En marche vers Noël, on est vigilant !

Homélie du 1er dimanche de l’Avent :

            Lectures : Is 2, 1-5; Ps 121; Ro 13, 11-14a; Mt 24, 37-44

Chers amis, par son incarnation, Jésus est venu comme un germe; à la fin des  temps,  il reviendra  comme une moisson opulente, et aujourd’hui il vient dans nos vies, nous ouvrir à l’Evangile. Bref, il est toujours en train de venir …  A Noël, nous l’accueillons dans la foi et l’espérance retrouvée. Pour nous y préparer, l’Eglise nous propose de vivre dans la joie radieuse de l’éveil spirituel,  la période liturgique appelée Avent.

Dans notre UP, nous avons choisi comme fil conducteur qui nous permet d’interpréter les Ecritures et de nous imbiber de l’Onction (Esprit Saint), ce magnifique extrait de l’Evangile de saint Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Le temps de l’Avent,  c’est le temps de la (re)visitation, de la gratitude, de la contemplation de cet amour infini de Dieu. C’est l’attente active du don de Dieu.

Cependant, comme nous le savons, l’attente de quelqu’un dont l’heure d’arrivée est  imprévisible et inattendue peut comporter ses écueils : la routine, le laisser-aller, la sclérose des habitudes,  l’insouciance. Le premier ennemi de la foi,  n’est-ce pas  l’habitude et la dégradation de l’étonnement, de l’émerveillement ?  C’est comme aux jours de Noé avant le déluge, signale la page d’Evangile : les gens dormaient au volant de leur vie  quotidienne, ils ne se sont doutés de rien… Le désespoir est aussi un obstacle de cette attente.  Face par exemple aux multiples défis auxquels notre humanité est confrontée aujourd’hui – l’incertitude quant à l’avenir, la culture de la mort (la guerre),  la crise économique, énergétique, les enjeux climatiques -, on peut se décourager et se désoler …  Oui, lorsque  « La nuit est avancée » comme dit saint Paul, qu’arrive-t-il ?  Les gens qui travaillent de nuit (transporteurs, Horeca, garde -infirmiers, pompiers, soldats) ne peuvent que l’attester : parfois au cœur de la nuit, on somnole. Et c’est tout à fait normal. Néanmoins, ce qui console, c’est de savoir qu’il n’est pas de nuit qui n’ait débouché sur un nouveau jour.

Il faut ainsi sortir de son sommeil (2ème lecture),  se réveiller (ce terme évoque la résurrection).  L’attente active qui nous est demandée en ce temps de l’Avent,  est résumée dans cette exhortation de Jésus : « Veillez donc ! » Autrement dit,   soyez prêts et vigilants comme on attend sa consultation dans la salle d’attente du médecin, comme on attend  un enfant qui revient de l’école, comme une maman enceinte attend la naissance de  son bébé.

Cette vigilance, c’est pour  protéger notre maison intérieure des menaces de l’inertie spirituelle,  de l’indifférence face aux souffrances et aux détresses des autres. Le pape François le dit souvent aux jeunes : »Nous ne sommes pas venus au monde pour végéter…, mais y laisser une empreinte« . C’est entre autres l’empreinte du service, de notre disponibilité pour les plus faibles.

Le support de la vigilance, c’est le combat spirituel : on fait attention à ce qu’on pense, à ce qu’on dit, à ce qu’on fait, à ce qu’on omet. En tout et  pour tout,  on discerne la volonté de Dieu.  Etre vigilant, c’est revêtir le Christ, devenir un « christophore » (celui qui le porte). En effet, en observant le comportement du témoin de l’Evangile, on y décèle  les traits du visage divin. L’œuvre de Dieu se déploie à travers les personnes imbibées d’Onction, qui sont intimement attachées à Lui.

En ce temps de l’Avent, Seigneur, par l’Esprit Saint, viens réveiller mon coeur alourdi, secouer ma  torpeur spirituelle. Donne-moi  d’écouter à nouveau les murmures de ton Esprit Saint qui en moi  prie, veille, espère.  Oui, mon Dieu, tu ne m’aimes pas pour mes défauts, mais avec mes défauts, tel que je suis, sans déguisement. Ton amour, je le sais, Seigneur, peut transfigurer ma vie en lui donnant un sens nouveau. Je ne veux pas être parfait, mais humain, heureux, épanoui, libre, m’efforçant de me convertir, de me renouveler inlassablement en toi. Je continue mon chemin Seigneur, tu en connais les courbes, les chutes, les temps forts. Tu sais quand je suis au plus bas ; tu sais le creux de mes vagues, de mes silences, de mes peurs… Je t’attends dans mon présent le plus ordinaire mais ouvert à des horizons infinis. Je me confie en ton amour insaisissable, mais combien sûr. J’attends d’entrer dans l’émerveillement de Noël, ta naissance, ma re-naissance.

En marche vers Noël, on se soutient mutuellement.

                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

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La fête  du Christ-Roi de l’Univers

Homélie du 34ème dimanche ord C : la fête  du Christ-Roi de l’Univers

        Lectures : 2 Sam 5, 1-3; Ps 121; Col 1, 12-20; Lc 23, 35-43

Chers amis, les arbres perdent leurs feuilles, les jours s’assombrissent, les gelées sont présentes;  les gants, les écharpes, les bonnets et les manteaux sont sortis des garde-robes … L’ambiance des fêtes de fin d’année se fait déjà sentir! C’est dans ce climat que nous célébrons en ce dernier dimanche de l’année liturgique C, la solennité du Christ-Roi de l’Univers  créée par le pape Pie XI en 1925.

Cependant, on peut se demander à juste titre : pourquoi la solennité de Christ-Roi de l’Univers sert-elle d’apothéose ou encore de point d’orgue à une année liturgique ? C’est parce qu’elle fait la synthèse du mystère du salut : Jésus-Christ, l’Alpha et l’Oméga, « Celui  qui est, qui était et qui vient  » (Ap 1, 8), a pris place !  Il règne désormais dans les cœurs de ceux qui acceptent son Amour. Alléluia, amen ! Sa royauté n’a pas de consonance politique, il est un « Roi de cœur » qui, loin de tout apparat,  se propose d’instaurer dans nos cœurs, dans nos maisons, dans notre UP, nos lieux de vie et de travail,  son règne d’amour, tout entier bâti sur l’humilité,  la paix,  bienveillance,  la confiance et le service…  Et c’est éternellement que  cette Royauté  est inscrite dans le plan de Dieu.

Selon la page d’Evangile de ce dimanche, à la crucifixion, le peuple assiste à la scène,  il se tient là à observer. A quoi pensent-ils donc, ces spectateurs silencieux ? Il y en a qui, sans doute, tout pantois, cherchent à comprendre – oui, parfois à défaut de comprendre, on apprend ! D’autres sont peut-être empathiques, indignés … Savent-ils seulement que c’est Dieu qui est rejeté ? « Celui qui est Parole est venu chez les siens, mais il n’a pas été accueilli  » (Jn 1, 11). Savent-ils seulement qu’en ce moment  se joue le salut des hommes et du monde ?  « Aujourd’hui, avec moi tu es dans le Paradis » dit Jésus au bon larron, l’homme qui se sait coupable et qui, comme l’enfant prodigue, s’ouvre à la grâce… L’aujourd’hui du salut, c’est la Bonne Nouvelle de l’ange à la naissance de Jésus : « Aujourd’hui nous est né un enfant sauveur » (Lc 2, 10-11). C’est le sens prophétique que Jésus lui-même, l’Oint du Seigneur,  assigne à sa mission : il est venu pour libérer, dès aujourd’hui,  les captifs de toutes les chaînes et oppressions,  de tous les esclavages (Lc 4, 16-21). C’est cette puissance de délivrance qui s’est opérée chez Zachée : « Aujourd’hui le salut est entré dans cette maison » (Lc 19, 9).

Quant à eux, les chefs, les soldats et le mauvais larron  tournent Jésus en dérision,  le prenant pour un imposteur : « Sauve-toi toi-même, toi qui prétends sauver les autres« . En effet, nous connaissons le vieil argument du monde au procès de Dieu : si Dieu existe, pourquoi ne fait-il pas prévaloir la vigueur de sa puissance triomphante, pourquoi la souffrance des innocents et tout le mystère du mal ? Les interpellations adressées à Jésus  sur la croix nous rappellent  textuellement les tentations qu’il a dû affronter au désert : « Si  tu es le Fils de de Dieu …! » (Lc 3, 3 s).  Mais il  ne répond pas aux sarcasmes de ceux qui le narguent. Il n’est pas venu supprimer ni expliquer la souffrance des hommes, mais les accompagner  et les  habiter sur leurs chemins de croix.

« Souviens-toi de moi » lâche le bon larron. Oui, chaque fois que tu plonges dans le cafard de la solitude, que tu te sens abandonné; chaque fois que tu es dans le brouillard du doute, de l’épuisement, de la peur, de la maladie, de l’absurdité, dans la foi et la communion avec  Jésus-Christ en croix,  prie simplement : « Jésus – qui signifie Dieu sauve -, souviens-toi de moi!« , c’est-à-dire « garde une part de moi en toi, dans l’intimité de ton cœur ! » A ce moment, tu vivras l’aujourd’hui du salut de Dieu : avec Jésus, tu seras !

Chers amis, « Opportet Illum regnare » (Il faut qu’il règne, notre Jésus). Pourquoi aller à la messe du Christ Roi de l’Univers, Roi de cœur, si ce n’est pas pour s’engager à contribuer à l’extension  de son règne autour de nous et partout où on cherche du sens. Etre partenaire et héritier du Royaume, c’est in fine être témoin de l’amour vrai, être passionné et dévoué pour l’être humain et respectueux de la nature.

A l’aube de l’Avent, moi  je choisis Jésus-Christ  comme ami et  Roi de cœur : dans  l’espérance, il me mène sur le chemin de l’alliance et de la rencontre ; au-delà des voiles et des apparences, je tâcherai ainsi de porter un regard bienveillant sur tout visage humain que je croise sur ma route, un regard de respect, d’admiration et de gratitude vis-à-vis de la nature. Notre Père, « Que ton règne vienne ! »

                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Espérance et persévérance

Homélie du 33ème dimanche ord C : Espérance et persévérance

Lectures : Ma 3, 19-20 a; Ps 97; 2 Th 3, 7-12;  Lc 21, 5-19

Mes frères et mes sœurs dans le Christ Jésus, lorsqu’approche la fin de l’année liturgique, l’Eglise nous propose de méditer sur la fin des temps. Puisque tout passe avec le temps, je suis en droit de me poser ces questions de sens : qu’est-ce que je fais là ? Qui suis-je ; suis-je vraiment heureux de la vie que je mène actuellement, bref quel est le but, l’utilité, l’horizon de ma vie ? Sans ses questions, notre vie est coquille vide, dépourvue de sens. La liturgie de la Parole de ce dimanche raffermit notre foi en nous garantissant que notre horizon, notre avenir est en Dieu. Cependant, pour y arriver et maintenir le cap, il y a un chemin fléché de 2 objectifs majeurs à atteindre, à savoir : espérer et persévérer !

Dans la 1ère lecture, on est autour des années 470 av.J.C, les israélites reviennent de l’exil avec enthousiasme, mais cette excitation laissera bientôt place à la  désillusion  face aux difficultés de la vie quotidienne. Désespérés, certains baissent les bras et se mettent à douter de l’avenir. Pour les réconforter et les éveiller à l’espérance, dans un style apocalyptique, le prophète Malachie – qui signifie « mon messager » – leur dit qu’il va venir le « jour du Seigneur ».  Ce sera un soleil qui illuminera ceux qui garderont leur foi.

Quant à la page d’Evangile, chaque siècle a connu les faits terrifiants que Jésus énumère : destruction des églises, des temples, guerres, tremblements de terre, épidémies, famine (sous-alimentation et malnutrition), persécution des chrétiens au nom de leur appartenance à Jésus pour qui, d’ailleurs, toute persécution est une occasion de rendre témoignage à la foi (Mt 10, 18).  L’histoire montre ainsi que les catastrophes et les tempêtes existent. La vraie question est de savoir ce qui demeure quand tout s’effondre ? La feuille de l’arbre qui tombe en automne s’en détache certes, mais en se transformant en humus, elle continuera à nourrir l’arbre. Un jour, nos visages disparaîtront, mais jamais nos regards de tendresse, jamais le charme de notre sourire. Un jour, nos corps seront portés en terre, mais jamais notre beauté intérieure manifestée lorsque nous reflétons la Bonté de Dieu, qui nous rend « éternels ». « Si aujourd’hui nous ne sommes pas éternels, nous ne le serons jamais » (Maurice Zundel). Dès lors, faut-il encore se poser la question des disciples de Jésus : « Maître, quand cela arrivera-t-il : la fin du monde, ma mort ? » Il convient de vivre chaque jour comme si c’était le dernier, comme si c’était l’éternité. 

Chers amis, notre espérance n’est pas un rêve d’évasion du réel, un opium ou une drogue qui éloigne l’homme du combat de la vie, le laisse le nez en l’air à regarder le ciel. Ce n’est pas non plus une résignation au tragique de l’existence. C’est plutôt un « anti-destin », une passion pour l’avenir, une anticipation déjà aujourd’hui, de la nouvelle terre et des cieux nouveaux promis par Dieu. Le « jour du Seigneur » annoncé par Malachie, c’est aujourd’hui, ici et maintenant, chaque fois que le Royaume de Dieu fait irruption dans notre vie. Ne décelons-nous pas des signes, des semences d’espérance autour de nous, dans tout ce qui est fait par amour gratuit et inconditionnel ; dans tout ce qui nous éveille à la responsabilité comme le travail ?  En plus de sa mission apostolique, saint Paul travaille pour subvenir à ses besoins. Sachant que par la vertu du travail, l’homme déploie sa propre dignité, parachève la création et adapte la nature à ses besoins, il lancera cette locution devenue proverbiale : « Que celui qui ne veut pas travailler, ne mange pas non plus » (2ème lecture).  Dans la même veine, au 6ème siècle, saint Benoît donnait cette consigne à ses moines : « Ora et labora » (prie et travaille). Notre pratique religieuse ou notre espérance ne peut pas servir d’alibi à notre  paresse ou à notre désengagement social. La prière ne remplace pas l’action, mais elle l’inspire et l’exige !…

Aussi Jésus termine son instruction en nous invitant à la persévérance dans la foi, la prière et le bien. En effet, celui qui a déplacé une montagne a commencé par persévérer, par s’entêter à enlever chaque pierre, l’une après l’autre.  Eh oui, c’est en suivant le fleuve avec obstination et patience, qu’on parvient à la mer de grâces !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Invitation à la bénédiction des animaux de compagnie

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Zachée, coup de théâtre d’une conversion !

Homélie du 31ème dimanche ord C :

                     Lectures : Sg 11, 22-12, 2 ; Ps 144; 2 Th 1, 11-2, 2; Lc 19, 1-10

Chers amis, au cours de son voyage vers Jérusalem, le lieu de ses supplices, Jésus passe par Jéricho. C’est la ville la plus basse du monde par rapport au niveau de la mer : moins 300 m d’altitude, à 35 km de Jérusalem. Cette évocation topographique n’est pas anodine : Dieu nous tire parfois du plus bas que terre vers le haut, de l’aveuglement vers la lumière ou même du fond d’une vieille et dégoûtante poubelle pour nous libérer. C’est ce qu’il a fait pour Zachée. Sa rencontre avec Jésus a transformé  de fond en comble sa vie.

En effet, Zachée est un riche de Jéricho. Il travaille aux Contributions, il est le chef de ceux qui perçoivent les taxes. Mais ces gens-là sont véreux, impopulaires.  Pourquoi ? A l’époque de Jésus, Israël est sous occupation romaine. Pour un juif, c’était un ressentiment amer et même une humiliation que de payer l’impôt à l’envahisseur, surtout en sachant que cet argent allait alimenter les fonds de guerre des romains. De plus, l’autorité romaine fixait le montant à payer mais laissait les collecteurs libres de demander ce qu’ils voulaient en plus. Beaucoup s’enrichissaient de manière honteuse ! Vous comprenez alors que Zachée ne pouvait qu’être considéré comme un traitre, un vendu, un collabo, un pécheur notoire… Voilà que ce jour-là, il est informé du passage de Jésus par Jéricho. Il va chercher obstinément à le voir. Et pour quelles raisons ? Peut-être par curiosité : voir ce célèbre thaumaturge, ce non-violent qui fait des miracles et que les pouvoirs menacent de tuer ! Sans doute qu’il y a aussi une motivation spirituelle : il en a marre du regard odieux et méchant des gens sur lui, il culpabilise et souhaite changer…

Il veut mordicus voir Jésus, mais il y a des obstacles. Chers amis, nous avons aussi des écueils qui nous empêchent de rencontrer Jésus : notre fatigue, notre manque de temps ou d’intérêt … En tout cas, il y a 2 obstacles majeurs pour Zachée : le 1er c’est cette cohue autour de Jésus, la foule s’interpose, fait écran. Le 2ème obstacle est à la fois naturel et symbolique : il n’est seulement de petite taille, mais comme prévaricateur malhonnête, il se trouve aussi au plus bas de l’échelle morale, « il était perdu ! » Cependant,  le désir de voir Jésus est plus fort que lui. Alors, laissant là son amour-propre de côté, malgré la fierté dévolue à son statut social, comme un enfant, il monte sur un sycomore. Et les résultats de sa démarche audacieuse dépasseront son but : non seulement il zieute Jésus du dessus du sycomore, mais de surcroît Jésus va lever ses yeux sur lui.

Imaginez le tableau de ce 1er contact visuel : c’est le croisement de 2 désirs (Zachée cherche à voir Jésus et Jésus cherche après lui pour le sauver), le croisement de 2 regards qui se dévorent. L’œil n’est pas seulement une caméra, c’est aussi un projecteur d’énergie et d’amour : il m’a regardé et j’ai compris qu’il m’aime !… « Zachée« , dit Jésus le premier. Il l’appelle par son nom, il le connaît, certainement à la grande surprise de Zachée lui-même ! Jésus sait que malgré ses turpitudes, dans le fond de son cœur, Zachée est un homme généreux et juste ! Eh oui, cher ami, Jésus te connaît et te reconnaît ! Dans beaucoup de cultures, dans ma culture d’origine par exemple, dans celle de Jésus, le nom ne signifie pas seulement désigner quelqu’un, mais c’est aussi lui conférer une vocation. Zachée signifie « Le Seigneur se souvient » ou encore « ce qui est pur« . En effet, Dieu s’est souvenu de Zachée et le sang de l’Agneau l’a purifié ! (Alléluia –amen !).

« Zachée, il faut que je demeure chez toi, car ton salut devient plus qu’urgent !  » Jésus s’invite dans le cœur même de Zachée, provoquant en ce dernier un ébranlement profond. Il se sent aimé et considéré véritablement, peut-être pour la première fois dans sa vie ! Les gens bien-pensants s’indignent. Savez-vous pourquoi ? C’est parce qu’ils ont une pseudo-représentation de Dieu : si pour toi Dieu n’est pas infiniment Amour, alors tu pries un faux Dieu. Le Dieu en qui je crois, moi, c’est celui qui est irrésistiblement attiré par celles et ceux qui se perdent.

« Aujourd’hui » dit Jésus,  » le salut est entré dans cette maison » : l’aujourd’hui du salut ! C’est ici et maintenant que Jésus te sauve si tu veux bien l’accueillir dans ton cœur ! Comme Zachée, toi aussi tu es une fille, un fils d’Abraham, fille et fils de la promesse du salut par ta foi en Jésus-Christ !

Et coup de théâtre ! Voilà Zachée saisi par la grâce de la conversion, son regard des choses a complétement changé : Jésus devient son « Seigneur« , c’est-à-dire il reconnaît en lui le messie (cf. Saint Thomas : « Mon Seigneur, mon Dieu« ). Et puisqu’on ne sait pas sortir indemne quand on a rencontré Jésus en vérité, la vertu d’homme généreux de Zachée refait surface : « Je vais donner la ½ de mes biens pour soulager les pauvres« . Sa qualité d’homme juste ressort, il sait que le repentir exige réparation, et pour compenser ses escroqueries, il lance  : « Je vais rendre quatre fois plus  aux gens que j’ai spoliés et lésés« .

Toi qui es en quête, en recherche de Jésus, si tu veux, tu peux le rencontrer en cette eucharistie. En allant communier, tu acceptes de l’accueillir chez toi … Mais alors dis-moi : quelles sont tes résolutions, les signes de ta conversion ?

                                                                                          Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Ma prière : avec quelle motivation ?

        Homélie du 30ème dimanche ord C : Ma prière : avec quelle motivation ?

Lectures : Si 35, 15b-17.20-22a ; Ps 33 ; Ti : 4,6-8.16-18 ; Lc 18,9-14

La parabole du pharisien et du publicain, l’agent du fisc, est interpellante. Les deux personnes font la même démarche : aller au temple pour prier, mais avec quelles motivations ? Et toi, pour quelles raisons es-tu venu à la messe, quelles sont tes attitudes intérieures ? Serais-tu venu afficher tes performances spirituelles, énumérer tes mérites ou t’en remettre simplement à la miséricorde de Dieu ?

Jésus ne critique pas le pharisien parce qu’il est en quête de la justice et de la pureté, tant s’en faut. Certes, celui-ci respecte la loi (ne pas voler, ne pas être injuste, ne pas commettre d’adultère;  jeûner, payer sa dîme), mais il oublie qu’être chrétien ce n’est pas d’abord une histoire de morale, de rites ou de dogmes, c’est avant tout rencontrer quelqu’un, Jésus-Christ, l’aimer et se laisser accompagner et habiter par lui.  En tout cas, Jésus attire l’attention de ceux qui sont en recherche spirituelle sur le piège de s’enfermer dans leur bonne conscience, de se croire parfait au point de snober et de juger les autres. « Le plus grand vice » dit saint Augustin, « c’est l’orgueil de la vertu« . En fait, le pharisien ne s’adresse pas à Dieu : sa prière enflée d’autosuffisance est juste un monologue, l’étalage de ses bonnes actions. Au lieu de se frapper la poitrine comme le publicain, il se contente de frapper celle des autres en les signalant à l’indignation publique.

N’avons-nous pas la même attitude lorsqu’en couple, en famille, là où nous travaillons, dans nos rapports interpersonnels, sans jamais nous remettre en question, nous ne faisons qu’accuser les autres ? Lorsque nous croyons détenir le monopole de la vérité, du savoir ; lorsque nous ne nous reprochons jamais rien, que nous nous croyons « parfaits », avons-nous encore besoin de changer, de nous convertir ? Notre tendance humaine à en redire toujours sur les autres nous pousse à notre propre censure : lorsque je pointe mon prochain du doigt,  mon index est dirigé vers lui tandis que mes 3 autres doigts reviennent vers moi.  Chaque fois que j’accuse mon prochain, je m’accuse 3 fois plus.

Quant au publicain, il ne cherche pas de prétexte ou d’alibi pour ses péchés et il n’est pas là non plus pour les péchés des autres. Seul et face à sa conscience, il reconnaît que son état de pécheur fait pitié : il s’enrichit sur le dos des pauvres, collabore avec l’occupant romain.  On le voit fuir le regard inquisiteur des gens : il se tient à distance. Et tout comme dans « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri« , il n’ose pas lever les yeux vers le ciel. Sa seule prière est de demander à ne pas être banni de l’amour de Dieu. Je l’entends dire : Seigneur, je suis pauvre, petit, j’ai besoin de toi, de ta grâce pour grandir.

La prière du pauvre de cœur qui s’en remet pleinement à Dieu, traverse les nuées (1ère lecture) : « Un pauvre crie, le Seigneur entend  » (Ps 33). En effet, le Seigneur a une prédilection pour ceux qui n’ont à lui offrir que leurs cris et leurs larmes. Le vrai croyant ne s’appuie pas sur ses vertus, mais sur la miséricorde de Dieu ; il se fie à sa foi, à son attachement fidèle au Christ : « Le moment de mon départ est venu. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Le Seigneur m’a assisté… J’ai été arraché à la gueule du lion » (2ème lecture).

Jésus termine la péricope d’Evangile par cette maxime devenue proverbiale : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé« . C’est le grand paradoxe qui traverse l’Evangile : le dernier est le premier, le petit est grand, le serviteur est maître, le mendiant est l’invité de marque à la table du Roi … Tout est dit : c’est la reconnaissance de ses limites, de sa pauvreté offerte qui fait fleurir spirituellement ; c’est l’humilité, la voie de la sainteté !

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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De la culture de la gratitude

       Homélie du 28ème dimanche Ordinaire C : De la culture de la gratitude

             Lectures : 2 R 5, 14-17 ; Ps 97 ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 1, 11-19

Mes sœurs et mes frères, la gratitude n’est pas une simple politesse d’usage, c’est toute une spiritualité, un sentiment frémissant  de reconnaissance pour un bienfait reçu. La Parole de Dieu qui nous est donnée à méditer ce dimanche nous parle de la lèpre. C’est une horrible maladie infectieuse qui affecte la peau, les nerfs, les muqueuses (et même les viscères : rate, foie …) avec un visage tout tuméfié, des mains et des pieds putréfiés. Avec ses odeurs nauséabondes et ses plaies ouvertes, cette maladie déclenche une répulsion naturelle. Aujourd’hui, +/- 11 millions de personnes en souffrent sur la planète dont la moitié n’ont pas accès aux soins. La lèpre sévit dans les zones intertropicales : Asie, Afrique, Océanie, Amérique latine. En Europe, elle a été éradiquée depuis le 15ème siècle.

A l’époque de Jésus, cette maladie n’est pas seulement physique (affection de la peau), mais aussi sociale : le lépreux est excommunié de sa communauté de vie. Pour protéger les autres, il doit éviter les contacts. Nous le faisons aujourd’hui : si le test Covid est positif, on se confine et porte un masque pour ne pas contaminer les autres. Par sa proximité avec les malades, notre compatriote le Père Damien, missionnaire des lépreux dans l’île Molokai dans l’Archipel d’Hawaï, a attrapé lui-même la lèpre. A noter que cette maladie physique et sociale est aussi psychologique : une lame de fond qui blesse de l’intérieur. Le lépreux est assassiné par le regard des personnes qui le croisent dans la rue. Comme aujourd’hui encore avec le Covid, si vous toussez dans une réunion, dans un transport en commun, au marché…, tout méfiants, les gens vous regardent indiscrètement. Mais dans la culture Jésus, la lèpre était également considérée comme une maladie spirituelle : c’était un châtiment, une punition de Dieu.

Et donc 10 lépreux s’avancent vers Jésus en criant : « Kyrie eleison – Jésus, guéris-nous, non pas à cause de nos mérites, mais parce que nous faisons pitié ! « . Tenez, ils sont 10 : la prière communautaire est tellement efficace ! « En les voyant » écrit saint Luc, Jésus ne se dérobe pas : il n’est pas indifférent envers ceux qui sont en souffrance et en difficulté. Et pourquoi les invite-t-il à aller se monter aux prêtres ? C’est parce qu’étant une maladie spirituelle, c’est le prêtre qui confirmait le diagnostic de la lèpre et accordait, après une guérison éventuelle, le visa pour réintégrer la vie sociale.

L’intrigue de cette péricope d’Evangile, c’est qu’un seul des 10 lépreux guéris est revenu sur ses pas dire merci et… c’est un étranger ! Par lui, Jésus nous montre le potentiel de bienséance et de gratitude que peuvent avoir ces personnes venues d’ailleurs. La reconnaissance est le paiement du pauvre de cœur…  « Relève-toi » lui dit-il, « ta foi t’a sauvé« . Des 10 qui ont prié, supplié, demandé et ont été guéris, un seul est déclaré « sauvé », c’est-à-dire guéri spirituellement, transformé intérieurement. Que me dit donc la Parole de Dieu de ce dimanche ?

Que je peux avoir une santé physique florissante et être spirituellement malade. C’est le retour (nement) vers Jésus (= conversion) qui est la voie de ma guérison intérieure. Il y a des signes qui ne trompent pas : un des signes du rejet de Dieu survient quand on oublie de le remercier.

La personne attachée à Jésus-Christ,  se souvient qu’il est, par l’Esprit-Saint, à l’œuvre dans sa vie. Elle se souvient de Dieu qui nous reste fidèle même si nous, on s’en détourne (2ème lecture). Et lorsqu’on se souvient dans l’Esprit et l’émerveillement, on dit merci à coup sûr. Pourquoi ? Parce qu’on sait que tout n’est pas un dû, mais un don. « Qu’as-tu » dira saint Paul, « que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). La vie, tes talents, ton patrimoine génétique, ta santé, ta foi transmise ? Jésus précise : « Vous avez reçu gratuitement ! » (Mt 10, 8).  Ainsi, quand tu dis merci à Dieu, à tes parents, à tes enseignants, à tes prêtres, à tes soignants, à tes amis, à tes bienfaiteurs et même à la nature, à la terre-mère, tu leur dis simplement qu’ils existent et te font exister, qu’ils comptent pour toi, que tu les laisses entrer dans ta vie. 

                                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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