Des scènes de désolation jamais vues

Homélie du 16ème dim. ord. B : des scènes de désolation jamais vues

                Lectures : Jr 23, 1-6 ; Ps 22; Ep 2, 13-18; Mc 6, 30-34

Chers amis, l’eau qui donne la vie peut semer la mort et le chaos. Nous avons vécu cette semaine des scènes de désolation et de détresse apocalyptiques, qui ont fait le tour du monde : des pertes humaines, le fruit d’une vie de travail englouti et tant d’autres dégâts incommensurables. Devant ces intempéries meurtrières, il y en a qui veulent et, à juste titre, comprendre en recherchant les causes : serait-ce le réchauffement climatique ou encore un manque flagrant de curage des cours d’eau, les pratiques agricoles intensives, l’aménagement insuffisant du réseau d’égouttage des rues, l’urbanisation effrénée (des permis de bâtir accordés à tout va) … ? Toujours est-il qu’il faut tirer les leçons d’une telle tragédie.

En ce qui me concerne, ce qui m’a édifié c’est plutôt cette mobilisation spontanée et remarquable de solidarité citoyenne et d’entraide. Au lieu de se percher sur le pont pour se contenter de regarder l’eau passer, les gens se sont mouillés. Je renvoie ici à l’évacuation risquée des personnes et animaux en situation dramatique, l’évacuation des camps scouts, des patros et autres mouvements de jeunesse. Je pense aux biens de première nécessité fournis aux personnes sinistrées ; aux moyens d’urgence dégagés par le gouvernement, à l’accueil des victimes dans les familles, chez les amis, les voisins ; au déploiement des services de secours, de la police, de l’armée, des pompiers, des équipes logistiques de la Croix-Rouge, des ouvriers communaux et à tant d’anonymes. La solidarité s’est étendue même au-delà de nos frontières : ces secouristes venus de France, d’Italie et d’Autriche dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union Européenne … N’oublions pas nos prières personnelles et collectives dans l’épreuve.

Nous avons tous pu expérimenter ce que l’être humain a de meilleur, sa lumière intérieure, le trésor qu’il a au fond de lui, à savoir son hospitalité ou dirais-je, en d’autres termes, son humanité ! C’est la clé de voûte d’une coexistence pacifique dans une société plurielle, qui brasse diverses cultures, races et convictions philosophiques.

Dans la page d’Evangile de ce dimanche, à la fin du 1er stage missionnaire de ses disciples, Jésus débriefe, il fait avec eux le point sur les acquis. Il conseille de ne pas « tirer sur la corde  » : il y a un seuil de surcharge et de tension nerveuse à ne pas dépasser, autrement on va au clash, à l’épuisement physique et psychique. Le repos est une hygiène de vie à respecter à tout prix. Cependant, il ne rechigne pas d’être à l’écoute et au service de ceux qui sont en quête de sens, qui cherchent à se raccrocher à quelqu’un. Pour saint Paul (2ème lecture), c’est lui, Jésus, qui fait tomber le mur d’incompréhension et de haine qui sépare les hommes ; il les réconcilie avec Dieu et entre eux.

« Eloignez vos tentes et rapprochez vos cœurs » (Proverbe touareg). La concorde humaniste et universaliste, les élans de bienveillance, de partage et de respect de la dignité humaine que nous venons de vivre, consolident le lien sacré entre les hommes et font écho de notre réconciliation en Jésus-Christ.
 « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres «  (Jn 13, 35).

Témoigner de l’amour qui nous anime est, sans conteste, un gage de survie et d’avenir.  

                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen 

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Témoins de l’Evangile

    Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire B : Témoins de l’Evangile

                Lectures : Am7, 12-15; Ps 84; Ep 1, 3-13; Mc 6, 7-13

Mes frères et mes sœurs, ainsi que le dit Jean-Paul II, « Celui qui a rencontré le Christ ne peut pas le garder pour lui-même, il doit l’annoncer« . C’est un devoir moral : « Malheur à moi si je n’annonce l’Evangile » (saint Paul). Et le messager de la Parole de Dieu est un envoyé. Envoyé où ? Au chantier de Dieu, qui est ce monde, ta famille, ton lieu de travail, ta paroisse … A chaque fin de messe, en effet, nous sommes envoyés en mission : Ite, missa est (Allez, c’est la mission) ! La mission est une révélation intérieure du dessein de Dieu, ce qu’il veut que j’accomplisse – cela requiert au préalable un discernement éclairé – avec les dons, les talents, les aptitudes, bref tous ces trésors au fond de moi, les bénédictions dont il m’a comblé en Jésus-Christ (2ème lecture). En effet, chaque être humain est doté d’une mission à remplir sur cette terre. Alors, dis-moi, quelle est ta mission aujourd’hui ? « J’écoute, je médite, dit le psalmiste, que dira le Seigneur Dieu » (Ps 84).

Cependant, toutes nos missions tendent vers un seul but : l’amour. C’est ce qu’insinue sainte Thérèse de Lisieux lorsqu’elle dit : « J’ai compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout « .

La page d’Evangile fait état de la 1ère tournée missionnaire des apôtres. Jésus leur donne trois consignes précises :

*Aller en duo, deux par deux. Pas seulement parce que selon le droit juif, un témoignage n’est valable que s’il est attesté au moins par 2 témoins, mais aussi et surtout pour l’efficacité de la mission. « L’union fait la force » (devise du royaume de Belgique). Dans le business, le management, on parle du partenariat, du travail intersectoriel, des synergies. D’ailleurs, le prochain synode des évêques a pour thème la synodalité : « Pour une Eglise synodale : communion, participation et mission » (Assemblée générale en octobre 2022). Dans ce sens, le projet diocésain « Chantier paroisse » promotionne le travail en équipe : il incite à la création d’équipes pastorales, d’équipes relais … J’en profite d’ailleurs pour remercier celles et ceux qui sont engagés dans les équipes de notre UP. Travailler en collaboration (pour une œuvre) ou en équipe suppose que les coéquipiers font corps (s’entendent, se soutiennent mutuellement), cible (qu’ils ont les mêmes objectifs), sens (qu’ils ont la même compréhension de la mission, son but et son horizon), face (qu’ils sont cohérents et à même de parler un même langage, y compris dans l’adversité).

*Jésus conseille une diète spirituelle : se dépouiller, se détacher pour garder sa liberté intérieure par rapport aux biens matériels. « Ni pain, ni sac, ni argent » : la tentation de notre société de surconsommation, n’est-ce pas emmagasiner, accumuler et souvent du superflu ?

Il n’y a pas d’éveil spirituel sans pauvreté de cœur ! Voilà pourquoi on se prépare à célébrer la pâque chrétienne par le carême-jeûne. Il y en a qui choisissent de faire l’expérience du désert pour se reconstruire et se ressourcer, le désert étant un incubateur de sanctification de soi,  l’espace sobre qui vous oblige à vous désencombrer des bagages inutiles. Seuls 2 objets sont permis : un bâton de pèlerin et des sandales, pour faciliter la marche.

*Se laisser accueillir. Mais si l’on vous refuse l’hospitalité, autrement dit si la Bonne Nouvelle est rejetée, comme c’est le cas du prophète Amos (1ère lecture : « Va-t’en d’ici avec tes visions« ), il faut, sans rouspéter ni harceler les gens, « secouer la poussière de ses pieds« , couper court et partir … ! Il me vient à l’esprit tous ces couvents, ces maisons religieuses qui sont en train de fermer partout en Europe faute de vocations. Je pense non à l’incroyance, mais à l’indifférence de nos contemporains au mystère de Dieu …

Il est clair que toutes ces consignes renvoient à une manière d’être. Nous n’avons pas à vendre un message, mais à en témoigner. Le témoignage évangélique est un must pour remplir la mission qui nous est assignée : convertir les gens (les aider à avoir un regard tout autre), chasser les démons (lutter contre les injustices intolérables, combattre les forces du mal) et guérir les malades (soigner les blessures qui piquent et esquintent les gens de l’intérieur).

Christ aujourd’hui nous appelle ; Christ aujourd’hui nous envoie !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Echarde de Paul et la tienne

                                Homélie du 14ème dimanche ord B : Echarde de Paul et la tienne

Ez 2, 2-5; Ps 122;  2 Co 12, 7-10; Mc 6, 1-6

Mes sœurs et mes frères, dimanche dernier nous avons eu le témoignage de foi de Jaïre au Dieu de l’impossible. Et après avoir relevé sa fille, Jésus a ordonné qu’on lui donne à manger. Si le vivant se nourrit de nourriture, le baptisé se nourrit de l’eucharistie. C’est la raison de notre présence en cette cathédrale où le Seigneur nous convie à la table de sa Parole et de celle du Pain de vie. Sauf qu’aujourd’hui, le décor change : nous passons du témoignage de la foi à l’incrédulité.

Dans la 1ère lecture, le prophète Ezéchiel est envoyé auprès d’un peuple rebelle qui se détourne de Dieu. Le même son de cloche retentit dans la page d’Evangile : Jésus lui-même semble voué à un cuisant échec dans son propre village. Il se heurte à l’incompréhension et au rejet des habitants de Nazareth qui refusent de le reconnaître comme le messie. Jésus le charpentier a dû travailler non seulement le bois, mais aussi les cœurs qui étaient plus durs que le bois ! Et pourtant, il ne s’en offusque pas, il respecte plutôt la liberté de chacun, en sachant du reste qu’il est difficile de discerner la présence de Dieu dans « l’ordinaire » de nos vies…

Comment ne pas penser aux acteurs pastoraux et aux prophètes d’aujourd’hui dont certains et je peux comprendre, se découragent face au nihilisme de notre société – les gens ne croient plus en rien !  Une société sécularisée, déchristianisée à ce point et qui, même si certains ne sont pas nécessairement rebelles à Dieu, vous avouent gentiment qu’ils n’en ont pas besoin. Dites-moi, comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? Comment partager le don de la foi, transmettre à ses enfants, à ses petits-enfants un héritage spirituel dont ils se fichent ?

Chers amis, c’est dans ce monde postmoderne que Dieu nous envoie. Contre vents et marées, sans prosélytisme, mais avec respect, humilité et patience, continuons ainsi d’inventer l’annonce de l’Amour de Dieu, de proposer aux gens le « goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 33, 9).

Quant à la 2ème lecture, elle fait mention d’un coup de tonnerre, le scoop du grand apôtre saint Paul (il a eu des révélations extra-ordinaires), qui fait une confession publique : pour l’empêcher de ne pas se surestimer, il a reçu une gifle, c’est-à-dire il a été ridiculisé par un acolyte de Satan, qui lui a infligé une écharde dans sa chair, pour le blesser de l’intérieur ! On a beaucoup épilogué sur cette métaphore énigmatique d’écharde de saint Paul, la vulnérabilité, l’objet d’opprobre et de honte qui le rongeait du dedans. Serait-ce une maladie physique (psoriasis, épilepsie …), une souffrance psychique (tendance dépressive …), spirituelle (orgueil…) ? Paul en a pleuré, il a prié avec insistance sans jamais en être débarrassé ! Oui, c’est une vraie leçon qui nous indique où aller puiser nos forces, au lieu de baisser les bras : non pas dans nos mérites, nos ressources et moyens, mais figurez-vous, dans nos faiblesses. Elles nous permettent d’être humbles et de nous en remettre totalement à Dieu.

Nous avons tous une écharde dans notre chair, cette blessure cachée dont le poids pèse lourd sur la conscience (complexes, manque cruel d’amour, de tendresse, de valorisation et de reconnaissance…). Mais saint Paul en est sorti grandi, car Dieu a agi à travers ses faiblesses. Nous savons maintenant que la puissance de la Miséricorde se déploie quand nous sommes faibles. C’est tout le paradoxe : « Je suis fort quand je suis faible« .

Un paradoxe qui nous exhorte, afin de modérer nos prétentions, de faire de l’humilité notre règle d’or. Le Curé d’Ars le dit en ces termes : « Je suis seulement ce que je suis, et seulement cela« . Aussi je me laisse apaiser par cette merveilleuse assurance du Bon Dieu : « Ma grâce te suffit !« 

                                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Besoin de se mettre en jachère

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Se laisser toucher par Jésus-Christ

Homélie du 13ème dimanche ordinaire : Se laisser toucher par Jésus-Christ

Lectures : Sg 1, 13-15; 2, 23-24; Ps 29; 2 Co 8, 7.9. 13-15; Mc 5, 21-43

Mes sœurs et mes frères, ce rendez-vous eucharistique nous donne de vivre ensemble un moment de sens et de foi. La 1ère lecture nous redit l’essentiel de cette foi : Dieu ne se réjouit pas de voir les êtres vivants mourir, mais plus encore, il n’a pas créé la mort. En effet, la mort physique est omniprésente, elle est tout à fait naturelle. Notre finitude biologique est inscrite dans nos gènes : un jour on naît, on devient enfant, adolescent, adulte ; et puis viennent la maturescence, la vieillesse,  pour finir par la mort. Telle est notre destinée. Elle est entièrement  normale, ordinaire puis-je dire, mais en même temps extra-ordinaire dans la mesure où notre vie, ta vie  est elle-même une parabole, c’est-à-dire un chemin spirituel où l’on retrouve les traces du Ressuscité.

Elle est extra-ordinaire notre destinée, car grâce à la résurrection de Jésus-Christ, notre mort au demeurant inéluctable  devient  un « passage ». La mort, c’est comme un fleuve qui, avant d’entrer dans la mer, tremble de peur. Il regarde en arrière le chemin parcouru, depuis les vallées, les cascades, une longue route sinueuse  traversant   forêts et villes…, et subitement, que voit-il devant lui ? Un océan si immense qu’y pénétrer signifie à coup sûr, disparaître à jamais. Mais il n’y a pas d’autre moyen. Le fleuve ne peut pas revenir en arrière : c’est impossible. Le fleuve ne peut qu’entrer dans l’océan. Et c’est en s’y jetant que sa peur s’évanouit  parce qu’il réalise alors qu’il ne disparaît pas dans l’océan, mais qu’il devient l’océan !

Chers amis, on se demande souvent si la vie a un sens. Oui, elle a un sens dès lors qu’on est  utile aux autres; dès lors qu’on a un horizon, une espérance. L’espérance chrétienne est la certitude que notre avenir est en Dieu. Le psalmiste l’exprime  en ces termes : « Seigneur mon Dieu, tu m’as fait remonter du monde des morts; j’avais un pied dans la tombe, mais tu m’as rendu la vie » (Ps 29, 4). En clair,  Dieu n’a créé l’homme que pour la vie ; il lui a octroyé une existence impérissable. La foi au Christ  est la source de cette vie qui triomphe  de la mort.  « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » (Thérèse de Lisieux). 

Dans la page d’Evangile, Jésus guérit une femme d’un mal qui l’aurait inexorablement  conduite à la mort. Saint Marc l’évangéliste souligne l’état désespéré de cette femme qui a « beaucoup » souffert; elle a eu de « nombreux » traitements; elle a tout dépensé sans aucune amélioration, hélas ! Dans le judaïsme, ce qui touche au sang est symbole d’impureté (Lév 15, 19-30). Voilà pourquoi elle touche à la dérobée (par derrière) la tunique de Jésus,  pour ne pas le contaminer de son impureté et, surtout,  ne pas être prise en flagrant délit de braver un interdit culturel. C’est comme si cette femme  volait sa guérison. Mais quand Jésus lui dit : « Ta foi t’a sauvée« , il la lui restitue. Elle ne l’a pas ainsi volée, sa guérison, elle lui appartient à vrai dire! Si, par ailleurs,  Jésus ne la repousse pas, c’est parce que quand il faut sauver une vie, tout ce qui est légalisme, tabou, peur, gène… ne compte plus.

Dans le 2ème miracle du récit évangélique, Jésus relève la fille de Jaïre du sommeil de la mort. Je suis admiratif de la foi de ce père qui espère contre toute espérance. D’entrée de jeu, il tombe aux pieds de Jésus, en signe d’humilité, d’adoration, d’abandon et de confiance. Oui, il y croit, malgré la déprime ambiante (« A quoi bon déranger le Maître« ), les pleurs et les grands cris annonçant la mort de l’enfant. Mais Jésus le rassure : « Ne crains pas, crois seulement « . La foi au Dieu de l’impossible – là où aucun moyen humain ne peut plus rien – est une issue positive au désespoir. Saisissant alors la main de l’enfant, il lui dit en araméen, sa langue maternelle : « Talitha koum » (« Jeune fille, lève-toi »)…

De ce qui précède, l’urgence qui est la nôtre est d’apprendre à apprécier la vie, de lutter avec audace  et détermination contre les forces mortifères, de nous engager généreusement dans les actions en faveur de la vie (2ème lecture).

Dans ta prière de cœur, demande souvent à Jésus de te toucher par son Esprit. Ce toucher créateur transmet la vie, remet debout et guérit toute blessure. Etre vivant,  n’est-ce pas être « branché » sur le Christ ?

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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A l’épreuve de la foi 

Homélie du 12ème dim. ord. B  : A l’épreuve de la foi                                                    

           Lectures : Jb 38, 1.8-11; Ps 106; 2 Co 5, 14-17; Mc 4, 35-41

Chers amis, connaissons-nous vraiment Jésus-Christ ? La question de son identité traverse tout l’Evangile de saint Marc : « Qui est-il donc cet homme, pour que même le vent et les flots lui obéissent ? » (Mc 4, 41; 8, 27-29; 14, 61; 15, 39). La liturgie de la Parole de ce dimanche nous aide à plonger une fois de plus dans le mystère de sa connaissance : connaître Jésus pour mieux l’aimer, s’attacher davantage à Lui.

Elle est merveilleuse la page d’Evangile que l’Eglise propose à notre méditation: les vents hurlent, les vagues déferlent … Curieux !  Voici une tempête et pourtant Jésus est là. Non, il n’a jamais promis de supprimer les embûches de la navigation, les obstacles dans la vie de ses amis. Dans la  prière sacerdotale de saint Jean, il dit expressément ceci : « Père, je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais » (Jn 17, 15). Autrement dit : ils doivent assumer, boire la coupe de leur vie jusqu’à la lie, mais toi, délivre-les du mal ! Quand j’oublie que Jésus est là, présent et vivant, que la puissance de sa résurrection agit dans ma vie, qu’il m’accompagne et même m’habite, je sombre dans la peur paralysante et liberticide.

« Pourquoi avez-vous si peur ?  » (V 40). A mon avis, la question de fond à se poser est   celle-ci : comment ne pas devenir le jouet de toutes ces peurs et angoisses qui nous troublent et nous rongent ? En effet, nos peurs sont de véritables coups d’épingles qui empoisonnent et pourrissent notre vie. Elles restreignent nos envies et nos ambitions, nous font régresser, nous font perdre confiance en nous-mêmes et provoquent des maladies. La peur est le contraire de la foi, un manque de confiance qui accable et décompose. Certes, il faut prendre conscience des dangers et des menaces qui nous guettent, mais sans jamais oublier d’aller puiser au fond de nous-mêmes la force morale pour les exorciser. Le bonus pour le croyant, c’est qu’en plus de ses propres ressources, il a une force de salut exceptionnelle: la confiance en l’Amour de Dieu. « Tu n’auras pas peur de tes ennemis car le Seigneur ton Dieu est avec toi » (Dt 20, 1). La foi, c’est la conviction sinon la certitude profonde que même si la barque de ma vie est ballotée par des éléments déchaînés (séparations, échecs, incompréhensions, frustrations, trahisons, maladies, deuils…), que même si je fais l’expérience du « silence de Dieu », je sais sans en démordre que son Amour pour moi aura raison de tout. « Scio cui credidi » dira saint Paul, « Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Ti 1, 12).

Dieu est grand ! Le récit de la mer maîtrisée (selon le Premier Testament, la mer c’est le lieu du grand abîme, peuplé de monstres infernaux et de puissances maléfiques) est le signe de sa puissance sur le mal. Ce récit renvoie ainsi aux moments désespérés et orageux de notre vie, qui nous invitent à nous abandonner à Dieu dans une confiance totale : « Nous sommes perdus, Seigneur, cela ne te fait rien ? » (V39). Voilà un vrai questionnement de la foi qui est en même temps prière d’abandon. A ce moment-là,  Dieu déploie sur nous toute la mesure de son Amour, car c’est quand nous sommes faibles que sa grâce surabonde ! Malgré les aléas de la vie, Il ne nous  abandonne jamais. Voilà pourquoi nous Lui devons une action de grâces permanente (Ps 106). Son Amour nous a saisis (2ème lecture), il fait du croyant une « créature nouvelle« . N’est-ce pas là la conversion : se regarder, regarder « autrement » l’autre, la nature, les événements de l’histoire et Dieu ? Regarder non plus de manière simplement humaine, mais avec une bienveillance évangélique. Quand je rencontre une personne, j’ai un a priori positif sur elle, me disant que dans l’absolu, il y a en chacun de nous, plus de choses à admirer qu’à mépriser. Et même s’il y a des choses à dédaigner, par maturité spirituelle, je fais l’effort de ne pas mêler les genres, de bien distinguer la personne qui garde absolument sa dignité humaine et la faute qu’elle a  éventuellement commise. Celle-ci, seulement, doit être désapprouvée…

 
Chers amis, que le Seigneur augmente notre foi : c’est la clé d’une vie apaisée !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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« Aie confiance, petit troupeau » (Jésus)

Homélie du 11ème dimanche ordinaire B : « Aie confiance, petit troupeau » (Jésus)

                                  Ez 17, 22-24; Ps 91; 2 Co 5, 6-10; Mc 4, 26-34       

Mes sœurs et mes frères, la Parole de Dieu est une école de vie, on y apprend tous les jours. Dans celle de ce dimanche se profile la promesse d’un avenir meilleur; elle nous (r)affermit dans l’espérance et nous convie à la confiance. En effet, quand on est croyant, dans les difficultés de la vie, seule la confiance et l’abandon à la providence peuvent aider à ramer un jour à la fois. Oui, le constat est sans appel : notre monde bouge : perturbations écologiques, catastrophes naturelles, néo-libéralisme sauvage, inégalités sociales abyssales, culte du moi, sécularisation, déchristianisation … C’est tant et si vrai que l’on peut à juste titre  se demander : mais où est Dieu ?  Ne donne-t-il pas  l’impression de se désintéresser de ce qui se passe dans le monde ? Le message évangélique n’est-il pas insignifiant ?

Alors en bon pédagogue, pour nous aider à surmonter le défaitisme et notre angoisse désespérée, Jésus va utiliser un langage allégorique, symbolique, à savoir la parabole, qui permet à chacun d’entendre ce qu’il peut entendre. Elle convie chacun à décoder la clé du message évangélique. La parabole n’est pas un enseignement abstrait, c’est plutôt une parole qui parle à l’intime de chacun. Pour Jésus, c’est une illusion d’optique de penser que l’action de Dieu est inexistante. « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux » (A. de Saint-Exupéry).  Le Règne de Dieu, c’est-à-dire le plan de Dieu commencé en Jésus-Christ et qui s’accomplira à la fin des temps (à la grande Moisson), grandit certes, mais sans bruit ni éclat : leçon d’humilité ! Le comportement du cultivateur peut nous aider à comprendre celui de Dieu. Il jette le grain dans son champ, une poignée de poussière toute dérisoire comme la graine de moutarde.  Et puis, dirait-on, rien ne se passe …, et pourtant, grâce à une fantastique alchimie, elle se développe jusqu’à devenir un grand et magnifique arbre, abri pour les oiseaux du ciel qui chantent  la vie.  L’Esprit Saint travaille discrètement dans l’Eglise, dans les cœurs des hommes, dans le monde.Il y a une flopée de  signes du Royaume à décrypter autour de nous…  Le Royaume  est là, qui surgit, (sur)vient à ta rencontre. Ne vois-tu pas les semences d’espérance, toutes ces énergies de vie, de résilience, de résurrection dans l’histoire; ces forces  de solidarité et d’entraide, de passion pour l’homme, d’écoute du cri de l’homme et de la terre … ? Toute parole de lueur et d’encouragement, tout geste d’accueil, tout service gratuit et désintéressé, bref tout bienfait porteur d’avenir est une trouée vers le Royaume. Dans le « Notre Père« , nous demandons : « Que ton Règne vienne« , c’est-à-dire que nous en goûtions déjà les premiers fruits, ici et maintenant, chaque fois que le feu d’amour et de service brûle en nous et nous pousse à bâtir une civilisation de justice et de paix. …

Soulignons toutefois que le fruit produit passe par différentes étapes : la graine, l’herbe, l’épi et puis le blé formé. Cela signifie  que l’évolution du Règne de Dieu se déploie aussi à travers la fragilité de l’épi qui, cependant, renferme un potentiel de vie. De même, Jésus a lui-même connu des échecs. La preuve, s’il en fallait une : mal compris, mal aimé, il a été tué. Il n’a pas su convertir tous ses contemporains, y compris sa propre famille (Mc 3, 20-21; Lc 4, 22-30).

Ce message est donné entre autres pour ceux qui sont associés au ministère d’ensemencement (parents, grands-parents, enseignants, éducateurs, catéchistes, prêtres et autres acteurs pastoraux), qui risquent de déchanter. Il convient de continuer d’entreprendre avec audace, semer la Parole, les valeurs évangéliques au milieu de broussailles. Mine de rien, la grâce qui se déploie dans un dynamisme qui échappe à l’observation, fait son œuvre. Dans la confiance que tout est entre les mains de Dieu, Martin Luther raconte sa liturgie du coucher: « Je vais dans ma chambre et je jette les clefs aux pieds de mon Seigneur en lui disant : ‘Seigneur, c’est ton affaire et non la mienne. C’est sans moi que tu l’as conservée depuis le début du monde, sans moi tu peux bien la conserver jusqu’à l’éternité’« .

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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