Homélie 5ème dimanche C de Pâques :
Lectures : Ac 14, 21b-27; Ps 144; Ap 21, 1-5a; Jn 13, 31-33a.34-35
Mes sœurs et mes frères, nous sommes toujours dans le temps pascal et continuons de prier pour que la puissance de la Résurrection de Jésus s’impacte dans nos vies, que nous soyons aujourd’hui plus que jamais témoins du Ressuscité.
Le contexte historique de l’Evangile de ce dimanche est tout à fait particulier : c’est l’heure des adieux, du Testament. On est à la veille de la passion de Jésus. Il sait que Judas va le livrer, que Pierre va le renier, que ses amis vont l’abandonner. Il vient d’instituer le sacrement de l’eucharistie, laver les pieds de ses disciples à qui il dit : « Je vous ai donné l’exemple d’abaissement et d’humilité » … » Je vous donne un commandement nouveau : ‘Aimez-vous comme je vous ai aimés’ « . En quoi consiste cette nouveauté par rapport à d’autres manières d’aimer, par rapport par exemple à l’Ancien Testament puisque dans la Torah, se trouve déjà écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18) ?
La nouveauté réside dans « comme je vous ai aimés« . L’amour de Jésus est notre inspiration fondamentale et notre modèle d’aimer. Il ne s’agit pas d’un amour de façade, d’une gentillesse occasionnelle, d’une belle invitation à la fraternité ou d’un sentiment passager, mais d’une action, d’une preuve d’amour ! C’est l’amour qui lave les pieds de l’autre, qui se met à son service, qui donne tout, se donne et par-donne. L’amour qui cherche d’abord le bonheur de la personne que l’on aime; l’amour qui ne calcule pas, qui dépasse son intérêt personnel. Cet amour-là est inconditionnel, gratuit, désintéressé, pur.
Et pour Jésus, c’est le seul témoignage de la foi qui soit authentique et crédible. Témoigner de sa foi ne consiste pas à déclamer de belles paroles, à être un croyant pratiquant, fidèle aux rites, aux pratiques religieuses extérieures; ça ne consiste pas à avoir des connaissances théologiques, la capacité de faire des miracles, mais à être simplement un croyant aimant, qui s’oublie lui-même en aimant. On comprend dès lors que le vrai amour passe par la croix : aime et tu mourras !
Chers amis, aimer, ce n’est pas un conseil moral que Jésus nous donne, c’est même la clé du bonheur, la clé du Royaume; c’est « ce qui a du poids », qui nous fait entrer dans gloire de Dieu.
Cependant, je m’interroge : est-ce qu’ « aimer comme Jésus », c’est-à-dire jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie, est vraiment possible pour les humains ?… C’est un idéal vers lequel il faut tendre et avancer absolument. Et pour ce faire, il faut d’abord être soi-même disponible à recevoir le don de l’amour de Dieu; il faut bien se laisser aimer par Dieu, demander à l’Esprit Saint d’irriguer notre cœur de l’amour trinitaire… Sans toutefois oublier cette règle d’or : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne souhaites pas qu’il te fasse !«
Pour finir, permets-moi de te poser ces questions : ton amour n’est-il pas sélectif quand tu n’aimes que les uns (ceux avec qui tu t’entends bien) et pas les autres (ceux qui te cherchent noise, qui te démolissent) ? As-tu vraiment la maîtrise spirituelle, autrement dit contrôles-tu assez tes émotions négatives (colère, agressivité, rancune, anxiété, culpabilité…) ? Ta langue, une épée mordante : dis-tu ce que tu penses ou penses-tu ce que tu dis pour ne pas offusquer l’autre ? Est-ce que tu n’aurais pas des relations à nouer, à approfondir; des relations blessées à guérir; des pardons à demander ou à donner, des gestes de réconciliation à poser ?… Sache que dans son Testament, Jésus t’a légué son amour à offrir à ton tour au monde.
Vital Nlandu, votre curé-doyen

