Lectures : Ap 7, 2-4.9-14; Ps 23 (24); 1 Jn 3, 1-3; Mt 5, 1-12a
Ma sœur, mon frère, s’il y a un thème de méditation qui nous concerne tous, c’est celui de chaque début du mois de novembre, à savoir la mort. Dis-moi : comment perçois-tu ta relation avec les membres de ta famille, tes amis et proches décédés ? Pour toi, sont-ils réduits au néant ou sont-ils vivants ?
Une des blessures de ceux qui ont perdu les leurs pendant la phase meurtrière du Covid, c’est de n’avoir pu organiser pour eux un rite digne de ce nom (visites au funérarium, passage par l’église, réconfort autour d’une petite collation prise en famille…).
Psychologiquement parlant, le rituel funéraire favorise le travail de deuil, qui ne signifie pas tourner la page, mais il aide à accepter la réalité de la mort…
Toute cette semaine, il y a un autre rituel qui est en train de s’accomplir. On voit des gens poser des actes pour leurs défunts : aller au cimetière, nettoyer les tombes, y déposer une fleur, s’y recueillir … C’est pour eux une manière d’entretenir la relation avec leurs morts au même titre que ce que nous faisons tous : garder un objet-souvenir, une photo…
J’ai aussi reçu des témoignages de personnes qui me disent communiquer avec leurs défunts par le biais de rêves, par la sensation d’une présence invisible et que sais-je encore…
Dans l’Eglise, le canal de la relation avec les défunts passe entre autres par la foi à la communion des saints, la solidarité intime entre les chrétiens, précisément entre les croyants sur terre et les morts, tous appartenant au Christ. Cette solidarité montre que rien n’est fini, que les tombes et les urnes sont des ferments d’espérance. Nous proclamons la communion spirituelle qui nous relie avec nos bien-aimés défunts : nous prions pour eux comme eux-mêmes veillent sur nous. En fait, nos défunts, qu’attendent-ils d’autre de nous et pour nous, sinon que nous soyons heureux ! Thérèse de l’Enfant-Jésus l’a promis : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre« .
La communion des saints est fêtée à la Toussaint, aujourd’hui. Faut-il encore le rappeler : le saint n’est pas une personne parfaite, un surhomme, un super-héros, un pur. Comme tous les êtres humains, c’est un être de chair et d’os, pétri d’argile. Et puisque la pâte d’argile peut s’assécher et devenir cassante, friable, le saint draine aussi son inévitable cortège de pauvretés, d’ombres, de combats et d’épreuves. Voilà pourquoi Bernadette Soubirous disait : « Je voudrais qu’on dise les défauts des saints et ce qu’ils ont fait pour se corriger ; cela nous servirait bien plus que leurs miracles et leurs extases« .
Mes frères et mes sœurs, sanctifiés par le baptême, nous sommes appelés à la sainteté. Et tout l’enjeu de la sainteté réside en la transparence devant Dieu. Avec mes pauvretés offertes, sans masque et tout déplumé, je me déleste, m’abandonne à Dieu tel que je suis : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira… » (Charles de Foucauld). M’abandonner à Dieu et Le laisser vivre, respirer, rire, regarder, servir, prier, croire, espérer en moi. C’est à ce moment- là que se réalise la parole de saint Paul : « Pour moi, vivre c’est Jésus-Christ« . C’est à ce moment- là, quand je me fais argile dans les mains du potier, que s’opère dans l’Esprit, grâce à la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, mon recyclage, mon rebondissement spirituel. Aussi, la sainteté ne signifie pas la perfection, mais l’effort inlassablement soutenu de se renouveler dans l’Esprit Saint. Thérèse de Lisieux nous le fait comprendre quand elle dit que le saint, c’est la petite balle du Seigneur, qui tombe et se relève, qui rebondit toujours. Pour ce faire, il n’a pour arme de victoire que sa confiance en la Miséricorde de Dieu, que son désir ou plutôt sa ténacité à adopter le style de vie de Jésus-Christ que nous appelons « les béatitudes« , concept qui se traduit par bonheur.
Nous le savons, le bonheur c’est l’aspiration la plus profonde de tout être humain. Sinon, pourquoi aller à la messe, bosser, se marier …, si ce n’est pas pour être heureux ! Pour Jésus, le bonheur réside dans le choix de la pauvreté de cœur (ne rien posséder dont on n’a pas besoin, être en accord avec sa liberté intérieure, compter sur Dieu), la pureté de cœur (être vrai, honnête), la douceur (es-tu un loup ou un agneau, un vautour ou une colombe pour les autres ?), la justice (une injustice subie par le faible te révolte-t-elle ? ), la miséricorde, … Les fruits du bonheur sont la paix intérieure, la joie de vivre, la générosité, la gratitude qui s’oppose à la suffisance …
Ainsi, notre bonheur grandit et fleurit lorsque nous avançons vers la Fontaine de l’Amour de Dieu, qui étanche nos soifs profondes. Sur ce chemin, l’intercession et la présence imperceptible de nos défunts, nous accompagnent dans la sérénité.
Vital Nlandu, votre curé-Doyen

