Homélie du 14ème dimanche ordinaire A : Venez à moi !
Lectures : Za 9, 9-10 ; Ro 8, 9-13 ; Mt 11, 25-30
En clamant : « Je proclame ta louange, Père ! « , Jésus nous partage l’intime relation qui l’unit au Père. Et s’il bénit le Père, c’est pour son Amour de prédilection envers les pauvres, les petits, qui vivent l’enfance spirituelle en accueillant humblement le don gratuit de cet Amour ! Pour Georges Bernanos, « notre monde meurt faute d’esprit d’enfance« … Dans sa chanson « Mille colombes », Mireille Mathieu nous convie aussi au retour à la source d’enfance : « Que la paix soit sur le monde pour les cent mille ans qui viennent. Donnez-nous mille colombes à tous les soleils levants. Donnez-nous mille colombes et des millions d’hirondelles. Faites un jour que tous les hommes redeviennent des enfants ».
Redevenir un enfant dans le contexte de la foi chrétienne, c’est être réceptif à l’Evangile, s’abandonner à la grâce de Dieu. Jésus déplore la prétentieuse suffisance des sages, des savants de ce monde, en l’occurrence l’arrogance de l’élite intellectuelle juive (grands prêtres, scribes, docteurs de la Loi, pharisiens) qui récuse et rejette son Evangile. Pour ces gens-là, l’Evangile est un scandale, une folie (1 Co 1, 23). Promotionnant lui-même son message, il atteste qu’il n’est pas liberticide, ce n’est pas une camisole de force, c’est plutôt du baume au cœur, du repos, de la consolation. « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger« … Pour lui, on n’approche pas Dieu au bout d’une réflexion personnelle, mais en accueillant simplement, comme un enfant, dans la confiance et l’abandon, la Révélation, la confidence qu’il te fait encore aujourd’hui : Dieu t’aime gratuitement, sans mérite de ta part ; il t’aime comme tu es, comme tu deviens, sans condition ! Le sais-tu seulement ?
« Personne ne connaît le Père sinon le Fils … Devenez mes disciples« , c’est-à-dire des femmes et des hommes qui connaissent Dieu. La connaissance dans la Bible, c’est l’expérience d’une relation tout à fait particulière, intense avec quelqu’un. Connaître Dieu, c’est vivre une intimité mystique avec Lui. Faut-il encore le rappeler, les amis : la foi, ce n’est pas d’abord une affaire de dogmes ou encore de code de conduite morale, mais l’alliance vivante avec le Dieu Trinitaire, la relation personnelle, profonde et confiante que l’on entretient avec Lui.
Se fondant sur cette foi, Jésus exhorte celles et ceux qui se sentent chargés et écrasés de le rejoindre. « Venez », autrement dit : ne vous enfermez sur vous-mêmes, venez à moi vous qui êtes tellement fatigués, découragés ; vous qui ne voyez pas d’issue ; vous qui vous sentez perdus ; qui ployez sous le poids de vos blessures morales, de votre culpabilité, de vos inquiétudes, de vos questions sans réponse ; qui ployez sous le poids des promesses fallacieuses, des trahisons, du deuil, de l’injustice, de la solitude du cœur, des difficultés de santé … Venez au repos en ma présence !
Certes, ce repos ne nie pas les vicissitudes de l’existence, mais aide à y faire face, à les surmonter… Parfois, on entend : « Je me demande comment font ceux qui n’ont pas la foi, comment s’en sortent-ils ? » Les croyants qui parlent ainsi font certainement l’expérience de ce qu’écrit Isaïe : « Ceux qui comptent sur le Seigneur reçoivent des forces nouvelles. Ils prennent leur essor comme l’aigle ; ils courent sans se lasser, ils marchent sans s’épuiser » (Is 40, 31). Et le psalmiste : « Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés » (Ps 144).
Jésus nous invite ainsi à le laisser porter notre fardeau avec nous, à aligner les pas de nos chemins de croix sur les siens ! Il nous soulage des pesanteurs qui plombent nos vies.
Tout naturellement, il ne remplace pas le Forem qui aide les chômeurs à trouver un emploi ; le CPAS qui garantit un revenu minimum à ceux qui disposent des moyens de subsistance insuffisants ; l’hôpital qui soigne les malades … Il ne résout pas nos problèmes d’un coup de baguette magique. Ce qu’il donne, c’est plutôt quelque chose que le monde ne sait pas donner, à savoir : le repos spirituel, la paix intérieure. Cette sérénité, c’est celle qui se reflète par exemple sur le visage du croyant malade, qui souffre atrocement et qui sait parfois qu’il va mourir. Son secret, c’est son espérance : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler » (Rm 8, 18). Paul Claudel a été inspiré en écrivant : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance humaine. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais la remplir de sa présence ! » Avec Jésus, nous ne sommes pas seuls sur notre chemin, il nous accompagne et même nous habite. La grâce de sa présence nous rassure, nous guérit intérieurement et nous ouvre à l’espérance.
Vital Nlandu, votre curé-doyen

