Effata, ouvre-toi

      Homélie du 23ème dimanche ord B :

Lectures : Is 35, 4-7 ; Ps 145 ; Jc 2, 1-5; Mc 7, 31-37

Mes sœurs et mes frères, la 1ère lecture de ce dimanche est un message d’espérance dans notre monde « cassé » (Albert camus) : « Dites aux gens qui s’affolent« , à ceux qui pensent que les horizons sont bouchés;  à ceux qui sont gagnés par le dégoût de vivre;  à ceux dont la santé physique et psychique se dégrade;  aux couples en naufrage, qui vivent des moments incompris et indécis;  bref, dites  aux gens qui ne savent plus repérer les étoiles dans le ciel nocturne et qui risquent de se décourager  : accrochez-vous à la vie, le plus beau reste à faire !  « Soyez forts, ne craignez pas ! Voici notre Dieu, c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu« . En effet, la vengeance de Dieu n’est rien d’autre que la venue de son Fils Jésus-Christ dans le monde.  C’est la toute- puissance, le sursaut de son Amour … Il nous sauve aujourd’hui encore. Et il y a des signes qui ne trompent pas : le boiteux qui bondit, l’aveugle qui voit, le muet qui crie, ne serait-ce pas lui, elle, toi, moi ? Oui, la vengeance de Dieu, c’est la surabondance de ses bienfaits, de ses grâces !

Dans la page d’Evangile, Jésus guérit un sourd-muet. C’est un des handicaps les plus éprouvants pour un être humain, homo loquens, un sujet appelé par nature à communiquer, à interagir avec les autres, à se faire comprendre. J’ai une sœur devenue aphone des suites d’un AVC. C’est une affreuse solitude. Et puis, il y en a parmi nous ou dans nos connaissances, des gens qui ont un souci de surdité. Ils savent combien cela peut être incommodant, dérangeant et même invalidant. 

Le sourd-muet de l’Evangile de Marc, c’est le signe de notre humanité (en)fermée, coincée, qui ne sait plus s’écouter ni écouter l’autre, la création et Dieu. Alors, par la thérapie du toucher, de la tendresse –il pose la main sur lui -, Jésus va guérir cet étranger sourd-muet pour  restaurer son humanité abîmée et le sauver ! « Le Seigneur délie les enchaînés !  » (Ps 145).

L’ayant pris en charge en cœur à cœur, Jésus soupira en disant en araméen, sa langue maternelle, « Effata« , traduitpar « Ouvre-toi ! ».

C’est un impératif laisse entendre  ces quatre ouvertures :

° Ouvre-toi à toi-même, arrête de t’autodétruire, de te dévaloriser, ton histoire est sacrée. Dieu te connaît dans les replis de ton existence et t’aime comme tu es. Tu es, à toi seul, une légende, un gisement de ressources, tu peux relever moult défis et cocher bien des cases. Aie confiance en toi.  

° Ouvre-toi aux autres : fais tomber tes vieux préjugés. Ose la rencontre et vas-y avec un regard bienveillant, respectueux de tout être humain. En chacun, il y a un bon fond, il y a plus de choses à admirer qu’à mépriser…

Dans cette page d’Evangile, Jésus est dans la région de Tyr, en territoire étranger, au Sud du Liban. A son époque, il est interdit aux juifs d’avoir des connivences avec les étrangers appelés païens et considérés comme des chiens. En guérissant un étranger et en le touchant, il brise les barrières entre les humains, nos barrières sociales, raciales, culturelles et idéologiques. Il promotionne la tolérance, le compromis et le dialogue.

° Ouvre-toi aux merveilles de la création : tout ce que Dieu a fait est admirable (cf. Gn 1,10) ! « Nous marchons sur des joyaux sans nous en rendre compteNotre devoir le plus impérieux est peut-être de ne pas lâcher le fil de la merveille  » (Christiane Singer).

La tête dans le guidon, nous passons comme si la mosaïque de la beauté de la nature n’existait pas. L’homme moderne est tellement blasé, surmené et débordé qu’il ne se laisse plus surprendre par l’inattendu ou encore par ce qui surgit sur son chemin, comme une grâce, un fabuleux don … Et puis, c’est le mois de septembre décrété par le pape François « Temps de la Création » où l’on est convié à prendre des initiatives audacieuses pour la sauvegarde de la nature, « notre maison commune ». Par-ci par-là, face à la gravité des enjeux écologiques, fleurissent des initiatives porteuses,  des pistes d’action concrètes. Chaque converti écologique peut entrer dans la danse d’espérance d’une Terre nouvelle, habitable par tous.

°Ouvre-toi enfin à Dieu : quitte ta zone de confort, lâche tes résistances (ton orgueil, tes doutes, tes peurs, le qu’en dira-t-on, ton pessimisme). Comme un enfant qui apprend à marcher ou rouler à bicyclette, un moment, il faut bien lâcher-prise en faisant confiance et en t’abandonnant à la grâce de Dieu !

Effectivement, si en plein soleil, ta maison n’est pas éclairée, ce n’est pas nécessairement la faute du soleil, c’est peut-être toi-même qui oublies d’ouvrir les volets !

Que Jésus pose tendrement sa main sur nous et nous serons guéris !

                                                                                                     Votre curé-doyen Vital 

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