Laisse-toi réconcilier avec Dieu !

Homélie du 4ème dimanche de Carême C : Laisse-toi réconcilier avec Dieu !

       Lectures : Jos 5, 9a. 10-12; Ps 33; 2 Co 5, 17-21; Lc 15,  1-3. 11-32

Chers amis, l’ épisode du fils prodigue est une  de plus belles pages de l’Evangile de saint Luc, qui a inspiré tant d’écrivains et artistes, comme le célèbre peintre néerlandais Rembrandt (Cf. son tableau de 1662)… Les paroles et l’agir de Jésus dans cet extrait évangélique révèlent le vrai visage du Père, la folie de son amour au demeurant impénétrable.

Commençons par scanner les trois figures principales de la scène. Et notons d’emblée que le fils aîné et le fil cadet ne sont pas nommés : ne serait-ce pas moi, toi ?

*Le Père : oui,  ce n’est pas seulement l’homme qui espère en Dieu, Dieu lui-même espère en l’homme en lui  faisant par exemple confiance dans la gestion de sa liberté. Son amour pour ses enfants est pur,  gratuit,  inconditionnel. L’amour, c’est quand le bonheur de l’autre est ton bonheur ! Dans le tableau de Rembrandt, on croise  le regard du Père usé à scruter l’horizon dans l’attente du retour de son enfant. Et quand celui-ci revient, il ne le réprimande pas, ne demande ni réparation ni autre compte  si ce n’est de l’étreindre tendrement ! Il ne fait pas d’amalgame entre un forfait, qui doit absolument être blâmé, et l’homme qui l’a commis, mais qui, lui, garde sa dignité. Le péché de l’homme n’est pas un obstacle à sa fidélité… Vite, il faut de beaux vêtements pour son enfant perdu et retrouvé (signe de sa classe sociale), une bague (l’alliance rétablie, signe de la noblesse) et des sandales (symbole d’un homme libre) et fêter ensemble la joie de la conversion.

*Le fils aîné : c’est un homme de devoir, ce qui est important pour lui, c’est le travail, le rendement, l’efficience, la loyauté, la méritocratie. Il pense que l’amour du Père se vend au prix des mérites. 

Monsieur  dresse  un bilan positif de sa vie, il s’assure de sa propre valeur. Autosatisfait de sa perfection, il compare, juge, méprise son frère qui, à ses yeux,  n’est pas à la hauteur… Il ne le  ne reconnaît même plus comme frère : « Quand ton fils que voilà !  » Chers amis, l’orgueil spirituel est une subtile tentation qui n’échappe  à personne : on se compare aux autres, par exemple à ceux qui ne pratiquent pas, ne croient pas; on s’estime meilleur parce qu’on prie, parce qu’on est engagé. C’est une illusion : le salut, l’Amour du Père,  n’est pas une gratification, une récompense de nos bonnes œuvres, c’est un don gratuit que Dieu accorde à ceux qui s’abandonnent, s’ouvrent humblement à sa Miséricorde. Bien-sûr qu’il faut émerger dans sa vie spirituelle, être bien-veillant,  bien-faisant, bien-disant, mais tout dans l’humilité, la seule  voie  qui sauve et qui sanctifie !

*Le fils cadet : lui avait déjà tué son père en réclament l’héritage avant même le décès de ce dernier. Il revendique sa liberté en pensant que liberté signifie libertinage, dévergondage. Ce gamin était friand de paradis artificiels  qui l’ont englouti dans  la déchéance totale.   Dans le tableau de Rembrandt, on voit son crâne rasé comme quelqu’un qui revient d’un  camp de concentration. Son  visage est creusé, marqué;  son regard est hagard, fuyant;  ses cheveux et barbe sont en broussailles.  Ses talons  crevassés, rabotés, râpés sont le signe du chemin long et ardu den son errance.  Ses chaussures sont usées. Il porte une tunique en lambeaux.  Son corps disloqué est  une véritable  épave…

Voici le tabeau de l’ anéantissement, de la pire solitude, du délabrement  d’un être humain. Le fils rebelle a tout perdu et il est tout perdu.  … Et voilà qu’un jour, au cœur de la galère, se souvenant de la Bonté de son Père, il va se déclencher en lui  un déclic, une fulgurance, un retournement intérieur, une éclosion d’espérance : « J’en  suis convaincu,  l’Amour de mon Père aura le dernier mot! »  Sa détresse  se mue alors en  croissance spirituelle. Comme le roi David, il reconnaît que ce qui est mal aux yeux de Dieu, il l’a fait (Ps 50).  Il se décide de rentrer au bercail avec  nul autre trophée que  sa pauvreté. Il se présente devant son Père  comme un mendiant de sa Miséricorde.

Mes sœurs et mes frères, voilà l’effort de la démarche de Carême à laquelle nous sommes conviés : avoir ce sursaut de conscience spirituelle : « Oui, je me lèverai – je veux rester, malgré tout,  une femme, un  homme debout – et j’irai vers mon Père! » Le fils converti  emploie l’adjectif possessif « mon« . Ce Père-là est à lui, il est aussi à moi, je lui appartiens. Dans la même veine, saint Paul te dira : « N’entre pas dans tes résistances, laisse-toi réconcilier avec Dieu ! « 

                                                                         Vital Nlandu, votre curé-doyen

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