Homélie de la Pentecôte, Année A

Homélie de la Pentecôte, Année A

Lectures : Ac 2, 1-11; 1 Co 12, 3-13; Jn 20, 19-23

Mes sœurs et mes frères, il y a 2000 ans, les apôtres étaient bousculés par l’avènement  et l’événement de l’Esprit Saint, qui signa pour  ainsi dire  le commencement de la mission de l’Eglise dans le monde. 

L’Esprit Saint, serait-ce  un Dieu inconnu (Ac 19, 1-8) ? En tout cas, pour certains, encore aujourd’hui, c’est  l’apanage d’une élite, c’est pour les illuminés,  un concept théologique accessoire … Aussi dans sa lettre apostolique « Tertio millennio adveniente », le pape Jean-Paul II nous  exhorte de nous appliquerà « la redécouverte de la présence et de l’action de l’Esprit Saint » (n°45). La Pentecôte est,  comme la tortue marine qui remonte à la surface des eaux pour respirer,  l’occasion favorable  de nous lever et de respirer à pleins poumons, d’inspirer profondément le Souffle divin qui oxygène et fait vivre spirituellement. C’est  l’occasion d’invoquer son effusion sur soi-même, sur sa famille, son Unité Pastorale, sur l’Eglise et le monde entier.

Le décor de la page d’Evangile de ce dimanche est planté : l’espace est clos, les disciples sont  rassemblés, le don de l’Esprit Saint  se fait avec  l’envoi en mission. Et comment  le  Ressuscité procède-t-il  au baptême de l’Esprit Saint ?  En  insufflant son Souffle sur les disciples. Ce geste rappelle le récit de la création (Gn 2, 7) et la vision de la vallée remplie d’ossements desséchés qui, grâce au Souffle divin, ont repris vie (Ez 37, 1-14). C’est pour signifier que le Vent de la Pentecôte, printemps de l’Eglise, accomplit  le mystère pascal : tout recommence et refleurit par  la mission du pardon, de la réconciliation avec soi-même, avec l’autre, avec la création et avec Dieu. L’Esprit Saint rend les disciples  capables de  réaliser la mission.

« Recevez … »(Jn 20, 22) : recevoir est un geste qui peut être difficile à effectuer dans notre civilisation postmoderne caractérisée par l’autopromotion, l’autonomie et la toute-puissance du sujet, seul maître de son destin. L’on considère que recevoir aplatit et fait dépendre de l’autre. La main qui reçoit n’est-elle pas en dessous de celle qui donne ?  Il faut un cœur-éponge, humble, ouvert et disposé à recevoir l’Esprit Saint. 

Quelle est l’action de l’Esprit Saint ?Il nous sanctifie, nous configure, nous branche dans le réseau du Dieu trinitaire.  En effet, il n’y a pas de vie chrétienne sans relation personnelle et intime avec l’Esprit Saint, « la boussole intérieure » (pape François) qui nous guide. Il nous entraîne dans l’aventure de la foi  en Dieu et en l’homme; il  nous engage dans l’amour et le service du prochain en nous  éveillant à la bienveillance (2ème lecture). A l’intérieur de chacun de nous, il travaille invisible, discret mais fort…  Il remplit notre cœur de la sérénité et de la paix intérieure, ce premier don que le Ressuscité fait à ses  disciples complétement abasourdis par le scandale de la Croix, blessés de culpabilité d’avoir abandonné Jésus en fuyant, déçus de l’issue de son histoire, craignant de finir comme lui. La paix de Jésus survient au moment où tout semble fini pour eux, au moment le plus inattendu et inespéré, où il n’y a aucune lueur de paix…  A nous qui sommes confinés derrière les portes verrouillées de nos peurs et rêves brisés, de nos déceptions et lassitudes, il nous pousse et nous donne  l’assurance, la force de rebondir,  de fixer notre regard vers  l’horizon pour être présents au monde qui vient.

L’Esprit Saint assure l’unité du Peuple de Dieu au demeurant  différent par la diversité légitime  de ses origines et cultures, de ses races et langues, de ses talents et dons (1ère et 2ème lectures). Là où il y a des tensions acerbes et des déchirements, il suscite la compréhension et la conciliation …

Pour Saint Jean, la preuve patente que  nous sommes en communion avec  Dieu et qu’il est présent en nous, c’est qu’il nous  donne  en partage son propre Souffle (1 Jn 4,  13). Et saint Paul de renchérir : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous ? » (1 Co 6, 19).

 Bonne fête de la Pentecôte à tous.

                                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Le Bon Pasteur !

  Homélie du 4ème dimanche de Pâques A : Jean 10, 1-16

Mes frères et mes sœurs, l’Eglise nous donne de méditer aujourd’hui une page d’Evangile qui déploie une fois de plus l’éventail de l’Amour de Dieu. Sachez-le : l’amour n’est pas un attribut, une qualité de Dieu, c’est la substance même qui le constitue, c’est son être : Dieu est Amour ! L’image du berger … et le berger sans nul autre pareil, le « bon », nous le démontre. Il est « pénétré » pour reprendre l’expression du pape François, « de l’odeur de ses brebis« , c’est-à-dire Jésus nous est tellement proche et accessible ; il nous accompagne dans nos peines, nos joies, nos peurs et notre espérance. Il prend sur ses épaules, les brebis fatiguées ou découragées. Et dans la marche, quelle est sa posture, où se met-il ? Il est devant pour indiquer le chemin, son Esprit est éclaireur des consciences. Au milieu : c’est tout le mystère de l’incarnation. Ayant vécu notre condition d’homme, le Ressuscité nous comprend et nous guérit par sa miséricorde. Il est derrière nous pour nous protéger et faire de nous des femmes et des hommes libres et responsables de la conduite de leur vie. Il nous fait confiance…

Chers amis, je connais des chrétiens qui ne sont pas épanouis dans leur pratique religieuse, d’autres doutent. En effet, leur foi ne percole plus, n’apporte plus de sens dans leur vie quotidienne. Et pourquoi ? C’est entre autres parce que leur foi est logée plus dans leur tête que dans leur cœur. Le voyage le plus long qui soit, n’est-ce pas de passer de la tête au cœur (Mère Teresa) ? On aime Jésus dans son cœur quand on noue avec lui une relation personnelle, intime, le toi-et-moi. Et l’édifice d’une telle relation est posé sur 3 pierres, les 3 respirations de l’amour vrai :

*L’écoute : « Mes brebis écoutent ma voix ! ». La foi se reçoit par l’écoute (Rm 10, 14). Il y a une différence entre entendreet écouter. Entendre (audire) ne demande pas d’effort, c’est un acte non intentionnel, qui se fait sans nous. J’entends le klaxon d’une voiture, le vrombissement d’une moto ou la sirène des pompiers. Ecouter, cependant, demande que l’on se rendre disponible. On fait le choix, on prend la décision d’écouter. Nous apprenons à écouter la voix de Dieu qui susurre au creux de nous-mêmes par la méditation et l’accueil de sa Parole, la relecture des événements de notre vie à la lumière de Pâques, dans l’adoration, le silence éternel des espaces infinis … Même si notre société est polluée par le bruit et l’empressement, Dieu continue de nous parler à travers moult signes. Et puisque voix rime avec voie, écouter le bon berger, c’est aussi le suivre en adoptant son style de vie.

*L’appel : « Le bon berger appelle chacune de ses brebis par son nom ». En cette Journée Mondiale de prière pour les vocations, je pense certes à ceux qui sont appelés au sacerdoce ministériel, à la vie consacrée, mais aussi à tous les baptisés appelés au service de la communion, de l’engagement et de la beauté…  Aujourd’hui on parle de la « crise des vocations » comme si le Seigneur n’appelait plus. Rassurons-nous : il continue de le faire. La crise, c’est plutôt celle de l’écoute et des réponses à donner à ses appels. C’est aujourd’hui l’occasion favorable pour chacun de revisiter sa propre vocation : qu’est-ce que je fais des charismes, des bénédictions, du potentiel cumulé dont je suis doté ?

*La liberté : Notre vie, n’est-ce pas un brin de temps donné à notre liberté pour apprendre à aimer ? Le bon berger fait sortir ses brebis. « Faire sortir », c’est un geste de délivrance et de liberté. Moïse fit sortir les Hébreux d’Egypte pour les libérer de l’esclavage ! La métaphore de la porte signifie que c’est par Jésus,  le bon pasteur et le passeur, que nous avons accès à la vie surabondante de grâces (V. 10). L’homme n’est pas ainsi un mort en sursis, c’est un ressuscité en différé. La Bonne Nouvelle, c’est celle du Christ qui nous donne en surcroît la vie de Dieu.

« Que devons-nous faire ? « demandent les auditeurs de Pierre dans la 1ère lecture : ils sont interpellés par sa prédication. Et Pierre de leur dire : convertissez-vous et soyez plongés dans la fontaine baptismale.

Prions ainsi pour que l’Esprit Saint nous aide à nous convertir, autrement dit à changer notre regard vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de la nature et de Dieu. Et que nous soyons cohérents et fiers du beau nom de « chrétien » que nous portons.  

                                                                                          Vital Nlandu, votre curé-doyen

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les disciples d’Emmaüs

Homélie du 3ème dimanche de Pâques A : les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Mes sœurs et mes frères, ce n’est pas par des biens périssables comme l’argent ou l’or que nous avons été sauvés, mais par  le sang précieux de Jésus-Christ, alléluia –amen !

J’ai la joie de vous partager ce week-end une des plus  belles pages de l’Evangile de saint Luc: les disciples d’Emmaüs. On y retrouve tout le menu d’une messe articulé en 4 temps :

1. La liturgie de l’accueil : « De quoi discutez-vous sur le chemin ? » (V.17). On s’accueille en se donnant des nouvelles.

2. La liturgie de la Parole : temps de l’écoute de la Parole interprétée à la lumière de Pâques. « Et il leur interpréta dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait« 

3. La liturgie eucharistique : « Ayant pris le pain, il prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna« 

4. La liturgie de l’envoi : « Ite missa est » (Allez, la messe est dite ou encore Allez, on vous renvoie) et l’assemblée répond : « Deo gratias ! ». Aussi « Ils retournèrent à Jérusalem« . C’est l’urgence de la responsabilité de témoigner du Ressuscité: les deux disciples missionnaires  retournent immédiatement à Jérusalem, retrouver la communauté de sœurs et de frères pour le témoignage.

Soit dit en passant, la  rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie passe souvent inaperçue : pourquoi ? On y va peut-être par habitude; on est absent : emporté dans le tourbillon de ruminations mentales et de soucis de la vie, notre esprit vadrouille et vagabonde en pleine messe. Il arrive aussi qu’on ne soit pas en condition de prier : inconfort, homélie tarabiscotée, liturgie soporifique … La question est de savoir comment, en ce qui me concerne, malgré ces parasites en tout genre, puis-je y reconnaître le Ressuscité et vibrer en sa présence ?

A la mort de Jésus, le groupe des disciples est disloqué. Beaucoup dépriment, ils ne comprennent pas ce qui s’est passé. Les deux marcheurs sont émotionnellement sidérés, enfermés dans l’amertume d’un rêve brisé par le scandale de la croix de leur maître et ami. Ils sont déçus comme beaucoup de nos contemporains qui font défection de leur foi quand celle-ci ne fait plus sens dans leur vie quotidienne, quand la lassitude, la peur, le traumatisme de la souffrance et de la mort les déroutent… Le nom de l’autre disciple, le compagnon de Cléophas,  n’est pas mentionné : ne serait-ce pas toi ? Le chemin d’Emmaüs peut être le tien. Il  est tapissé ici et là  d’angoisses, de questionnements, de désert intérieur … Comme les deux disciples, qui prient Jésus de rester avec eux  parce que le jour baisse, n’es-tu pas toi aussi parfois gagné par le sentiment de relâchement, de morosité et de mélancolie spirituelle (acédie) ? A ce moment, le moteur-turbo de ta vie psycho-spirituelle n’a plus de pression (= dé-pression spirituelle)… Et c’est  là que Jésus-Christ te rejoint. Il prend le temps de cheminer  à tes côtés, pour venir au secours de ta foi, t’aider à trouver du sens aux événements de ta vie. Il progresse avec toi mais  à ton rythme, sans forcer tes pas ni changer ton chemin. Il te propose  seulement de décoder les signes de sa présence dans ta vie et autour de toi…  

Et pourquoi disparaît-il  aussitôt après le partage du pain ? C’est pour nous signifier que sa présence charnelle n’est plus nécessaire. Comme l’écrit  Antoine de Saint Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux« . Jésus est présent dans un  petit coin de notre cœur, dans la danse du cosmos, dans le silence des espaces infinis, dans divers gestes de partage … Bref, tout signe et atteste sa présence quand on s’émerveille avec les yeux de la foi. En s’éclipsant, il veut également raviver  la fonction prophétique de notre baptême : être des témoins  résolus de l’Evangile. Je suis  témoin quand ma manière d’être interpelle, quand  je  donne envie de connaître le Ressuscité et de l’aimer;  quand je  rends « Dieu désirable » (titre du livre d’André Fossion).

Le but de cette cohérence entre ma foi et ma vie quotidienne n’est pas de convaincre,  mais de rendre le visage du Christ tellement séduisant, captivant qu’il attire.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé- doyen

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dimanche de la divine Miséricorde

Homélie du 2ème dimanche de Pâques A : dimanche de la divine Miséricorde. Lectures : Ac 2, 42-47; 1 Pi 1, 3-9; Jn 20, 19-31

Mes sœurs et frères, après la fête de Pâques, nous poursuivons l’approfondissement du mystère pascal en ce « dimanche de la divine Miséricorde« . Dans l’Evangile, les portes du cœur des disciples sont verrouillées de peur. Il s’agit de nos situations désespérantes, sans issue, que la paix, premier don du Ressuscité, vient débloquer : « Paix … à vous !« . Alors s’en suit l’envoi en mission qui est inséparable du don de l’Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint …, alors vous serez mes témoins » (Jn 20, 22 ; Ac 1,8). Ce souffle vital que le Ressuscité insuffle et transmet aux disciples, c’est l’Esprit Saint. Il leur donne la force de continuer la mission : être le reflet, le visage de la Miséricorde du Père dans le monde. En effet, la raison d’être du chrétien, n’est-ce pas de manifester la Miséricorde de Dieu ?

Et c’est quoi la Miséricorde ? Ce n’est pas une mièvrerie affective. C’est plutôt un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes; un cœur touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, spirituelle, physique, psychologique, sociale ou encore matérielle. C’est comme me disait une maman, larmes aux yeux, dont l’enfant souffrait atrocement : « Comme je voudrais souffrir à sa place ! » … Nous sommes ici au cœur du message évangélique. La Miséricorde est l’autre nom de Dieu. Quand dans le Symbole des Apôtres, nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit de rien d’autre que la toute- puissance de son amour, plus fort que nos égarements, nos lâchetés, nos trahisons voire nos péchés.

Et quid du doute de Thomas, l’incrédule, le libre penseur ? Il n’a pas une foi de charbonnier. Il a besoin des preuves, il veut vérifier avant de croire. Chers amis, si son nom est  » jumeau« , c’est sans doute parce que chacun de nous peut bien s’identifier à lui : il nous arrive aussi de nous emberlificoter dans les flots du doute. C’est ce qui fait dire à l’écrivain Georges Bernanos : « La foi, c’est 24 heures de doute, moins une minute d’espérance« . A bien des égards, notre foi ressemble aux marées hautes et basses de la mer, elle vient, elle va; toujours çà et là tant le mystère de Dieu est épais. Son silence, ses pensées, ses voies, le cours des événements du monde sont parfois déroutants. En clair, la foi n’est pas une certitude ou encore une évidence, mais la conviction intérieure que quoi qu’il arrive, quoi qu’il en soit, même et surtout si je ne comprends pas, même et surtout si je ne maîtrise pas, Dieu reste fidèle à son Amour. Et dites-vous bien que dès lors que Dieu n’est plus perçu comme un Père infiniment et inconditionnellement aimant (agapè), il devient un faux dieu… Ce qui me fait dire que la vraie démarche de foi aboutit inexorablement à l’abandon, au lâcher-prise, à la contemplation. C’est elle, cette foi-là, toute confiante, qui a fait dire à saint Paul : « Je sais en qui j’ai mis ma foi ! » (2 Ti 1, 12). C’est elle  qui nous plonge dans les réalités spirituelles inexplicables. Voilà pourquoi Jésus béatifie celles et ceux qui, au-delà de ce qui est visible et compréhensible, lui font confiance.

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

* Le Ressuscité porte toujours la marque des clous et du coup de lance (V. 25 et 27),  cicatrices qui rappellent les atrocités de son chemin de croix. C’est dire que sa  Résurrection ne supprime pas nos croix quotidiennes que, dorénavant, nous devrons porter dans l’espérance : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler! » (Rm 8, 18). Quand le Ressuscité porte, avec nous, nos fardeaux, il les allège grâce à la paix que l’Esprit Saint, le baume de notre vie chrétienne, diffuse dans nos cœurs (Rm 5, 5). Chaque matin, j’ai ainsi besoin d’accueillir la dose d’Esprit Saint dont j’ai besoin pour ma journée : « Veni Creator spiritus … Viens, Esprit Créateur ! »

* « Sois croyant, Thomas« .  Et pourtant il était disciple depuis 3 ans, il a tout quitté pour suivre Jésus. Bien qu’il ait cheminé à ses côtés, il avait absolument besoin de grandir et de fleurir dans la foi. Un peu comme l’amour, notre foi n’est pas un acquis. C’est chaque jour qu’il faut aller à sa (re)conquête. « Avance ton doigt« , la croissance spirituelle est à ce prix-là : il faut avancer, devenir chaque jour plus humain et témoin du Christ.

*C’est en voyant les cicatrices de plaies du Christ que Thomas le reconnaîtra comme Ressuscité. Où irions-nous alors rencontrer le Ressuscité sinon dans les blessures du Monde et de l’Eglise, que le Christ a prises sur lui ?

*Et que dire de la profession de foi de Thomas : «Mon Seigneur et mon Dieu » ? C’est un murmure du cœur, une prière d’abandon tellement simple, humble, paisible et combien profonde, puissante ! Je la récite à la consécration. Comme Thomas, j’ose employer l’adjectif possessif « Mon« . C’est fort ! Le Christ devient  à moi, il m’appartient, je lui appartiens. Voilà un pas à  franchir !

                                                                            Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

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Invitation à la retraite de carême

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Ne pas se venger, est-ce raisonnable ?     

           Homélie du 7ème dimanche ord A :

Lectures : Lv 19, 1-2.17-18; Ps 102; 1 Co 16-23; Mt 5, 38-48

Mes sœurs et mes frères, se laisser faire ne serait-il pas un signe de faiblesse et de naïveté,  une lâcheté qui cautionne les injustices ? Qui fait l’âne, doit-il  s’étonner que les autres lui montent dessus ? En responsabilité civile, la justice réparatrice stipule que lorsqu’on a été lésé, on est en droit de  réclamer d’être dédommagé. « Si quelqu’un t’a mordu » dit un proverbe africain, « c’est  pour te rappeler que tu as aussi des dents« .  La vengeance est un instinct naturel,  qui est parfois spontané et inconscient. 

Cependant,  depuis les temps les plus anciens, la logique des représailles a toujours généré des rapports tendus et conflictuels, incitant à répondre au mal de manière brutale et inflexible. Chez les juifs, avant la loi du Talion, ce qui prévalait,  c’était  la démesure de la  vendetta intempestive (Gn 4, 23-24). Tu me casses une dent, et si jamais  je suis le plus fort, je te brise la mâchoire ; tu m’insultes, et si jamais je suis  impitoyable et féroce, je sors mon couteau pour t’égorger. Etant donné ces débordements, pour éviter le chaos, il devenait  urgent de trouver un coefficient de proportionnalité : le châtiment doit être  proportionné à l’offense. Aussi, la législation hébraïque opta  pour la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent »,  autrement dit ni plus ni moins, coup pour coup, insulte pour insulte, brûlure pour brûlure (cf. Ex.21, 23-25) !  Cette conception archaïque du droit  a inspiré la logique de  la peine de mort encore de mise dans certains pays comme les USA, l’Iran, l’Arabie Saoudite… Mais l’expérience montre que répondre au mal par le mal n’arrête pas le mal, loin s’en faut. La haine et la violence sont toujours un échec.  De la même manière qu’une chemise  blanche tachée de sang  ne redevient pas blanche si on la trempe dans un bassin de sang…  Et puis, répondre à la barbarie par la barbarie, n’est-ce pas trahir  les valeurs au nom desquelles on se bat ? A. Camus l’exprime en ces termes : « Chaque fois qu’un opprimé prend les armes au nom de la justice,  il fait un pas dans le camp de l’injustice ».

D’où cette question lancinante : comment sortir de la  spirale infernale du déferlement de la haine,  cette plaie qui défigure l’humanité depuis les origines ? Voici la réponse de Jésus : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 38-39). Bien entendu, le conseil de Jésus ne s’applique pas à la lettre. Il ne nous invite pas à nous laisser tondre la laine sur le dos comme le mouton ou à faire le gros con en  nous résignant à subir des outrages sans réagir. Lui-même n’a pas osé présenter l’autre joue lorsqu’un soldat impertinent lui flanqua une gifle au moment de sa Passion. Mais calmement et dignement, sans se laisser écrabouiller,  il a voulu faire entendre  raison à son agresseur, l’aidant à se remettre en question : « Si j’ai dit quelque chose de mal, montre-moi en quoi ; mais si ce que j’ai dit est juste, pourquoi donc me frappes-tu ? » (Jn 18, 23). « Présenter l’autre joue », c’est présenter un autre visage que celui du vengeur justicier, le visage de la non-violence. Ce que Jésus nous suggère, c’est  vaincre le mal par le bien, la haine par l’amour (Rm 12, 21). Autrement, avec l’œil pour œil, on finit tous aveugles ! On le sait,  la haine n’apaise pas la souffrance,  elle l’entretient au contraire. Un cœur qui brasse rancœur, répulsion et ressentiment n’est pas en paix ; il vit un enfer. Les apôtres de la non-violence comme Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, le Dalaï-Lama et tant d’autres ont toujours cru dur comme fer que, comme l’écrit Henry David Thoreau, « Il n’y a qu’un remède à l’amour, aimer davantage« 

Aussi, être disciple de Jésus, c’est consentir  à imiter son Père et notre Père (Ep 5, 1), qui n’agit pas envers nous selon nos fautes (Ps 102). Et l’imiter, c’est rechercher la sainteté (1ère lecture);  c’est aimer de l’amour-agapè dont il nous aime, c’est-à-dire de manière toute pure,  désintéressée, détachée, gratuite et inconditionnelle. En effet, l’amour-agapè est parfait,  achevé, accompli. Il pose notamment  l’acte le plus puissant qu’il soit  donné à un homme d’accomplir, à savoir  aimer  y compris ses ennemis. La personne transformée de l’intérieur par l’agapè devient bienveillante. Elle acquiert cette maturité humaine et spirituelle qui lui permet de faire la distinction entre la faute à reprouver absolument  et la personne qui l’a commise  qui, cependant,  garde  sa dignité de frère, de sœur en humanité  et son droit à l’amour.  

Chers amis, puisque chacun de nous est un sanctuaire de Dieu, une demeure de l’Esprit Saint (2ème lecture), c’est à l’amour-agapè  que Dieu nous convie.

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen  

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Aime et fais ce que tu veux !

         Homélie du 6ème dimanche ord A :

            Lectures : Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37

Mes sœurs et mes frères, la page d’Evangile d’aujourd’hui montre bien le mouvement  de ce que les théologiens appellent « l’économie du salut », c’est-à-dire l’évolution du plan de Dieu et sa réalisation, pour le salut des hommes,  tout au long de l’histoire. Nous lisons : « Il a été dit jadis… Eh bien ! moi, je vous dis aujourd’hui« .

En effet, l’Evangile de saint Matthieu s’adresse principalement aux nouvelles communautés chrétiennes venues du judaïsme. La question fondamentale qui prévaut, c’est de faire ressortir la griffe de la nouveauté apportée par Jésus-Christ. Faut-il, somme toute, conserver les anciennes coutumes et lois, continuer de circoncire les enfants par exemple, de respecter le sabbat, de ne manger que l’alimentation « casher » …?  Les antagonismes entre les anciens et les modernes, les tradis et les progressistes furent à bien des égards  l’objet de la convocation du premier concile de l’Eglise (Ac 15). Et la controverse se poursuit de nos jours : tout dernièrement encore, on a longuement comparé feu le pape Benoît XVI avec le pape François. Et même hors de l’Eglise, le débat sur la diversification croissante des attitudes, des valeurs et intérêts des différentes strates d’âge, ce fameux « conflit des générations » est omniprésent  au travail, en politique, dans les familles…  Quant à lui, au lieu d’une rupture totale, Jésus plaide pour un continuum, une dynamique de l’économie du salut. Le Nouveau Testament a été greffé sur le vieil olivier de l’Ancien Testament, et toute la Bible est nourrie par la sève de l’Esprit Saint ; elle fleurit en Jésus-Christ. Aussi,  puisque Jésus n’abolit pas l’ancienne loi, mais qu’il l’accomplit en lui donnant tout son sens, c’est  à partir des lunettes de son Evangile qu’il convient d’interpréter les textes bibliques.

Dans la 2ème lecture, saint Paul souligne qu’il s’adresse aux chrétiens « adultes » dans la foi, autrement dit, qui savent ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Chers amis, ces chrétiens-là, c’est vous aujourd’hui, car vous n’êtes pas des marionnettes, mais des femmes et des hommes libres et responsables. C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a sauvés (Ga 5, 1). La 1ère lecture fait écho à cette liberté : « Si tu le veux, tu peux respecter les commandements ; il dépend de ton choix de rester fidèle. Tu as devant toi l’eau et le feu, la vie et la mort : choisis ce que tu préfères« .

Souvent j’entends dire : « Moi je n’ai pas besoin de me confesser. Je ne tue pas, je ne vole pas, je n’ai pas d’ennemi. Je suis en règle, je fais ce que je dois faire« . Ok, c’est bon tout ça, mais ce sont là  des actes « extérieurs » dont s’occupe principalement la justice des hommes. La justice de Dieu se préoccupe plutôt du for intérieur, du tribunal de la conscience, du secret du cœur, des intentions profondes de chacun. De fait, l’homme peut faire n’importe quoi en ce qui concerne par exemple l’affectivité, pourvu que cela soit motivé par de bonnes intentions. « Aime » écrit saint Augustin, « et fais ce que tu veux« … Antoine Nouis raconte qu’un jour, un père du désert chemine sur une route avec son disciple lorsqu’ils croisent une très jolie femme montée sur un âne. Le vieillard lève sur elle un regard admiratif tandis que son disciple garde son regard sur ses chaussures, de peur de succomber à la de convoitise. Quelques kilomètres  plus loin, le disciple interroge son maître : « Pourquoi as-tu  donc posé les yeux sur cette jolie femme ?  » Réponse : « Tu vois, cette dame t’a charmé, tu penses encore à elle. Tu l’as regardée comme une source de tentation, alors que moi je l’ai regardée comme une des merveilles de la création de Dieu ! « …

Tout dépend  finalement  de la bienveillance du regard et des visées que l’on cache au tréfonds de soi,  et c’est particulièrement le cas quand il s’agit de la vertu de donner.

L »important n’est pas ce que l’on donne, mais l’amour que l’on y met. Il y en a qui donnent pour s’afficher, pour enchaîner celui qui reçoit (« Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois« ), pour faire du troc affectif, ou encore pour se dédouaner en conscience. Quand on donne avec une arrière-pensée de retour, le don est stratégique et manipulateur… D’autres  donnent de leur superflu. Sur ce, le pape François écrit : « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur« .

Chers amis, que par la grâce de cette eucharistie, Dieu nous donne de vivre pleinement dans la liberté des enfants de Dieu, et d’être des femmes et des hommes responsables de l’alliance de leur baptême.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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