuple juif, circoncision, pratiques rituelles). Désormais, ce n’est plus vers Jérusalem qu’il faut voyager pour aller adorer Dieu (Jn 4, 23).  Le  Temple purifié, restauré, reconstruit qu’évoque Jésus, c’est  le Temple universel, c’est lui-même,  par son Corps ressuscité, tout transparent à la présence de Dieu. Et c’est dans ce Corps ressuscité  que nous sommes incorporés par le baptême. D’où le rappel de saint Paul : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu ? » (1 Co 3, 16). Tu le sais maintenant, tu es une valeur infinie, ton histoire est sacrée : le Temple de Dieu, c’est ta maison intérieure. Maurice Zundel le souligne en ces termes : « Les temples de pierre peuvent s’écrouler. Les hommes, désormais, sont appelés à découvrir en eux-mêmes le sanctuaire du Dieu vivant » Telle est la folie de l’amour de Dieu pour l’homme, le plus  fou des mystères : sa présence en toi !

Sans craindre la police du Temple, Jésus manifeste et son geste est spectaculaire. Son culot ne peut que nous interpeller avec nos convictions parfois trop timides,  tièdes, faites de tolérance mielleuse quand nous devons  témoigner de notre foi dans certaines circonstances épineuses. A se demander où est la mission prophétique de notre baptême ! Peut-on rester timoré quand on se dit être « zélé », indigné comme Jésus ?

Les juifs demandent à Jésus un signe qui justifie son attitude provocante. Ce qui fait le signe, ce n’est pas sa matérialité brute, mais l’interprétation qu’on en fait, le regard que l’on y pose. Devant un arc-en-ciel par exemple, le scientifique voit un phénomène météorologique : la réfraction des rayons solaires sur les gouttes d’eau. L’artiste s’émerveille de l’harmonie des couleurs et pour le croyant, c’est une bénédiction de Dieu.

Bénissons Dieu pour ce que Jésus a fait et a dit en ce  jour où il chassa  les marchands du Temple de Jérusalem ! Il nous invite pour ainsi dire  à nous mettre en mouvement, à entrer dans la dynamique du renouveau spirituel qu’il nous a apporté. En fait, c’est de son Corps remis debout le 3ème jour,  dont il parlait. C’est  sa résurrection qu’il annonçait. Nous nous y préparons non pas  pour célébrer un événement du  passé, mais parce qu’elle  est le gage de notre propre résurrection et la force de nos élans de vie et de rebondissement.

Bonne route vers Pâques.

                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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