Homélie du 1er dimanche de Carême A
Lectures : Gn 2, 7-9; 3, 1-7; Lc 4, 1-11
Mes frères et sœurs, le Carême, c’est 40 jours de combat spirituel, de résistance à la séduction du mal, de lutte contre les trois tentations archétypes, les trois racines du péché:
* La satisfaction de nos envies: le désir de posséder, d’accumuler les biens matériels et d’y fonder notre orgueil. La tentation de réduire notre être à nos avoirs.
* La manipulation, la perversion, l’instrumentalisation de la Parole de Dieu à notre profit. Ou encore le marchandage: faire pression sur Dieu, le mettre à l’épreuve.
* La tentation des royaumes, c’est-à-dire du pouvoir, de la gloire, de la domination: les dérives de notre besoin de reconnaissance, de prouver, d’obtenir l’approbation des autres, de briller, d’être applaudi. Ce besoin excessif nourrit l’orgueil.
L’Évangile de ce dimanche est un véritable miroir du combat spirituel. Il y a des détails étonnants: c’est l’Esprit Saint qui conduit Jésus au désert! Oui, l’Esprit Saint nous rejoint dans nos déserts: nos moments d’épreuve, de silence et de dépouillement. Le diable tente Jésus quand il est affaibli! Après avoir jeûné 40 jours et 40 nuits, Jésus est tout naturellement éprouvé physiquement, il a épuisé ses réserves. C’est lorsque nous sommes faibles, vulnérables, découragés, déprimés, épuisés physiquement, psychiquement ou spirituellement que le Malin nous lance ses flèches et tente de faire de nous sa proie.
Et alors, comment lui résister?
Dans la première lecture, Adam et Eve font l’expérience de la nudité. Ils se retrouvent nus, déshabillés, démunis, sans protection ni sécurité, vulnérables aux assauts du Malin. Telle est la conséquence douloureuse de notre choix de nous passer de Dieu, de nous éloigner de sa voie. D’où l’appel pressant du Mercredi des Cendres à la conversion intérieure. Le Seigneur dit par le prophète Joël: «Revenez à moi de tout votre cœur».
La nature elle-même nous donne des leçons: pour se protéger, la tortue utilise sa carapace, l’escargot sa coquille, le hérisson se roule en boule en dressant ses piquants, et le porc-épic ses aiguillons. Et toi, quel est ton bouclier pour te protéger spirituellement?
Dans l’Évangile, pour résister:
° Jésus est rempli de l’Onction, imprégné de l’Esprit Saint qui ne le quitte pas.
° Il s’appuie sur la Parole de Dieu, garde une confiance humble en Dieu ; il s’abandonne.
° Il est en communion avec les anges, les mêmes qui le fortifieront lorsqu’il sera saisi d’angoisse au mont des Oliviers (Lc 22, 43).
° Par deux fois, pour le narguer et le défier, le diable lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu…» C’est la même provocation au pied de la croix (Mt 27, 39-40). Le diable évoque en fait son baptême, où l’on a entendu la voix du Père déclarer à Jésus: «Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie» (Lc 3, 22).
Ce sont là des armes qui nous sont suggérées pour le combat spirituel:
° Le recours à l’Esprit Saint.
° Notre fidélité à la Parole de Dieu.
° La foi de notre baptême, qui nous permet de résister à la tentation du doute et soutient notre confiance dans l’Amour de Dieu.
° Notre relation avec notre ange gardien, que nous oublions si souvent.
À la fin de l’Évangile, Matthieu écrit: «Alors le diable quitte Jésus» Mais dans la version de Luc, nous lisons: «Ayant épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna jusqu’à une autre occasion» (Lc 4, 13). Cela signifie que le Malin a perdu une bataille, mais pas encore toute la guerre: ses assauts continuent encore aujourd’hui. Aussi, nous anticipons notre victoire définitive sur les forces du mal et de la mort par le jeûne et la sobriété (élaguer les branches inutiles, fermer les routes sans issue), l’aumône (un Carême sans partage est insipide) et la prière (elle est la sève de notre vie chrétienne).
À tous et à chacun, je souhaite une belle montée vers Pâques.
Vital Nlandu, votre curé-doyen



