L’essentiel, c’est aimer !

Homélie du 6ème dimanche B de Pâques :                  

Lectures : Ac 10, 25-48; Ps 97; 1 Jn 4, 7-10; Jn 15, 9-17

Mes frères et mes sœurs, à la suite de dimanche dernier, Jésus continue, avant de quitter ses disciples,  de leur livrer ses ultimes révélations : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous aime« . Quelle belle déclaration d’amour ! Nos rapports avec lui  ont acquis un autre statut : « Je vous appelle mes amis« . La foi n’est pas une question de croyance livresque, mais d’amitié. Montesquieu déclare à juste titre : « Si nous connaissions le prix d’un véritable ami, nous passerions notre vie à le chercher ».  Un ami est une présence et un repère! Vivre sans amis, n’est-ce-pas mourir un jour sans témoins ? L’ami est quelqu’un à qui j’ose ouvrir mon cœur, hypothéquer le capital de ma confiance. A un ami, je peux faire des confidences sans peur d’être trahi.  Un des plus grands bonheurs de cette vie,  c’est d’avoir quelqu’un à qui on peut confier  un secret ; quelqu’un devant qui on peut étaler sa nudité, sa pauvreté offerte sans risquer d’être jugé. Quelqu’un qui finit toujours par me comprendre même s’il ne cautionne pas tout et qui connaît aussi bien  le flux que  le reflux de ma marée… J’aime le dire aux membres de ma famille biologique : « Toute relation, y compris les liens de sang, de mariage…, pour qu’elle soit cool, simple, naturelle, profonde, confiante et éternelle, doit se muer en amitié« . Et toi, quelle relecture fais-tu de tes amitiés ?

Quand Jésus disait : « Je suis venu mettre le feu sur la terre » (Lc 12, 49), il s’agissait de ce volcan d’amour en éruption. L’Evangile en retrace la cadence : le Père aime le Fils (qui seulement peut imaginer les profondeurs vertigineuses de la communion entre le Père et le Fils !) Le Fils nous aime de la même fulgurance d’amour divin à Inoculés de cet amour au baptême, il nous missionne d’en aimer les autres Ce faisant, nous devenons enfants de Dieu. Car, « Celui qui aime est né de Dieu… Dieu est amour ! » (2ème lecture). Dès lors, on peut comprendre que le lien substantiel qui unit le Père au fils, c’est l’amour; qui unit le Fils aux hommes et ces derniers entre eux, c’est encore l’amour. Ainsi, quand tu t’interroges où est Dieu,  demande-toi où sont les signes du Royaume, où est l’amour ? Et chaque fois que tu cherches  une  solution à un problème de relation, passe toujours par la voie de l’amour. Pour finir, « Aime et fais ce que tu veux » (Saint Augustin).

L’Eglise visible, c’est celle dont on dit, non pas « Voyez comment ils sont organisés« , mais « Voyez comment ils s’aiment » (Mgr Guy Deroubaix). « C’est par l’amour que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples  » (Jn 13, 36)…  La  révolution d’amour que Jésus est venu mener se décline dans cette allégation : « Aimez-vous COMME je vous ai aimés« . L’amour du Christ est la source de mon propre amour. Lorsque je n’arrive pas à aimer en vérité, je vais m’y abreuver. Il est aussi le modèle d’amour gratuit, pur, inconditionnel, universel (agapé),  sans frontière ni discrimination, sans jugement préalable et sans attendre d’être payé en retour (1ère lecture).  Aimer, c’est vivre pour l’autre (don) et par l’autre (accueil). Lorsque je donne de mon temps, de ma bienveillance  à l’autre, je l’enrichis, lui rends la vie. Ne dit-on pas que l’amour n’existe pas, il n’y a que des preuves d’amour ? Au-delà de tout sentimentalisme, l’amour c’est d’abord des actions entreprises pour permettre à l’autre de grandir et d’être heureux. Sans exigence de fraternité, l’amour n’est qu’une idéologie.

Le label de l’amour de Jésus-Christ, c’est aussi : « Aimez-vous les uns les autres« . Les uns sont celles et ceux que j’aime tout naturellement, avec qui je m’entends à merveille… Les autres sont celles et ceux que je ne supporte pas nécessairement. Bien sûr, aimer son ennemi ne signifie pas partir en vacances avec lui, mais c’est lutter contre le ressentiment que j’éprouve à son égard, prier éventuellement pour lui, le bénir, vouloir qu’il vive. Ainsi, aimer la personne qui vous a blessé ne veut pas dire renoncer à la justice et à la vérité (Ps 85, 11), mais renoncer à la vengeance…
Cela est-il faisable ? C’est un idéal que Jésus nous propose. L’Esprit Saint, amour de Dieu en personne et impulsion de tout amour vrai et authentique, nous aide à y tendre.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Appelés à la fécondité

          Homélie du 5ème dimanche B de Pâques : Appelés à la fécondité

Lectures : Ac 9, 26-31; Ps 21; 1 Jn 3, 18-24; Jn 15, 1-8  (Vous êtes les sarments)

Mes frères et mes sœurs, l’Evangile d’aujourd’hui retrace les adieux de Jésus à ses disciples. Il leur ouvre les trésors de son cœur avant de les quitter. Et voici sa révélation : ce qui dilate le cœur de Dieu de  joie, qui fait sa gloire, c’est quand nous portons beaucoup de fruit. C’est même là le critère majeur d’authenticité du vrai disciple de Jésus-Christ (V. 8). En effet, ce n’est pas pour elle-même que la vigne produit des raisins, mais pour ceux qui vendangent. Dieu t’a créé et truffé de talents et de bénédictions pour nourrir  les mendiants du bonheur,  de la paix, de la tendresse, de l’écoute, de la considération … Aussi, pour faire passer ce message, Jésus va  s’inspirer, ici comme ailleurs, de la nature qui nous parle et nous instruit si admirablement. Dans l’image de la vigne qu’il choisit, Dieu le Père est le vigneron, lui-même Jésus est le cep (le pied de la vigne)  et nous les sarments. Coupés du tronc de la vigne d’où coule la sève vitale, les branches dessèchent absolument. La nécessaire incorporation des sarments dans le  cep est traduite par l’expression : « Demeurez en moi, comme moi en vous« .

Chers amis, ce récit évangélique  est un haut lieu de la spiritualité chrétienne, c’est le sens même du mot « religion » (du latin religare = relier), le principe fondamental  de la foi du cœur : être intimement relié à Dieu. Oui, s’il y a des croyants qui ne sont pas nécessairement heureux dans leur foi, c’est sans doute parce qu’il leur manque cette relation personnelle,  mystique (amoureuse), profonde et forte avec le Christ. Il leur manque la dimension « demeure », « habitation » de la foi. La plus-value de ma foi, c’est que, dans la traversée de la vie avec ses passages de turbulences,  moi je sais que je suis accompagné et même plus, « habité » par Jésus-Christ ! Il s’agit de la primauté de la communion et de l’attachement à Lui. A la messe, avant de communier, le prêtre dit cette prière silencieuse : « Seigneur Jésus, que jamais je ne sois séparé de toi« . Il faut rester en permanence greffé à Jésus pour laisser couler, circuler au plus intime de soi sa grâce, son Esprit. Sans cela, nous sommes arides et infertiles !

La vigne est un arbuste qui exige beaucoup de soin et un savoir-faire approprié : la protéger contre les parasites, la tailler … Comme sarments, nous avons besoin d’être nettoyés par les sacrements, en l’occurrence l’eucharistie et la confession; d’être purifiés grâce à la méditation de la Parole, à  nos engagements humanistes, au jeûne … En clair, la vigne doit être tragiquement émondée, saccagée par l’entaille des sarments stériles et des pousses inutiles.  Ce faisant,  on concentre la sève au coeur des sarments porteurs et on optimalise la production. Au moment de l’élagage, selon le jargon des viticulteurs, la vigne saigne, pleure … Et si  ses larmes faisaient écho à celles de nos souffrances, à l’accablement de nos combats intérieurs, de nos détresses et échardes (prières non exaucées : 2 Co 12, 7-10), de  nos amertumes et frustrations, bref des épreuves de la vie ? Mais forts de notre foi, nous savons que mourir c’est vivre. Si nous  sommes connectés au Christ mort et ressuscité, nos épreuves  peuvent devenir une purification. « Mais vous, déjà vous voici purifiés !« 

Cependant, quand bien même nous aurions trébuché ou nous nous serions égarés,  restons paisibles en nous préservant par-dessus tout du poison de l’autocensure délétère et de la  culpabilité paralysante. « Notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur » (2ème lecture). Voilà une des merveilleuses phrases du Nouveau Testament. Dieu connaît la raison de nos actes. Il est magnanime, plus indulgent que notre propre conscience. Pour ma part, à la place de la vieille religion qui surculpabilise, remue le couteau dans la plaie en brandissant  le spectre traumatisant de la peur et qui, par ricochet, dénature le message de la Miséricorde de Dieu, moi je prêche la religion  de la surabondance de grâces, celle  de l’amour gratuit et inconditionnel de notre Dieu. « Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent ! » (Ps 21).

                                                                                  Vital Nlandu,  votre curé-doyen

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Jésus,  Bon Pasteur, dimanche des vocations

Homélie du 4ème dimanche de Pâques B :

                      Lectures : Ac 4, 8-12;  Ps 117; 1 Jn 3, 1-2; Jn 10, 11-18

Mes frères et mes sœurs, posons-nous d’entrée de jeu cette question : peut-on s’oublier soi-même jusqu’à payer de sa personne ? Le don de soi est la condition sine qua non pour s’engager sur le chemin exigeant d’aimer et de servir : « Je donne ma vie pour mes brebis » (V.11)… « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux).

C’est le dimanche des vocations aujourd’hui. Qu’elle soit laïque, presbytérale, de vie consacrée, toute vocation est un feu dévorant, l’aspiration qu’on a  au fond de son cœur de se rendre utile aux autres. Il faut bien du dévouement, de la passion et du talent  pour arriver à cela. En effet, tout ce que nous réalisons sur cette terre n’a de sens et de soupçon d’éternité que si nous le faisons  par amour. La vocation chrétienne en général est un appel à traverser les eaux tantôt agitées, tantôt apaisées de la vie avec le Christ, qui nous indique le rivage de la liberté et du vrai bonheur… Alors dis-moi : à quelle vocation le Seigneur t’appelle-il et comment y réponds-tu ?

Si Jésus décline son identité, c’est pour nous faire raisonner, mais surtout faire  résonner en nous le mystère de l’amour de Dieu, nous aider à comprendre un tant soit peu sa mission : « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la porte, la vigne, la résurrection et la vie… » Et aujourd’hui : « Je suis le Bon Pasteur, le Vrai Berger« . A l’époque de Jésus, le peuple d’Israël était majoritairement rural et pastoral…  Voici le quotidien de la vie d’un berger : chercher de verts pâturages et les points d’eau pour la vie des brebis ; les protéger des voleurs ou des animaux  prédateurs  et, le soir, les ramener dans l’enclos.

 Quand Jésus se déclare être un berger sans nul autre pareil, le berger sûr, il se rapporte à l’amour qu’il a pour le croyant. Avec lui, la brebis ne risque pas de se fourvoyer dans des voies sans issue, les ravins de la mort. Il soigne la brebis blessée, fortifie celle qui faiblit. « Je connais mes brebis « dit-il, « et mes brebis me connaissent« .  Con-naître signifie ici naître avec l’autre, autrement dit engager une relation mutuelle affectueuse. Il s’agit de cette merveilleuse dialectique : connaître pour aimer et aimer pour connaître davantage ! Maurice Zundel l’exprime en ces termes : « il n’y a de vraie connaissance que dans l’amour ». La foi n’est pas une adhésion intellectuelle, c’est une relation confiante,  un attachement au Dieu Trinitaire. Dans ses Confessions, Saint Augustin dit à Dieu : « J’ai tardé à t’aimer…, tu étais dedans, moi dehors»… Le Bon Pasteur  donne sa vie pour ses  brebis et son souci permanent, c’est que ses brebis « aient la vie et la vie en abondance » (Jn 10, 10).

En effet, comme l’atteste Saint Jean,  « Il est grand l’amour dont il nous a comblés  » (2ème lecture). Un amour sans  frontières, qui se manifeste dans la diversité des cultures et des personnes. Bref, il est destiné, cet amour divin, à atteindre tous les êtres humains, car tous, croyants ou non, sont ses enfants. Comme une orange gorgée de jus, le cœur de chaque être humain en est irrigué. D’où, notre inclination naturelle à aimer et à être aimé.

« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas dans cet enclos« . Ces brebis étrangères sont aussi promises à entrer dans l’enclos de l’alliance avec Dieu. Cela doit bien interroger notre préoccupation pastorale d’aller en périphérie (pape François), chercher tous les enfants de Dieu bien au-delà des murs de nos communautés chrétiennes parfois introverties, sans rayonnement ni ouverture !     

Par sa croix, Jésus réconcilie ciel et terre mais aussi, avec ses bras étendus, rassemble les hommes du monde entier dans l’unité. Ce faisant, le mystère pascal devient «  catholique », universel.                                                                 

                                                                                              Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Dimanche du témoignage

Homélie du 3ème dimanche B de Pâques :

Lectures : Ac 3, 13s; Ps 4; 1 Jn 2, 1-5a; Lc 24, 35-48

Mes sœurs et mes frères, si dimanche dernier était celui de la foi (incrédulité de Thomas), celui d’aujourd’hui est le dimanche du témoignage. Dans la 1ère lecture, Pierre parle en témoin. Pour lui, c’est à nos frères juifs qu’incombe l’entière responsabilité de la mort de cet homme nu, Jésus accroché à une croix, le visage ravagé par la souffrance. Nous savons que cette question fâcheuse et encombrante  a fait couler beaucoup d’encre … et de sang durant des siècles. Il nous souviendra l’expression antijuive « le peuple déicide« , qui a incité à la violence contre les juifs (cf. les croisades, l’inquisition espagnole, la justification de la Shoah) … Et pourtant,  Pierre ne culpabilise pas les juifs,  puisqu’il dit qu’ils étaient ignorants. Jésus lui-même est allé dans ce sens.   Sur la croix, on l’entend supplier : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24). Il faut ainsi une ligne de crête : on peut condamner les forfaits sans toutefois désavouer et stigmatiser les hommes qui les ont commis. Les  disciples qu’il rencontre dans l’Evangile d’aujourd’hui sont ceux-là même qui l’ont abandonné le vendredi saint. S’il leur a pardonnés, c’est  pour leur permettre de se relever.

En effet,  Pierre et Jean (2ème lecture) écrivent pour que leurs interlocuteurs se convertissent, c’est-à-dire se tournent désormais vers le Ressuscité, qu’ils le connaissent. « Connaître » ici signifie reconnaître l’être aimé. Il s’agit d’une relation intime, d’une véritable communion. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le verset de saint Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3)… Certes, le converti doit éviter le péché, mais saint Jean est bien réaliste lorsqu’il déclare que si, malgré tout, le converti vient à pécher, qu’il n’hésite pas de  disposer son cœur à accueillir la tendresse du Père, son pardon par Jésus-Christ, notre ami et notre défenseur.

La page d’Evangile fait suite à l’épisode des disciples d’Emmaüs qui sont retournés à Jérusalem auprès de leurs amis pour témoigner de ce qu’ils ont vécu sur le chemin : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! » (Lc 24, 34). Evidemment, quand on parle du loup, on voit sa queue ! Parler de Jésus Ressuscité en guise du témoignage, c’est tout un sacrement,  il nous rejoint, il devient présent !

« Shalôm« , dit le Ressuscité : la paix soit avec vous ! La paix du cœur est le premier effet de notre foi au Christ  Ressuscité.  J’en ai tellement besoin dans ma vie, mais aussi  ma mission,  n’est-elle pas de porter cette paix à ceux dont le cœur est bouleversé, à ceux qui ont perdu le sens de la vie ?…  Alors, d’une simple rumeur, les disciples de Jésus restés cloîtrés à Jérusalem  vivront  l’expérience d’une rencontre en live,  tangible (« regardez, touchez, constatez … ») avec le Ressuscité. Et pour les aider à intégrer cette réalité, Jésus va  leur expliquer par une méthodologie catéchétique, les Ecritures qui le concernent. Et ce,  en ouvrant leur intelligence à la compréhension de la Parole de Dieu. Toute lecture biblique exige de l’intelligence. Il convient ainsi, en ouvrant la Bible,  de demander à l’Esprit Saint de nous aider à discerner, dans l’interprétation que nous en faisons, la révélation de la mission à laquelle Dieu nous destine…

Une fois ressuscité, son corps matériel devint  glorieux, spirituel, mais ce qui est curieux, c’est que  les marques de crucifixion n’ont pas changé. Pourquoi ? Parce qu’elles sont devenues sa carte d’identité, le moyen pour le reconnaître. C’est la preuve qu’il nous aime jusqu’au bout, qu’il nous sauve et nous rejoint dans la vie ordinaire de chaque jour, y compris dans nos lieux de malheurs comme la souffrance et la mort. Le psalmiste écrira : « Beaucoup demandent : qui nous fera voir le bonheur ? Sur nous,  Seigneur, que ton visage s’illumine !« …

Et  pour nous faire comprendre qu’il est avec nous dans la vie ordinaire, il mange un morceau de poisson grillé devant ses disciples. S’il le fait, c’est pour que  nous sachions ainsi qu’il bénit le fruit de notre travail, mais également, comme le souligne le pasteur américain Martin Luther King, que la religion ne doit pas seulement s’occuper du ciel, mais de la terre en plus.

Chers amis, que le Seigneur nous garde d’être indifférents envers ceux qui ont faim et sont mutilés par des situations humainement insoutenables.  » A vous d’en être les témoins !« . Telle est la mission qui nous est assignée, celle de rendre Dieu « désirable » entre autres par notre attention aux faibles de nos communautés. Sans cela, notre  foi au Christ Ressuscité risque d’être stérile !

                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Irruption du Ressuscité dans nos vies

Homélie du 2ème dimanche B de Pâques : Lectures : Ac 4, 32-33; Ps 117; 1 Jn 5, 1-6; Jn 20, 19-31

Mes sœurs et mes frères, voici le message de Pâques que je vous transmets : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia ! » (Lc 24, 34   ).Mais la préoccupation qui est la mienne, c’est de ressentir pour de vrai et même avec émotion, d’éprouver aujourd’hui la présence du Ressuscité. A lumière de la Parole de Dieu de ce dimanche, je sais que  je peux rencontrer le Ressuscité :

1. En invoquant son Esprit : « Recevez l’Esprit Saint« . C’est le souffle qui me vivifie et me fait acquérir une autre dimension, la nouvelle naissance (Gn 2, 7). C’est le carburant de ma vie chrétienne. Chaque matin, j’ai besoin de ma dose d’Esprit Saint pour la journée : viens, Esprit Saint ! Il rend mon cœur brûlant de la présence de Dieu (Lc 24, 32). C’est le  bras de levier qui m’aide à accomplir la mission à laquelle Dieu me destine : annoncer une année de bienfaits de sa part (Lc 4, 18-19), proclamer la puissance de sa Miséricorde qui libère celles et ceux qui sont pétrifiés et paralysés par la morsure de la culpabilité.

En ce  dimanche de la divine Miséricorde, sachons pour toujours  que le pardon de Dieu par le sang de l’Agneau, efface notre honte. Il nous rend la joie d’être restaurés et rétablis dans  notre dignité originelle d’enfants de Dieu. Shalôm : paix! C’est par l’Esprit Saint qui sature notre cœur de l’amour de Dieu (Rm 5, 5),  que nous avons l’assurance et pouvons expérimenter la paix profonde, la guérison intérieure : « Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède ni à la panique, ni à l’agitation » (Jn 14, 27).

2. Par la foi : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Thomas, l’incrédule, l’homme de bon sens, de sens critique, n’est-il pas, à bien des égards,  notre jumeau ? Il doute, refuse de croire au premier abord, pose légitimement des questions et exige des preuves. On peut le comprendre : l’homme est un animal raisonnable (Aristote).  Mais, poussée à l’excès, une rationalité toute froide peut engendrer de l’insécurité paranoïaque, le manque de confiance aux autres, la fermeture de cœur et tant d’autres blocages. La foi, c’est un jour avoir soudain cette révélation intérieure : je suis aimé de Dieu, non pas pour ce que je vaux, non pas pour ce que je mérite, non pas parce que je suis prêtre, mais simplement parce que je suis son enfant. J’entre alors dans la lumière du regard aimant de Dieu, un regard qui devient magie de communion et d’amour. De là naît ma confiance totale en son Amour : « Je sais en qui j’ai mis ma foi ! » (2 Ti 1, 12). Alors je n’ai pas besoin de voir physiquement Jésus pour le reconnaître ou de le toucher pour croire en lui. L’approche spirituelle, le regard intérieur, la grâce de sa présence me suffisent… Qu’il est grand le mystère de cette foi-bouée de sauvetage ! Quand tu es tenté par le doute suite au décès d’un être cher, à une perte de sens et d’horizon, à la fatigue physique et spirituelle, à des situations « verrouillées », inextricables, aux frustrations, à la déception de l’Eglise…, ose  dire la remarquable profession de foi de Thomas : « Mon Seigneur, mon Dieu« . C’est un soupir du cœur, un cri d’abandon et de totale confiance. « Ne t’ai-je pas dit que si tu  crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jn 11, 40). Le bonheur de ceux qui croient, c’est qu’ils demeureront  vivants en Jésus-Christ. 

3. Par le sacrement du frère : « Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence« . C’était le nouveau style de vie de la première  communauté chrétienne : la  fraternité dans la simplicité de cœur, l’accueil des différences (tolérance) et le partage. Chers amis, quelle place accorde-t-on au don, au service gratuit dans une société du chacun pour soi, une société où tout doit s’acheter et se vendre ? Ici, je soutiens la politique sociale (solidarité citoyenne ou républicaine) de nos pays. Je félicite ceux  qui luttent pour la réalisation de ce rêve évangélique : que chacun ait droit au minimum vital. Je suis admiratif de ces personnes, bienfaitrices de l’humanité, qui se dévouent pour que, autant que faire se peut, chaque être humain ait sa petite part de soleil.  L’expression  » avoir un seul cœur et une seule âme » évoquée dans la 1ère lecture passe absolument par le partage : partage de son temps, de ses talents, de ses joies, ses peines, ses doutes, ses découvertes spirituelles …

                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Il vit et il crut !

Chers amis, la semaine sainte a été un chemin à découvrir, un espace de silence et de paix qui nous a  permis de faire la vérité sur notre relation personnelle avec Dieu.

Le constat est sans appel, c’est la béance du tombeau de Jésus : il est vide !

Mais serait-ce pour autant une preuve établie et indéniable  de la résurrection de Jésus-Christ ? C’est Marie Madeleine qui a fait ce constat brut : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où  on l’a déposé! ».  Il est vrai que personne  n’a vu, enregistré ou encore filmé la scène de la résurrection,  le moment crucial où la pierre est roulée, où l’on voit  Jésus  quitter le tombeau, s’en éloigner, seul ou accompagné, transporté, vivant ou mort…et en quelle direction !

Cependant, ce qui poussera le monde entier à croire qu’il ne s’agit pas là de « fake news », ce sont les paroles en  actes des apôtres, des disciples, des fanatiques du Ressuscité. C’est en voyant la fougue résolue et le feu irradiant de ces témoins qui agissaient au Nom de Jésus-Christ, à travers des  œuvres qui font lever le jour,  que le monde a commencé à croire que Jésus était vraiment ressuscité, qu’il était vivant : il ne pouvait en être autrement! Le témoin donne envie de croire …

Oui, les apôtres ont fait leur part. Aujourd’hui, mes amis,  c’est  par nos actes que nos contemporains croiront  que le Christ est réellement vivant.  Que faisons-nous alors qui témoigne de la résurrection de Jésus-Christ ? Je voudrais par-là  dire que notre communion au  Ressuscité nous engage  à vivre à notre tour en ressuscités « Je croirais plus volontiers à leur sauveur » dit Nietzsche en parlant de chrétiens, « s’ils rayonnaient davantage la joie, s’ils  avaient l’air d’être sauvés, l’air de ressuscités« .  La Résurrection de Jésus-Christ est une énergie formidable, elle est révolutionnaire tant qu’elle suscite  de nouveaux « passages », de nouveaux engagements pour la vie et pour l’amour.  S’adressant aux jeunes aux JMJ de Rome en 2000, Jean-Paul II leur disait : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier ! »

La pierre est roulée

Il y a toujours une pierre lourde, très lourde même qui souvent nous  paralyse et nous  empêche d’avancer. Elle est là la pierre, présente dans notre vie personnelle, relationnelle, familiale, paroissiale… Sachons que chaque fois que nous avons posé un acte de résurrection, nous l’avons roulée.  C’est quoi finalement cette pierre ? Ce ne sont pas nécessairement  des éléments nuisibles extérieurs. C’est parfois nous-mêmes. Alors, laissons-nous transformer par le Ressuscité !

Il vit et il crut !

Après 20 siècles, ce que nous avons à voir aujourd’hui, c’est à partir des yeux de la foi. Fêter Pâques aujourd’hui, c’est reconnaître les traces du Ressuscité là où bat le pouls de l’histoire, au cœur de la vie de nos familles et de nos communautés. En effet, nous pouvons par notre émerveillement, notre regard de bienveillance et de foi, découvrir les scintillants signes d’espérance et de résurrection d’aujourd’hui. Découvrir la présence du ressuscité dans les sacrements, dans la recherche de nouvelles expériences spirituelles et d’intériorité, dans les   nouvelles solidarités, bref dans les initiatives et la maturité spirituelle et humaine de nos communautés respectives.

En chacun, il y a une fontaine d’eau vive, quelque chose de beau, de grand, de vrai, de bon. Chaque personne est sacrée et peut, grâce à la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, déployer la richesse infinie de sa vie intérieure.

Joyeuse fête de Pâques à tous.

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Jésus est vivant

Chers Frères et Sœurs,

Recevez mes meilleurs vœux de bonne fête de Pâques ! Malgré les limites mises à nos célébrations, nous n’oublions pas la fête de la vie. Le Christ est ressuscité !

Pâques, c’est chercher et découvrir Jésus. C’est comme les œufs de Pâques : on doit les chercher dans le jardin et les découvrir car ils sont cachés ! Dans l’évangile de la Vigile pascale selon saint Marc (16,1-7), nous lisons que trois femmes, amies de Jésus, se rendent à son tombeau après sa mort, pour soigner son corps : Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé. Elles y voient un jeune homme vêtu de blanc, qui leur dit : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? »

Cette parole me fait réfléchir : les femmes en effet cherchent Jésus. Nous aussi nous sommes invités à chercher Jésus. Dans chacune de nos vies, il y a des questions, des doutes, des recherches. Nous sommes parfois dans la difficulté à cause de problèmes dans nos familles ou au travail, à cause des problèmes de notre société et des peurs que nous vivons. Cette année, en outre, nous sommes frappés par la pandémie du Covid. Ces trois femmes aussi étaient frappées par la souffrance : on avait exécuté injustement leur meilleur ami, Jésus. Mais elles le cherchent quand même, elles vont jusqu’à son tombeau ! Alors, nous aussi, osons chercher Jésus dans notre vie ; n’oublions pas son message et sa force de vie.

Le jeune homme assis au tombeau de Jésus dit encore aux femmes : « Jésus est ressuscité ! Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez comme il vous l’a dit ». Jésus est donc vivant, mais on ne le voit pas en direct. « Il nous précède en Galilée ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que Jésus donne à chacune de nos vies une deuxième chance, une nouvelle occasion de le découvrir. La Galilée, c’est une région de frontière et de périphérie. Cela veut dire qu’on découvre Jésus dans les périphéries de notre monde. Nous découvrons Jésus quand nous sommes attentifs aux pauvres, aux malades, à ceux qui sont dans le besoin. Nous découvrons Jésus quand nous reconnaissons notre faiblesse et que nous recherchons une lumière et une force pour notre vie.

La Galilée, c’est aussi le lieu de l’enfance de Jésus, de son premier ministère public et de ses premiers disciples. Elle nous fait penser à notre lieu d’enfance, à notre village ou notre ville, avec nos parents, notre famille, notre histoire, notre culture. Jésus veut nous retrouver dans notre Galilée, c’est-à-dire dans le lieu que nous aimons. C’est pourquoi cette année, toutes les cloches sonneront à midi le jour de Pâques pour fêter la résurrection du Christ et faire participer à la fête ceux et celles qui n’auront pu se rendre à une célébration.

Jésus nous donne même une Galilée nouvelle, un nouveau lieu de communion, dans nos communautés de foi chrétienne ; il est présent quand nous vivons une vraie réalité d’amitié sociale et de solidarité. Jésus est une présence réelle dans notre vie, une force réelle, un souffle de renouveau et d’espérance.

Remercions-le d’être là pour nourrir nos vies et nous donner l’espérance ! Unissons-nous en communauté pour contrer l’individualisme de notre société et la logique du « chacun pour soi » ! Et témoignons de lui, autour de nous, avec joie !

Alléluia !

† Jean-Pierre DELVILLE,
évêque de Liège

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