Pour vous, qui suis-je ?

 Homélie du 24ème dimanche ord : Pour vous, qui suis-je ?

Lectures : Is 50, 5-9a; Ps114; Jc 2, 14-18; Mc 8, 27-35

Mes frères et mes sœurs, la question sur l’identité de Jésus occupe une place centrale dans l’Evangile de saint Marc (4, 41; 8, 27-29…) : qui est-il ce Jésus de Nazareth dit le Christ ou le Messie? Mais qui est-il  ce prédicateur itinérant qui, 20 siècles après, change encore des vies, suscite encore confiance, engouement et ferveur ?  Le top secret (secret messianique) qui traverse cet Evangile (1, 44 ; 3, 11 ; 5, 43 ; 7, 36 ; 8, 30…) est une finesse pédagogique : il ne faudrait pas que les gens se méprennent sur sa vraie identité. Marc laisse alors ses lecteurs en suspens pour la leur révéler à la fin : « Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39). Dans la péricope de ce dimanche, Jésus lui-même enquête, il fait un sondage d’opinion. Il demande exprès à ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Réponse : l’opinion publique est assez unanime, tu es une personne exceptionnelle ! Tu appartiens à la lignée de grands prophètes, on t’assimile à Elie, Jérémie, Jean le baptiste… OK pour cette réponse par procuration ! Mais puisque tu es adulte dans la foi, à toi maintenant de me nommer, de faire ta propre profession de foi ou encore de témoigner de ta conviction. Au regard de l’expérience personnelle que tu vis avec moi ; loin des énoncés théoriques, des idées reçues au catéchisme, des définitions savantes, des formules apprises, dis-moi du fond de ton cœur :   qui suis-je dans ta vie ?

Vous comprenez que cette question ne peut qu’interpeller, engager et pousser chacune et chacun à réfléchir sans chichis à sa liaison perso avec Jésus ! C’est ce que fait Pierre tout inspiré : « Tu es le Christ« , c’est-à-dire le Messie, l’Oint que Dieu nous envoie nous apporter délivrance et salut, le Consacré imbibé d’Esprit Saint venu nous dire qui est Dieu pour nous !  Cependant, pour raffermir la foi balbutiante de Pierre, Jésus précise : il n’est pas le messie politique conquérant, triomphateur, qu’Israël attendait, mais bien le messie serviteur, crucifié (1 Co 1, 23), autrement dit un messie d’amour, corps brisé et sang versé par amour. Oui, l’amour n’est qu’offrande et don au service de la vie. « Aimer, c’est donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux).  Et Jésus de continuer : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix «   

Renoncer à soi-même, c’est s’oublier, accepter de s’abaisser (la kénose), de diminuer pour que la personne que l’on aime grandisse. D’abord elle, et moi après ! En effet, il n’y a pas de vrai amour sans mourir à soi-même. Si tu l’aimais en vérité, tu serais capable de « mourir » pour lui, pour elle. Que dis-tu de ça ?…  Par ailleurs, prendre sa croix, c’est contre vents et marées emprunter le chemin de l’espérance. L’espérance est la grande victoire de l’homme sur l’absurde et l’impossible. Saint Paul est convaincu qu’aussi atroce soit-elle, la souffrance ne peut altérer la beauté intérieure de l’homme.  Notre être physique pénétré de fragilité et de vulnérabilité peut certes dépérir alors que se fortifie l’être spirituel. Ecoutons-le : « C’est pourquoi nous ne perdons jamais courage. Même si notre être extérieur se détruit peu à peu, notre être intérieur se renouvelle de jour en jour  » (2 Co 4, 16). Prendre sa croix, c’est aussi assumer sa condition humaine.

Autour du drame des inondations que nous avons vécu au mois de juillet dernier, j’ai entendu quelqu’un dire à la télévision : « Si Dieu existait, ces inondations n’auraient pas eu lieu« . C’est l’éternel procès contre Dieu face à l’inaudible souffrance qui talonne l’homme de tout temps et en tout lieu. Paul Claudel le dit bien : « Jésus n’est pas venu dans le monde pour supprimer ou expliquer la souffrance de l’homme, mais la couvrir de sa présence » Et le psalmiste d’ajouter : « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 114).  Le témoignage de Jean-Claude, mon ami tétraplégique, est édifiant. Il m’a dit un jour : « Je ne prie pas Dieu pour ma guérison physique, mais plutôt intérieure : qu’il me donne la force de porter mon fardeau« . Là, il prend Jésus au mot lorsqu’il dit : « Venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau, je vous soulagerai  » (Mt 11, 28). Le serviteur souffrant de la 1ère lecture le dit : « Le Seigneur vient à mon secours …, je ne serai pas confondu !« 

Qu’il soit dit entre nous : je ne fais pas l’apologie de la souffrance qui est au demeurant un scandale, un mal à combattre courageusement, une humiliation à éviter à tout prix ! Mais puisqu’elle est inexorable, puisqu’elle fait partie intégrante du tragique humain, quand elle advient, je demande la grâce de l’assumer dignement. Comme le rosaire, la vie de l’homme est émaillée de mystères joyeux, glorieux, lumineux mais aussi douloureux. Et si nous célébrons la liturgie du vendredi saint en vénérant la croix, c’est parce qu’elle est le signe d’un amour capable de transformer un lieu de supplice et de mort en une source de vie et de grâce.

                                                                                         Vital Nlandu, votre curé-doyen

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La liberté de croire

              Homélie du 21ème dimanche ord B : La liberté de croire

Lectures : Jos 24, 1-18; Ps 33; Eph 5, 21-32; Jn 6, 60-69

Mes frères et mes sœurs, nous sommes à la fin de l’Evangile de Jésus, Pain de vie (Jn 6, 25-70). Apparemment, il y a un constat d’échec : Jésus n’est pas parvenu  à faire comprendre à ses auditeurs le contenu de la Révélation sur l’Eucharistie. En substance, il leur a dit : « Mangez, mâchez mon corps, buvez mon  sang, et vous aurez la vie éternelle ». Avec ces paroles, il a jeté le pavé dans la marre, provoqué et même choqué ses auditeurs,  qui estiment que ce discours est inacceptable, intolérable. Alors de deux choses une : ou bien Jésus divague, disjoncte carrément, ou bien il se moque d’eux. Autrement, comment peut-il  promotionner l’anthropophagie ou le cannibalisme ?

Certains se sont alors retirés sur la pointe de leurs pieds… Aujourd’hui encore, 20 siècles après le discours  du Pain de vie, l’Eucharistie suscite toujours autant de controverses. Dites-moi, le Pain que nous rompons à l’autel, l’Hostie consacrée que nous recevons dans le  creux de notre main à la messe, est-ce pour vous un signe de la présence réelle de Jésus ressuscité ?…

Mais remarquez l’attitude de Jésus après avoir heurté la sensibilité des gens. Il ne retire pas ses paroles ni ne présente d’excuses ! Il sait que c’est par le Pain de vie qu’il se donne et inocule la vie de Dieu aux hommes. Cependant, il précise que les paroles qu’il a dites ne sont pas intellectualistes, elles relèvent absolument de la foi. Voilà pourquoi, après la consécration à la messe, nous nous émerveillons au-delà de ce que nous pouvons comprendre : il est grand, fabuleux le mystère de la foi ! Oui, c’est l’Esprit Saint qui embrase nos cœurs du feu de l’Amour de Dieu, nous emportant dans  l’émerveillement eucharistique …

Alors Jésus revient vers les 12, il les regarde dans les yeux : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » S’il ne force personne à le suivre, c’est parce que l’amour vrai est libre.  C’est à chacun de s’en remettre à la liberté de sa conscience. En fait, nous sommes libres d’accueillir ou de refuser Jésus dans nos cœurs. Il est vrai que parfois dans nos familles, il y a des conflits entre époux, entre parents et enfants au sujet de la foi, de la fréquentation à l’église. Je peux comprendre les parents qui aimeraient qu’étant donné l’éducation chrétienne qu’ils ont donnée à leurs enfants, ces derniers suivent. Hélas !  En tout cas, Jésus ne fait pas du prosélytisme. La foi ne relève pas du patrimoine génétique.  « On ne naît pas chrétien, on le devient!  » (Tertullien). C’est une rencontre personnelle avec Jésus, une expérience intime et privée : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! » (Ps 33). En appelant ses premiers disciples, qui lui ont demandé « Rabbi, où demeures-tu ?« , Jésus leur a répondu : « No comment, venez vous-mêmes, vous  verrez ! » (Jn 1, 39). Le travail des parents, des professeurs de religion, des catéchistes et autres acteurs pastoraux consiste plus à témoigner, à rendre Dieu désirable, à donner envie aux enfants de croire et d’aimer Dieu; à leur montrer la voie, le chemin qui mène à Dieu. C’est aux enfants eux-mêmes de choisir.  Même pour sauver l’humanité, Dieu a dû avoir besoin de l’approbation de celle-ci. C’est Marie qui, au nom de nous tous, a dit « oui » au projet du salut de Dieu.  Cette humanité qui dit « oui » au don de Dieu, c’est l’Eglise, peuple de Dieu en marche.

C’est de ce choix qu’il s’agit dans la 1ère lecture. Josué, auxiliaire et successeur de Moïse, sait que la grande aventure de l’Exode touchera bientôt à sa fin. Le peuple juif a franchi le Jourdain, il est parvenu à la Terre des promesses, à Canaan qu’il va falloir conquérir. Mais auparavant, il convoque à Sichem les personnalités représentatives de 12 tribus d’Israël (anciens, chefs, juges et commissaires). Il leur rappelle, à grands traits,  les interventions de Dieu dans leur histoire et dit – c’est tellement beau : « Choisissez aujourd’hui qui voulez-vous servir : le Seigneur ou les autres dieux ? » Et choisir, c’est renoncer… On ne peut pas servir deux maîtres à la fois sans que l’un d’eux ne soit trompé, un jour il faut bien l’admettre, un jour il faut décider pour qui on veut vivre, à qui on veut se donner !

Et toi donc, quel Dieu choisis-tu de servir, d’aimer encore aujourd’hui ?  Sache que ta réponse requiert de l’engagement !  Quand tu réponds « amen » à la communion, cela signifie : « Oui, je laisse entrer Jésus dans ma vie, il m’accompagne et m’habite ! « 

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Assomption de la Vierge Marie : Son entrée dans la gloire de Dieu

     Lectures : Ap 11, 19a; 12, 1-6a; I Co 15, 20-27a; Lc 1, 39-56

Mes frères et mes sœurs, nous célébrons l’une des grandes fêtes mariales  de l’année liturgique. Au cours de cette messe, disons intérieurement   à  Dieu: « Merci  pour le don, le cadeau de maman Marie « . Et à Marie : « Réjouis-toi Marie, tu es bienheureuse « .  D’ailleurs,  c’est elle-même qui nous exhorte  à la complimenter : « Toutes les générations me diront bienheureuse !  »  C’est comme ce jour où Jésus captivant son auditoire par le feu de sa prêche, une femme se mit à admirer le destin de Marie, sa mère, en ces termes : « Elle est heureuse la femme qui t’a porté dans son sein, la femme  qui t’a allaité! » (Lc 11, 27). En effet, Marie a eu le temps de discerner;  elle reconnaît, dans le Magnificat qui est un aveu d’humilité et de gratitude, que Dieu a fait pour elle de grandes choses;  elle s’émerveille de son  projet pour elle…

A votre avis, pourquoi dans la page de l’Évangile, Elisabeth dit-elle à Marie : « Tu es bénie entre toutes les femmes » ?  C’est parce qu’elle est unique, comblée, saturée de grâces, de faveurs divines. Elle est Mère de Dieu : Theotokos en  grec (concile d’Éphèse en 431). Par elle, l’Humanité a accueilli Dieu !Le Seigneur a, de fait,  pris corps en elle.  Il n’y a personne d’autre que Marie,  qui soit  viscéralement  lié  et relié à Jésus, Vrai Dieu et Vrai Homme : son utérus est la couveuse naturelle du bébé  Jésus, son  sang coule dans les veines de Jésus… Elle est son associée !  Voyons : nous sommes en Ardenne, une région distinguée par la culture musicale. En musique, il y a la mélodie, mais pour que la mélodie soit mélodieuse -excusez-moi  le pléonasme-, elle doit être accompagnée. Justement, Jésus est la mélodie et Marie sa mère l’accompagnement. Elle accompagne son fils, aujourd’hui encore, dans sa mission de sauver l’Humanité. La 1ère lecture évoque une  maternité douloureuse : ce sont les douleurs de l’enfantement de cette Terre Nouvelle à laquelle nous aspirons.

Sur le chemin de la vie avec ses vicissitudes,  nous avons l’assurance que Marie, notre Mère, marche avec nous. La prière du rosaire n’est pas une mariolâtrie, c’est plutôt l’expression d’un sentiment filial, la requête d’un enfant à sa mère.  Le chapelet est un bouclier qui protège et  nous pourvoit de bénédictions divines. Comme l’écrit le pape Jean-Paul II dans son  encyclique « La mère du Rédempteur« , Marie est médiatrice de toutes les grâces, elle intercède pour nous. L’Évangile de la visitation lu et médité aujourd’hui met en exergue son idéal de service. Elle a vécu dans l’amour absolu de Dieu et des autres : c’est par élan de charité qu’elle se rend  avec empressement chez sa cousine  Elisabeth plus âgée qu’elle et plus fatiguée. « L’amour du Christ nous presse » dira saint Paul…

Oui, Marie est une figure importante dans notre tradition : remarquez comment par exemple l’iconographie, les peintures ou les sculptures chrétiennes nous font immerger dans son  mystère, et chaque art avec sa spécificité.  Observez l’art occidental : la plupart du temps,  Marie est représentée toute seule, alors que l’art oriental ne la conçoit pas sans son enfant. Elle le porte en le présentant et en l’offrant au monde. Telle est la mission primordiale de Marie : nous indiquer, comme elle l’a fait à Banneux, la source qui désaltère nos soifs existentielles, la Fontaine de la vie en Dieu qu’est Jésus-Christ…

Chers amis, la fête de l’Assomption signifie qu’au terme de sa vie terrestre, après avoir vécu les mystères joyeux, douloureux, glorieux et lumineux, grâce à l’extra-ordinaire  puissance  de la résurrection de son Fils Jésus-Christ,  Marie, l’Immaculée Mère de Dieu, « l’humble servante du Seigneur« ,  a été glorifiée, dans son âme et dans son corps, sans attendre la résurrection finale.   Elle est entrée dans la gloire de Dieu et elle nous fait signe d’avancer. Son Assomption préfigure notre destinée : elle est promesse de résurrection et gage d’espérance. Nous savons désormais qu’un jour, one day, la vie aura raison de la mort tant que notre avenir est en Dieu ! Notre mort biologique, c’est comme  une lampe qui s’éteint …, parce que le jour se lève ! Saint Paul le dit dans la 2ème lecture : ceux qui appartiennent au Christ recevront la vie.

Quant à nous, continuons de faire l’expérience de Dieu en L’accueillant de cœur par une foi active, qui sauve : « Vous êtes heureux vous qui croyez …;  allez en paix, votre foi vous a sauvés  » Cf. Lc 1, 45: 7, 50) !

                                                             Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Ce dimanche 25 juillet est décrété Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.

Homélie du 17ème dimanche B :

Lectures : 2 R 4, 42-44; Ps 144; Ep 4, 1-6; Jn 6, 1-15 Ce dimanche 25 juillet est décrété, à l’initiative du pape François, Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.

Chers amis, dans l’absolu, la famille est un don par excellence de Dieu, car si on choisit ses amis, les membres de notre famille nous sont tout naturellement imposés. Comme l’exhorte saint Paul : que tous, en l’occurrence les familles, aient soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix (2ème lecture).  Aujourd’hui, nous prions pour nos grands-parents vivants ou décédés, nous honorons leur mémoire et leur disons, dans un geste de filiale reconnaissance et de profonde affection dans le Seigneur : merci !  La plupart ont été et sont encore une source où nous étanchons notre soif : y cracher serait un manque de respect et de gratitude !

Témoignages de 2 grands-parents :

  • « Nous agissons différemment avec nos petits-enfants que nous ne l’avons fait pour nos propres enfants, parce que nous n’en avons plus la responsabilité directe. Il ne faut pas inverser les rôles : la préséance de l’éducation des enfants revient aux parents. Comme grands-parents, notre mission est d’accompagner nos petits-enfants par notre tendresse, notre écoute bienveillante. Nous arrondissons les angles, nous prenons le temps de discuter, de jouer avec eux – par rapport aux parents surbookés, parfois trop sévères, exigeants et énervés. Il naît alors une complicité naturelle, la confiance-confidence, l’apaisement… Tout l’amour que nous avons pour nos petits-enfants manifeste par ricochet l’amour que nous avons pour nos enfants. On voit qu’il y a un circuit d’où coule l’amour familial ! » (Christiane Bierens, ancienne institutrice)
  • « On est tellement heureux de les avoir, de les voir grandir !  » (diacre Hubert Valkeners)

Comme les vitamines, les grands-parents sont nécessaires à la croissance d’un enfant. Cesont des piliers sur lesquels on peut s’appuyer.  Certes, un grand parent n’est pas un autre.  Ici je fais allusion à la majorité que je connais, qui peuvent même être cités comme témoins. Ils sont vitamines de croissance au regard de ce qu’ils apportent : accueil, sollicitude, soins et prévenances, aide à l’éducation, baby-sitting, sécurité affective, patience, disponibilité, valorisation, encouragements, conseils, petits coups de pouce financier … Sans oublier la simplicité de vie qui est la leur : au point où ils sont parvenus, on devient raisonnable, acquiert du bon sens et de la modération ; on relativise en retournant aux choses essentielles … Ces vitamines, c’est aussi ce qu’ils transmettent : leur expérience et leur expertise. Ce sont des gens qui ont vu et vécu ! Ne dit-on pas que le plus jeune va vite mais l’ancien connaît le chemin ? Selon un proverbe Africain, un vieillard qui meurt, est une bibliothèque qui brûle, un disque dur qui claque ! Aussi ce conseil de Jean de la Fontaine : « Gardez-vous de vendre l’héritage que vous ont laissé vos parents. Un trésor est caché dedans » Les grands parents transmettent leur savoir-faire, par exemple les recettes traditionnelles de cuisine, les souvenirs de la guerre, les grands événements locaux et familiaux …  

Par leur rôle de transmission, ils sont éclaireurs de vie, et du point de vue spirituel, vrais passeurs de la foi chrétienne. C’est eux qui font encore des pèlerinages, des retraites, des prières d’adoration, de rosaire …  Il n’est pas rare d’entendre des jeunes gens qui se marient ou font baptiser leurs enfants alléguer comme entre autres motivations : « Je ne veux pas décevoir mes grands-parents, c’est pour leur faire plaisir …« . Ils nous rappellent également la dimension généalogique qui consolide nos sentiments d’appartenance et d’enracinement dans la continuité d’une famille. La vulnérabilité de leur grand âge (usure de l’organisme, perte d’autonomie) nous renvoie à la fragilité inhérente à notre nature humaine. Quand je parle du mystère de la mort aux jeunes, ils évoquent régulièrement la mort de leurs grands-parents. C’est le signe que ces derniers laissent des traces indélébiles dans leur cœur. Oui, celui qui a planté un arbre avant de mourir,  n’a pas vécu inutilement !

Modèles d’abnégation et de générosité, que Dieu bénisse nos grands-parents et que la Vierge-Marie les protège.

                                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Des scènes de désolation jamais vues

Homélie du 16ème dim. ord. B : des scènes de désolation jamais vues

                Lectures : Jr 23, 1-6 ; Ps 22; Ep 2, 13-18; Mc 6, 30-34

Chers amis, l’eau qui donne la vie peut semer la mort et le chaos. Nous avons vécu cette semaine des scènes de désolation et de détresse apocalyptiques, qui ont fait le tour du monde : des pertes humaines, le fruit d’une vie de travail englouti et tant d’autres dégâts incommensurables. Devant ces intempéries meurtrières, il y en a qui veulent et, à juste titre, comprendre en recherchant les causes : serait-ce le réchauffement climatique ou encore un manque flagrant de curage des cours d’eau, les pratiques agricoles intensives, l’aménagement insuffisant du réseau d’égouttage des rues, l’urbanisation effrénée (des permis de bâtir accordés à tout va) … ? Toujours est-il qu’il faut tirer les leçons d’une telle tragédie.

En ce qui me concerne, ce qui m’a édifié c’est plutôt cette mobilisation spontanée et remarquable de solidarité citoyenne et d’entraide. Au lieu de se percher sur le pont pour se contenter de regarder l’eau passer, les gens se sont mouillés. Je renvoie ici à l’évacuation risquée des personnes et animaux en situation dramatique, l’évacuation des camps scouts, des patros et autres mouvements de jeunesse. Je pense aux biens de première nécessité fournis aux personnes sinistrées ; aux moyens d’urgence dégagés par le gouvernement, à l’accueil des victimes dans les familles, chez les amis, les voisins ; au déploiement des services de secours, de la police, de l’armée, des pompiers, des équipes logistiques de la Croix-Rouge, des ouvriers communaux et à tant d’anonymes. La solidarité s’est étendue même au-delà de nos frontières : ces secouristes venus de France, d’Italie et d’Autriche dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union Européenne … N’oublions pas nos prières personnelles et collectives dans l’épreuve.

Nous avons tous pu expérimenter ce que l’être humain a de meilleur, sa lumière intérieure, le trésor qu’il a au fond de lui, à savoir son hospitalité ou dirais-je, en d’autres termes, son humanité ! C’est la clé de voûte d’une coexistence pacifique dans une société plurielle, qui brasse diverses cultures, races et convictions philosophiques.

Dans la page d’Evangile de ce dimanche, à la fin du 1er stage missionnaire de ses disciples, Jésus débriefe, il fait avec eux le point sur les acquis. Il conseille de ne pas « tirer sur la corde  » : il y a un seuil de surcharge et de tension nerveuse à ne pas dépasser, autrement on va au clash, à l’épuisement physique et psychique. Le repos est une hygiène de vie à respecter à tout prix. Cependant, il ne rechigne pas d’être à l’écoute et au service de ceux qui sont en quête de sens, qui cherchent à se raccrocher à quelqu’un. Pour saint Paul (2ème lecture), c’est lui, Jésus, qui fait tomber le mur d’incompréhension et de haine qui sépare les hommes ; il les réconcilie avec Dieu et entre eux.

« Eloignez vos tentes et rapprochez vos cœurs » (Proverbe touareg). La concorde humaniste et universaliste, les élans de bienveillance, de partage et de respect de la dignité humaine que nous venons de vivre, consolident le lien sacré entre les hommes et font écho de notre réconciliation en Jésus-Christ.
 « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres «  (Jn 13, 35).

Témoigner de l’amour qui nous anime est, sans conteste, un gage de survie et d’avenir.  

                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen 

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Témoins de l’Evangile

    Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire B : Témoins de l’Evangile

                Lectures : Am7, 12-15; Ps 84; Ep 1, 3-13; Mc 6, 7-13

Mes frères et mes sœurs, ainsi que le dit Jean-Paul II, « Celui qui a rencontré le Christ ne peut pas le garder pour lui-même, il doit l’annoncer« . C’est un devoir moral : « Malheur à moi si je n’annonce l’Evangile » (saint Paul). Et le messager de la Parole de Dieu est un envoyé. Envoyé où ? Au chantier de Dieu, qui est ce monde, ta famille, ton lieu de travail, ta paroisse … A chaque fin de messe, en effet, nous sommes envoyés en mission : Ite, missa est (Allez, c’est la mission) ! La mission est une révélation intérieure du dessein de Dieu, ce qu’il veut que j’accomplisse – cela requiert au préalable un discernement éclairé – avec les dons, les talents, les aptitudes, bref tous ces trésors au fond de moi, les bénédictions dont il m’a comblé en Jésus-Christ (2ème lecture). En effet, chaque être humain est doté d’une mission à remplir sur cette terre. Alors, dis-moi, quelle est ta mission aujourd’hui ? « J’écoute, je médite, dit le psalmiste, que dira le Seigneur Dieu » (Ps 84).

Cependant, toutes nos missions tendent vers un seul but : l’amour. C’est ce qu’insinue sainte Thérèse de Lisieux lorsqu’elle dit : « J’ai compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout « .

La page d’Evangile fait état de la 1ère tournée missionnaire des apôtres. Jésus leur donne trois consignes précises :

*Aller en duo, deux par deux. Pas seulement parce que selon le droit juif, un témoignage n’est valable que s’il est attesté au moins par 2 témoins, mais aussi et surtout pour l’efficacité de la mission. « L’union fait la force » (devise du royaume de Belgique). Dans le business, le management, on parle du partenariat, du travail intersectoriel, des synergies. D’ailleurs, le prochain synode des évêques a pour thème la synodalité : « Pour une Eglise synodale : communion, participation et mission » (Assemblée générale en octobre 2022). Dans ce sens, le projet diocésain « Chantier paroisse » promotionne le travail en équipe : il incite à la création d’équipes pastorales, d’équipes relais … J’en profite d’ailleurs pour remercier celles et ceux qui sont engagés dans les équipes de notre UP. Travailler en collaboration (pour une œuvre) ou en équipe suppose que les coéquipiers font corps (s’entendent, se soutiennent mutuellement), cible (qu’ils ont les mêmes objectifs), sens (qu’ils ont la même compréhension de la mission, son but et son horizon), face (qu’ils sont cohérents et à même de parler un même langage, y compris dans l’adversité).

*Jésus conseille une diète spirituelle : se dépouiller, se détacher pour garder sa liberté intérieure par rapport aux biens matériels. « Ni pain, ni sac, ni argent » : la tentation de notre société de surconsommation, n’est-ce pas emmagasiner, accumuler et souvent du superflu ?

Il n’y a pas d’éveil spirituel sans pauvreté de cœur ! Voilà pourquoi on se prépare à célébrer la pâque chrétienne par le carême-jeûne. Il y en a qui choisissent de faire l’expérience du désert pour se reconstruire et se ressourcer, le désert étant un incubateur de sanctification de soi,  l’espace sobre qui vous oblige à vous désencombrer des bagages inutiles. Seuls 2 objets sont permis : un bâton de pèlerin et des sandales, pour faciliter la marche.

*Se laisser accueillir. Mais si l’on vous refuse l’hospitalité, autrement dit si la Bonne Nouvelle est rejetée, comme c’est le cas du prophète Amos (1ère lecture : « Va-t’en d’ici avec tes visions« ), il faut, sans rouspéter ni harceler les gens, « secouer la poussière de ses pieds« , couper court et partir … ! Il me vient à l’esprit tous ces couvents, ces maisons religieuses qui sont en train de fermer partout en Europe faute de vocations. Je pense non à l’incroyance, mais à l’indifférence de nos contemporains au mystère de Dieu …

Il est clair que toutes ces consignes renvoient à une manière d’être. Nous n’avons pas à vendre un message, mais à en témoigner. Le témoignage évangélique est un must pour remplir la mission qui nous est assignée : convertir les gens (les aider à avoir un regard tout autre), chasser les démons (lutter contre les injustices intolérables, combattre les forces du mal) et guérir les malades (soigner les blessures qui piquent et esquintent les gens de l’intérieur).

Christ aujourd’hui nous appelle ; Christ aujourd’hui nous envoie !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Echarde de Paul et la tienne

                                Homélie du 14ème dimanche ord B : Echarde de Paul et la tienne

Ez 2, 2-5; Ps 122;  2 Co 12, 7-10; Mc 6, 1-6

Mes sœurs et mes frères, dimanche dernier nous avons eu le témoignage de foi de Jaïre au Dieu de l’impossible. Et après avoir relevé sa fille, Jésus a ordonné qu’on lui donne à manger. Si le vivant se nourrit de nourriture, le baptisé se nourrit de l’eucharistie. C’est la raison de notre présence en cette cathédrale où le Seigneur nous convie à la table de sa Parole et de celle du Pain de vie. Sauf qu’aujourd’hui, le décor change : nous passons du témoignage de la foi à l’incrédulité.

Dans la 1ère lecture, le prophète Ezéchiel est envoyé auprès d’un peuple rebelle qui se détourne de Dieu. Le même son de cloche retentit dans la page d’Evangile : Jésus lui-même semble voué à un cuisant échec dans son propre village. Il se heurte à l’incompréhension et au rejet des habitants de Nazareth qui refusent de le reconnaître comme le messie. Jésus le charpentier a dû travailler non seulement le bois, mais aussi les cœurs qui étaient plus durs que le bois ! Et pourtant, il ne s’en offusque pas, il respecte plutôt la liberté de chacun, en sachant du reste qu’il est difficile de discerner la présence de Dieu dans « l’ordinaire » de nos vies…

Comment ne pas penser aux acteurs pastoraux et aux prophètes d’aujourd’hui dont certains et je peux comprendre, se découragent face au nihilisme de notre société – les gens ne croient plus en rien !  Une société sécularisée, déchristianisée à ce point et qui, même si certains ne sont pas nécessairement rebelles à Dieu, vous avouent gentiment qu’ils n’en ont pas besoin. Dites-moi, comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? Comment partager le don de la foi, transmettre à ses enfants, à ses petits-enfants un héritage spirituel dont ils se fichent ?

Chers amis, c’est dans ce monde postmoderne que Dieu nous envoie. Contre vents et marées, sans prosélytisme, mais avec respect, humilité et patience, continuons ainsi d’inventer l’annonce de l’Amour de Dieu, de proposer aux gens le « goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 33, 9).

Quant à la 2ème lecture, elle fait mention d’un coup de tonnerre, le scoop du grand apôtre saint Paul (il a eu des révélations extra-ordinaires), qui fait une confession publique : pour l’empêcher de ne pas se surestimer, il a reçu une gifle, c’est-à-dire il a été ridiculisé par un acolyte de Satan, qui lui a infligé une écharde dans sa chair, pour le blesser de l’intérieur ! On a beaucoup épilogué sur cette métaphore énigmatique d’écharde de saint Paul, la vulnérabilité, l’objet d’opprobre et de honte qui le rongeait du dedans. Serait-ce une maladie physique (psoriasis, épilepsie …), une souffrance psychique (tendance dépressive …), spirituelle (orgueil…) ? Paul en a pleuré, il a prié avec insistance sans jamais en être débarrassé ! Oui, c’est une vraie leçon qui nous indique où aller puiser nos forces, au lieu de baisser les bras : non pas dans nos mérites, nos ressources et moyens, mais figurez-vous, dans nos faiblesses. Elles nous permettent d’être humbles et de nous en remettre totalement à Dieu.

Nous avons tous une écharde dans notre chair, cette blessure cachée dont le poids pèse lourd sur la conscience (complexes, manque cruel d’amour, de tendresse, de valorisation et de reconnaissance…). Mais saint Paul en est sorti grandi, car Dieu a agi à travers ses faiblesses. Nous savons maintenant que la puissance de la Miséricorde se déploie quand nous sommes faibles. C’est tout le paradoxe : « Je suis fort quand je suis faible« .

Un paradoxe qui nous exhorte, afin de modérer nos prétentions, de faire de l’humilité notre règle d’or. Le Curé d’Ars le dit en ces termes : « Je suis seulement ce que je suis, et seulement cela« . Aussi je me laisse apaiser par cette merveilleuse assurance du Bon Dieu : « Ma grâce te suffit !« 

                                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

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