Notre Dieu est fidèle en sa Parole   

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent C :   Lectures : Baruc 5, 1-9; Ps 125; Ph 1, 4-6.8-11; Lc 3, 1-6

Mes frères et mes sœurs, le prophète Baruc dans la 1ère lecture s’adresse au peuple juif prisonnier en exil à Babylone. Ce peuple vit une situation dramatique, humiliante et déprimante. Alors,  le prophète l’encourage, il annonce la fin du cauchemar en lui signifiant que le Dieu unique agit dans l’histoire humaine : « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère ; enveloppe-toi de ta dignité, de ta parure de la gloire de Dieu … Debout Jérusalem sur la hauteur, regarde tes enfants qui retournent royalement vers la terre de la liberté ! »  Chers amis, Baruc touche ici ce qui est au cœur de notre foi chrétienne : même dans les difficultés les plus extrêmes, le Dieu libérateur nous sauve, son Amour a le dernier mot.  « Malgré les souffrances que je subis, écrit saint Paul, je suis sans crainte, car je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Ti 1, 12).

Oui, avec ce que nous vivons aujourd’hui, nous pouvons à juste titre  dire que nous nageons dans un océan d’incertitudes et dans cet océan, de violentes vagues s’abattent parfois sur nous de plein fouet : aléas et vicissitudes de la vie, maladies, décès, trahisons, incompréhensions, misères matérielles, spirituelles, psychologiques … Cependant,  notre espérance ne cesse de nous faire vivre, car même si nos pieds sont dans l’eau, notre regard est tourné vers les étoiles. Aussi longue que soit la nuit, le jour finit par se lever… Mais ce que je dis là,  ne serait-ce pas qu’une belle fable, la mielleuse consolation qui sert d’opium pour nous éloigner des problèmes réels de la vie ?

Chers amis, nous sous-évaluons parfois le pouvoir de la Parole de Dieu, c’est  une force incontestable : « Je n’ai point honte de l’Évangile, il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit  » (Rm 1, 16). Non, l’Évangile n’est pas un doux rêve fantasmagorique. Le psalmiste le clame haut et fort après le retour d’exil : « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve! » (Ps 125). Pour finir, l’exil a été pour le peuple hébreu,  l’occasion de revenir à Dieu. Une crise peut être un tremplin de progrès : l’arbre devient solide sous le vent.  Le terme grec krisis (crise) rime avec kairos (opportunité à saisir, occasion où une vie entière peut basculer). Dieu écrit droit avec des lignes courbes !  Même avec nos chemins de traverse, détournés, il nous amène là où il nous attend. Tout concourt au bien de ceux qui l’aiment !

Dans un langage de profonde affection, saint Paul remercie Dieu pour les changements opérés dans les cœurs des philippiens (2ème lecture). Ils sont la preuve tangible qu’il est à l’œuvre. En effet, si nous laissons entrer Jésus dans nos vies;  si, comme l’argile dans la main du potier, nous laissons l’Esprit-Saint nous façonner, les ravins de nos cœurs (indifférence, malveillance) seront comblés et  leurs collines (orgueil, égoïsme) aplanies. En vrai historien, saint Luc nomme avec précision les personnalités du pouvoir politique et religieux  au temps de la prédication du Baptiste. Ces hommes de pouvoir ont décidé de la mort du Précurseur et de Jésus-Christ, mais Dieu merci, la voix de ces derniers continue de retentir au-delà des frontières.

C’est cette Voix qui nous invite aujourd’hui encore à aller au « désert » de l’Avent, le  temps du combat spirituel, de la méditation et du dépouillement susceptible de nous enraciner à nouveau en Dieu, la Source qui étanche nos soifs spirituelles.

La Voix nous convie à la métanoïa, notre conversion intérieure ou encore le changement radical de notre regard vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de la mère-nature et de Dieu. N’oublions pas en ce temps d’Avent d’inventer de nouvelles voies de générosité et de don de soi : ils sont nombreux les humains qui ont besoin de l’aumône de notre sollicitude, de notre sourire, de notre regard bienveillant, de  notre parole valorisante; de notre visite, de notre coup de fil, de notre écoute active, de notre démarche de paix et de réconciliation.

                                                                                 Vital Nlandu votre curé-doyen

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Festival d’adoration 2021

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la fête  du Christ-Roi de l’Univers

Homélie du 34ème dimanche ord : la fête  du Christ-Roi de l’Univers

                        Lectures : Dn 7, 13-14; Ps 92; Ap 1, 5-8; Jn 18, 33b-37

Chers amis, les arbres perdent leurs feuilles, les jours s’assombrissent, les gelées sont présentes;  les gants, les écharpes, les bonnets et les manteaux sont sortis des garde-robes … L’ambiance des fêtes de fin d’année se fait déjà sentir! C’est dans ce climat que nous célébrons en ce dernier dimanche de l’année liturgique B, la solennité du Christ-Roi de l’Univers  créée par le pape Pie XI en 1925, au moment où l’aiguillon des effets ravageurs de la Grande Guerre pique encore de manière cuisante. Le titre « Roi de l’Univers » me paraît, à bien des égards, ronflant ! Cela me fait penser aux abus de pouvoir, aux jeux de pouvoirs, à toutes les manigances de conquête de pouvoir dans le but de servir ses instincts de domination, ses propres intérêts; le but  de parader, de snober et d’écraser les autres. Alors, le pape Pie XI veut rappeler ceci  à toutes celles et à tous ceux qui détiennent un mandat ou une procuration de gestion ou de direction à quelque niveau que ce soit : ta vocation n’est pas un privilège, il consiste plutôt, à l’instar du Christ-Roi, à te mettre à genoux pour laver les pieds des autres.  C’est un service que tu as à remplir de manière simple, sans faste ni tralala; un  ministère que tu as à exercer rien que pour rendre la vie possible, ouvrir à chacun un horizon pour prendre son envol.

Et pourquoi la fête de Christ-Roi de l’Univers sert-elle d’apothéose ou encore de point d’orgue d’une année liturgique ? C’est parce que par son concept même, elle fait la synthèse du mystère du salut : Jésus-Christ, l’alpha et l’oméga (2ème lecture), devient Tout en tous : il a pris place, il règne désormais dans les cœurs de ceux qui acceptent son Amour. Alléluia, amen ! Sa royauté n’a pas de consonance politique, il est un « Roi de cœur » qui, loin de tout apparat, de toute contrainte, de toute propagande ou de toute moralisation,  se propose d’instaurer dans nos cœurs, dans nos maisons, dans nos UP, nos lieux de vie et de travail,  son règne d’amour, tout entier bâti sur la vérité, la paix, la bien-veillance,  la confiance et le service…  Et c’est éternellement que sa Royauté est inscrite dans le plan de Dieu.

En effet, pour soutenir le courage et la persévérance des fidèles persécutés par le roi Antiochus Epiphane, le prophète Daniel met en exergue la présence agissante et toute la grandeur de Dieu, le « vieillard » qui vient instaurer par le Fils d’homme, Jésus-Christ, le Royaume à venir, une royauté universelle et éternelle. C’est le même son de cloche dans la 2ème lecture : le « voyant de l’île de Patmos« , saint Jean, écrit son livre de la « Révélation de Jésus-Christ« , l’Apocalypse, pour réconforter les chrétiens en butte à la persécution, mais aussi pour alerter les tièdes qui se laissent aller dans l’insouciance. A ses yeux, c’est Jésus-Christ qui a reçu l’onction royale. Le même auteur décrit le simulacre de procès  de Jésus devant le gouverneur Pilate. Ce dernier se rend certainement compte de l’impertinence du chef d’accusation : que Jésus, qui n’a arme ni armée, serait un comploteur politique ayant l’intention de renverser le pouvoir romain. Pilate est tenté de  prononcer un non-lieu en faveur de l’accusé, mais pour sauvegarder sa carrière politique, il va contenter le peuple en leur livrant quand même Jésus. C’est devant lui que Jésus déclarera : « Ma royauté n’est pas de ce monde« .  Effectivement, sa griffe royale est étrange : roi né dans une étable, apprenti menuisier, qui n’a pas un coussin où reposer sa tête. Roi bafoué, giflé, dénudé, crucifié, dont la seule loi est la Miséricorde ! Et s’il accepte cette humiliation dans la dignité, c’est pour rester cohérent avec lui-même et sa Bonne Nouvelle : on ne sait pas aimer en vérité sans « kénose« , sans dépouillement, autrement dit sans mourir à soi-même.

A l’aube de l’Avent, moi  je choisis Jésus-Christ  comme ami et  roi de cœur : dans l’aventure de l’espérance, il me mène sur le chemin de l’alliance et de la rencontre : le connaître davantage pour mieux l’aimer et,  au-delà des voiles et des apparences, porter un regard de respect, d’admiration et de gratitude sur tout visage humain que je croise sur ma route !

                                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

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« Nous attendons ta venue dans la gloire »

Homélie du 33ème dimanche ordinaire B : « Nous attendons ta venue dans la gloire« 

Lectures : Dn 12, 1-3; Ps 15; He 10, 1114.18; Mc 13, 24-32

Chers amis, dans la page d’Evangile de ce dimanche, Jésus parle de sa venue. On sent le parfum de la fin de l’année liturgique, le parfum de l’Avent, le temps de l’attente et du désir de la venue du Seigneur. Jésus nous recommande d’être non seulement croyants, mais aussi voyants. Regardons le figuier : au printemps, cet arbrisseau est gorgé de sève, ses branches deviennent tendres, les bourgeons éclatent et il en sort des feuilles verdoyantes. Cela annonce la bonne saison, le temps de la renaissance après la rude épreuve de l’hiver. Certes, l’été n’est pas encore là, mais dès que nous voyons  les feuilles du figuier sortir, nous disons : il est tout proche ! Le désir qui dévore le cœur du croyant détermine le calibre de l’accueil du Seigneur, comme le clame l’amoureuse du Cantique des Cantiques, qui guette l’arrivée de son bien-aimé : « J’étais endormie, mais mon cœur restait en éveil. J’entendis soudain la voix de mon bien-aimé ! Il frappe : ‘ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe, ma toute pure’ » (Ct 5, 2). Ainsi donc, si tu aspires à ouvrir la porte de ton cœur à Jésus, tu seras inscrit dans le Livre (1ère lecture) et tes péchés déjà pardonnés (2ème lecture) !

Pour évoquer la fin du monde, Jésus emploie un langage terrifiant : le soleil va s’éclipser, la lune pâlir, les étoiles s’écrouler et les puissances célestes s’ébranler. Il recourt aux images apocalyptiques répandues à son époque, décrivant les bouleversements cosmiques et des civilisations (Is 13, 10; Ez 32, 7-8; Jl 2, 10; 4, 15). Ces éléments cosmiques, idoles de l’ancien temps, vont disparaître pour l’émergence d’un nouveau monde…  En temps de grandes crises, le thème de la fin du monde est le fonds de commerce des sectes et des illuminés qui menacent par leurs prophéties de malheur et de condamnation. Il n’en est pas moins vrai que ce thème suscite moult interrogations : la fin du monde dont il s’agit ne dépendrait-elle pas de la liberté de l’homme, que Dieu respecte ? Avec la disparition des espèces aujourd’hui, la biodiversité en péril, la dégradation de l’environnement, le réchauffement climatique dû aux 3 milliards de tonnes de CO2 concentrées dans l’atmosphère, le dégel des glaces polaires, les cyclones, les inondations, les réfugiés climatiques (comme en Alaska dans l’île de Kivalina qui est au risque d’être engloutie par les flots),  le gouffre abyssal qui sépare les riches et les pauvres …, l’humanité, dans sa folie, n’est-elle pas en train de s’autodétruire ?

En tout cas, les premiers chrétiens croyaient que le retour du Seigneur dans sa gloire, sa parousie en grec, était imminent : il y en a qui s’en moquent, brocardent la foi à la parousie (2 Pi 3, 3-4 : « Jésus a promis de venir, n’est-ce pas, mais où est-t-il ? Depuis que nos pères sont morts, tout est resté dans le même état, comme à la création du monde !« ), d’autres encore arrêtent de travailler (2 Th 3, 10) !  Cependant,  le Seigneur n’est pas venu physiquement. Et saint Pierre a  tranché : le temps est tout à fait relatif pour Dieu, car il est atemporel. Pour Lui, mille ans c’est un jour, et un jour c’est mille ans (2 Pi 3, 8) ! C’est pour nous faire comprendre qu’on perd son temps à pronostiquer un avenir dont seul Dieu détient le secret ; on le gagne plutôt à reconnaître et à accueillir la présence aimante de Jésus aujourd’hui dans nos vies.  Aussi prions-nous : « Marana tha » traduit « Viens, Seigneur » (1 Co 16, 22; Apoc 22, 20). A la messe, en proclamant qu’il est grand, fabuleux le mystère de la foi, nous disons : « Nous attendons ta venue dans la gloire« . Le rappel de la venue du Seigneur est un aiguillon qui nous invite à ne pas nous assoupir. L’important est de faire de chaque instant de sa vie une éternité et chaque jour comme s’il était le dernier (Gandhi). Pour saint Paul, il serait impertinent de se dérober du présent, plus tard, il sera trop tard : « C’est maintenant que le salut est proche » (Rm 13, 13). La foi n’est pas un savoir sur l’avenir, mais la confiance en la Parole de Dieu qui, dans l’espérance de la résurrection, nous promet de voir le jour de sa gloire.

Oui, l’espérance de la résurrection ! Chers amis, la 1ère lecture est un tournant de la foi d’Israël. La persécution d’Antiochus IV Epiphane (entre 167 et 164 av. J.-C.) qui décréta la fin du judaïsme, a poussé au martyr des milliers de juifs qui voulaient rester fidèles à leur foi. D’où cette question : comment Dieu peut-il abandonner à la mort éternelle tous ces courageux et intrépides fidèles morts pour lui ? C’est de là que naîtra cette conviction des croyants : « Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront« , car le juste ne meurt pas pour rien,  Dieu ne peut le laisser dans les chaînes de la mort.  Ce sont les premières expressions de foi des croyants à la résurrection. Le psalmiste renchérit en ces termes : « Mon cœur exulte, mon âme est en fête … Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption » (Ps 15). Telle est notre espérance : avec Dieu, nous serons pour toujours (Jn 14, 3; 17, 24) !

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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L’humilité, la fragilité de Dieu… – Veillée d’Avent 2021

Comme chaque année, les Unités pastorales de Spa et de Theux organisent une veillée d’Avent faite de réflexions, de méditations, de prière et de chants. Le thème choisi cette année :

L’HUMILITÉ, LA FRAGILITÉ DE DIEU

Un Dieu amour, « un Dieu qui n’est qu’amour » (F. Varillon), ne peut qu’être fragile et vulnérable. Car, qui aime s’expose, se donne et n’impose pas.

Il est dans la logique du « si tu veux… ».

La Bible dit que Dieu créateur fait ‘shabbat’, Il limite sa puissance créatrice et fait place à l’homme, créé à son image, libre et responsable du monde qui lui est confié. L’avenir de Dieu repose entre les mains de l’homme.

Cette soirée aura lieu mardi 30 novembre dans l’église de Theux à 20h.

Soyez les bienvenus, que vous veniez du doyenné de l’Ardenne ou de plus loin !

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Il y a le don et le mobile qui le justifie !

Homélie du 32ème dimanche ordinaire B : il y a le don et le mobile qui le justifie !

 Lectures : 1 R 17, 10-16; Ps 145; He 9, 24-28; Mc 12, 38-44

Chers amis, la liturgie de la Parole de ce dimanche nous invite à méditer sur nos gestes de partage. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux). En effet, se donner, c’est faire de sa vie un cadeau, se vouer aux autres en donnant gratuitement de  son temps, son talent,  sa compréhension, ses biens, son argent, son cœur, sa présence à travers un  regard, un service rendu, une écoute, un  sourire. Se donner s’inscrit dans l’optique  de la spiritualité d’ellipse (effacement) de Jean-Baptiste : il faut que je diminue pour que la personne que je sers, que j’aime grandisse et fleurisse (Jn 3, 30). Et la valeur du don ne s’évalue pas nécessairement à la quantité,  mais à l’intention qui motive le donateur, autrement dit à l’amour qui le porte à donner. La raison noble de donner, la profondeur du don prime sur le don lui-même. Et « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7).

La 1ère lecture et l’Evangile parlent de 2 veuves. Aujourd’hui,  la politique sociale en Europe occidentale est une des plus prisées au monde.  Les veuves sont en général protégées, elles sont bénéficiaires de l’intervention majorée. Par exemple, pour les coûts de soins, après contrôle des revenus, elles paient une quote-part personnelle (ticket modérateur) moins importante. Mais au Pays  de Jésus et avant lui, les veuves sont des laissées-pour-compte qui vivent une double pauvreté : matérielle et affective.

Dans la 1ère lecture, il s’agit de la première mission du prophète Elie en terre païenne. C’était déjà une ouverture exceptionnelle préfigurant l’universalisme de la foi.  Il est aux portes de Sarepta, une ville située au Liban, sur la côte phénicienne entre Tyr et Sidon. En effet, il y sévit une terrible sécheresse avec tout naturellement ses conséquences, entre autres la sous-alimentation (insuffisance de la quantité de ce qu’on mange) et la malnutrition (insuffisance de la qualité de ce qu’on mange). Comme Jésus face à la samaritaine (Jean 4, 5-42), le prophète mendie du pain auprès de cette veuve libanaise, une étrangère qui vit avec son enfant dans une pauvreté extrême. Celle-ci offre ses dernières provisions. Nous comprenons dès lors que la générosité ne dépend pas de l’appartenance à une race, à une Eglise ou à un rang social, mais de la grandeur d’âme et de la force de foi de chacun. « N’aie pas peur » dira Elie à la femme, fais seulement confiance à la Parole de Dieu.

Dans la page d’Evangile, assis dans l’enceinte du temple, Jésus qui voit les cœurs, scrute les comportements des gens qui vont donner les offrandes. Dans le temple, il y a des troncs à offrandes, de gros entonnoirs métalliques où l’on verse l’argent. Cela faisait parfois un bruit qui attirait l’attention et l’admiration de l’entourage. Il va fustiger une certaine piété hypocrite : les offrandes des riches sont ostentatoires, ils y vont en se pavanant et pour les honneurs, par rapport à cette veuve qui, discrètement, va déposer tout ce qu’elle avait pour vivre. Sa démarche annonce la mort  du Christ qui donnera sa vie par amour pour  l’Humanité.

Et pourtant, tous ont fait la même démarche, mais la différence, c’est dans leur disposition intérieure, le sens que chacune et chacun donne à son geste de partage. Aux yeux de Jésus, le « minable » don de la veuve offert avec générosité de cœur vaut plus que les offrandes des riches qui, du reste, jouent la comédie des apparences et donnent du superflu. « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » (pape François) parce qu’ils ne se privent de rien !

Nous pouvons par ailleurs nous demander si les dons de ces 2 veuves sont raisonnables : donner tout que ce que l’on a ! C’est la logique évangélique de perdre pour gagner, la folie de l’amour ! Leur secret : elles savent que l’amour ne calcule pas, qu’aimer, c’est se sacrifier, se priver, aller jusqu’au bout ; elles savent qu’en donnant tout, elles s’en remettent à la providence, elles s’abandonnent et s’accrochent à Dieu. Elles savent pour finir que tout ce qu’on n’a pas donné est perdu. Oui, on n’est riche que de ce que l’on donne ! Que  restera-t-il de nous après mon passage sur cette terre, sinon ce que nous aurions transmis,  donné ?

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Tu aimeras           

Homélie du 31ème dimanche B                                                    

Lectures : Dt 6, 2-6; Ps 17; He 7, 23-28; Mc 12, 28b-34

Chers amis, la vie est un voyage où risquer, c’est aimer !  Dans la page d’Evangile, un scribe en recherche demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements. Cela peut étonner d’un homme qui connaît parfaitement les Ecritures : il est spécialiste de la bible. Et pourtant sa question est pertinente. La loi juive recèle 613 préceptes, ce qui, in fine, peut être barbant et fastidieux. D’où sa question : quel est le condensé de tout cela ? Jésus le renvoie alors au « shema » du judaïsme. C’est la prière liturgique juive que le croyant, en l’occurrence le scribe lui-même, récite matin et soir : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique … » Un Dieu unique ! Les 3 grandes religions monothéistes, à savoir le judaïsme, l’islam et le christianisme professent leur foi en un seul Dieu, à ceci près que pour le christianisme, il y a un seul Dieu, mais en 3 personnes. Entre les 3, coule le fleuve d’amour qui irrigue le cœur de l’homme, le rendant capable d’aimer à son tour…  Bref, pour Jésus, le plus grand commandement, c’est le sacrement de l’amour qui, par essence, se rapporte à Dieu et à l’homme. L’amour chrétien est théandrique, et c’est une question de cohérence : on ne peut pas prétendre aimer Dieu et vivre en même temps au mépris des autres. Quand on est submergé par les flots de l’amour de Dieu ; quand l’Esprit Saint embrase notre cœur du feu de cet amour, on n’en sort pas indemne, on change radicalement son regard vis-à-vis des autres, il devient bienveillant.

Chrétien, que dis-tu de toi-même, quelle est ton identité, ta vocation originelle ? N’est-ce pas refléter la bonté de Dieu, configurer le Christ, devenir, comme le dit si bien le pape François, « Christophore« , porteur de Jésus-Christ, qui fait Un avec le Père et qui donne sa vie sur la croix pour notre salut ?

Le psalmiste dira : « Je t’aime, Seigneur, ma force ! » (Ps 17). En effet, j’aime Dieu quand mon âme a soif de lui ; quand il m’est, non pas un désir qui passe, mais un besoin permanent de communion avec lui.  « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure« . La Parole, c’est le Verbe fait chair : garder la Parole, c’est garder Jésus dans son cœur. J’aime Dieu quand, comme une tortue marine, je remonte souvent à la surface des eaux de la vie pour respirer à pleins poumons, inspirer le Souffle de Dieu. L’Esprit-Saint est l’O2 qui fait vivre, sans lui, l’alliance avec Dieu est fragile et la grâce du baptême est vaine.  J’aime Dieu quand je réponds aux appels de l’Eglise, participe avec dévouement à la Mission …

L’amour est, pour Teilhard de Chardin, la plus universelle, la plus formidable, la plus mystérieuse des énergies cosmiques. C’est la recette la plus efficace de bonheur, d’épanouissement et de liberté – « Aime et fais ce que tu veux » (saint Augustin). Un enfant carencé de tendresse se rabougrit, celui qu’on dévalorise à tout bout de champ (« t’es nul », « t’es con », « tu ne vaux rien ») aura demain un manque cruel de confiance en lui-même.

Oui, mes sœurs et mes frères, on parle de l’amour depuis la nuit des temps, mais ce qui caractérise l’amour chrétien, c’est le don : j’ai donné, je me suis donné, j’ai par-donné. L’amour se prouve par le dévouement, la gratuité, la serviabilité, le respect ; il ne cherche rien d’autre que voir l’autre s’épanouir. Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « On est responsable de la rose qu’on a apprivoisée « .

Tout naturellement, tous nous essayons d’aimer étant donné que, comme une orange, nos coeurs regorgent du jus d’amour de Dieu. Mais la question réside dans la manière d’aimer ! Il y a des pièges d’amour ou encore des amours de piteuse facture : l’investissement narcissique (quand je dis que j’aime du chocolat, ce n’est pas le chocolat que j’aime. Je m’aime moi-même, le chocolat n’est qu’un objet de plaisir ! On jette de la poudre aux yeux par des incantations amoureuses élogieuses alors que tout n’est fait que pour soi-même), le troc relationnel (je te donne pour que tu me rendes ou encore pour que je t’enchaîne : parfois on entend dire : « Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois !« ), aimer par sécurité d’amour (le phénomène des enfants rois, tyrans étudiés par Françoise Dolto. Il s’agit de la permissivité abusive : il est interdit de leur interdire quoi que ce soit, on leur permet tout pour acheter leur amour. En fin de course, ils deviennent comme des bateaux rouillés enchaînés au port, qui n’osent jamais prendre le large. Ils restent dépendants de leurs parents ! ), l’amour possessif (prendre son partenaire en otage, le possédant comme son bien propre, un objet dont on dispose comme on veut), captatif  (l’absorber comme un buvard, le vampiriser), le paternalisme, donner du superflu (« Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » dixit pape François).  

Pour finir, Jésus dira au scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » ; Pourquoi ? Parce que sans doute, comme nous, ce scribe connaît la Parole de Dieu, il sait que l’amour vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices, mais il lui reste, il nous reste, à passer de la tête au cœur, à passer de la connaissance livresque, théorique à la pratique, pour faire partie du Royaume de Dieu.

                                                                             Vital Nlandu, votre curé

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