Homélie du 31ème dimanche A :
Lectures : Mi 1, 14b-2, 2b.8-10; Ps 130 (131); 1 Th2, 7b-9.13; Mt 23, 1-12
Mes sœurs et mes frères, depuis 5 dimanches, Jésus s’en prend aux scribes et aux pharisiens qui jettent de la poudre aux yeux avec leurs rêves blingblings. Bouffis d’orgueil, ils sont gonflés comme des ballons. Le 26ème dimanche nous a présenté la parabole de 2 enfants (qui a fait la volonté du père ?). Quant au 27ème, il s’agissait des vignerons homicides qui tuent même l’héritier; au 28ème des invités indignes. Le 29ème dimanche parlait de l’impôt (rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu). Le dimanche dernier, le 30ème, a abordé le plus grand commandement (tu aimeras !). Aujourd’hui, 31ème dimanche, rebelote, Jésus développe le profil de la personnalité pharisaïque… Notons d’entrée de jeu qu’il ne met guère en cause le contenu de l’enseignement des scribes et des pharisiens, il recommande même de l’appliquer : « Pratiquez ce qu’ils enseignent, mais n’agissez pas d’après leurs actes« .
En effet, les pharisiens sont des spécialistes des Ecritures, mais de celles-ci, ils mettent plus l’accent sur la lettre (interprétation littérale du texte) que sur l’esprit (la profondeur qui s’en dégage, l’intention originelle qui a motivé sa rédaction). Ils sont formalistes, pointilleux; ils moralisent, imposent des règles contraignantes, mais ils s’en dispensent eux-mêmes, ils n’en tiennent vraiment pas compte dans leur vie. Se croyant plus proches de Dieu, ils se considèrent meilleurs aux autres qu’ils dénigrent et jugent sévèrement. Ils s’exposent à la tentation des abus de pouvoir et au goût des honneurs en se faisant remarquer. A force de simuler, de mimer la posture de suprématie; à force de vouloir apparaître, ils sont même ridicules ! A se demander pourquoi les velléités de supériorité alors que, comme dit Jésus dans l’Evangile, nous sommes tous frères. « Fratelli tutti », l’encyclique du pape François en dit long !
Chers amis, Jésus dénonce le comportement de celles et de ceux qui donnent des leçons de bonne conduite, sans mettre en pratique ce qu’ils enseignent. En tout cas, les évêques, les prêtres, les diacres, les catéchistes, les éducateurs, les professeurs, les médecins, les parents et grands-parents devront tirer parti de l’Evangile d’aujourd’hui. Comment par exemple interdire à un jeune de fumer, de parler grossièrement, de voir des films violents ou obscènes quand soi-même on n’est pas capable de s’en abstenir ? C’est comme des cloches qui appellent à l’office sans jamais s’y rendre elles-mêmes… C’est cela que Jésus fustige : notre hypocrisie, notre schizophrénie spirituelle, l’incohérence entre ce que nous disons et ce que faisons.
De ce qui précède, on comprend qu’il y a beaucoup de conseils qui se dégagent de la Parole de Dieu d’aujourd’hui :
*La puissance de l’exemple : l’exemple rend notre parole crédible, authentique et convaincante. Il est plus éloquent, plus contagieux, plus séducteur qu’un beau discours. Cette sagesse le dit clairement : » Verba docent, exempla trahunt » (Les paroles enseignent, les exemples entraînent). Alors, comme dit saint Paul dans la 2ème lecture, pour que la Parole de Dieu soit en œuvre en toi, au lieu de dire : « Fais ce que je te dis« , il vaut mieux de dire : « Fais comme moi« .
*La leçon de modestie : il nous est recommandé de déposer notre orgueil au pied de la Croix. Pour Jésus, le plus grand, c’est celui qui sert et si l’on veut s’élever, il faut absolument s’abaisser. Là-dessus, ce proverbe hindou est interpellant : « Plus un singe monte haut, plus il montre son derrière ! » Oui, la vraie autorité, la seule grandeur, la seule élévation réside dans la croix, le don de sa vie. Et elle se traduit par le dévouement, le service à rendre humblement aux autres.
*Ne compter que sur la grâce de Dieu : le Ps 130 nous propose l’attitude d’un enfant blotti contre sa mère : tout fragile, ne jouant ni à l’orgueil ni à la suffisance, l’enfant ne compte que sur sa mère…
Chers amis, la voie, le secret de la sainteté, c’est nous reconnaître serviteurs inutiles quand bien même nous avons fait notre devoir, nous laisser façonner par la grâce de Dieu.
Vital Nlandu, votre curé-doyen

