La spiritualité du détachement

     Homélie du 28ème dimanche ordinaire B : la spiritualité du détachement

               Lectures : Sg 7, 7-11 ; Ps 89 ; Hb 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

Mes sœurs et mes frères, l’homme dont nous parle saint Marc est en recherche. Ce qui le préoccupe, c’est d’acquérir la vie éternelle… Serait-ce aussi ta préoccupation ? En ce qui me concerne, c’est mon aspiration la plus profonde : être un jour avec Dieu ! 

Le tourment de cet homme l’a aidé à pratiquer  son catéchisme, à faire l’effort d’observer les commandements de Dieu. En cela, Jésus l’a fortement apprécié : il l’a valorisé par son regard dense et éblouissant d’amour. Oui, il y a des regards qui foudroient, transpercent les cœurs ! Il (elle) m’a regardé …et j’ai compris que j’étais aimé ! Chers amis, la qualité d’une relation dépend souvent du regard ! « Etre vivant » écrit Christian Bobin, » c’est être vu, entrer dans la lumière d’un regard aimant ». 

Mais puisque demain est un autre jour ; puisque le devenir chrétien est une perpétuelle croissance spirituelle, Jésus invite ce chercheur de sens à faire mieux. Ce qui lui manque, c’est aller, vendre et donner, c’est-à-dire se détacher, se libérer de ce qui est narcissique et égocentré sur soi, se délester de la comédie des apparences ; se désencombrer des biens matériels superflus pour se sentir enfin plus léger et se mettre en route avec Jésus. Hélas, il s’en alla tout triste. Il avait de grands biens… et il lui était difficile de s’en détacher ! 

Par ailleurs, demandons-nous pourquoi les mystiques, les grandes religions et tant de courants de pensée (comme le stoïcisme) insistent-ils sur la nécessité du détachement ? C’est parce que c’est la charpente de tout abri spirituel : il faut absolument se décentrer de soi, s’oublier, c’est-à-dire s’abandonner, vider son cœur pour que Dieu y ait accès. 

Le détachement est une manière d’être dans le monde sans être du monde. On choisit la sobriété heureuse … pour déjà éviter le gaspillage, la surconsommation. Combien d’objets qui sont in fine éphémères, ne gardons-nous pas inutilement dans nos greniers et caves ?… L’attachement aux choses de ce monde nous pousse évidemment à désirer toujours plus, à accumuler. Et c’est de là que naissent l’insatisfaction permanente, la convoitise, l’avidité démesurée… Le piège de l’attachement, c’est confondre l’accessoire et l’essentiel, faire l’amalgame entre ce qu’on est et ce qu’on a, s’identifier à ses succès, à ses avoirs (voitures, argent, maison, vêtements, statut social, etc…). 

Entre nous soit dit : ce qui fait peur dans la spiritualité de détachement, c’est son aspect austère. Il faut faire le choix prophétique de se priver et le travail de deuil qui l’accompagne;  oser la tempérance voire la frugalité. Alors que depuis le jour de notre naissance, notre vie s’est construite sur base d’attachements à nos parents, à notre environnement, à notre culture, à notre éducation, à nos biens qui sont, en fait, des repères pour nous. Ce qui justifie notre résistance au détachement, n’est-ce pas  la peur archaïque de perdre notre zone de sécurité et de confort, la peur de perdre notre assurance sur l’avenir et celui de nos proches ?

Et toi, dis-moi : quels sont tes attachements les plus impérieux ? Loin d’être moralisateur, Jésus t’offre cette précieuse pépite évangélique : « A quoi sert-il à un homme de gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ?  » (Mc 8, 36). Il faudra peut-être y penser ! 

Somme toute, le détachement alimente notre quête de sens et nous pousse à la conquête de notre liberté intérieure. Il nous ouvre davantage à Dieu. Christian Bobin l’a admirablement formulé  en ces termes : « J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles dans ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait« .

                                                                         Vital Nlandu Balenda, votre curé-doyen

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