Homélie du 2ème dimanche de Carême A
Lectures: Gn 12, 1-4a ; 2 Tim 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9
Chers amis, en ce deuxième dimanche du Carême, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, les mêmes qu’il choisit comme témoins des moments forts: la résurrection de la fille de Jaïre, son agonie à Gethsémanie et, aujourd’hui, la vision de la gloire à venir, sa réalité divine. Les trois, il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. C’est cela le Carême: un temps de retrait, de retraite intérieure, de nouveaux départs et d’abandon. Abraham, dans la première lecture, doit quitter son pays, sa zone de confort pour une destination inconnue et un projet qu’il ne contrôle ni ne maîtrise. Il fait simplement confiance à Dieu. C’est pour cela qu’il est le père des croyants. La foi commence toujours par un pas dans l’inconnu.
Quant à Jésus, il savait que sa Passion et sa Mort allaient être un scandale, que le mystère de la Croix allait dérouter, faire vaciller la foi de ses disciples et les gens qui avaient cru en lui. Je renvoie ici au désappointement des disciples d’Emmaüs: «Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël» (Lc 24, 21).
Alors, pour les rassurer, Jésus va leur montrer un flash de la gloire qui l’attend, la gloire qui vient, qui nous attend… question de nous faire saliver! Cette vision, c’est pour que ses amis comprennent une fois pour toutes que la mort n’est qu’un passage. Au bout du tunnel, au bout de la fidélité, il y a la plénitude de lumière, de vie et d’amour, bref la gloire. C’est de cette gloire dont parle Saint Jean: «Nous avons vu sa gloire – sur le mont Tabor» (Jn 1, 4). Saint Pierre en atteste la véracité: il dit qu’il ne raconte pas des fables. Il a vu la gloire de Dieu de ses propres yeux; il a entendu la voix du Père (2 Pi 1, 16-18). C’est la gloire dont parle St Paul: «J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous!» (Rm 8, 18). Jésus lui-même en témoigne: «Père, donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi; je veux que mes amis contemplent ma gloire» (dans Jean 17, 24). Chers amis, cette gloire, c’est elle qui fonde notre espérance! En tout cas, c’est mon projet de rêve!
Alors, il fut transfiguré à leurs yeux, son visage se couvrit de l’habit de Dieu, à savoir la lumière. Et qui voilà? Les deux colonnes de l’AT, Moïse – la Torah – et Elie – représentant du courant prophétique, pour signifier que c’est en lui, Jésus, que converge l’Ancienne Alliance. Pierre s’extasie, gagné par un sentiment océanique, de plénitude, de fusion à quelque chose qui le dépasse. Epris d’une telle béatitude, il propose de construire trois tentes pour qu’ils demeurent à jamais là, dans ce jardin d’Eden… Et toi, comment vibres-tu à la l’adoration, à une messe intense, une prière lumineuse ; quelle joie spirituelle t’anime en la présence de Dieu?
Oui, ce n’était qu’un flash, un avant-goût, une promesse! Et la vie continue, à ras de terre. Il faut redescendre dans la vallée où bat le pouls de l’histoire. C’est là, avec tes luttes, tes fatigues, tes doutes, tes balbutiements, tes questionnements, tes frustrations, tes échecs, tes réussites, tes engagements que tu dois être un ferment dans la pâte du monde… Il y a en toi une petite flamme, la lumière de baptême, y crois-tu seulement? Tu es appelé, à ton tour, à te laisser transfigurer au quotidien, à être le petit grain de lumière qui balise l’océan du monde.
Vital Nlandu, votre curé-doyen



