Homélie du 5ème dimanche ord A
Lectures: Is 58, 7-10; Ps 111; 1 Co 2, 1-5; Mt 5, 13-16
Mes sœurs et frères, dimanche dernier, Jésus nous a proposé un chemin spirituel qui mène au vrai bonheur, à notre liberté intérieure : celui des Béatitudes. Aujourd’hui, dans la suite du discours sur la montagne, il va plus loin. Il nous révèle notre identité profonde de chrétien. Il ne dit pas: «Devenez sel et lumière», mais «Vous êtes». Autrement dit: voilà ce que tu es déjà, par ton baptême!
*Tu es le sel de la terre. Le sel donne du goût, il relève la saveur d’un plat. Alors si toi chrétien, tu es fade ; si ton témoignage est insipide, incolore, inodore, comment peux-tu encore être attractif, donner à ceux qui sont découragés, fatigués l’envie de chercher Dieu et de croire en Lui?… Le sel conserve. Dans certaines régions, notamment en Afrique, là où il n’y a pas de réfrigérateur, on conserve les aliments grâce au sel. Il empêche la corruption.
Dans la Bible, le sel est justement le signe de l’alliance durable et incorruptible avec Dieu (Lv 2, 13; Nb 18, 19; 2 Chr 13, 5). Cela nous renvoie à notre alliance baptismale: où en es-tu dans ta relation avec Dieu? De même, dans certaines cultures d’Orient, partager le sel signifie aussi sceller une amitié, une alliance entre les personnes. Aussi, se pose cette autre question: Où en es-tu dans ta relation avec les autres?
Mais attention: tout excès nuit. Une soupe trop salée devient immangeable! Les terres à haute teneur en sel (salinisation des sols) deviennent stériles, rien n’y pousse.
Mais observons donc comment le sel agit: en disparaissant. Il se fond dans ce qu’il transforme. Un peu comme le Wi-Fi: on ne le voit pas, mais quand il n’est plus là, plus d’Internet, tout s’arrête. Etre sel, c’est donc être humble, discret: on ne fait pas du ramdam, on ne se croit pas meilleur par rapport aux autres, on n’impose rien. On transforme le monde simplement par le témoignage d’une foi rayonnante et inspirante.
*Tu es la lumière du monde. Sans lumière, il n’y a pas de repères. Sans lumière, pas d’énergie renouvelable, de panneaux photovoltaïques. Être lumière, c’est aider les autres à voir clair… Sans lumière, on ne voit pas la beauté de l’arc-en-ciel, on ne sait pas distinguer les couleurs. Etre lumière, c’est révéler la beauté intérieure des autres par une parole valorisante, un compliment sincère, un regard bienveillant… Sans lumière, il n’y a pas de vie: la photosynthèse en est la preuve. Etre lumière, c’est être une personne solaire qui booste les autres par sa joie de vivre et d’aimer, par l’éclat de son sourire, par sa présence…
Mais là encore, tout excès nuit. Une lumière trop forte aveugle et éblouit!
Ici, il y a un contraste intéressant à relever: alors que le sel doit agir discrètement, la lumière est faite pour être vue, se manifester, mais rien que pour ce seul et unique but: «en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père». Tu n’es donc ni une star, ni le soleil, mais le reflet de Jésus-Christ qui s’est déclaré être la vraie lumière du monde (Jn 8, 12; 9, 5). Saint Augustin le disait en ces termes: «Que ta lumière brille, non pour que l’on te voie, mais pour que l’on voie Celui par qui tu brilles». D’où cette question simple, mais exigeante: Est-ce que ta foi rend Dieu visible sans te mettre en avant?
En somme, une foi fade, diluée dans l’anonymat, ne fait pas vibrer le monde. Mais une foi exhibitionniste ne rassure pas non plus.
Demandons au Seigneur de nous donner une foi authentique, cohérente, audacieuse, et toujours humble. Amen!
Vital Nlandu, votre curé-doyen

