Homélie du 12ème dimanche A
Lectures: Jr 20, 10-13; Rm 5, 12-15; Mt10, 26-33
Mes frères et mes sœurs, Jésus nous dit aujourd’hui: « Même les cheveux de votre tête sont tous comptés! » Que mes amis chauves, au crâne dégarni et reluisant, soient rassurés: votre calvitie ne vous fait pas perdre de valeur aux yeux de Dieu! Même les cheveux tombés depuis longtemps sont déjà comptabilisés! Cette image pleine d’humour nous révèle surtout une vérité magnifique: nous sommes infiniment et inconditionnellement aimés de Dieu, qui connaît chacun de nous personnellement. Il veille sur nous avec sollicitude. Il est avec nous et pour nous. Dès lors, pourquoi avoir peur?
Nous avons entendu la 1ère lecture: la mission du prophète et du disciple n’est pas un long fleuve tranquille. Jérémie reçoit l’indélicate mission d’annoncer la ruine du royaume de Juda. Son message dérange. Le peuple et les dirigeants lui deviennent hostiles. Ses détracteurs manigancent pour nuire à sa réputation… Et comme dit le livre de l’Ecclésiaste: «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil» (Qo 1,9). Ce que Jérémie a vécu est d’une étonnante actualité.
Aujourd’hui encore, à l’ère des réseaux sociaux, la calomnie, le dénigrement et l’atteinte à la réputation font malheureusement partie du quotidien. Certains sont persécutés, parfois de manière subtile, à cause de leurs convictions, de leurs valeurs ou de leur foi. Nous vivons dans une société largement sécularisée où l’expression religieuse est souvent accueillie avec indifférence, incompréhension, voire méfiance. Qu’un prêtre monte dans un train avec sa croix ou son col romain, et il n’est pas rare qu’il suscite des regards interrogateurs ou moqueurs.
Je me souviens de cet acolyte qui me disait qu’il ne pouvait surtout pas dire à ses camarades qu’il servait à la messe, de peur d’être tourné en dérision et même harcelé. Ou encore de cette catéchiste qui me demandait de ne pas lui envoyer le programme catéchétique sur son mail professionnel, mais plutôt sur celui de son mari afin que ses collègues ne découvrent pas son engagement chrétien.
Dans le monde du travail, à l’école, dans les loisirs, beaucoup hésitent à dire qu’ils sont croyants. Parler de sa foi devient parfois embarrassant. On préfère se taire plutôt que d’être exposé aux moqueries ou aux préjugés. Même au sein des familles, la foi peut devenir source de tensions lorsque certains choix inspirés par l’Évangile sont mal compris.
Voilà pourquoi Jésus prévient! Être témoin de l’Evangile est une entreprise exigeante et même risquée: on est parfois confronté à l’incompréhension, à l’opposition et même à la méchanceté des gens. Il invite ainsi ses disciples d’hier, d’aujourd’hui et de demain à la confiance, quoi qu’il arrive. Il y aura inévitablement des difficultés, mais le disciple peut, grâce à son courage et sa détermination, aller à contre-courant comme le saumon connu pour sa capacité à remonter la rivière vers sa source pour se reproduire. Parce que l’enjeu est de demeurer fidèle à la vérité de l’Evangile, le missionnaire doit prêcher à temps et à contretemps, que l’occasion soit favorable ou non! «Ne craignez pas!» signifie n’éteignez pas le feu, vivez librement votre foi ; témoignez-en évidemment dans le respect des opinions philosophiques ou religieuses des autres, sans arrogance, mais sans honte non plus! Ne redoutez pas votre faiblesse, vos limites voire vos péchés. La grâce de Dieu vous suffit!
Lorsque saint Jean-Paul II fut élu pape en octobre 1978, ses premiers mots furent: «N’ayez pas peur!» Cette exhortation traverse toute la Bible comme un refrain: elle y revient 365 fois. Autrement dit, chaque matin, Dieu te rappelle: «Aujourd’hui encore, ne laisse pas la peur gouverner ta vie.» Car la peur est souvent une mauvaise conseillère. Elle grossit les obstacles, ferme les horizons et nous empêche de saisir les occasions que Dieu place sur notre route. Elle peut nous paralyser intérieurement et nous épuiser: peur de l’échec, peur du qu’en-dira-t-on, peur du rejet, peur de ne pas être aimé, reconnu, compris ou apprécié.
«Ne crains pas», n’est-ce pas tout un chemin de guérison et de liberté intérieure?
Vital Nlandu, votre curé-doyen




