Renoncer à soi-même!

Homélie du 22ème dimanche ordinaire A
Lectures: Jr 20, 7-9; Ps 62; Rm 12, 1-2; Mt 16, 21-27

Mes frères, mes sœurs, la Parole de Dieu nous aide à accueillir, et même à conquérir, une vie nouvelle: penser autrement, agir autrement, aimer autrement. Bref, ne plus vivre aveuglément à la manière du monde. Saint Paul nous le dit dans la deuxième lecture: « Ne prenez pas pour modèle le monde présent». Autrement dit, ne nous laissons pas séduire, courtiser par le blingbling du monde: réussite matérielle, luxe, prestige, apparence, célébrité, statut social, pouvoir… Le monde te dit: «Fais-toi remarquer! Sois admiré! Protège ton image!» L’Évangile, lui, te dit: «Détache-toi, cherche la volonté de Dieu et tu retrouveras ta liberté intérieure!»

C’est précisément ce que Jésus demande aujourd’hui à ses disciples. Dimanche dernier, il leur posait cette question décisive: «Pour vous, qui suis-je ?» Pierre avait fait une profession de foi remarquable: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant!» Magnifique! Mais avait-il vraiment compris ce qu’il disait? Nous aussi, nous récitons notre Credo chaque dimanche. Mais au fond, en quel Dieu croyons-nous? Quel Christ suivons-nous? Ne sommes-nous pas parfois tentés de façonner un Dieu à l’image de nos désirs, un peu comme le «Père Noël du ciel», qui devrait réaliser nos projets et répondre à nos attentes? En tout cas, Pierre rêve d’un Messie glorieux et victorieux, qui ne commet surtout pas le scandale de porter une croix sur ses épaules. Et Jésus de le recadrer vivement: «Passe derrière moi, Satan!» Pourquoi une telle réaction? Parce que Pierre veut un Christ sans Croix. Or chercher un Christ sans Croix, c’est finalement se retrouver avec une croix sans Christ. Et alors, le mystère de la souffrance humaine devient absurde.

C’est dans ce contexte que Jésus prononce l’une des paroles les plus fortes, les plus percutantes et, même,  les plus déstabilisantes de l’Évangile: «Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive». Renoncer à soi-même: qu’est-ce que cela veut dire? Attention: cela ne signifie ni se détester, ni se dévaloriser, ni mépriser sa personnalité. Cela signifie apprendre à ne plus faire de son petit moi le centre absolu du monde. En effet, nous sommes prisonniers de notre ego lorsque nous sommes obsédés par notre image, nos titres,  notre confort, notre réputation, notre besoin d’avoir raison, d’être reconnus, admirés ou félicités. Renoncer à soi-même, c’est, en fin de compte, apprendre à se désarmer. Le patriarche Athénagoras de Constantinople en donne un témoignage poignant: «La guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer […] Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres». Quelle belle définition du renoncement évangélique! Se désarmer, ce n’est pas déposer sa dignité, mais déposer les armes de son ego: vouloir être le point de mire, être vu et valorisé, se croire indispensable, vouloir contrôler toute situation, toujours se justifier ou tout comprendre. À la place, nous apprenons à faire confiance, à lâcher prise, à nous abandonner à Dieu, à nous humilier, et surtout à aimer. L’amour véritable nous apprend à mourir un peu à nous-mêmes. Jean le Baptiste le dira à propos de Jésus: «Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue» (Jn 3,30). Les parents et les grands-parents le savent bien: on ne peut pas aimer vraiment son enfant sans renoncer à soi-même, sans donner de son temps, de son énergie, de son confort et parfois même sans se sacrifier. L’amour véritable coûte toujours quelque chose à notre ego.

Ce renoncement n’est donc pas une théorie spirituelle. C’est très concret. Il se joue dans les mille petits choix de chaque jour. Quand quelqu’un nous critique, notre premier réflexe est souvent de nous justifier. Et si nous nous disions plutôt: «Cette critique peut être pour moi une occasion de remise en question et de conversion»? Quand, en couple ou en famille, survient un désaccord, nous nous demandons spontanément: « Qui a raison? Qui va gagner?» Et si nous posions plutôt cette question: «Que pouvons-nous construire ensemble pour retrouver la paix?» Quand nous faisons du bien et que personne ne le remarque, notre besoin de reconnaissance en prend un coup. Pourtant, Jésus nous dit: «Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite» (Mt 6,3). Faisons discrètement le bien autour de nous, sans chercher les applaudissements. Même dans la vie d’un prêtre, cette tentation existe: je gère au mieux mon unité pastorale, je peaufine mes homélies, j’organise de belles célébrations… mais c’est parfois aussi pour être apprécié et reconnu. Oui, nous devons accomplir notre devoir avec joie et générosité, mais sans nous accrocher aux fruits de notre action, aux honneurs ou à la gloire qui pourraient en découler. C’est cela, peu à peu, renoncer à soi-même.

Mes frères, mes sœurs, la Parole de Dieu de ce dimanche nous pose une question simple, mais exigeante: quelles sont les armes de mon ego que je dois aujourd’hui déposer? Seigneur, apprends-moi à me désarmer, à perdre un peu de moi-même, à me décentrer de moi pour me centrer davantage sur les autres et sur Toi. Amen.

Vital Nlandu, votre doyen

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François, le petit saint d’Assise – au Foyer de Charité le 26 septembre 2026

La figure de François d’Assise vous parle ? Que diriez-vous d’en apprendre plus sur sa vie et sa foi ? L’occasion nous est donnée d’assister à un spectacle qui « tourne » depuis plusieurs années, notamment en France et en Alsace, où il a été créé.

Deux représentations le samedi 26 septembre 2026 à 16h et à 20h
au Foyer de Charité à Spa-Nivezé

Quelques mots sur la création du spectacle :

L’idée de ce spectacle est née lors d’un séjour à Assise en 2012.

Je me suis rendu compte à quel point ce personnage, souvent présenté comme un écologiste de la première heure, était beaucoup plus que cela.

Il a vécu tant d’épreuves, de trahisons, de doutes, de souffrances et il a toujours su avancer en pardonnant et en aimant les hommes d’un amour inconditionnel.

Il a aimé la création, il a aimé l’Église de son temps et il a aimé Dieu de toute son âme et de tout son corps.

Il a fallu attendre 10 ans pour que ce spectacle voie le jour. 16 chansons originales, une centaine de photos, une mise en scène sobre appelant à la méditation (citation des Dernières nouvelles d’Alsace en octobre 2022), une narration qui fait le lien entre les chansons et 3 chanteurs accompagnés par les notes de piano de Sylvain.

Ce spectacle se veut comme un hommage à un homme du Moyen Âge mais tellement actuel. Quel destin pour cet homme issu de la bourgeoisie d’Assise, appelé à reprendre l’échoppe de drapier de son père, Pietro Bernardone, vivant dans le luxe et l’insouciance dont la vie bascule à l’appel de la foi.

Il quittera tout, l’argent, les fêtes, sa famille, pour reconstruire l’Église comme Dieu le lui a demandé dans la petite chapelle de Saint Damian. Il vit alors de la mendicité et est très vite rejoint par des milliers de frères qui font, comme François, vœu de pauvreté.

Dans un monde marqué par la violence des conflits entre le pape et les seigneurs et rois, entre les bourgeois et la noblesse, les croisades, François consacrera sa vie à prêcher la pénitence, l’amour et la paix.

Fabrice Werner

Informations pratiques :

  • Samedi 26 septembre à 16h et à 20h
  • Participation libre et responsable
  • Enfants à partir de 10 ans
  • Au Foyer de Charité – Avenue Peltzer de Clermont 7 à 4900 Spa
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Que cette catastrophe soit un électrochoc pour nos consciences

Le curé de Malmedy réagit à l’incendie des Hautes Fagnes: « Que cette catastrophe soit un électrochoc pour nos consciences »

Aticle publié sur la site Cathobel par Julien Paul

L’abbé Vital Nlandu Balenda, curé de Malmedy et doyen de l’Ardenne, est lui-même basé à Malmédy

Par Julien Paul

Journaliste

Publié le 17 août 2026

 4 min

Ce week-end, la Belgique a fait face au plus vaste feu de végétation de son histoire. Les flammes ont ravagé une partie de la réserve naturelle des Hautes Fagnes en province de Liège, détruisant en quelques heures près de 3.000 hectares de végétation. À l’heure d’écrire ces lignes, une pluie bienfaitrice redonne un peu de marge de manœuvre aux soldats du feu. Cependant, la détresse et l’incertitude restent grandes.

Ce week end, plusieurs centaines d’habitants des communes de Waimes et Bütgenbach ont reçu l’ordre d’évacuer leurs domiciles. Une minorité seulement a accepté d’être évacuée. C’est la commune de Malmedy qui a accueilli la vingtaines de rescapés. Dans une situation aussi dramatique que complexe, l’Église pourrait être tentée de rester en retrait pour mieux laisser agir les secours et les autorités. L’abbé Vital Nlandu Balenda, curé de Malmedy et doyen de l’Ardenne, salue l’élan immédiat de solidarité dans sa commune. Il apporte également son soutien aux fidèles et à son bourgmestre, mais il tient aussi à tirer la sonnette d’alarme. Entretien.

Julien Paul: En votre qualité de curé de Malmedy et de doyen de l’Ardenne, comment avez-vous réagi à ce drame sans précédent?

Tout d’abord, j’ai envoyé des SMS aux personnes concernées que je connais, pour leur dire que je pensais à elles et que l’Église était présente, disponible, à leur écoute. Je voulais leur dire aussi que je faisais de leurs préoccupations les miennes. En somme, je leur souhaitais bon courage. J’ai par ailleurs l’habitude d’envoyer mes homélies par mail à un réseau d’une centaine de personnes. Dimanche, dans mon introduction, j’ai décrit la situation: d’abord 2.000 hectares de réserve naturelle partis en fumée, puis 3.000. Ces chiffres parlent d’eux mêmes, c’est évidemment une catastrophe écologique sans précédent.

Au-delà de la sidération, ce drame a-t-il des effets concrets sur la vie des fidèles?

Très concrètement, pour nous cela signifie que la messe prévue à la fin du mois d’août dans la chapelle Fischbach n’est malheureusement plus à l’ordre du jour. Cette chapelle est dédiée à Notre-Dame de Bon Secours, elle est située à une centaine de mètres de la Baraque Michel, en plein coeur du joyau désormais meurtri que sont les Hautes Fagnes. J’ai pris les devants pour en avertir mes paroissiens. Mais j’ai aussi tenu à inviter notre évêque, Mgr Delville, pour qu’il préside luimême la messe renvoyée au mois de septembre, dans ce même lieu directement témoin du drame.

Avec alors un regain de mobilisation j’imagine…

Nous l’espérons. Malgré le caractère intimiste de cette chapelle, ce sera une véritable mobilisation à la lumière de Laudato si’, l’Encyclique du pape François. Nous allons prier pour cet espace magnifique, pour qu’il puisse renaître, mais aussi pour toutes les personnes qui ont pour mission de sauvegarder son écosystème. Ce sera l’occasion de confier encore davantage ces trésors naturels à l’amour de Dieu. Mais je voudrais dire aussi que cette catastrophe doit être un choc, un électrochoc même, pour nos consciences à tous. Nous devons urgemment retrouver le respect de la Création. Nous, êtres humains, avec la faune et la flore, composons ensemble cette toile sacrée du vivant. Nous l’oublions bien trop souvent.

La commune de Malmedy est donc devenue en quelques heures une ville-refuge pour une partie des habitants évacués. N’est-ce pas aussi ce que le pape François invoque dans Laudato si’, « notre maison commune » c’est à la fois la préservation et la solidarité?

Tout à fait. Hier, j’ai entendu notre bourgmestre évoquer une petite dizaine de personnes encore prises en charge ici. Depuis ces déclarations, le feu a perdu en intensité. Le pire est peut-être derrière nous. Quant à l’élan de solidarité, il est aussi remarquable qu’il est naturel. Malmedy se trouve au seuil du drame, en quelque sorte: nous sommes au pied des Fagnes et ce rôle de lieu de repli nous incombait naturellement. Ici, le drame nous est parvenu sous la forme d’un épais nuage de fumée noire, étouffant, menaçant, chargé de cendres. Cela commence à passer maintenant et la pluie bienfaitrice n’y est pas pour rien.

La commune a même été littéralement confinée pendant plusieurs heures…

En effet, pendant plusieurs heures nous avons été à la fois contraints de rester à l’intérieur et désireux de faire quelque chose. Je dois dire que j’ai assez mal vécu cette contradiction. Ces élans contraires m’ont rappelé l’époque pas si lointaine du Covid. (L’abbé Vital Nlandu, infirmier de formation, avait participé à la campagne de vaccination à Malmedy-Expo pendant la pandémie, NDLR.)

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La foi de la cananéenne étonne Jésus!

Homélie du 20ème dimanche ord A
Lectures: Is 56, 1.6-7; Rm 11, 13-32; Mt 15, 21-28

Mes frères et mes sœurs, Dieu n’appartient à personne, le salut est sans frontière. Dans la page d’Evangile de ce week-end, Jésus est au Nord de la Palestine, spécialement dans la région de Tyr et de Sidon, villes côtières de l’actuel Liban. Il est en Terre étrangère. Ce déplacement n’est pas anodin: il annonce déjà l’universalité de sa mission. Comme le dit le prophète Isaïe dans la 1ère lecture, la maison de Dieu sera appelée «Maison de prière pour tous les peuples.» Et le psalmiste de proclamer: «Ton chemin sera connu sur la terre, ton salut parmi toutes les nations». Le trésor de la foi est ainsi proposé à tous, sans discrimination de race, de nation, d’origine, de culture, de chemin de foi ou de religion.

Et voilà qu’apparaît, dans l’Évangile, une femme cananéenne. Elle supplie Jésus: sa fille est cruellement tourmentée. Mais Jésus semble garder le silence. Il paraît indifférent, comme s’il ne se sentait pas concerné par la détresse de cette maman. Martin Luther King, le pasteur afro-américain, disait: «Ce qui m’effraie le plus, ce n’est pas nécessairement la perversité, le mauvais tour des méchants, mais l’indifférence des bons». Nous le savons: le silence de Dieu devant nos demandes, nos larmes et nos tourments constitue l’une des épreuves les plus difficiles de la foi. Il nous arrive même de nous demander: Pourquoi continuer à prier, encore et encore, quand rien ne semble changer? Pourquoi insister quand Dieu paraît silencieux? Mais cette femme refuse de désespérer. Elle insiste. Elle implore de plus belle.

Cela finit par agacer les disciples, qui demandent à Jésus: «Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris!» Jésus rappelle alors à cette femme les limites territoriales de sa mission: « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.» Mais elle ne renonce pas. Elle s’obstine.

Alors, comme pour couper court à sa demande, Jésus lui répond d’une manière particulièrement déconcertante: «Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants (d’Israël) et de le jeter aux petits chiens.» Ces paroles peuvent nous choquer. Elles ont, à première écoute, une résonance profondément méprisante, raciste. Le mot «chien», notamment, était utilisé dans le monde antique pour désigner péjorativement les étrangers.

Je suis personnellement admiratif du sens de la réplique, de la hauteur et de toute l’intelligence émotionnelle de cette femme, qui ne se laisse pas démonter: «Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens ont besoin des miettes du pain des enfants». Et là, Jésus est médusé, désarmé!

En immergeant dans la méditation de cet Evangile, on comprend aisément que Jésus use d’une pédagogie pour le moins renversante:
Premièrement, en reprenant l’image de chien, il parodie le langage raciste de son époque, joue le rôle du juif traditionnel, pharisaïque en le désapprouvant insidieusement. Remarquez ce contraste saisissant: alors même que dimanche dernier, il disait à Pierre, le chef des apôtres, le « roc » de l’Eglise, un juif de souche qu’il était un homme de peu de foi (Mt 14, 31), aujourd’hui il fait valoir la foi d’une étrangère et païenne: «Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux!». Le curseur a changé: la foi du « chien » est donnée en exemple par rapport à celle du « maître »! C’est une foi tenace, humble, profonde et confiante.
Deuxièmement, pour la Cananéenne, une seule miette de grâce suffit pour sauver sa fille. Quel abandon malgré les écueils, quelle conviction de la puissance de l’œuvre de Dieu! Elle ne se perd pas dans des discours théologiques, ne cherche pas à négocier avec Dieu. Son secret? Elle sait que derrière les nuages, le soleil ne disparaît pas. Elle fixe le visage de la Miséricorde de Dieu. Elle sait en qui elle a mis sa foi: en celui qu’elle appelle désormais « Seigneur »!

Cette femme n’a pas de nom. Ne serait-ce pas la personne que tu connais qui, même secouée par diverses tempêtes, garde la foi? Et toi, que dis-tu de ta foi? Est-elle chancelante, tenace, confiante même dans les épreuves?

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Être disciple est une entreprise risquée!

Homélie du 12ème dimanche A
Lectures: Jr 20, 10-13; Rm 5, 12-15; Mt10, 26-33

Mes frères et mes sœurs, Jésus nous dit aujourd’hui: « Même les cheveux de votre tête sont tous comptés! » Que mes amis chauves, au crâne dégarni et reluisant, soient rassurés: votre calvitie ne vous fait pas perdre de valeur aux yeux de Dieu! Même les cheveux tombés depuis longtemps sont déjà comptabilisés! Cette image pleine d’humour nous révèle surtout une vérité magnifique: nous sommes infiniment et inconditionnellement aimés de Dieu, qui connaît chacun de nous personnellement. Il veille sur nous avec sollicitude. Il est avec nous et pour nous. Dès lors, pourquoi avoir peur?

Nous avons entendu la 1ère lecture: la mission du prophète et du disciple n’est pas un long fleuve tranquille. Jérémie reçoit l’indélicate mission d’annoncer la ruine du royaume de Juda. Son message dérange. Le peuple et les dirigeants lui deviennent hostiles. Ses détracteurs manigancent pour nuire à sa réputation… Et comme dit le livre de l’Ecclésiaste: «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil» (Qo 1,9). Ce que Jérémie a vécu est d’une étonnante actualité.

Aujourd’hui encore, à l’ère des réseaux sociaux, la calomnie, le dénigrement et l’atteinte à la réputation font malheureusement partie du quotidien. Certains sont persécutés, parfois de manière subtile, à cause de leurs convictions, de leurs valeurs ou de leur foi. Nous vivons dans une société largement sécularisée où l’expression religieuse est souvent accueillie avec indifférence, incompréhension, voire méfiance. Qu’un prêtre monte dans un train avec sa croix ou son col romain, et il n’est pas rare qu’il suscite des regards interrogateurs ou moqueurs.

Je me souviens de cet acolyte qui me disait qu’il ne pouvait surtout pas dire à ses camarades qu’il servait à la messe, de peur d’être tourné en dérision et même harcelé. Ou encore de cette catéchiste qui me demandait de ne pas lui envoyer le programme catéchétique sur son mail professionnel, mais plutôt sur celui de son mari afin que ses collègues ne découvrent pas son engagement chrétien.

Dans le monde du travail, à l’école, dans les loisirs, beaucoup hésitent à dire qu’ils sont croyants. Parler de sa foi devient parfois embarrassant. On préfère se taire plutôt que d’être exposé aux moqueries ou aux préjugés. Même au sein des familles, la foi peut devenir source de tensions lorsque certains choix inspirés par l’Évangile sont mal compris.

Voilà pourquoi Jésus prévient! Être témoin de l’Evangile est une entreprise exigeante et même risquée: on est parfois confronté à l’incompréhension, à l’opposition et même à la méchanceté des gens. Il invite ainsi ses disciples d’hier, d’aujourd’hui et de demain à la confiance, quoi qu’il arrive. Il y aura inévitablement des difficultés, mais le disciple peut, grâce à son courage et sa détermination, aller à contre-courant comme le saumon connu pour sa capacité à remonter la rivière vers sa source pour se reproduire. Parce que l’enjeu est de demeurer fidèle à la vérité de l’Evangile, le missionnaire doit prêcher à temps et à contretemps, que l’occasion soit favorable ou non! «Ne craignez pas!» signifie n’éteignez pas le feu, vivez librement votre foi ; témoignez-en évidemment dans le respect  des opinions philosophiques ou religieuses des autres, sans arrogance, mais sans honte non plus! Ne redoutez pas votre faiblesse, vos limites voire vos péchés. La grâce de Dieu vous suffit!

Lorsque saint Jean-Paul II fut élu pape en octobre 1978, ses premiers mots furent: «N’ayez pas peur!» Cette exhortation traverse toute la Bible comme un refrain: elle y revient 365 fois. Autrement dit, chaque matin, Dieu te rappelle: «Aujourd’hui encore, ne laisse pas la peur gouverner ta vie.» Car la peur est souvent une mauvaise conseillère. Elle grossit les obstacles, ferme les horizons et nous empêche de saisir les occasions que Dieu place sur notre route. Elle peut nous paralyser intérieurement et nous épuiser: peur de l’échec, peur du qu’en-dira-t-on, peur du rejet, peur de ne pas être aimé, reconnu, compris ou apprécié.

«Ne crains pas», n’est-ce pas tout un chemin de guérison et de liberté intérieure?

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Malmedy: Invitation à la Journée Africaine du dimanche 14 juin 2026 pour soutenir le projet humanitaire Niolo 

C’est pour ces jeunes que nous vous invitons le dimanche 14 juin 2026 à Malmedy. C’est la journée à ne pas manquer! Soyez nombreux à soutenir ce magnifique projet de développement pour lequel le comité Niolo se donne à fond depuis plusieurs années: permettre aux enfants de cette région pauvre de la RDC d’être scolarisés. Grâce à diverses actions solidaires, des avancées concrètes ont déjà vu le jour: 8 salles de classe construites, un puits avec une pompe manuelle pour l’eau potable des jeunes et des villages alentours, une maison pour le préfet… Mais beaucoup reste à faire.

Aussi, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous organisons cette Journée à Malmedy, toujours dans le but d’améliorer les conditions des enfants de Niolo (groupement de 28 villages). Le plus impératif, c’est la construction de latrines convenables séparées entre filles et garçons, mais aussi l’achat d’une moto (de +/- 2500 dollars) pour les déplacements urgents car Niolo est à quelques 25 km de la cité de Tshela, distance que chacun franchit à pied! À Niolo, les familles et les élèves s’impliquent avec courage, malgré des moyens très limités: plantation d’ananas, de palmiers …

Au programme de cette journée: messe en rite congolais à 10h30 en la Cathédrale de Malmedy, animée par la chorale Kristo-Bolingo de Bruxelles, suivie d’un repas africain convivial et d’une animation aux saveurs africaines à la salle de la Fraternité.

Inscription au repas souhaitée avant le 7 juin au 0494/882 985 ou par mail à secretariatmalmedy@gmail.com Votre participation au repas est à régler sur le compte de «Journée Africaine Niolo» BE16 7765 9878 8474. Si vous êtes empêché de venir, un don de votre part est toujours bienvenu!

Quoi qu’il en soit, votre présence le 14 juin sera bien plus qu’un moment de partage: ce sera un soutien concret et efficace à ce projet d’éducation, d’instruction et de développement durable. C’est pourquoi nous vous attendons nombreux! Déjà un grand merci pour votre participation!

Dans la joie de vous retrouver,
Le Comité Niolo

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Dieu est avec nous!

Homélie du dimanche de la Sainte Trinité A
Lectures: Ex 34, 4-9; 1 Co 13, 11-13; Jn 3, 16-18

Mes frères, mes sœurs, dans notre monde, il existe trois grandes religions monothéistes qui professent leur foi en un Dieu unique: le judaïsme, le christianisme et l’islam. Toutes trois sont nées en Terre Sainte et se réclament d’un même ancêtre: Abraham, le père des croyants. Cependant, il existe entre elles une différence essentielle. Là où le judaïsme et l’islam affirment l’unicité absolue de Dieu, nous, chrétiens, confessons que Dieu est Un, mais Trinité: il est Père, Fils et Saint-Esprit. Nous croyons cela parce que Dieu est communion d’amour. Or, qui dit amour dit relation, partage, alliance, don de soi. Certes, vous ne trouverez nulle part dans la Bible le mot «Trinité». Pourtant, du premier au dernier livre de la Bible, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont évoqués pour exprimer l’œuvre de Dieu dans le monde. Cette œuvre, n’est-ce pas l’amour, son Amour inconditionnel, gratuit, infini, éternel, vivant et vivifiant pour toi et pour l’humanité? Oui, l’Amour est l’autre Nom de Dieu, c’est son Visage!

A supposer qu’un jour tu te représentes un dieu qui t’épie comme un chat qui attend la souris au passage, un dieu qui te traque pour te condamner, te juger, te mordre, te maudire et te faire tomber, dis-toi que tu pries un faux dieu! L’Evangile d’aujourd’hui nous conduit au cœur de notre foi. Le verset «Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» (Jn 3, 16) est la récapitulation de toute révélation, c’est la clé de l’interprétation des Ecritures. Dieu t’a tellement aimé qu’il est venu à ta rencontre, qu’il est entré dans ta vie, dans ton histoire pour rien d’autre sinon te sauver, te préserver des forces du mal et de la mort. Il ne veut pas que tu sois perdu quand tu tombes dans le péché! Il connaît tes joies, tes peines, tes espoirs, tes combats et même tes blessures les plus secrètes. S’il te plaît, ne vis pas dans la culpabilité: le travail du diable c’est de charger ta conscience, t’accuser sans cesse. Sache que Jésus ne t’écrase pas, il te relève!

Tu as été baptisé au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ce matin en te levant, tu t’es sans doute signé, marqué du signe de la Croix. En tout cas, c’est ce que nous avons tous fait au début de cette Eucharistie. Ce faisant, nous nous connectons au mystère de Dieu. Pendant des siècles, les saints, les martyrs, les mystiques, tes ancêtres dans la foi ont accompli le même signe. Les paroles qui l’accompagnent sont d’une simplicité désarmante: «Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit». Un enfant fait ce signe sans nécessairement comprendre sa portée, une personne âgée le fait avec ses mains tremblantes. Pourtant c’est ce signe qui fait vibrer toute la foi de l’Eglise. Par lui, Dieu te bénit, te protège ; il irrigue tes déserts, t’ouvre de vastes horizons. Par ce signe, il fait te fait entrer dans l’intimité et la communion de l’Amour trinitaire.

Tout homme, toute femme qui aime en vérité n’est pas loin du Dieu d’Amour, il naît de Dieu et le connaît ainsi que l’atteste saint Jean (1 J 4, 7). Il devient ce levain discret qui fait croître l’humanité et contribue à son salut. La civilisation de l’amour « sauveur » à laquelle nous sommes appelés, se traduit en actes concrets selon l’exhortation de saint Paul: «Soyez joyeux; encouragez-vous; exhortez-vous. Soyez d’accord entre vous; vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous» (2 Co 13, 11). Amen!

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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