«Serait-ce moi Seigneur?»

Homélie du dimanche A des Rameaux

Mes sœurs et mes frères, lors du repas d’alliance, Jésus annonce aux Douze que l’un d’entre eux va le livrer. Alors, chacun s’interroge sur sa loyauté envers le Seigneur: «Serait-ce moi Seigneur?» Que cette Semaine Sainte soit pour chacune et chacun une opportunité d’évaluer sa loyauté, sa fidélité à Jésus. Un tel exercice ne peut qu’affermir la foi…

Les Rameaux et la Passion que nous célébrons ce dimanche, nous ouvrent un vaste champ de réflexions sur la réalité de notre vie:
*Jésus l’avait dit: «Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne» Pourquoi a-t-il librement choisi la passion, pourquoi a-t-il voulu nous sauver par l’humiliation et la souffrance? Parce qu’humiliation rime avec humilité, la voie de la sainteté ; parce qu’il n’y a pas d’amour plus grand que s’oublier, s’effacer, se sacrifier, mourir pour la personne que l’on aime.
*Nous sommes, dans cet Evangile, face à la dualité existentielle de notre vie, faite de lumière et d’ombre, de mystères joyeux et douloureux. Le même Jésus qui est acclamé par les hosannas à l’entrée de Jérusalem, est rejeté, condamné quelques jours plus tard. Ainsi va la vie: elle est à la fois vallée de roses et de larmes, pluie et soleil qui font apparaître l’arc-en-ciel… Nous le savons: la souffrance n’est pas une tarte dont chacun prendrait volontiers sa part, et pourtant elle est inexorable. Elle fait partie intégrante de notre vie. Etty Hillesum l’a compris quand elle écrit: «La vie et la mort, la souffrance et la joie, tout, tout en moi, je l’accepte comme une totalité indivisible». Et Jean d’Ormesson: «La vie est belle parce que nous mourrons … Merci pour les roses, merci pour les épines!». Refuser toute souffrance, vouloir l’éliminer à tout prix, c’est oublier que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille ; elle peut devenir un torrent impétueux.

Chacun a ses soucis, y compris ces souffrances silencieuses, psychologiques, qui ne pleurent que de l’intérieur: blessures invisibles, solitude, déprime, angoisse quant à l’avenir, usure, remords de conscience, humiliations, frustrations et déceptions, combats cachés, trahisons d’amour, sentiments d’être inutile … Notre cœur est parfois trop lourd de secrets, trop lourd de peines. Qui que tu sois, quoi que tu fasses, c’est inévitable, la souffrance, la mort te traque et, un jour, te rattrape!

Et puis cette parole de Jésus: «Mon âme est triste à en mourir …» Il est anéanti. Dans son humanité, il est vulnérable, profondément ému. Un sentiment de désespérance l’envahit… Cependant, grâce à la puissance de la prière d’abandon, il a trouvé la force morale et spirituelle d’aller jusqu’au bout de sa mission. Nous aussi devant certaines réalités cruelles de la vie, quand nous n’avons plus de ressort, recourrons au Père par la prière d’abandon, confions-nous à l’Esprit Saint et invoquons Jésus en lui rappelant sa propre agonie. Par sa croix, il est solidaire de notre humanité souffrante, blessée et blessante.

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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