Les vignerons homicides

                    Homélie du 27ème dimanche A : les vignerons homicides

                         Is 5, 1-7 ; Ps 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43

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la bonté du Seigneur est pour tous !

Homélie du 25ème dimanche A

Lectures : Is 55, 6-9 ; Ps 144 ; Ph 1, 20c-24.27 a ; Mt 20, 1-16

Mes sœurs et mes frères, saint Mathieu écrit aux chrétiens d’origine juive pour leur signifier que Jésus est bel et bien le messie annoncé par les prophètes. Certes, les juifs sont le peuple élu, ouvriers de la 1ère heure, mais quiconque répond à l’invitation de Dieu d’entrer en alliance avec lui, a accès à sa grâce. La vigne du Royaume est ouverte à tous les peuples de la terre : qui choisit de (re)venir vers Dieu bénéficie de sa Miséricorde (1ère lecture)… Une crise économique sévit dans le pays et les ouvriers agricoles se retrouvent le matin sur la place du village dans l’espoir d’être embauchés pour la journée. Pour reprendre l’expression du pape François : Dieu est de « sortie » ! C’est lui, en fait, qui prend l’initiative d’aller chercher l’homme sur la place publique. C’est donc Lui qui t’a aimé le premier (1 Jn 4, 19) ! La foi, c’est le pressentiment, la révélation intérieure de son Amour. Ayant connu et reconnu cet Amour, saint Paul écrit : « Ma vie présente, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui m’a sauvé » (Gal 2, 20). Il est tellement terrassé par le feu de l’Amour de Dieu qu’il n’hésite pas à témoigner de ce qui fait dorénavant sa raison de vivre : « En effet, pour moi, vivre, c’est le Christ » (2ème lecture).

Dans la page de l’Evangile, le maître embauche à toutes les heures, sans discrimination et sans condition. Le moins à dire, c’est que sa logique est absolument insolite. Il ne respecte pas les lois du marché : la rétribution proportionnée à l’effort fourni, au travail réel accompli. Ce n’est pas normal que 12h d’une charge de travail et en plus sous un soleil infernal, ait le même prix que celle réalisée en une heure et dans la fraîcheur du soir !

Chers amis, Jésus nous partage cette merveilleuse parabole pour nous aider à appréhender un tant soit peu le mystère de l’Amour de Dieu. Les chemins et les pensées de Dieu sont bien loin des nôtres ! Au lieu de rétribuer selon les performances, le rendement et les mérites de chacun, Dieu donne son Amour gracieusement et gratuitement. Les traînards passent devant, les croyants-de-travers, les hors-de-l’Eglise sont premiers et aussi bien servis. Du dernier au premier, c’est le même Amour qui est donné et il est entier ! Nous l’appelons « le Bon Dieu » et il l’atteste lui-même : »Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » A la place de la rémunération de l’effort fourni, Lui, parle de la grâce et du don. Cet Amour divin s’appelle en grec « agapê « . Nullement méritoire, il est prodigué gratis : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 8). L’important, ce ne sont pas d’abord les efforts à fournir, une perfection à atteindre à tout prix, une culpabilité à endurer perpétuellement, mais comme un cadeau à recevoir, que tu accueilles simplement son Amour, sa grâce : « Ma grâce te suffit » te rassure-t-il (2 Co 12, 9).

Bien que le maître du domaine de la parabole ait respecté le contrat convenu avec les ouvriers râleurs, je peux comprendre la revendication de ces derniers. Ce qui les déforce sans doute, c’est qu’au lieu de s’inscrire dans la reconnaissance et la bénédiction, ils se sont laissés plutôt envahir par l’esprit de la comparaison : « Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur ! « .

En effet, se comparer aux autres, c’est du poison qui tue ce qu’il y a de meilleur en soi, il anéantit l’émerveillement, la gratitude, l’estime et la confiance en soi. C’est un venin qui dévalorise et rabaisse en alimentant beaucoup de maux qui nous rongent : sentiments d’infériorité, besoin de l’approbation des autres, insatisfaction chronique, morsure de culpabilité, peur de l’avenir, jalousie … Loin de découvrir sa valeur personnelle qui est au demeurant exceptionnelle, on passe son temps à se comparer à ceux que l’on croit être plus intelligents, plus talentueux, plus riches, plus beaux, plus épanouis, mieux payés … Et qui pis est, on se compare sans au préalable avoir défini le sens et l’idéal que l’on donne à sa propre vie. N’est-ce pas que c’est d’abord son propre objectif que l’on doit chercher à atteindre et non celui du voisin ? A se comparer aux autres, on passe à côté de l’essentiel de sa vie.

Puisque nous sommes tous uniques avec nos différences légitimes et nos spécificités intrinsèques, il revient à chacun de créer et d’apprécier sa propre légende.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Le primat de l’amour !

Homélie du 23ème dimanche A :

Lectures : Ez 33, 7-9 ; Ps 94 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20

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Prendre sa croix pour être disciple de Jésus-Christ !

Homélie du 22ème dimanche ord. A : Prendre sa croix pour être disciple de Jésus-Christ !

Lectures : Jr 20, 7-9 ; Ps 62 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27

Chers amis, la Parole de Dieu nous fait grandir spirituellement.

Dans la 1ère lecture, Jérémie confie de manière pathétique le déchirement intérieur qui le turlupine. Sa mission prophétique est exigeante et ingrate : il doit à tout moment dénoncer, jouer l’oiseau de mauvais augure, déranger les gens ! Aussi est-il l’objet de mépris, d’insulte, de moquerie … et il n’en peut plus ! Il a tenté plus d’une fois, pour avoir la paix, de faire taire la Parole de Dieu dont il est le messager.  Mais c’était plus fort que lui. A peine s’épuisait-t-il, sans jamais y parvenir, à maîtriser le feu dévorant de l’Amour de Dieu qui consumait son cœur… A la fin, il dira : « Seigneur, tu m’as séduit et je me suis laissé prendre, tu m’as terrassé, tu m’as vaincu, tu as été le plus fort ! « … Tel est le lot de celui qui entreprend le chemin de l’aventure avec Dieu : il doit prendre sa part de souffrance liée à l’annonce de l’Evangile (2 Tim 1, 8).

Quant à la page de l’Evangile, Jésus y annonce l’imminent programme qui l’attend : souffrir, mourir et ressusciter. Pierre, avec sa pseudo-représentation  du Messie – celle d’un Christ tout-puissant – veut faire obstacle à ce plan de salut en récusant l’idée de la croix, qui est au demeurant un scandale ! Jésus lui fait alors entendre  raison et en profite pour esquisser le profil de celui qui veut devenir son disciple : il doit être capable de renoncer à lui-même et de prendre sa croix.

Mes sœurs et mes frères, le renoncement est  sans conteste  un puissant levier spirituel. Pour le bouddhisme, le but du renoncement, c’est l’extinction de tous les désirs, qui permet d’atteindre l’état d’apesanteur, de sérénité totale, appelé le nirvana. Dans le coaching du développement personnel en vogue aujourd’hui, le renoncement est un bénéfice, psychologiquement parlant, pour la reconquête de la liberté intérieure. Il faut renoncer à tout contrôler, à sa toute-puissance, à avoir raison à tout prix, à son orgueil, à son égoïsme, renoncer à se cramponner à ses certitudes …

En fait, renoncer, c’est abandonner, se débarrasser. Cela fait peur : peur de manquer, peur de s’arracher à son confort, à sa sécurité. Notre culture de surconsommation nous pousse plutôt à amasser, à empiler, à entasser, une accumulation qui, à la longue, peut devenir compulsive et même addictive ! Combien de fois n’entend-on pas dire : il faut être bien assuré, se sécuriser, épargner, quitte à travailler plus pour gagner plus !

La conséquence, c’est la frénésie à la tâche, la boulimie d’avoir ; avec en point de mire, la maladie de notre civilisation : le burn-out !

« A quoi sert-il  » dit Jésus, « de gagner le monde si c’est au prix de sa vie » ; si c’est pour bousiller sa santé, galvauder la qualité de la vie de sa famille … ? On devrait peut-être y penser ! Cette obsession vorace d’avoir toujours plus pousse même à ne plus se contenter  de ce qu’on a. On devient alors un éternel insatisfait cafardeux … En sus, on accumule au point de ne plus savoir distinguer « l’être » de « l’avoir » : on pense que ce que l’on est dépend de ce que l’on a. On est quelqu’un parce qu’on a l’argent, le prestige, le pouvoir, la gloire, la beauté, de gros biens matériels. Autrement dit : on n’est plus personne, si l’on ne possède pas !

En tout cas, Jésus fait de la vertu du renoncement un préalable pour le suivre. Et le renoncement qu’il préconise va bien au-delà de toutes sortes de privations. Renoncer à soi-même ne signifie pas se couper du monde, s’auto-châtier, se dévaloriser, se négliger ou encore se laisser aller. Selon Jésus, renoncer à soi-même, c’est accepter le plan de Dieu dans  sa vie, décider de se passer de sa propre volonté pour accomplir celle de Dieu : « Que ta volonté soit faite » (le Pater). L’abandon et le dépouillement dont il fait preuve à son agonie est un exemple patent : « Abba, ô mon Père, tout t’est possible ; s’il te plaît, éloigne-moi de cette coupe de douleur. Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mc 14, 36). Dès lors, la prière du disciple, n’est-ce pas celle de Paul sur le chemin de Damas : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ?  » (Ac 22, 10). C’est te lever et aimer en prenant ta croix. Ceux qui aiment en vérité le savent : il n’y a pas de vrai amour sans renoncement à soi !

                                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Pour vous, qui suis-je ?

                 Homélie du 21ème dimanche  A : « Pour vous, qui suis-je ?« 

                Lectures : Is 22, 19-23; Ps 137; Rm 11, 33-36; Mt 16, 13-20

Mes sœurs et mes frères, Jésus fait une étude qualitative, un sondage d’opinion : il  veut savoir quelle est la représentation que les gens se font de lui.  N’est-il pas vrai que  la question de son identité taraude l’homme depuis maintenant 20 siècles ? Y répondre,  c’est donner du contenu et de la  pertinence à sa foi.

Résultats de l’enquête auprès des disciples : l’opinion des gens qu’ils côtoient sur les marchés, dans les rues,  les villages, les villes,  … concernant Jésus est certes variée, diverse dans les détails, mais dans le fond elle est unanime : Jésus  n’est pas un homme ordinaire.  C’est un envoyé de Dieu assimilé  aux  célèbres prophètes de la tradition biblique  comme Jean-Baptiste, Elie, Jérémie…  De toute évidence,  un tel sondage  à l’heure actuelle donnerait des résultats tout aussi différents !

Curieux ! Jésus ne fait aucun commentaire de cette opinion de masse : il ne dit pas qu’elle est juste, fausse ou insuffisante. Comme si ce qui importe pour lui, ce n’est pas de ressasser ce que les autres disent, mais la conviction de chacun à son sujet; ce que   chacun ressent quand il invoque son Nom. « Et pour toi, que dis-tu, qui suis-je ? » Voici l’heure de la vérité : devant le miroir de sa conscience, chacun est invité à répondre en « je« , à mettre des mots sur son attachement à Jésus…  Ce n’est pas nécessairement évident quand on sait qu’il est parfois difficile de justifier son amour à l’autre : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas !

Sur ce, Simon-Pierre répondra : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant« . Remarquez que c’est la même profession de foi que celle des disciples dans la barque d’il y a 2 semaines,  quand Jésus marche sur l’eau : « Tu es vraiment le Fils de Dieu » (Mt 14, 33). Tout comme notre foi, la parole « illuminée » de Pierre ne relève pas  d’un raisonnement humain, c’est plutôt une inspiration divine, une révélation intérieure : Jésus est le Christ, le Messie, l’envoyé de Dieu qui a reçu l’Onction, c’est-à-dire qui est conduit par l’Esprit Saint; qui m’aime, me  pardonne et me libère ! Et Jésus de bénir et de béatifier  Pierre en déclarant faire dorénavant  de lui le  « roc » sur lequel il bâtira lui-même SON Eglise ! C’est donc du solide, l’Eglise,  les forces de la mort n’auront point raison d’elle.

Chers amis, faut-il encore le souligner, c’est nous tous, chacun avec ses dons, ses charismes mais aussi ses pauvretés offertes, qui sommes les pierres vivantes de la construction de la nouvelle Cité de Dieu,  son Royaume à naître, où se vivent les valeurs évangéliques.

Pierre reçoit alors les clés (comme  Eliakim dans la 1ère lecture) : quand on va en vacances, c’est à un ami que l’on confie les clés de sa maison parce qu’on lui fait confiance.  Pierre peut dorénavant ouvrir la porte du Royaume à ceux qui le souhaitent. De même, à l’installation d’un nouveau curé nommé par l’Evêque dans une Unité pastorale, il y a un rituel de la remise des clés. Les clés symbolisent le pouvoir,  qui n’évoque  rien d’autre dans l’Eglise que le « service ». Le pape, successeur de Pierre,  n’est pas le tout-puissant, mais le serviteur des serviteurs. La charge qui lui est assignée, c’est de poursuivre, en collégialité avec les autres apôtres (Evêques) et fidèles, la mission de Jésus-Christ et d’agir en son Nom. En outre, le mandat de lier et de délier qui lui est octroyé, c’est la délégation que Dieu lui donne de pardonner les péchés en son Nom, la mission d’être le reflet de sa Miséricorde. Ce pardon guérit; il dénoue les nœuds de nos blessures et de notre impuissance d’aimer en vérité.

Notons par ailleurs que ce n’est pas à cause de ses mérites que Pierre reçoit cette procuration, mais c’est par  la grâce de Dieu. Dieu a fait le pari de la confiance en conférant la responsabilité de son Eglise à des disciples comme Pierre;  en demandant à des gens comme toi et moi de travailler à sa Vigne; nous qui,  comme Pierre, sommes capables de vaciller dans la foi, de douter, de décevoir, de le renier même ! Nous qui, toutefois,  l’aimons quand même. Tenez, Jésus ne demande pas  à Pierre s’il a les qualités requises pour le servir… il lui demande simplement s’il l’aime : « Pierre, m’aimes-tu ?Seigneur, tu  sais tout, tu sais que je t’aime » (Jn 21, 17) ! Notre force et notre assurance, c’est que  le Christ nous accompagne : « Sachez-le : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps« (Mt 28, 20).

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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La foi de la cananéenne

                     Homélie du 20ème dimanche ord. A : La foi de la cananéenne

                         Lectures : Is 56, 1.6-7 ; Rm 11, 13-32 ; Mt 15, 21-28

Mes frères et mes sœurs, Dieu n’appartient à personne, le salut est sans frontière. Dans la page d’Evangile de ce week-end, Jésus est au Nord de la Palestine, spécialement dans la région de Tyr et de Sidon, villes côtières de l’actuel Sud-Liban. Il est en Terre étrangère. Ce qui augure l’universalité de la mission. Sa maison, comme le dit le prophète Isaïe dans la 1ère lecture, s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples » Et le psalmiste : « Ton chemin sera connu sur la terre, ton salut parmi toutes les nations« . Saint Paul abonde dans le même sens lorsqu’il écrit dans la 2ème lecture que loin de Dieu, les païens, c’est-à-dire les étrangers, ont obtenu miséricorde… Le trésor de la foi est ainsi proposé à tous, sans discrimination de race, de nation, de chemin de foi ou de religion.

Dans l’Evangile, une cananéenne supplie, mais Jésus est indifférent. Comme s’il ne se sentait pas concerné et touché par la requête de cette maman dont l’enfant souffre cruellement. Martin Luther King, le pasteur afro-américain, disait : « Ce qui m’effraie le plus, ce n’est pas l’oppression des méchants, mais l’indifférence des bons« . Nous le savons, « le silence de Dieu » est une épreuve terrible de la foi, au point de se demander parfois ce que signifie encore cette parole évangélique : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira la porte » (Mt 7,7). Alors la femme implore de plus belle. Cela importune et insupporte les disciples qui demandent à Jésus de donner suite à sa demande pour qu’elle les laisse tranquilles. Sur ce, Jésus va indiquer à cette femme la limite territoriale de sa mission : elle est destinée aux fils d’Israël. Mais la femme ne se lasse pas, elle s’obstine à faire confiance!

Et pour couper net, Jésus va chercher à la démolir par ces paroles vexatoires : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants (d’Israël) et de le jeter aux petits chiens « . Entre nous soit dit, ces propos ne peuvent que scandaliser et outrer tant ils ont un parfum raciste. Selon Lévi-Strauss, le racisme c’est croire à la supériorité de sa race. Cette doctrine se nourrit de la haine, des préjugés et du rejet de l’étranger considéré comme une menace. Evidemment, lorsque l’on est en période de crise avec le chômage, la délinquance, l’insécurité…, l’étranger sert souvent de bouc émissaire. Delà l’intolérance et ses conséquences : xénophobie, marginalisation, exclusion. Ce qui choque dans la rebuffade de Jésus, c’est le sectarisme apparent de ses intentions et le caractère méprisant du mot chien. Aujourd’hui encore, dans les pays d’Orient, on traite facilement l’étranger de chien.

Remarquez, cependant, le sens de la réplique, la hauteur et toute l’intelligence émotionnelle de cette femme, qui ne se laisse pas démonter : « Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens ont besoin des miettes du pain des enfants« . Là-dessus, Jésus est totalement médusé !

En fait, il use ici d’une pédagogie renversante :  

*En parlant de chien, il parodie le langage raciste de son époque en le désapprouvant insidieusement.

*Il teste, met à l’épreuve la foi de la cananéenne pour que nous comprenions que la question de la foi ne dépend que de l’assurance intérieure de ce qu’on espère (Hb 11, 1) ; de la conviction de chacun de la puissance de l’œuvre de Dieu ; bref de notre abandon, malgré les écueils, à l’Amour de Dieu…

Alors même qu’il disait dimanche dernier à Pierre, un juif de souche et de surcroît son disciple, qu’il était un homme de peu de foi, qui doutait (Mt 14, 31), il est aujourd’hui en profonde admiration de la foi d’une étrangère : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »  Il s’agit d’une foi tenace, tellement humble et confiante.

Tel est le secret de la cananéenne : elle savait ! Elle savait en qui elle avait mis sa foi : en celui qu’elle appelait désormais « Seigneur » !  Et toi, que dis-tu de ta foi ? Ta prière est-elle insistante et confiante même dans les épreuves ?

                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

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l’Assomption de la Vierge-Marie

               Homélie de l’Assomption de la Vierge-Marie 2023

Lectures : Ap 11, 19a ; 12, 1-6a. 10 ab ; Ps 44, 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Mes sœurs et mes frères, un jour Jésus était en train de prêcher et comme à l’accoutumée, les gens étaient épatés par la profondeur de ses propos. Une femme dans l’assemblée tombée en admiration s’est mise à magnifier à travers Jésus, le destin de sa mère : « Elle est heureuse la femme qui t’a porté dans son sein et t’a allaité ! » (Lc 11, 27). L’Eglise croit ainsi que le corps-tabernacle qui a porté le fils de Dieu n’a pas disparu pour toujours. Marie partage la gloire de la résurrection éclatante de son fils. C’est donc à la Toussaint en 1950, que le pape Pie XII a proclamé la vérité de foi de l’Assomption en ces termes : « L’Immaculée Mère de Dieu, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste ». Pie XII ne dit pas que Marie n’est pas morte. Mais comme Jésus, elle a été prise toute entière, elle est montée au ciel avec son corps et son âme.

Mais sachons-le : le corps de Marie monté au ciel est aussi, en humanité,  le nôtre; corps grâce auquel chacun de nous est reconnu et identifié comme être humain. Il s’agit de ce corps qui nous ouvre au monde par nos 5 sens traditionnels (vue, ouïe, goût, odorat, toucher); le corps que nous bichonnons avec soin et respect. Qu’il soit beau ou moche de notre point de vue, il est magnifique. Non pas parce qu’on peut le sculpter en silhouette de mannequin, non pas parce que la chirurgie plastique, réparatrice et esthétique peut le remodeler, mais parce que par l’incarnation de Jésus fait homme, le corps humain est sanctifié, il est l’abri du Saint Esprit. Par l’institution du sacrement de l’eucharistie, il est transsubstantié, consacré : « Ceci est mon corps« . Oui, même si notre corps périssable doit, à sa mort, être rongé par les vers ; même s’il doit être consumé au crématorium, même s’il peut être blessé par la maladie, métamorphosé en fonction de l’âge et des circonstances, il est « animé » par un principe  de vie venant du Souffle de Dieu, autrement dit,  il renferme une force vitale immortelle appelée « âme spirituelle ». Au-delà des apparences, du temps et de l’espace, notre corps est, en vertu de la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, promis à être glorieux, transfiguré de fond en comble !

L’âme de Marie montée au ciel, c’est la parcelle du divin en tout être humain. Notre âme nous permet de nous brancher à Dieu, de l’exalter, de le contempler, d’exulter de joie spirituelle en sa présence. « Comme une biche soupire après l’eau du ruisseau, mon âme aspire vers Toi, ô mon Dieu » (Ps 41, 2). Un des secrets de mon équilibre spirituel, de ma paix intérieure, n’est-ce pas la réconciliation avec mon âme ?

Comme « la 1ère en chemin », nous emboîtons le pas : Maman Marie profile notre avenir, elle consolide notre espérance : notre chemin n’est pas sans issue. Poussés par le vent de la grâce de Dieu, nous nous accrochons en continuant à ramer avec énergie, convaincus que nous ar-riverons là où Marie est parvenue, malgré les vicissitudes de la vie. Le signe de la femme enceinte de la 1ère lecture, qui crie torturée par la douleur de l’enfantement, renvoie à l’accouchement difficile du Monde nouveau où l’amour aura raison de la haine et la vie de la mort.

Ceci dit, du peu que nous connaissons de la Vierge-Marie par l’Evangile, la Tradition et les écrits du Magistère, nous savons qu’elle revêt 2 titres : elle est Mère et Modèle.

Comme Mère, nous savons que  le plus souvent, la mère est le 1er amour de son enfant ; elle en prend soin, prie pour lui (cf. La prière des mères) ; lui transmet des valeurs correctes, l’éduque : « Fais ce que Jésus te dira ; Dieu élève les humbles … » La mère connaît son enfant par cœur : Marie ressent nos peurs, comprend nos révoltes, soutient nos balbutiements … La mère protège son enfant : Marie est pour moi un refuge, un bouclier. J’en ai la certitude : dans notre pauvre vie, quand tout a sombré, s’il nous reste Marie, rien n’est désespéré !… Par ailleurs, Marie est notre modèle de discernement, de douceur et de pureté de cœur (elle garde tout dans son cœur), modèle de charité ardente (la visitation), de confiance et d’abandon (son fiat – elle remet  sa vie entre les mains de Dieu -, son cœur transpercé au pied de la croix, sa prière au Cénacle) …

Dans toutes ses apparitions, elle nous exhorte à la prière. Jean-Paul II, le pape marial qui a choisi comme devise « Totus tuus » (Je suis tout à toi), témoignait un jour en ces termes : « Le rosaire est ma prière préférée« . Par le rosaire, nous contemplons avec Marie le visage de Jésus. Quand on le prie non pas machinalement, mais dans son cœur et avec une foi profonde, nous faisons une intense expérience d’intimité avec Marie. Comme dit Padre Pio, le rosaire  » C’est une arme redoutable de protection personnelle ; une arme à garder dans sa poche !« .

En cette solennité de l’Assomption, je tiens encore ce pari : jamais je ne passerai un jour sans saluer Marie, sans la bénir : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse ! » Que Maman Marie nous entoure de sa tendresse, qu’elle nous inonde de sa paix et que la force de son amour rayonne et diffuse dans nos cœurs.

                                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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