Homélie du 3ème dimanche ord A
Lectures : Is 8, 23b-9,3; Ps 26; 1 Co 1, 10-13. 17; Mt 4, 12-23
Mes frères et mes sœurs, en ce dimanche consacré à la Parole de Dieu, saint Paul s’adresse aux chrétiens de Corinthe. Corinthe est une grande ville cosmopolite, où le prestige, le succès et l’éloquence occupent une place importante. Peu à peu, ces valeurs ont influencé la communauté chrétienne. Résultat: des divisions sont apparues, certains se réclamant de Paul, d’autres d’Apollos ou encore de Pierre.
Paul réagit avec vigueur. Il rappelle que ces apôtres ne sont pas des chefs de clans, mais de simples serviteurs de l’Évangile. En réalité, derrière ces bannières se cache une attitude d’orgueil, le sentiment d’être spirituellement supérieur aux autres. Paul recentre alors les chrétiens sur le fondement de leur foi: la Croix du Christ. Elle n’est pas un signe de puissance, mais de dépouillement, d’amour humble, donné jusqu’au bout. Être chrétien, ce n’est pas se comparer, mais aimer.
Chers amis, cette exhortation reste d’une brûlante actualité. Elle nous invite à regarder nos propres attitudes: nos jugements hâtifs, nos rancunes, notre besoin d’avoir raison, cet orgueil discret qui nous fait parfois croire que nous valons mieux que les autres!
Dans l’Évangile, après son baptême dans le Jourdain et l’arrestation de Jean le Baptiste, Jésus prend le relais. Il quitte Nazareth, le village de son enfance, pour s’établir en Galilée, au nord du pays. Cette région est un véritable carrefour des nations, habitée par une population diverse, brassée spirituellement, socialement et culturellement. Elle est loin de Jérusalem, la Ville sainte. La Galilée n’est-elle pas le lieu idéal pour annoncer l’Évangile au monde? Jésus s’installe à Capharnaüm, une bourgade située sur les rives du lac de Galilée. Il y établit son quartier général et choisit de faire une pastorale des périphéries, des lieux simples, parfois méprisés.
Et toi, quels sont tes réflexes face aux périphéries d’aujourd’hui, là où vivent des personnes parfois mal vues, qui ne pensent pas, ne prient pas, ne se comportent pas comme toi, bref, des personnes différentes?
Pour assurer la continuité de la mission, Jésus reprend l’essentiel du message de Jean le Baptiste: «Convertissez-vous». Pour nous qui croyons déjà, se convertir signifie changer de logique: passer d’une foi intellectualiste à une foi plus intime et profonde, enracinée dans la vie quotidienne.
Jésus appelle ensuite ses premiers collaborateurs. Il a besoin d’eux pour bâtir son Royaume de justice et de paix. C’est lui qui agit en eux par l’Esprit Saint. Leur mission est de «pêcher» les êtres humains, c’est-à-dire de les tirer des abîmes pour les empêcher de se noyer dans les flots des forces du mal et de la mort. Pêcher les hommes ne signifie ni convaincre ni imposer, mais témoigner d’une vie habitée par la lumière du Christ. C’est évangéliser en servant, en relevant et en guérissant. Il y a tant de plaies à panser, tant de victimes de l’injustice à défendre, de découragés à relever, de naufragés de la vie à secourir.
Mais avant de leur confier cette mission, Jésus dit d’abord à ses disciples: «Venez derrière moi». Tant qu’il nous précède, nous avons l’assurance d’avancer. Que l’Esprit Saint nous libère de nos peurs, de nos résistances et de tout ce qui nous empêche de Le suivre librement.
Vital Nlandu, votre curé-doyen

