« Aie confiance, petit troupeau » (Jésus)

Homélie du 11ème dimanche ordinaire B : « Aie confiance, petit troupeau » (Jésus)

                                  Ez 17, 22-24; Ps 91; 2 Co 5, 6-10; Mc 4, 26-34       

Mes sœurs et mes frères, la Parole de Dieu est une école de vie, on y apprend tous les jours. Dans celle de ce dimanche se profile la promesse d’un avenir meilleur; elle nous (r)affermit dans l’espérance et nous convie à la confiance. En effet, quand on est croyant, dans les difficultés de la vie, seule la confiance et l’abandon à la providence peuvent aider à ramer un jour à la fois. Oui, le constat est sans appel : notre monde bouge : perturbations écologiques, catastrophes naturelles, néo-libéralisme sauvage, inégalités sociales abyssales, culte du moi, sécularisation, déchristianisation … C’est tant et si vrai que l’on peut à juste titre  se demander : mais où est Dieu ?  Ne donne-t-il pas  l’impression de se désintéresser de ce qui se passe dans le monde ? Le message évangélique n’est-il pas insignifiant ?

Alors en bon pédagogue, pour nous aider à surmonter le défaitisme et notre angoisse désespérée, Jésus va utiliser un langage allégorique, symbolique, à savoir la parabole, qui permet à chacun d’entendre ce qu’il peut entendre. Elle convie chacun à décoder la clé du message évangélique. La parabole n’est pas un enseignement abstrait, c’est plutôt une parole qui parle à l’intime de chacun. Pour Jésus, c’est une illusion d’optique de penser que l’action de Dieu est inexistante. « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux » (A. de Saint-Exupéry).  Le Règne de Dieu, c’est-à-dire le plan de Dieu commencé en Jésus-Christ et qui s’accomplira à la fin des temps (à la grande Moisson), grandit certes, mais sans bruit ni éclat : leçon d’humilité ! Le comportement du cultivateur peut nous aider à comprendre celui de Dieu. Il jette le grain dans son champ, une poignée de poussière toute dérisoire comme la graine de moutarde.  Et puis, dirait-on, rien ne se passe …, et pourtant, grâce à une fantastique alchimie, elle se développe jusqu’à devenir un grand et magnifique arbre, abri pour les oiseaux du ciel qui chantent  la vie.  L’Esprit Saint travaille discrètement dans l’Eglise, dans les cœurs des hommes, dans le monde.Il y a une flopée de  signes du Royaume à décrypter autour de nous…  Le Royaume  est là, qui surgit, (sur)vient à ta rencontre. Ne vois-tu pas les semences d’espérance, toutes ces énergies de vie, de résilience, de résurrection dans l’histoire; ces forces  de solidarité et d’entraide, de passion pour l’homme, d’écoute du cri de l’homme et de la terre … ? Toute parole de lueur et d’encouragement, tout geste d’accueil, tout service gratuit et désintéressé, bref tout bienfait porteur d’avenir est une trouée vers le Royaume. Dans le « Notre Père« , nous demandons : « Que ton Règne vienne« , c’est-à-dire que nous en goûtions déjà les premiers fruits, ici et maintenant, chaque fois que le feu d’amour et de service brûle en nous et nous pousse à bâtir une civilisation de justice et de paix. …

Soulignons toutefois que le fruit produit passe par différentes étapes : la graine, l’herbe, l’épi et puis le blé formé. Cela signifie  que l’évolution du Règne de Dieu se déploie aussi à travers la fragilité de l’épi qui, cependant, renferme un potentiel de vie. De même, Jésus a lui-même connu des échecs. La preuve, s’il en fallait une : mal compris, mal aimé, il a été tué. Il n’a pas su convertir tous ses contemporains, y compris sa propre famille (Mc 3, 20-21; Lc 4, 22-30).

Ce message est donné entre autres pour ceux qui sont associés au ministère d’ensemencement (parents, grands-parents, enseignants, éducateurs, catéchistes, prêtres et autres acteurs pastoraux), qui risquent de déchanter. Il convient de continuer d’entreprendre avec audace, semer la Parole, les valeurs évangéliques au milieu de broussailles. Mine de rien, la grâce qui se déploie dans un dynamisme qui échappe à l’observation, fait son œuvre. Dans la confiance que tout est entre les mains de Dieu, Martin Luther raconte sa liturgie du coucher: « Je vais dans ma chambre et je jette les clefs aux pieds de mon Seigneur en lui disant : ‘Seigneur, c’est ton affaire et non la mienne. C’est sans moi que tu l’as conservée depuis le début du monde, sans moi tu peux bien la conserver jusqu’à l’éternité’« .

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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l’Eucharistie, un repas de libération et d’alliance

Homélie de la Fête-Dieu. Lectures : Ex 24, 3-8; Hé 9, 11-15; Mc 14, 12-16. 22-26

Chers amis, l’Eucharistie serait- elle un rendez-vous, un repas banalisé, affadi, tombé dans le ronron ? On y est, certes, mais parfois absent : «  Pourvu que ce soit vite terminé, j’ai accompli mon devoir et … basta ! Non,  je n’y vais plus, je m’ennuie avec leurs liturgies soporifiques, leurs officiants non convaincants ni convaincus, qui n’incarnent  pas l’espérance qu’ils annoncent …« .  En effet, nous connaissons bien ce cahier de jérémiades et  il est vrai que cela nous concerne tous. Alors, au lieu de polémiquer en vain, il vaudrait mieux  continuer de dire la beauté, la puissance et toute la profondeur de ce fabuleux sacrement qui signe, en live et par l’Esprit Saint,  l’assurance de la présence réelle du Christ dans son Eglise et le monde. Par essence, l’Eucharistie est une action de grâces : « Comment donc rendrai-je au Seigneur tous les biens qu’il m’a faits en Jésus-Christ : la grâce de la foi,  la création, le souffle de la vie, l’amour et l’amitié entre les humains…, sinon en élevant la coupe de bénédictions ? » (Ps 115).

Ce sacrement saint a tout une histoire, son socle est bâti sur une longue tradition ainsi qu’en témoigne la liturgie de la Parole de ce dimanche. Jésus a institué l’Eucharistie au  dernier repas avec ses apôtres (la Cène). C’était à l’occasion de la Pâque juive, au cours du repas rituel en famille,  qui rappelait la « libération » d’Egypte et l’alliance au Sinaï – scellée avec du sang aspergé, le sang étant un  principe vital,  la force du lien qui unit deux contractants  et un  signe de fidélité ! Le repas pascal juif était donc  un mémorial traditionnel où l’on se souvenait des bienfaits de Yahvé… Et voilà qu’en ce Jeudi-Saint, Jésus  va lui donner une nouvelle signification. Après la prière de bénédiction, il dit : « Prenez, ceci est mon corps …  Ceci est mon sang« .  Il se substitue en agneau de la nouvelle Pâque.  Son sang versé devint le sang de la nouvelle, l’universelle (« la multitude ») et l’éternelle alliance entre Dieu et l’Humanité. En se donnant ainsi en nourriture (pain de vie) et en breuvage, il  inocule la Vie et l’Esprit de Dieu dans les croyants. C’est ce que le prêtre dit dans la 3ème prière eucharistique : »Nous présentons cette offrande vivante et sainte pour te rendre grâce … Regarde, Seigneur,  ce sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton alliance » En réalité,  la seule et l’unique Messe, c’est la Cène célébrée par Jésus avec les disciples : nos Messes d’aujourd’hui n’en sont pas la répétition, mais l’actualisation substantielle et perpétuelle. 

Oui, j’y crois du fond de mon cœur: l’Eucharistie est une source ! Sa grâce m’aide à communier au mystère pascal de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Elle est une source de communion avec Dieu. A la communion, en mâchant le Corps du Christ, en buvant son Sang, je m’unis à Lui (Jn 6, 56) et  m’engage à devenir un autre Christ :  » Deviens ce que tu reçois, le Corps du Christ » (saint Augustin). Je deviens « Corps du Christ  » dans la mesure où je suis « christophore« , porteur du Christ, signe de  sa présence dans le monde, donneur de « sang », c’est-à-dire de vie;  sauveur des hommes par  la vertu de don de soi et de service. En fait, en  communiant, je me consacre à Dieu pour que je sois moi-même un « sacrifié », un pain rompu par ma disponibilité et mon dévouement pour les autres. Et si c’était  ça la grâce sacerdotale de mon baptême ? … Et puis, on le sait : manger ensemble raffermit les liens entre  convives. Le repas eucharistique soude ainsi  la communauté et, partant,  l’Eglise dans le pain rompu et partagé, dans la coupe bue à la ronde… Par ma démarche d’aller communier,  je m’engage également  à être comme le Christ (par Lui, avec Lui et en Lui), médiateur entre Dieu et les hommes; et ce, par le rayonnement de ma foi, par mon élan missionnaire dans ce monde qui bouge, le monde moderne et pluraliste dans lequel je vis.

Chers amis, l’Eucharistie est une source d’espérance, qui purifie de ce qui conduit à la mort. Le Christ-Eucharistie  nous sauve de tout ce qui nous enchaîne et nous empêche  d’aimer en vérité, bref il nous libère de l’esclavage du péché et de la mort-néant. « Qui mange ma chair et  boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour ! » (Jn 6, 54).  L’Eucharistie est la provision spirituelle  sans nulle autre pareille, que Dieu nous donne pour notre pèlerinage sur cette terre,  vers son Royaume.

                                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Dieu-Trinité = Dieu-Amour

Homélie de la Trinité Sainte B : Dieu-Trinité = Dieu-Amour

Lectures : Dt 4, 32-34. 39-40; Ps 32; Rm 8, 14-17;  Mt 28, 16-20

Mes frères et mes sœurs, chers amis, la fête de la Trinité Sainte nous ramène au cœur de notre foi. D’entrée de jeu, nous sommes invités à mettre en valeur le signe de la croix par lequel nous proclamons que le Dieu trinitaire emplit nos pensées, notre cœur et nos actions…  Et que, comme le Christ en croix, nous promettons de « vivre pour les autres ». Faire le signe de la croix, c’est donc un engagement à se rallier à Jésus par les actes de la vie.

La spiritualité trinitaire est résumée par la doxologie liturgique (prière de louange à la Trinité) : « Par Lui (Jésus-Christ), avec Lui et en Lui, à Toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles – Amen« . Nous nous adressons au Père par Jésus-Christ le médiateur, le grain jeté en terre pour l’immense Moisson de grâces et de bénédictions divines. Et c’est l’Esprit Saint qui nous fait appeler affectueusement et intimement Dieu « Abba » (papa chéri, c’est mignon !). Il nous met en communion avec le Père et le Fils, et nous fait communier entre nous. C’est Lui qui réalise et soude les liens de la famille de Dieu, son Eglise.

En clair, qu’évoque pour moi cette vérité de foi qu’est le mystère de la Sainte Trinité ? Je prends l’image  de l’astre du jour, le soleil : le père est le soleil, le Fils est la lumière (rayons solaires) et l’Esprit Saint la chaleur irradiante. Le soleil, la lumière et la chaleur sont trois corps physiques bien distincts, mais ils émanent d’une même source. Ainsi est-il de la Sainte  Trinité : le Père, le Fils et l’Esprit sont Un par leur nature (essence) divine, qui a pour autre  nom Amour; mais ils sont trois Personnes de par leurs attributions. Le Père crée, le Fils sauve et l’Esprit Saint sanctifie. En effet, si Dieu est Amour comme le dit saint Jean, il ne peut qu’être relation et partage. Ma vocation de baptisé, c’est entrer par l’amour, dans la danse, le circuit d’où coule la Vie divine, son Amour.

C’est ce qu’explicite la liturgie de la Parole de ce dimanche.

Reviens et sois fier, toi le chrétien incolore, inodore, insipide, qui traîne les pieds. La première lecture t’invite  à la mémoire du cœur : Dieu continue de venir à ta rencontre et te propose d’entrer en relation directe avec Lui. Il se laisse découvrir dans ton histoire. La réponse qu’il attend de toi : c’est d’observer sa Parole. C’est même là le secret de ton bonheur,  ainsi que  le renchérit le Ps 32 : « Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu « . Quant à la page d’Evangile, Dieu veut faire de toi le partenaire de son Alliance par la Mission universelle : bouge-toi, mets-toi en route, va ! Va dans ta famille, chez tes amis, dans ton milieu de travail, ton école, ton groupe de prière, jusqu’aux extrémités de la terre, va révéler Dieu comme Père, Fils et Esprit Saint. Propose à ceux qui le veulent bien, de se laisser plonger dans l’Amour, se laisser appartenir à Dieu. La réponse que Dieu attend est la même : qu’ils observent sa Parole, autrement dit qu’ils ne puissent pas l’enfouir, mais qu’ils essayent de la vivre.

Et à nous tous qui sommes « missionnés » de  » faire des disciples du Christ », lui-même nous donne de l’assurance par cette promesse : »Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde« . Il ne nous quitte jamais, il nous aide à accomplir la mission qu’il nous a assignée. Saint Marc le confirme lorsqu’il écrit : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Evangile : le Seigneur travaillait avec eux …« (Mc16, 20). Jésus est Emmanu-el selon l’annonciation faite à saint Joseph, il est « Dieu-avec-nous « .
Merci Seigneur pour ta présence concrète dans nos vies.

                                                Vital Nlandu, votre curé-doyen

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L’Esprit Saint soutient notre témoignage

Homélie de la Pentecôte, Année B : L’Esprit Saint soutient notre témoignage

Lectures : Ac 2, 1-11;Ps 103; Ga 5, 16-25; Jn 15, 26-27; 16, 12-15.

Mes sœurs et mes frères, il y a 2000 ans, les apôtres étaient bousculés par l’avènement de l’Esprit Saint, qui signa pour ainsi dire le commencement de la mission de l’Eglise dans le monde. Alléluia – Amen ! Jésus est vivant, il est ressuscité ! L’Esprit Saint serait-ce un Dieu inconnu (Ac 19, 1-8) ? En tout cas, pour certains, c’est l’apanage d’une élite, le bien exclusif des illuminés ou encore un concept théologique accessoire … Dans sa lettre apostolique « Tertio millennio adveniente », le pape Jean-Paul IIsouligne qu’il convient, dans l’Eglise, de s’appliquer à « la redécouverte de la présence et de l’action de l’Esprit Saint » (n°45). La Pentecôte est, comme une tortue marine qui remonte à la surface des eaux pour respirer, l’occasion favorable de nous lever et de respirer à pleins poumons, d’inspirer profondément le Souffle divin qui oxygène et fait vivre spirituellement; l’occasion d’invoquer son effusion en nous et sur nous, sur notre famille, notre Unité pastorale, sur l’Eglise et le monde entier.

En effet, il n’y a pas de vie chrétienne sans relation personnelle et intime avec l’Esprit Saint. D’où ce leitmotiv de la 2ème lecture : « Vivez sous la conduite de l’Esprit « . Sans l’Esprit Saint, Dieu est lointain; le Christ appartient au passé, c’est un cadavre de plus. Sans l’Esprit Saint, l’Evangile est lettre morte; l’Eglise une simple organisation et la mission, une propagande … Mais avec Lui, le Ressuscité se rend présent, l’Evangile devient puissance de vie. L’Esprit Saint soutient notre témoignage comme il l’a fait pour le Christ. Regardez : le Christ naît, l’Esprit Saint le précède. Il est baptisé, l’Esprit est présent. Au désert, il le réconforte et le fait revenir en Galilée. Lorsqu’il est élevé au ciel, l’Esprit lui succède… En effet, à l’intérieur de chacun de nous, discret, il agit invisible mais avec force. Il est le Feu qui consume tout mal au fond des cœurs. Comme la sève des arbres qui fait éclater les bourgeons du printemps, il est l’énergie qui nous fait rebondir autrement; face à l’angoisse de vivre, c’est un réconfort intérieur… Il est l’Onction, qui pénètre au tréfonds de notre être; se diffuse dans tout notre corps, son temple : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous ? » (1 Co 6, 19).

Décrivant la Pentecôte, saint Luc écrit : « Chacun entend les apôtres dans son propre dialecte, sa langue maternelle » (2ème lecture). La diversité socio-culturelle est ainsi sauvegardée, chacun est respecté dans son identité profonde et accueilli  dans la différence de sa race, de ses talents et dons. Parlant du pluralisme dans l’unité que réalise l’Esprit Saint, Basile de Césarée (père de l’Eglise) écrit : « C’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ, afin que fleurisse rouge le coquelicot, rose la rose, bleu le bleuet « …

« Quand il viendra le Défenseur que je vous enverrai… » L’Esprit Saint nous défend de quoi ? Des forces de mort, du poison de l’autocensure délétère et de la culpabilité paralysante. Il nous défend de nos idées mortes, nos déserts et nos vieux préjugés. Il nous aide à résister contre nos peurs, nos désespoirs et autres pesanteurs. Il nous défend contre notre ego, notre manque de confiance en nous-mêmes, notre orgueil. Mais comme fait remarquer Maurice Zundel : « Dieu ne peut rien en nous sans nous« .

Chers amis, l’Esprit Saint est un don que Dieu ne peut refuser à un cœur-éponge, le cœur humble qui lâche prise et se dispose à s’en imprégner. A ce sujet, Jésus dira lui-même : « Si vous, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent  » (Lc 11, 13).

 Que l’Esprit de Dieu repose sur nous chaque jour de notre vie.

                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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L’essentiel, c’est aimer !

Homélie du 6ème dimanche B de Pâques :                  

Lectures : Ac 10, 25-48; Ps 97; 1 Jn 4, 7-10; Jn 15, 9-17

Mes frères et mes sœurs, à la suite de dimanche dernier, Jésus continue, avant de quitter ses disciples,  de leur livrer ses ultimes révélations : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous aime« . Quelle belle déclaration d’amour ! Nos rapports avec lui  ont acquis un autre statut : « Je vous appelle mes amis« . La foi n’est pas une question de croyance livresque, mais d’amitié. Montesquieu déclare à juste titre : « Si nous connaissions le prix d’un véritable ami, nous passerions notre vie à le chercher ».  Un ami est une présence et un repère! Vivre sans amis, n’est-ce-pas mourir un jour sans témoins ? L’ami est quelqu’un à qui j’ose ouvrir mon cœur, hypothéquer le capital de ma confiance. A un ami, je peux faire des confidences sans peur d’être trahi.  Un des plus grands bonheurs de cette vie,  c’est d’avoir quelqu’un à qui on peut confier  un secret ; quelqu’un devant qui on peut étaler sa nudité, sa pauvreté offerte sans risquer d’être jugé. Quelqu’un qui finit toujours par me comprendre même s’il ne cautionne pas tout et qui connaît aussi bien  le flux que  le reflux de ma marée… J’aime le dire aux membres de ma famille biologique : « Toute relation, y compris les liens de sang, de mariage…, pour qu’elle soit cool, simple, naturelle, profonde, confiante et éternelle, doit se muer en amitié« . Et toi, quelle relecture fais-tu de tes amitiés ?

Quand Jésus disait : « Je suis venu mettre le feu sur la terre » (Lc 12, 49), il s’agissait de ce volcan d’amour en éruption. L’Evangile en retrace la cadence : le Père aime le Fils (qui seulement peut imaginer les profondeurs vertigineuses de la communion entre le Père et le Fils !) Le Fils nous aime de la même fulgurance d’amour divin à Inoculés de cet amour au baptême, il nous missionne d’en aimer les autres Ce faisant, nous devenons enfants de Dieu. Car, « Celui qui aime est né de Dieu… Dieu est amour ! » (2ème lecture). Dès lors, on peut comprendre que le lien substantiel qui unit le Père au fils, c’est l’amour; qui unit le Fils aux hommes et ces derniers entre eux, c’est encore l’amour. Ainsi, quand tu t’interroges où est Dieu,  demande-toi où sont les signes du Royaume, où est l’amour ? Et chaque fois que tu cherches  une  solution à un problème de relation, passe toujours par la voie de l’amour. Pour finir, « Aime et fais ce que tu veux » (Saint Augustin).

L’Eglise visible, c’est celle dont on dit, non pas « Voyez comment ils sont organisés« , mais « Voyez comment ils s’aiment » (Mgr Guy Deroubaix). « C’est par l’amour que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples  » (Jn 13, 36)…  La  révolution d’amour que Jésus est venu mener se décline dans cette allégation : « Aimez-vous COMME je vous ai aimés« . L’amour du Christ est la source de mon propre amour. Lorsque je n’arrive pas à aimer en vérité, je vais m’y abreuver. Il est aussi le modèle d’amour gratuit, pur, inconditionnel, universel (agapé),  sans frontière ni discrimination, sans jugement préalable et sans attendre d’être payé en retour (1ère lecture).  Aimer, c’est vivre pour l’autre (don) et par l’autre (accueil). Lorsque je donne de mon temps, de ma bienveillance  à l’autre, je l’enrichis, lui rends la vie. Ne dit-on pas que l’amour n’existe pas, il n’y a que des preuves d’amour ? Au-delà de tout sentimentalisme, l’amour c’est d’abord des actions entreprises pour permettre à l’autre de grandir et d’être heureux. Sans exigence de fraternité, l’amour n’est qu’une idéologie.

Le label de l’amour de Jésus-Christ, c’est aussi : « Aimez-vous les uns les autres« . Les uns sont celles et ceux que j’aime tout naturellement, avec qui je m’entends à merveille… Les autres sont celles et ceux que je ne supporte pas nécessairement. Bien sûr, aimer son ennemi ne signifie pas partir en vacances avec lui, mais c’est lutter contre le ressentiment que j’éprouve à son égard, prier éventuellement pour lui, le bénir, vouloir qu’il vive. Ainsi, aimer la personne qui vous a blessé ne veut pas dire renoncer à la justice et à la vérité (Ps 85, 11), mais renoncer à la vengeance…
Cela est-il faisable ? C’est un idéal que Jésus nous propose. L’Esprit Saint, amour de Dieu en personne et impulsion de tout amour vrai et authentique, nous aide à y tendre.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Appelés à la fécondité

          Homélie du 5ème dimanche B de Pâques : Appelés à la fécondité

Lectures : Ac 9, 26-31; Ps 21; 1 Jn 3, 18-24; Jn 15, 1-8  (Vous êtes les sarments)

Mes frères et mes sœurs, l’Evangile d’aujourd’hui retrace les adieux de Jésus à ses disciples. Il leur ouvre les trésors de son cœur avant de les quitter. Et voici sa révélation : ce qui dilate le cœur de Dieu de  joie, qui fait sa gloire, c’est quand nous portons beaucoup de fruit. C’est même là le critère majeur d’authenticité du vrai disciple de Jésus-Christ (V. 8). En effet, ce n’est pas pour elle-même que la vigne produit des raisins, mais pour ceux qui vendangent. Dieu t’a créé et truffé de talents et de bénédictions pour nourrir  les mendiants du bonheur,  de la paix, de la tendresse, de l’écoute, de la considération … Aussi, pour faire passer ce message, Jésus va  s’inspirer, ici comme ailleurs, de la nature qui nous parle et nous instruit si admirablement. Dans l’image de la vigne qu’il choisit, Dieu le Père est le vigneron, lui-même Jésus est le cep (le pied de la vigne)  et nous les sarments. Coupés du tronc de la vigne d’où coule la sève vitale, les branches dessèchent absolument. La nécessaire incorporation des sarments dans le  cep est traduite par l’expression : « Demeurez en moi, comme moi en vous« .

Chers amis, ce récit évangélique  est un haut lieu de la spiritualité chrétienne, c’est le sens même du mot « religion » (du latin religare = relier), le principe fondamental  de la foi du cœur : être intimement relié à Dieu. Oui, s’il y a des croyants qui ne sont pas nécessairement heureux dans leur foi, c’est sans doute parce qu’il leur manque cette relation personnelle,  mystique (amoureuse), profonde et forte avec le Christ. Il leur manque la dimension « demeure », « habitation » de la foi. La plus-value de ma foi, c’est que, dans la traversée de la vie avec ses passages de turbulences,  moi je sais que je suis accompagné et même plus, « habité » par Jésus-Christ ! Il s’agit de la primauté de la communion et de l’attachement à Lui. A la messe, avant de communier, le prêtre dit cette prière silencieuse : « Seigneur Jésus, que jamais je ne sois séparé de toi« . Il faut rester en permanence greffé à Jésus pour laisser couler, circuler au plus intime de soi sa grâce, son Esprit. Sans cela, nous sommes arides et infertiles !

La vigne est un arbuste qui exige beaucoup de soin et un savoir-faire approprié : la protéger contre les parasites, la tailler … Comme sarments, nous avons besoin d’être nettoyés par les sacrements, en l’occurrence l’eucharistie et la confession; d’être purifiés grâce à la méditation de la Parole, à  nos engagements humanistes, au jeûne … En clair, la vigne doit être tragiquement émondée, saccagée par l’entaille des sarments stériles et des pousses inutiles.  Ce faisant,  on concentre la sève au coeur des sarments porteurs et on optimalise la production. Au moment de l’élagage, selon le jargon des viticulteurs, la vigne saigne, pleure … Et si  ses larmes faisaient écho à celles de nos souffrances, à l’accablement de nos combats intérieurs, de nos détresses et échardes (prières non exaucées : 2 Co 12, 7-10), de  nos amertumes et frustrations, bref des épreuves de la vie ? Mais forts de notre foi, nous savons que mourir c’est vivre. Si nous  sommes connectés au Christ mort et ressuscité, nos épreuves  peuvent devenir une purification. « Mais vous, déjà vous voici purifiés !« 

Cependant, quand bien même nous aurions trébuché ou nous nous serions égarés,  restons paisibles en nous préservant par-dessus tout du poison de l’autocensure délétère et de la  culpabilité paralysante. « Notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur » (2ème lecture). Voilà une des merveilleuses phrases du Nouveau Testament. Dieu connaît la raison de nos actes. Il est magnanime, plus indulgent que notre propre conscience. Pour ma part, à la place de la vieille religion qui surculpabilise, remue le couteau dans la plaie en brandissant  le spectre traumatisant de la peur et qui, par ricochet, dénature le message de la Miséricorde de Dieu, moi je prêche la religion  de la surabondance de grâces, celle  de l’amour gratuit et inconditionnel de notre Dieu. « Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent ! » (Ps 21).

                                                                                  Vital Nlandu,  votre curé-doyen

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Jésus,  Bon Pasteur, dimanche des vocations

Homélie du 4ème dimanche de Pâques B :

                      Lectures : Ac 4, 8-12;  Ps 117; 1 Jn 3, 1-2; Jn 10, 11-18

Mes frères et mes sœurs, posons-nous d’entrée de jeu cette question : peut-on s’oublier soi-même jusqu’à payer de sa personne ? Le don de soi est la condition sine qua non pour s’engager sur le chemin exigeant d’aimer et de servir : « Je donne ma vie pour mes brebis » (V.11)… « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux).

C’est le dimanche des vocations aujourd’hui. Qu’elle soit laïque, presbytérale, de vie consacrée, toute vocation est un feu dévorant, l’aspiration qu’on a  au fond de son cœur de se rendre utile aux autres. Il faut bien du dévouement, de la passion et du talent  pour arriver à cela. En effet, tout ce que nous réalisons sur cette terre n’a de sens et de soupçon d’éternité que si nous le faisons  par amour. La vocation chrétienne en général est un appel à traverser les eaux tantôt agitées, tantôt apaisées de la vie avec le Christ, qui nous indique le rivage de la liberté et du vrai bonheur… Alors dis-moi : à quelle vocation le Seigneur t’appelle-il et comment y réponds-tu ?

Si Jésus décline son identité, c’est pour nous faire raisonner, mais surtout faire  résonner en nous le mystère de l’amour de Dieu, nous aider à comprendre un tant soit peu sa mission : « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la porte, la vigne, la résurrection et la vie… » Et aujourd’hui : « Je suis le Bon Pasteur, le Vrai Berger« . A l’époque de Jésus, le peuple d’Israël était majoritairement rural et pastoral…  Voici le quotidien de la vie d’un berger : chercher de verts pâturages et les points d’eau pour la vie des brebis ; les protéger des voleurs ou des animaux  prédateurs  et, le soir, les ramener dans l’enclos.

 Quand Jésus se déclare être un berger sans nul autre pareil, le berger sûr, il se rapporte à l’amour qu’il a pour le croyant. Avec lui, la brebis ne risque pas de se fourvoyer dans des voies sans issue, les ravins de la mort. Il soigne la brebis blessée, fortifie celle qui faiblit. « Je connais mes brebis « dit-il, « et mes brebis me connaissent« .  Con-naître signifie ici naître avec l’autre, autrement dit engager une relation mutuelle affectueuse. Il s’agit de cette merveilleuse dialectique : connaître pour aimer et aimer pour connaître davantage ! Maurice Zundel l’exprime en ces termes : « il n’y a de vraie connaissance que dans l’amour ». La foi n’est pas une adhésion intellectuelle, c’est une relation confiante,  un attachement au Dieu Trinitaire. Dans ses Confessions, Saint Augustin dit à Dieu : « J’ai tardé à t’aimer…, tu étais dedans, moi dehors»… Le Bon Pasteur  donne sa vie pour ses  brebis et son souci permanent, c’est que ses brebis « aient la vie et la vie en abondance » (Jn 10, 10).

En effet, comme l’atteste Saint Jean,  « Il est grand l’amour dont il nous a comblés  » (2ème lecture). Un amour sans  frontières, qui se manifeste dans la diversité des cultures et des personnes. Bref, il est destiné, cet amour divin, à atteindre tous les êtres humains, car tous, croyants ou non, sont ses enfants. Comme une orange gorgée de jus, le cœur de chaque être humain en est irrigué. D’où, notre inclination naturelle à aimer et à être aimé.

« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas dans cet enclos« . Ces brebis étrangères sont aussi promises à entrer dans l’enclos de l’alliance avec Dieu. Cela doit bien interroger notre préoccupation pastorale d’aller en périphérie (pape François), chercher tous les enfants de Dieu bien au-delà des murs de nos communautés chrétiennes parfois introverties, sans rayonnement ni ouverture !     

Par sa croix, Jésus réconcilie ciel et terre mais aussi, avec ses bras étendus, rassemble les hommes du monde entier dans l’unité. Ce faisant, le mystère pascal devient «  catholique », universel.                                                                 

                                                                                              Vital Nlandu, votre curé-doyen

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