Homélie du 3ème dim ord B : Le Règne de Dieu est tout proche !
Jon 3, 1-5.10 ; Ps 24 (25) ; 1 Co 7, 29-31 ; Mc 1, 14-20
Mes frères et mes sœurs, Jean-Baptiste est arrêté et livré, mais la mission doit continuer.
Jésus prend ainsi la relève. Ses premières paroles dans l’Evangile de saint Marc : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche« . Il veut nous faire comprendre que par lui, avec lui et en lui, une ère nouvelle s’ouvre : Dieu se manifeste comme l’Amour et non comme le Puissant. Certes, la suprématie de cet Amour est présente et actuelle, mais elle ne vient pas une fois pour toutes, elle est en croissance dans le monde. Et cela ne peut que donner des raisons d’espérer puisque, envers et contre tout, des signes d’Amour sont visibles partout autour de nous… les as-tu repérés ?
Chers amis, que le Seigneur nous accorde les yeux du cœur pour apprendre à discerner, au creux de ce monde qui passe (2ème lecture), la lente croissance du règne de son Amour qui vient. Qu’il nous donne ce regard de foi qui sait « voir » les discrètes émergences de son Royaume dans les événements, petits et grands ; dans des gestes-cadeaux de vie qui illuminent le visage, suscitent le sentiment d’être reconnu, valorisé et aimé : la délicatesse d’une parole, l’éclat d’un sourire, la simplicité d’un accueil, la tendresse d’un regard, l’écoute empathique, la gratuité d’un service… En effet, tous ces gestes de gestation secrète de la « civilisation de l’amour», renferment une part d’éternité ; ils relient l’existence à l’infini. Et fort heureusement, on les retrouve dans nos familles, nos clubs d’amis, nos communautés villageoises et paroissiales, dans les hôpitaux, les prisons et, même au cœur des populations ravagées par des conflits armés… C’est l’exemple des Ukrainiens qui, massivement, vont donner leur sang pour sauver des vies, de ce médecin qui soigne une personne précarisée sans lui demander d’honoraires, de ce jeune qui va spontanément déneiger le trottoir de la voisine âgée de peur de la voir chuter, du passant qui aborde un mendiant dans la rue et qui, sans préjugés, lui donne une pièce avec le sourire et un regard d’humain à humain ; le cas de ces personnes qui se mobilisent pour aider les victimes d’inondations ou autres catastrophes naturelles, celles qui organisent un temps de prière pour une personne en difficulté ou encore des mamies qui donnent sans compter et se donnent avec gaieté pour leurs petits-enfants…
La révélation du Royaume de Dieu ne se fait pas de manière magistrale et spectaculaire ; ce n’est pas indiqué par de grands panneaux lumineux. Il s’enracine dans les cœurs, c’est un fétu de semence, mais qui se déploie et qui croît…
Dans la même page d’Evangile, Jésus se promène sur le rivage de la mer de Galilée, il rencontre 4 ouvriers de la mer habitués à travailler en équipe. Ils seront ses 4 premiers disciples. Il leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes« . Selon le pape Benoît XVI, la métaphore « pêcheur d’humains » signifie « Jeter les filets d’Evangile afin que les humains adhèrent au Christ, et soient tirés pour ainsi dire, hors des eaux salées de la mort et de l’obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas« … Mais ne nous faisons pas d’illusions ! Les hommes ne sont pas des poissons, ils ont une liberté ! Aussi faut-il y aller avec tact et patience !
Aujourd’hui, Jésus lance le même appel prophétique aux femmes et aux hommes de notre temps : il nous invite à collaborer, à travailler en partenariat avec lui pour la libération et le salut de notre Humanité. Pêcher les hommes, c’est donc les tirer des eaux de l’inconscience spirituelle, des eaux de l’égoïsme et de l’orgueil ; les délivrer des forces du mal et de la mort…
Cependant, pour qu’une pêche soit efficace et fructueuse, les pêcheurs aguerris le savent, il faut entre autres que les filets soient en bon état – les nettoyer, les réparer, raccommoder nœuds et mailles -, sinon les efforts sont inutiles. Les filets remis à neuf, n’est-ce pas notre témoignage d’amour vrai, l’amour en actes ? Le témoignage est un langage que nos contemporains sont prêts à entendre, car en même temps qu’il enseigne, il entraîne.
Ainsi l’exhortation de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile – de libération ! « .
La véritable conversion est un sursaut de conscience : comprendre qu’avec telle option prise, avec pareil comportement, le mal me prend en otage et je m’achemine tout bonnement sur un chemin de mort. Alors, aidé par l’Esprit Saint et d’un cœur contrit, je me résous à changer de vie. Eh oui, le sens d’une vie se joue dans la clairvoyance et parfois dans la fulgurance d’une décision.
Vital Nlandu, votre curé-doyen





