Le curé de Malmedy réagit à l’incendie des Hautes Fagnes: « Que cette catastrophe soit un électrochoc pour nos consciences »
Aticle publié sur la site Cathobel par Julien Paul

L’abbé Vital Nlandu Balenda, curé de Malmedy et doyen de l’Ardenne, est lui-même basé à Malmédy
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le 17 août 2026
4 min
Ce week-end, la Belgique a fait face au plus vaste feu de végétation de son histoire. Les flammes ont ravagé une partie de la réserve naturelle des Hautes Fagnes en province de Liège, détruisant en quelques heures près de 3.000 hectares de végétation. À l’heure d’écrire ces lignes, une pluie bienfaitrice redonne un peu de marge de manœuvre aux soldats du feu. Cependant, la détresse et l’incertitude restent grandes.
Ce week end, plusieurs centaines d’habitants des communes de Waimes et Bütgenbach ont reçu l’ordre d’évacuer leurs domiciles. Une minorité seulement a accepté d’être évacuée. C’est la commune de Malmedy qui a accueilli la vingtaines de rescapés. Dans une situation aussi dramatique que complexe, l’Église pourrait être tentée de rester en retrait pour mieux laisser agir les secours et les autorités. L’abbé Vital Nlandu Balenda, curé de Malmedy et doyen de l’Ardenne, salue l’élan immédiat de solidarité dans sa commune. Il apporte également son soutien aux fidèles et à son bourgmestre, mais il tient aussi à tirer la sonnette d’alarme. Entretien.
Julien Paul: En votre qualité de curé de Malmedy et de doyen de l’Ardenne, comment avez-vous réagi à ce drame sans précédent?
Tout d’abord, j’ai envoyé des SMS aux personnes concernées que je connais, pour leur dire que je pensais à elles et que l’Église était présente, disponible, à leur écoute. Je voulais leur dire aussi que je faisais de leurs préoccupations les miennes. En somme, je leur souhaitais bon courage. J’ai par ailleurs l’habitude d’envoyer mes homélies par mail à un réseau d’une centaine de personnes. Dimanche, dans mon introduction, j’ai décrit la situation: d’abord 2.000 hectares de réserve naturelle partis en fumée, puis 3.000. Ces chiffres parlent d’eux mêmes, c’est évidemment une catastrophe écologique sans précédent.
Au-delà de la sidération, ce drame a-t-il des effets concrets sur la vie des fidèles?
Très concrètement, pour nous cela signifie que la messe prévue à la fin du mois d’août dans la chapelle Fischbach n’est malheureusement plus à l’ordre du jour. Cette chapelle est dédiée à Notre-Dame de Bon Secours, elle est située à une centaine de mètres de la Baraque Michel, en plein coeur du joyau désormais meurtri que sont les Hautes Fagnes. J’ai pris les devants pour en avertir mes paroissiens. Mais j’ai aussi tenu à inviter notre évêque, Mgr Delville, pour qu’il préside luimême la messe renvoyée au mois de septembre, dans ce même lieu directement témoin du drame.
Avec alors un regain de mobilisation j’imagine…
Nous l’espérons. Malgré le caractère intimiste de cette chapelle, ce sera une véritable mobilisation à la lumière de Laudato si’, l’Encyclique du pape François. Nous allons prier pour cet espace magnifique, pour qu’il puisse renaître, mais aussi pour toutes les personnes qui ont pour mission de sauvegarder son écosystème. Ce sera l’occasion de confier encore davantage ces trésors naturels à l’amour de Dieu. Mais je voudrais dire aussi que cette catastrophe doit être un choc, un électrochoc même, pour nos consciences à tous. Nous devons urgemment retrouver le respect de la Création. Nous, êtres humains, avec la faune et la flore, composons ensemble cette toile sacrée du vivant. Nous l’oublions bien trop souvent.
La commune de Malmedy est donc devenue en quelques heures une ville-refuge pour une partie des habitants évacués. N’est-ce pas aussi ce que le pape François invoque dans Laudato si’, « notre maison commune » c’est à la fois la préservation et la solidarité?
Tout à fait. Hier, j’ai entendu notre bourgmestre évoquer une petite dizaine de personnes encore prises en charge ici. Depuis ces déclarations, le feu a perdu en intensité. Le pire est peut-être derrière nous. Quant à l’élan de solidarité, il est aussi remarquable qu’il est naturel. Malmedy se trouve au seuil du drame, en quelque sorte: nous sommes au pied des Fagnes et ce rôle de lieu de repli nous incombait naturellement. Ici, le drame nous est parvenu sous la forme d’un épais nuage de fumée noire, étouffant, menaçant, chargé de cendres. Cela commence à passer maintenant et la pluie bienfaitrice n’y est pas pour rien.
La commune a même été littéralement confinée pendant plusieurs heures…
En effet, pendant plusieurs heures nous avons été à la fois contraints de rester à l’intérieur et désireux de faire quelque chose. Je dois dire que j’ai assez mal vécu cette contradiction. Ces élans contraires m’ont rappelé l’époque pas si lointaine du Covid. (L’abbé Vital Nlandu, infirmier de formation, avait
participé à la campagne de vaccination à Malmedy-Expo pendant la pandémie, NDLR.)




