Je le dis à tous : veillez !

Homélie du 1er dimanche  de l’Avent  B : « Je le dis à tous : veillez !« 

Lectures: Is 63, 16-19; 64, 2-7; Ps 79; 1 Co 1, 3-9; Mc 13, 33-37

Mes sœurs et mes frères, à la manière de l’apôtre Paul qui remercie Dieu pour les grâces reçues par la jeune communauté de Corinthe (2ème lecture), moi aussi je vous souhaite grâce,  paix et bonne année liturgique ! En effet, nous commençons le cycle liturgique B par notre entrée en Avent, la montée vers Noël. L’Avent, c’est une attente ardente, le temps du vif désir de la venue du Seigneur,  qui vient (re)naître dans la précarité et toute la profondeur de nos vies.  Cette irruption de Dieu dans nos vies et dans le monde, constitue la quintessence du  mystère de l’incarnation. Parlant de cette attente, Marion Muller-Colard, la théologienne protestante, dira : « Attendre pour mieux apprivoiser l’inattendu« , c’est-à-dire l’offre du salut, de la grâce et de la paix de Dieu pour son peuple.                                                 

C’est tout un décompte avec pas mal de symboles. Pour ce qui me concerne, j’ai aménagé l’entrée de mon appartement en y installant un présentoir où j’ai placé la couronne de l’Avent avec ses 4 bougies (dimanches). A chaque dimanche, étape de ma montée, j’allume une bougie. En avant, c’est l’Avent, un kaïros, une occasion favorable pour un plein d’allant, un nouvel élan. La liturgie de la Parole de ce dimanche s’infiltre dans nos cœurs et dans nos esprits pour y insuffler l’espérance. L’Avent est le temps par excellence de l’entrée en espérance. Et nous avons bien des raisons d’espérer !

Dans la première lecture, sitôt revenu de l’exil, le peuple de Dieu déchante : la solidarité qui reliait les juifs en captivité a vite cédé la place au « chacun pour soi ». Pour dire qu’il est vraiment difficile de se libérer !  Aussi, à l’instar du cri qui va retentir à travers toute la période de  l’Avent (« Maranatha » : Seigneur, viens !), le prophète invoque la présence et l’action de Dieu : Reviens, déchire les cieux, descends. Loin de toi, nous sommes comme des feuilles desséchées. Nous sommes tous l’ouvrage de ta main… Et le psalmiste : « Que ta main protège  l’homme, qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi; fais-nous vivre et invoquer ton nom » (Ps 79, 18-19).

Oui, Avent, c’est avant Noël, c’est avant demain, c’est maintenant. Or, que voyons-nous ? Le diagnostic psycho-spirituel révèle que beaucoup d’entre nous sont quasi découragés par cette deuxième vague de confinement avec ses conséquences dommageables : incommodité de vivre masqué (caché), fatigue psychologique (épuisement), peur d’être contaminé par le coronavirus, peur de voir ses sécurités s’éclipser, incertitude quant à savoir de quoi demain sera fait … Voilà une imprévisibilité qui aplatit le réel et le présent au risque d’ anémier l’espérance. Des pesanteurs qui nous poussent à nous endormir comme les disciples à Gethsémani.

D’où  l’urgence et la gravité de l’exhortation évangélique de ce dimanche,  une vraie bouffée d’air frais qui nous aide à reprendre racine et à déployer nos ailes : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez ! » Que signifie veiller ? C’est un déconfinement spirituel, un combat, une force de caractère, une persévérance, une imagination créative, une droiture de regard et d’intention, une prise de conscience de ce qui se passe autour de soi, un approfondissement de vie intérieure, une proximité avec Jésus, une foi ferme (non somnolente), une espérance inébranlable, une charité constante … C’est  ouvrir son horizon, acquérir son droit d’accès au rivage, éprouver de la joie et avoir  du cœur à l’ouvrage. C’est faire l’expérience de la puissance de la Miséricorde de Dieu, être assidu à la prière dans la communion  du cœur de Dieu;  faire des choses qui ont saveur d’éternité, du sens (faites par amour).  C’est guetter les signes du Royaume, vivre une attente, être une sentinelle de lumière et d’espérance…

L’Emma-nuel (Dieu-avec-nous) nous entraîne vers l’à-venir.

Bon Avent à toutes et à tous.

                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies, Le mot du curé | 1 commentaire

Le Christ Roi de l’univers

Homélie du 34ème dimanche A : Le Christ Roi de l’univers

Lectures : Ez 34, 11-12.15-17; Ps 22; 1 Co 15, 20-26.28; Mt 25, 31-46

 

Mes sœurs et mes frères, les jours s’assombrissent, les gelées sont présentes, les gants, les écharpes, les bonnets et les manteaux sont sortis des garde-robes … L’hiver est au rendez-vous. C’est dans un  climat quasi  morose renforcé par l’épuisement dû à la pandémie covid-19,  que nous célébrons le dernier dimanche de l’année liturgique A,   la solennité du Christ Roi de l’univers, créée en 1925 par le pape Pie XI.

Cependant, on peut se demander à juste titre : pourquoi cette fête à la fin de l’année liturgique?  En effet,  ce point d’orgue est justifié par la teneur théologique et spirituelle de cette cérémonie qui fait,  à elle seule,  la synthèse du mystère du salut : Jésus, l’Alpha et l’Oméga, « Celui  qui est, qui était et qui vient  » (Ap 1, 8) devient Tout en tous.  Il a pris place, il règne désormais dans nos cœurs. Sa royauté n’a nullement de consonance politique, le Christ est plutôt un « Roi de cœur« . Il souhaite ardemment, si nous le voulons bien, instaurer dans nos cœurs, son règne d’amour, tout entier bâti sur la paix,  la bienveillance, le respect, la confiance et  l’humilité. Pour Lytta Basset, « le chemin spirituel est un chemin d’humilité« . Celle-ci ne consiste pas à se ratatiner, mais à ne pas se regarder pour s’émerveiller (Maurice Zundel).

De mon point de vue,  la question fondamentale que chacun devrait se poser en cette fête  est celle-ci : « Est-ce que je me contente d’exister ou est-ce  je marche avec Dieu ?« . Marcher avec Dieu, c’est se laisser façonner, s’affiner par l’Esprit Saint comme l’argile dans les mains du potier. C’est se laisser guider par le Christ, le Bon Berger attentif à chacune de ses brebis et plus particulièrement à celles qui sont perdues dans le brouillard de l’ignorance,  à celles qui sont blessées ou en danger (1ère lecture).  Il vient avec prévenance au secours de la brebis qui est dans le besoin… Oui, la grâce de Dieu répond à notre besoin et non à notre mérite.

Le psaume 22 à méditer en cette fête nous conduit aux sources  d’un renouveau spirituel fondé sur la confiance en Dieu : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien … Il me guide sur la bonne voie. Même si je passe par la vallée obscure, je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu es avec moi… Tu verses de l’huile parfumée (Esprit Saint) sur ma têteOui, le bonheur et la grâce m’accompagnent tous les jours de ma vie« . Si le psalmiste ne craint pas le mal, c’est parce qu’il sait qu’avec ses embûches inévitables, la vie humaine n’est pas toujours facile. Mais face à la tourmente, il n’est pas seul. Il est accompagné et même habité ! Il sait que « trouver Dieu dans cette vie ne veut pas dire construire une maison dans un pays qui ne connaît jamais de tempêtes; c’est plutôt construire une maison qu’aucune tempête ne pourra détruire » (Larry Crabb). Certes, mon Berger me guide dans ce paysage inconnu qu’est la vie, ma vie, mais aussi dans cet autre paysage plus mystérieux qui s’appelle « moi« .

Quant à la page d’Evangile du jugement dernier, elle justifie l’engagement de celles et de ceux qui se dévouent pour leur prochain, qui ont une passion pour l’humain, quels que soient sa religion, sa race, son rang social … Chers amis, c’est sur le témoignage de la charité, sur ses actes que chacun sera jugé. Les pieuses prières, les bonnes intentions, les sentiments altruistes ne suffisent pas. Il faut agir grâce aux œuvres de la Miséricorde : donner à manger, désaltérer, vêtir, accueillir, visiter… En clair, aimer Dieu et aimer l’homme son prochain, sont deux facettes d’une même exigence spirituelle. Le Royaume de Dieu, ce n’est pas changer de trottoir à l’approche d’un mendiant et en même temps se dire chrétien.

Certes, Jésus ne nous  demande pas l’impossible, mais de faire ce qui est à notre portée pour être utile aux autres, en l’occurrence aux faibles. Il ne s’agit pas non plus de comptabiliser nos bonnes actions. L’essentiel, c’est faire l’expérience de la joie spirituelle que l’on éprouve lorsqu’on donne et sert gratuitement.

En tout cas, par cet Evangile, nous comprenons  que la fragilité humaine est un lieu de  révélation. C’est dans la fragilité de l’homme, dans son étrangeté à lui-même, sa recherche de la rive, sa nudité,  ses emprisonnements que Dieu vient loger. Son temple, c’est  notre humanité cabossée  par l’indifférence, l’égoïsme et la haine, mais toujours ranimée et ragréée par l’amour prophétique des femmes et des hommes de bonne volonté.

Que Dieu ait pitié de notre manque de compassion.

Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Actualité, Homélies, Le mot du curé | Laisser un commentaire

A la reconquête de l’optimisme

Homélie du 33ème dimanche A : A la reconquête de l’optimisme

Lectures: Pr 31, 10 s; Ps 127; 1 Th 5, 1-6; Mt 25, 14-30

Mes frères et mes sœurs, la parabole des talents rejoint l’actualité : la quasi faillite des systèmes bancaires. C’est  à se demander pourquoi placer encore aujourd’hui son argent à la  banque vu les  intérêts qui sont moins que rien. Mais cette banqueroute ne concerne pas que les opérations financières!

Dieu qui nous connaît de part en part, a fait son placement en chacun, selon ses capacités et ses aptitudes particulières.  En effet, personne n’est dispensé de la mission. Dieu ne veut pas que le don de son Amour répandu dans nos cœurs (Rm 5, 5), que le répertoire de nos possibilités, les ressources insoupçonnées, les bénédictions et  les grâces dont il nous a comblés,  soient galvaudés ou sous-exploités.  C’est pour cette raison que saint Paul engage Timothée à raviver le don que Dieu lui a accordé  pour mener sa mission jusqu’au bout (2 Tim 1, 6).

En clair, par son Esprit,  Dieu a donné à l’un le don de la patience,  à l’autre la bonté,  la beauté intérieure;  à un autre encore le  discernement ou l’humilité … Et tous ces talents sont prodigués pour l’unique  bien de la communauté. Il a pris le risque de nous faire confiance, il compte sur chacun de nous pour la moisson.  Et si entretemps il est « parti en voyage« , c’est pour laisser à chacun un espace de liberté et de créativité.  Et donc halte à la passivité d’une foi peureuse et à l’attente naïve du retour du Seigneur ! Que chacun se réapproprie sa vie et en soit responsable. Rien n’est écrit à l’avance.

Remarquons, toutefois,  qu’il n’y a aucune convention qui régit la remise des talents au retour du maître, puisque celui qui en a remportés deux,  a reçu  les mêmes éloges que celui qui  a gagné cinq autres talents. Je ne dois  pas ainsi passer mon temps à me comparer aux autres, j’utilise les talents qui sont les miens et c’est tout.  L’important n’est pas la quantité gagnée, mais la détermination à faire  fructifier les dons  spirituels, intellectuels, manuels, artistiques qu’on a reçus, à l’instar des fils de lumière de la 2ème lecture et de la précieuse femme de la 1ère lecture : elle est active, elle tend la main au malheureux  et marche selon les voies du Seigneur.

Cependant, on peut se demander si le 3ème serviteur a  vraiment agi  par peur ou plutôt, plus précisément,  par méfiance et même par défiance. Il est allé cacher son talent dans la terre. Plus un talent est enfoui, moins il fructifie et il finit par mourir. La sévère accusation de rapacité  que ce serviteur fait à l’encontre de son maître montre  bien qu’il a une fausse représentation de Dieu; qu’il ne lui fait aucune  confiance et qu’il n’a d’ailleurs pas confiance en lui-même :  » Je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain« .

Il n’a pas confiance en lui-même parce que sans doute, il ne se sent pas à la hauteur, il se laisse facilement déstabiliser et assaillir par ses peurs. Indécis devant la  tâche à accomplir, il craint de déplaire, culpabilise  et se laisse   abîmer par des convictions toxiques du genre : « Je ne suis pas performant, je ne saurais jamais faire ça. Ce n’est pas pour moi. Je suis nul.  Je ne vaux rien.  Je  ne saurais jamais répondre aux attentes qui me sont assignées… ». Loin de  regarder  les choses avec douceur, émerveillement et bienveillance, les gens qui n’ont pas confiance en eux-mêmes  imaginent souvent le pire, se jugent en se rabaissant et en s’auto-dévalorisant.

La confiance en soi est un subtil cocktail d’estime de soi (reconnaissance de sa valeur), d’optimisme et de volontarisme,  un must pour survivre. C’est comme un souffle sur la voile, elle aide  à aller au large.  Le psychiatre et psychanalyste Alain Braconnier le dit à juste titre : « La confiance en soi est l’assise de notre personnalité ». On ose apporter la touche de sa différence et on s’assume comme on est.  A son école, on apprend tout aussi bien à s’aimer soi-même qu’à se forger un mental de gagnant, c’est-à-dire à  être capable de prendre les choses en main au lieu de les subir. On apprend à répondre de ses actes en étant acteur de sa propre vie.

Alors, celui qui répondra par la confiance à la confiance du Maître entendra dire : «  Entre dans la joie de ton Seigneur  ». Tel est le  dessein merveilleux de notre Dieu : nous faire participer à sa joie, à sa vie et à sa nature divine.

                                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Actualité, Homélies, Le mot du curé | Laisser un commentaire

Approvisionner sa réserve d’huile

Homélie du 32ème dimanche ordinaire A : Approvisionner sa réserve d’huile

Lectures : Sg 6, 12-16; Ps 62; 1 Th 4, 13-18; Mt 25, 1-13

Mes soeurs et mes frères, la liturgie de la Parole de ce week-end vient à point nommé. En ce moment du re-confinement, le risque du coup de mou, de la déprime, y compris spirituelle, est plausible. Rien n’y fait, ce satané coronavirus plombe notre élan vital, nous déstabilise. Il tente de nous tenir blafards et surtout de voler notre espérance. Alors la page d’Evangile que l’Eglise propose à notre méditation nous booste : a-t-on déjà vu en temps de pandémie le médecin rendre les armes et ne plus soigner? Nous autres aussi nous  ne devons pas nous laisser nous engourdir,  tomber dans  le laisser-aller ou encore avancer le nez dans le guidon sans être proactifs, inventifs de recettes qui raffermissent notre foi, soutiennent nos élans de charité et ravivent notre espérance. N’insultons pas l’avenir : demain, meilleur il fera tant que notre horizon est Jésus-Christ et notre avenir en Dieu (2ème lecture).

Par-dessus tout, n’éteignons pas le feu, l’ardeur dévorante de notre attachement au Dieu trinitaire ainsi le témoigne  cette « sensualité  » spirituelle  du psalmiste : « Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu. Je te cherche dès l’aube. Toute ma vie je vais te bénir. Je reste des heures à te parler  » (Ps 62). C’est le même érotisme qui se dégage dans  la quête passionnée de la bien-aimée du Cantique des cantiques : « –Au long des nuits, des jours, dans les insomnies,  le noctambulisme-, je cherchais celui que j’aime, sans le trouver. Et voilà…,  je l’ai rencontré celui que je cherchais, celui que mon cœur désirait, jamais plus je ne le lâcherai … » (Ct 3, 1-4). Et saint Augustin : « Je t’ai aimé bien tard, beauté ancienne et toujours nouvelle, je t’ai aimé bien tard ! Tu étais au-dedans de moi-même, et moi j’étais au-dehors de moi-même. C’est en ce dehors que je te cherchais… – Je suis allé chercher après toi au Nord, à Midi, à l’Ouest et à l’Est, et pourtant au-dedans de moi, tu étais! » (Confessions, livre X, XXVII, 38)…

La parabole de l’Evangile nous parle de 10 demoiselles bien élégantesqui piaffent d’impatience en attendant le prince charmant, Jésus-Christ,  pour la fête des noces mystiques. Ces 10 jeunes femmes symbolisent l’Eglise, c’est toi, c’est moi, c’est nous. Ce qui est reproché aux cinq qui n’ont pas eu de discernement éclairé (2ème lecture), ce n’est pas qu’elles fussent gagnées par le sommeil. Notre rythme nycthéméral nous pousse naturellement à nous assoupir aux heures tardives de la nuit. Les travailleurs  de la nuit (emploi Horeca, routiers, infirmières de garde…)  savent qu’il peut arriver un moment dans la nuit qu’on somnole.  La  maladresse des filles imprévoyantes, c’est plutôt leur manque de sens de responsabilité, leur  insouciance de l’essentiel, c’est-à-dire avoir négligé l’approvisionnement de la ration d’huile de leurs lampes.   

Chers amis, une parabole n’est pas un traité théologique, c’est un récit de bon sens qui  transmet  un message : il faut prendre soin de sa réserve d’huile. Dans la tradition biblique, l’huile-Onction symbolise l’Esprit Saint, le combustible de notre lampe intérieure :« L’huile de l’Onction demeure en vous » (1 Jn 2, 27) ; « Celui qui nous a donné l’Onction, c’est Dieu » (2 Cor 1, 21)… Par la chrismation baptismale, le baptisé reçoit l’Esprit Saint, il est qualifié de « fils » de Dieu : « Aujourd’hui tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » (Lc 3, 22).

En effet, l’huile pénètre, imprègne, s’imbibe dans la matière spongieuse. Ce n’est qu’un cœur-éponge, accueillant, qui lâche prise et fait confiance (enfance spirituelle),  qui est favorable à l’accueil et à l’action de l’Esprit Saint. Les huiles essentielles ont une vertu thérapeutique : L’Esprit Saint guérit ce qui, au plus profond de nous, est blessé. L’huile sert au massage des athlètes (pour leur souplesse) : l’Esprit-Saint assouplit nos caractères aigus. Les huiles essentielles sont utilisées en parfumerie et nous le savons,  le véritable parfum est une flagrance, sa senteur ne laisse pas indifférent : « Nous sommes la bonne odeur du Christ » (2 Cor 2, 15). Aussi avons-nous besoin d’être imbibés d’Onction en permanence pour tenir la route et pour  témoigner de l’Amour qui nous habite.

Oui, il y a des signes qui ne trompent pas. Le fruit suprême que l’Esprit Saint produit en nous, c’est ce guichet ouvert d’un amour qui se manifeste par la joie, la paix, la douceur, la bonté, la bienveillance; qui se nourrit de la foi et se cultive par l’humilité, la patience et la maîtrise de soi (Ga 5, 22).

                                                                         Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies, Le mot du curé | Laisser un commentaire
Image | Publié le par | Laisser un commentaire

Communion avec tous les saints

Homélie à la Toussaint 2020 : Communion  avec tous les saints

Lectures : Apoc 7, 2-4, 9-14; Ps 23; 1 Jn 3, 1-3; Mt 5, 1-12a

Mes frères et mes soeurs, la Toussaint ce n’est pas que l’entrée en hiver,  la saison des feuilles mortes, la visite au cimetière ou les soins des tombes. C’est la fête de tous les saints, la myriade d’amis de Jésus de tous les temps et de tous les espaces (1ère lecture, Ps 23).  Nous pouvons nous  demander,  à juste titre,  ce qui  caractérise ces saints,  ceux qui sont  canonisés, ceux qui sont  inconnus ou encore  anonymes.

Ils ont tellement été attachés à Jésus comme les sarments à la vigne, tellement imbibés d’Onction,  d’Esprit Saint, qu’ils ont essayé, malgré la faiblesse humaine, de se configurer au Christ, en adoptant son style de vie, à savoir : les béatitudes. Se configurer au Christ y compris dans le dépouillement (la kénose). Paul appelle « saints » les baptisés (Phil 4, 21; col 1, 2). Pour dire que nous sommes tous appelés à la sainteté (Concile Vatican II, LG 39), chacun dans son  état de vie, avec son âge, sa profession, son parcours, ses ressources, ses pauvretés, son mystère. La sainteté n’est pas réservée à une élite,  à des super-chrétiens ou encore réduite à des  phénomènes spectaculaires (lévitation, stigmates …). Elle se reconnaît par les fruits. Nous connaissons des femmes et  des hommes séduisants par leur beauté intérieure,  qui ont une passion pour l’humain. Ils ont passé ou passent leur vie en se vouant à leur semblable,  en se dévouant pour les autres   sans regarder leur propre nombril. Ils interpellent lorsqu’ils rendent simplement, gratuitement service et  sans idéologie.  La bonté est tissée dans l’exemple de ce soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé; du jeune homme qui se lève dans le  bus pour donner sa place à une personne âgée; du pompier qui traverse les flammes, le visage noirci, parfois blessé, et qui fait cela pour sauver des vies ; cette infirmière qui soigne avec  empressement  les malades atteints de coronavirus et qui  choisit de dormir en MRS pour ne pas contaminer les siens chez elle. Voilà les saints de nos jours !

Et maintenant, revenons  aux béatitudes,  concept qui se traduit par  bonheur.   C’est quoi  le bonheur ? C’est une aspiration existentielle propre à tout homme. Sinon, pourquoi aller à la messe, bosser, se marier …, si ce n’est pas pour être heureux ! 

En effet, depuis que ce monde est monde, toutes les générations spéculent, cogitent autour de ce thème.  Il y en a qui croient que le bonheur, c’est pour demain lorsqu’il viendra frapper à leur porte. Pour d’autres encore, en l’occurrence les sirènes de certains  médias et publicités, le bonheur se réduit au pognon, au confort matériel, aux jouissances de la vie, à la recherche d’un plaisir immodéré.  Il faut épuiser les jouissances sensuelles : le sexe, la drogue, l’alcool … On pense également  que le bonheur, c’est la réussite sociale,  la performance au travail. Nous connaissons le slogan de l’ultra-libéralisme : travailler davantage pour gagner plus, quitte à s’enfoncer dans le bourbier du  burn out … Mais est-ce que tout cela est vrai ?  On connaît des gens qui ont eu tout : la gloire, l’argent, le pouvoir,  le prestige mais qui, hélas,  sont paumés,  blasés, constipés, déprimés ; des gens qui, spirituellement parlant, ne sont que coquilles vides, sans la moindre profondeur ! Le bonheur, chers amis,  ne s’évalue pas au prorata de la richesse matérielle ! Savez-vous à qui Jésus s’adresse dans l’Evangile des béatitudes ?  Il ne s’entretient pas avec des ministres ou  des princes, mais avec des malades, des chômeurs, des SDF, des affligés, les pauvres des bidonvilles, des immigrés … C’est à ces gens-là qu’il ose dire : écoutez les gars,  le bonheur est possible ! Ne serait-ce pas du cynisme ? Non, parce que pour Jésus, le bonheur relève de ce choix : choisir la pauvreté de cœur (ne rien posséder dont on n’a pas besoin, être en accord avec sa liberté intérieure,  ne pas se suffire à soi-même), la pureté de cœur (être vrai, honnête), la douceur (es-tu un loup ou un agneau, un vautour ou une colombe pour les autres ?), la justice (une injustice subie par le faible devrait te révolter), la miséricorde et la paix… En fait, le bonheur c’est la joie spirituelle d’accueillir sa vie,  quelles que soient les circonstances.  Grâce à l’émerveillement, celui qui est heureux écoute son cœur et réalise que la bonté des gens, que la beauté des visages et celle  de la Création est un cadeau du ciel. Son bonheur c’est devancer l’avènement du Royaume, semer les signes d’espérance en ouvrant  le guichet de son amour… Les fruits du bonheur sont l’ataraxie spirituelle (absence des troubles intérieurs), la joie de vivre, la générosité qui s’oppose à la cupidité,  la gratitude qui s’oppose à la suffisance …

André Chouraqui qui a fait une magnifique traduction de la Bible,  traduit l’adjectif « heureux » par « en marche« .  « En marche les pauvres, les endeuillés, debout les assoiffés de justice : le Royaume des cieux vous appartient ! » Notre bonheur ne peut que grandir et fleurir lorsque nous avançons  vers la Fontaine qui étanche nos soifs profondes.

                                                                  Vital Nlandu, votre curé-Doyen

Publié dans Actualité | Tagué , , | Laisser un commentaire

l’amour est premier !

Homélie du 30ème dimanche  A : l’amour est premier !

Lectures : Ex 22, 20-26; Ps 17; 1 Thés 1, 5c-10; Mt 22, 34-40

Mes frères et mes sœurs dans le Christ Jésus, en ce temps de regain du covid 19, temps d’incertitude et d’inquiétude,  la Parole de Dieu nous fait entrer en espérance. Un éveil qui nous fait prendre conscience de notre spiritualité, sans doute dormante : pour quoi, pour qui je vis, qui suis-je profondément ?… En effet,   nous sommes faits pour être aimés et aimer. C’est un besoin existentiel inhérent à  l’homme. L’enfer, n’est-ce pas  l’enfer-mement, le sentiment du vide d’amour;  et la maladie psycho-spirituelle la plus atroce,  être carencé de ce même amour ! Voilà pourquoi Dieu garantit d’ores et déjà sa flamme aux mendiants de l’amour : « Vois, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains … Comme le Père m’a aimé, moi aussi je t’ai aimé … Je t’ai aimé d’un amour éternel, aussi t’ai-je gardé ma faveur, sois sans crainte » (Is 49, 16; Jn 14, 23; Jér 31, 3).

La question posée à Jésus dans la page d’Evangile est, à bien des égards, judicieuse : l’excès nuit ! On en a sa dose avec cette ribambelle  de préceptes qui régissent la vie religieuse et sociale,  dénombrés à 613  dans la Torah.  En dernier ressort, quelle est la loi focale, capitale d’où découleraient  toutes les autres ? Et Jésus de répondre : « Tu aimeras!  » Effectivement, l’amour est premier, sans lui,  on a raté sa vie  et même sa mort, mort entendue comme  passage ultime vers l’autre vie.  Vivre sans ami, c’est mourir sans témoin ! L’amour  est le principe même de l’agir chrétien : « Aime et fais ce que tu veux » (saint Augustin). C’est par lui que nous sommes reconnus comme  disciples de Jésus-Christ (Jn 13, 35).  Et c’est sur l’amour que nous serons jugés (saint Jean de la croix; Mt 25, 31-41).

Tu aimeras Dieu (et te laisseras aimer par lui). Si Jésus cite Dieu en premier, c’est parce que c’est lui la source qui irrigue nos cœurs d’amour (Rm 5, 5). Pour mieux comprendre cela, imaginons un grand cercle tracé sur le sol et Dieu au centre. Au bord de ce cercle, il y a des hommes. On ne peut que constater ceci :   plus ils s’approchent de Dieu, plus ils se resserrent, leurs liens se consolidant; mais plus ils s’éloignent de Dieu, en mouvement inverse, plus ils se distancient entre eux…   En aimant Dieu le premier et  de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, c’est-à-dire saisi de tout  ton être (ta dimension psychologique, spirituelle et somatique); avec ta personnalité, ton affectivité, tes pensées, tes actions et  projets, Dieu t’imprègne  de son amour et décuple ta faculté d’aimer.

Oui, c’est une exigence spirituelle  que d’entretenir avec « son » Dieu,  une relation intime, mystique, à l’instar de cette déclaration d’amour du psalmiste : « Je t’aime, Seigneur, ma force » (Ps 17). Toute l’histoire du salut est une aventure d’amour entre le Dieu de l’alliance et son peuple, une alliance souvent brisée par les péchés de ce dernier, mais que Jésus le Christ a rétablie une fois pour toutes par le sang de sa croix.

Cependant, « si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn  4, 20). La prière et la fraternité (cf. l’encyclique « Fratelli tutti » du pape François), la contemplation et le service sont intrinsèquement liés. Les témoins comme l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle et tant d’autre nous ont assez enseignés que tout ce qui n’est pas donné est perdu; que c’est en se donnant que l’amour devient une vocation, car celui qui se donne est serviteur.  Joindre pieusement les mains pour prier est merveilleux, mais  c’est encore mieux de les ouvrir pour donner…  La croix de Jésus articule admirablement les deux axes d’amour : de ses deux poutres, l’une est verticale, tendue vers le ciel, et l’autre est horizontale, embrassant l’humanité. L’amour pour  Dieu et pour l’homme partent, certes,  en deux directions, mais c’est un unique amour.  Evidemment, je parle en croyant : aimer l’homme sans Dieu vide l’amour de toute espérance, et aimer Dieu en détestant l’homme  est une tartuferie notoire.

Pour Jésus, il faut aimer le prochain « comme soi-même » en termes de communion et des soins à lui prodiguer. C’est en être un sacrement de la vie, l’aimer gratuitement pour que l’amour ne devienne pas un pot-de-vin;  et loin  de l’asphyxier, lui permettre de respirer (respect de sa liberté), lui révéler sa beauté intérieure et  le faire grandir : « Il faut qu’il croisse et que moi je diminue » (Jn 3, 30).

Chers amis, Jésus est mort le cœur « ouvert » (Jn 19, 31-37) : qu’il nous soit ainsi donné  de vivre avec  notre cœur  ouvert à Dieu et aux autres. C’est à cette foi en actes que nous exhortent  le prophète Isaïe dans la 1ère lecture et le témoignage des Thessaloniciens dans la deuxième lecture.

                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies, Le mot du curé | Laisser un commentaire