Homélie du 31ème dimanche B :
Lectures: Dt 6, 2-6; Ps 17; He 7, 23-28; Mc 12, 28b-34
Chers amis, la vie est un voyage où risquer, c’est aimer ! Dans la page d’Evangile, un scribe en recherche demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements.
Cela peut étonner d’un homme qui connaît parfaitement les Ecritures : il est spécialiste de la bible. Et pourtant sa question est pertinente. La loi juive renferme une flopée de préceptes : il y en en tout 613. C’est ce qui, in fine, peut être barbant et fastidieux.
D’où sa question : quel est le condensé de tout cela, la loi matricielle, fondatrice et fondamentale ?
Jésus le renvoie alors au « shema » du judaïsme. C’est la prière liturgique juive que le croyant, en l’occurrence le scribe lui-même, récite matin et soir : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique. Tu aimeras … » Ce qui fait l’unicité de Dieu, c’est sa Miséricorde. La Miséricorde n’est pas une mièverie affective, c’est un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes, touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, psychologique, spirituelle, sociale, matérielle.
Les amis, nous sommes ici au cœur du message évangélique : Dieu est amour. La Miséricorde est l’autre nom de Dieu. Pour Thomas D’Aquin, la toute-puissance de Dieu consiste en sa Miséricorde. Quand dans le symbole des apôtres, professant la foi de notre baptême, nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit pas d’une puissance de domination qui écrase l’homme ou viole sa liberté, mais la puissance de son Amour. En effet, l’Amour de Dieu est plus fort que nos égarements, nos trahisons, nos péchés, voire notre mort.
Aussi mon Evangile ce matin, est de te dire : « Tu es aimé plus loin et plus fort que tu n’oses l’imaginer…, tu es aimé puissamment, infiniment, gratuitement et sans condition« .
Pour saint Basile de Césarée, le reflet de Dieu dans une vie humaine, c’est la Miséricorde. L’homme ressemble à Dieu par la pratique de la Miséricorde. D’où l’exhortation de Jésus : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Chrétien, que dis-tu de toi-même, quelle est ta vocation originelle ? N’est-ce pas refléter la bonté de Dieu, te configurer au Christ, devenir « Christophore« , porteur de Jésus-Christ qui, dans la communion de l’Esprit Saint, fait Un avec le Père et qui donne sa vie sur la croix pour ton salut ?
Mes sœurs et mes frères, on parle de l’amour depuis la nuit des temps, mais ce qui caractérise, qualifie l’amour chrétien, c’est le don : j’ai donné, je me suis donné, j’ai par-donné. Dans ce sens, Pierre Reverdy écrit : « Il n’y a pas d’amour, il y a seulement des preuves d’amour« . En effet, l’amour se prouve par le dévouement, la gratuité, la serviabilité, la bienveillance, le respect ; il ne cherche aucun autre intérêt que de voir l’autre s’épanouir, être libre et heureux. Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « On est responsable de la rose qu’on a apprivoisée « .
Tout naturellement, étant donné que comme une orange, nos cœurs regorgent du jus d’amour de Dieu, tous nous essayons d’aimer. Mais la question réside dans la manière d’aimer ! Savez-vous qu’il y a des pièges d’amour ou encore des amours de piteuse facture :
–l’investissement narcissique : quand je dis que j’aime le chocolat noir, ce n’est pas le chocolat que j’aime. Je m’aime moi-même, le chocolat n’est que l’objet de mon plaisir ! Parfois, il va ainsi de nos « je t’aime ». Nous les aimons pour nous, et pas nécessairement pour elles, pour eux ! ;
-le troc relationnel : je te donne pour que tu me rendes en revanche ou encore pour que je t’enchaîne, que tu t’aplatisses comme une carpette, que tu rampes devant moi : parfois on entend dire : « Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois !« ;
-l’amour possessif : il est liberticide tant qu’il consiste à prendre son partenaire en otage, on possède l’autre comme son bien propre, un objet dont on dispose comme on veut. Et dans l’amour possessif, il y a l’amour captatif (absorber l’autre comme un buvard, le vampiriser) ;
– donner de son superflu : « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » (pape François).
Pour finir, Jésus dira au scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu« .
Pourquoi ? Parce que ce scribe a compris que l’amour vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. Que l’Esprit Saint qui répand l’Amour de Dieu dans nos cœurs, nous fasse déguster tout le bonheur d’aimer en vérité. Le Royaume de Dieu sera à nous dès maintenant !
Vital Nlandu, votre curé-doyen

