Nous avons vécu de fortes chutes de neige ces derniers jours. Ce tapis tout de blanc paré, procure un contact apaisant avec la Terre-Mère. Comme de la mousse qui absorbe les bruits de pas, les amortit, on entendait le crissement de la poudreuse murmurer sous nos pieds…
L’épais manteau de neige étincelante offre des paysages à couper le souffle, l’impression d’une atmosphère ouatée. Tout au loin, de fascinantes étendues solitaires, vierges, sans voix, sans odeur, sans défaut ni souillure, libèrent une vision de l’infini, l’idéal même de la pureté, de la gratuité ! La neige pacifie, enjolive, incite à la précaution.
Parc de la cathédrale de Malmedy
Elle fait redécouvrir l’amusement, la joie enfantine, naïve, l’esprit d’enfance…
Qui marche sur la neige ne peut cacher son passage, il laisse ses traces … Alors dis-moi : ton existence, la passeras-tu incognito, diluée dans l’anonymat ?
Merci à l’hiver pour ce qu’il apporte à la nature : ses flamboiements de blanc éclatant valent leur prix. C’est une source inépuisable d’émerveillement et de réflexion…
Lectures : Is 60, 1-6; Ps 71; Ep 3, 2-3a. 5-6; Mt 2, 1-12
Mes sœurs et mes frères, la fête de l’Epiphanie est une invitation à explorer davantage le mystère de l’Enfant de Bethléem : qui est-il, qui sont les bénéficiaires du salut qu’il apporte ?
Le mot « Epiphanie » signifie en grec « manifestation » : l’Enfant de Bethléem se manifeste à la face du monde, en l’occurrence aux étrangers, c’est-à-dire aux non-Juifs… Voilà pourquoi, selon la tradition, les 3 Mages de l’Evangile représentent les races de la terre : Gaspard serait un asiatique, Melchior un européen et Balthasar un africain.
A ce propos, saint Paul nous partage la révélation qu’il a eue concernant le projet de Dieu : le salut n’est pas l’apanage des seuls juifs, le peuple élu. Il est universel puisque dans le Christ, toutes les nations sont associées au même Héritage (la vie éternelle), au même Corps (je suis membre de l’Eglise), à la même Promesse (qui sous-tend mon espérance: je n’ai rien à craindre, Jésus est avec moi ; je suis aimé d’un amour éternel -Jr 31, 3).
Cette révélation inédite est illustrée tant dans la 1ère lecture que dans l’Evangile. Dans la 1ère lecture, l’ambiance est au découragement. Après l’exil, tout est à reconstruire, la splendeur de Jérusalem appartient au passé. Le peuple d’Israël se laisse abattre, il déprime. Alors le prophète Isaïe va le booster : « Debout Jérusalem, resplendis ! Ton Dieu a fait de toi l’espérance des peuples : regarde au loin, toutes les nations, toute l’humanité avec son cortège de gens brisés, s’avance vers ta lumière, le Christ : ‘Je suis la lumière du monde !’ ».
Notons que saint Mathieu est le seul évangéliste à raconter l’épisode des pèlerins païens venus d’Orient : le faire-part de la naissance de Jésus est parvenu à l’autre bout du monde. Ce sont 3 savants astronomes qui, du fond de leur nuit d’encre, scrutent le ciel étoilé, interrogent et s’interrogent. Passionnés de la vérité, ils nous donnent envie de la quête de sens ; ils nourrissent notre goût de la recherche de Dieu : « Fais-moi la grâce de te trouver, Seigneur, et, t’ayant trouvé, de continuer à te chercher encore » (Saint Augustin). L’Esprit Saint nous donne ainsi de discerner les épiphanies de Dieu, sa présence aimante au cœur de notre histoire personnelle et collective, grâce aux mille et une étoiles qui percent la grisaille de notre chemin. En effet, Dieu se révèle aujourd’hui encore par la voix de notre conscience, la voix des autres, dans l’émerveillement, le silence, les événements et rencontres de notre vie, la méditation de sa Parole et la prière ; dans les sacrements, les actions gratuites et généreuses pour les faibles … En fait, tout est signal de Dieu qui vient à notre rencontre.
La portée symbolique des cadeaux de ces pèlerins nous aide à comprendre à tout le moins le destin de l’Enfant Jésus. Selon les Pères de l’Eglise, l’or représente la royauté. L’Enfant de Bethléem est Roi. Par l’encens, on rend honneur à Dieu. Cet Enfant est Vrai Dieu. Quant à la myrrhe, c’est un parfum aromatisé qui servait à embaumer, à ensevelir les cadavres (Jn 19, 39). La myrrhe présage ainsi la mort de Jésus, manigancée déjà par Hérode, le roi paranoïaque (Mt 2, 13). Cet Enfant-Dieu est aussi Vrai Homme promis à mourir pour ressusciter.
Chers amis, cette fête vient à point nommé : les mages se mettent en route, guidés par une étoile à l’éclat unique… Et nous, à l’aube de cette nouvelle année, quelle étoile éblouissante donnera l’impulsion de notre mise en route ? C’est sans doute l’heure de répondre à cette question de sens : Quo vadis, où vas-tu ? Autrement dit : quelle est ta mission, ta raison d’être sur la terre, bref ta destination ? Courir sans destination, c’est ramer vers l’infini. Et c’est absurde mathématiquement parlant, car on n’y arrive jamais… Voyez le funambule qui marche sur une corde raide : son secret, c’est se concentrer et fixer un point de mire, un but !…
Le départ d’une année nouvelle est une occasion favorable de définir ses objectifs majeurs, ses priorités. Dans sa chanson « La quête », Jacques Brel dit : « Partir où personne ne part… Tenter d’atteindre l’inaccessible étoile … Telle est ma quête, suivre l’étoile ». Moi je crois à ma bonne étoile, à mon destin. Guidé par l’étoile de la foi, que mon cœur et mes yeux ne quitteront plus, je sais que j’y parviendrai !
Et c’est tellement beau le dernier verset de la page d’Evangile d’aujourd’hui (v. 12) : après avoir adoré l’Enfant de Bethléem, après lui avoir avoué combien il était important pour eux, les Mages prirent un autre chemin pour rentrer dans leur pays. La rencontre avec Dieu n’est pas le point d’arrivée, mais de départ d’une nouvelle aventure humaine et spirituelle. En effet, les mages ne sont plus les mêmes, leur regard a radicalement changé. Car quand on a accueilli en vérité la grâce de Noël, on n’en sort pas indemne : par le feu de l’amour qui brûle en nous, on devient lumière du monde, sel de la terre, témoins de la gloire de Dieu
Lectures : Is 61, 1-10 ; cantique de Marie (Lc 1) ; 1 Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8. 19-28
Mes sœurs et mes frères, puis-je dire que Jean – de l’hébreu yohânân, qui signifie « le Seigneur fait grâce »- est le prophète star de l’Avent ? C’est un profil unique, il attire le regard, interpelle. Il n’est pas nécessairement conventionnel : il mène une vie sobre, habite au désert, se nourrit de sauterelles et de miel sauvage, se vêt de peaux de chameaux (Mt 3, 4).
Les autorités religieuses de son époque chargées de scruter les signes des temps quant à la venue du Messie sauveur, veulent en savoir plus sur son identité. Leurs envoyés demandent à Jean : « Qui es-tu … Es-tu le messie ?… Que dis-tu de toi-même ?« . Jean-Baptiste reste à sa place : » Neni ! Je ne suis pas le Messie, je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. Moi, je suis la voix qui crie dans le désert, qui demande de redresser le chemin ! » (Is 40, 3).
Et quel chemin ? C’est celui de ton désert intérieur, de ton cœur profond, de ta conscience spirituelle. Et nous le savons, il y a parfois des obstacles sur notre route (dimanche dernier, le Baptiste évoquait les sentiers tortueux de nos lâchetés et trahisons à rendre droits, les ravins de nos pauvretés spirituelles à combler, les montagnes de notre orgueil à aplatir…).
En outre, tout chemin mène quelque part. Celui de Jean-Baptiste mène à l’Enfant de Bethléem.
Chers amis, malgré la grisaille et le froid, il y a depuis quelques jours, une effervescence dans Malmedy et dans les autres villes. L’ambiance magique de Noël est déjà au rendez-vous : couleurs, guirlandes, sapins, crèches, créations artistiques autour du déco de Noël, cadeaux, commerces bien achalandés… Pour tout dire, ces préparatifs de la plus belle fête de l’année sont devenus une pratique, une valeur culturelle et commerciale adoptée par la société…
Mais nous, croyants, nous conférons « un plus » à ces préparatifs : une portée spirituelle !
D’abord parce que Noël est la fête de la famille, elle ressoude les liens de ses membres (retrouvailles, réveillons, cadeaux). Dieu étant Amour, c’est Lui qui inspire, par son Esprit, toute initiative d’unité, de paix, de justice et d’amour. Ensuite, les lumières de Noël renvoient à Jésus qui a déclaré : « Je suis la lumière du monde » (Jn 9, 5). Il éclaire la vie, les choix, les questions de sens, les recherches de vérité de ceux qui se réfèrent à Lui…
Dès lors, celui qui se dit disciple, ami de Jésus est appelé, brûlé par le feu de l’Esprit et à l’instar de Jean-Baptiste, à rendre témoignage à sa lumière, à en être le reflet, bref, à être un christophore.
Le monde a besoin de témoins-christophores, qui reflètent la lumière de Dieu et lui permettent de briller. C’est ce que font les parents, les grands parents, les amis, les mentors, les conseillers spirituels qui, autant que faire se peut, aident les gens à aller au Christ, à être justes, respectueux et dévoués pour les autres… Et Dieu merci, ces témoins-christophores, il y en a parmi nous ! Je félicite d’ailleurs les membres de nos équipes relais (qui ont écrit des cartes, ont fait des montages de Noël pour les MRS), les visiteurs de malades et de personnes seules, tous les membres généreux de notre communauté d’UP qui sont à pied d’œuvre (il y en a qui ont des cadeaux-attention aux prisonniers) et qui, aujourd’hui encore, vont participer à la collecte de « Vivre Ensemble ».
Alors, en ce temps de l’Avent, reprenons les paroles du Baptiste : « Il se tient au milieu de vous une présence, quelqu’un que vous ne connaissez pas« . Cet inconnu, il faut avoir l’œil aiguisé pour le reconnaître ! Il s’agit de Jésus-Christ, le Dieu incognito caché dans le regard effaré, hagard des cabossés, des naufragés de la vie, des marginalisés, des carencés d’amour, des immigrés, des malades … Il sollicite les femmes et les hommes de bonne volonté pour qu’ils soient des canaux de sa bénédiction, que son action libératrice passe par eux…
Oui, il n’y a pas de grammaire de Noël sans attention aux faibles, sans sourire, sans regard bienveillant, sans action bienfaisante et sans parole biendisante !
Lectures : Is 40,1-11; Ps 84; 2 P 3, 8-14; Mc 1,1-8
Mes sœurs et mes frères, saint Marc l’évangéliste met en route son Evangile en ces termes : « Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu« . Nous sommes à la 2e semaine de l’Avent, temps de grâce, occasion favorable pour (re)commencer, pour réviser sa vie. Mais peut-on seulement (re)commencer sans avoir foi, sans être habité par une espérance ? Jésus, au seuil de son œuvre de salut, a foi en l’homme et sait du reste que son Evangile sera chemin dans les impasses, braise dans les cendres, sérénité dans les vagues, lumière venue dans le monde… Comme un oiseau lavé de la marée noire est appelé à reprendre timidement son envol, la clarté de l’Evangile guérit et pousse à repartir.
C’est à ce nouveau départ que nous convie le prophète Isaïe dans la 1ère lecture : après une déportation de 50 ans du peuple hébreu en Babylonie, il annonce la libération, le retour au bercail. Voilà un profond soupir de soulagement face à un vaste horizon qui se déploie à perte de vue, à ce nouveau chemin de conversion de cœur qui s’ouvre. Il s’agit d’un grand chantier spirituel car la route empruntée par le Seigneur pour venir dans nos cœurs est bien souvent terriblement chaotique ! Il en faut de gros engins – bulldozers, niveleuses … – pour rendre droits les sentiers tortueux de nos hypocrisies et de nos égoïsmes, combler les ravins de nos pauvretés spirituelles, abaisser les collines de notre orgueil qui, une fois aplanies, nous permettront de voir les autres et de voir plus loin. C’est à ce programme de libération qu’engage le baptême de Jean-Baptiste dans l’eau, symbole de la vie et qui, dans beaucoup de cultures, sert de rite de passage, de purification pour un nouveau départ. Le baptême de Jésus dans l’Esprit Saint qui nous donne assurance et force pour rebondir.
Chers amis, si le contraire de recommencer, c’est cesser, s’arrêter, déclarer faillite, la vie est alors un éternel recommencement, une perpétuelle reprise et rien n’est perdu tant qu’il y a possibilité de se reprendre et de refleurir… Il en est de la vie de la foi comme la pointe d’un crayon, il faut recommencer à la tailler sans cesse à travers la conversion de cœur pour qu’elle soit conforme à la volonté de Dieu. La foi, ce n’est pas se rappeler qu’on a été baptisé, confirmé, marié à l’Eglise. Ce n’est pas savoir ranger dans un tiroir sa bible, ses photos solennelles, son chapelet, son crucifix ou autres statuettes. C’est plutôt un changement de regard, une manière de vivre !
Une anecdote : l’abbé Klemens-Maria Hofbauer, surnommé l’apôtre de Vienne, l’ami des pauvres. Ça ne le gêne pas d’aller dans les lieux publics récolter de l’argent pour les plus démunis. Un jour, dans un restaurant, il arrive devant un homme anticlérical, athée, qui haïssait l’Eglise et qui lui dit : « Tu oses me demander de l’argent, et il lui crache au visage ! » Et tout calmement, l’abbé prend son mouchoir, s’essuie le visage et lui dit : « Ça c’est pour moi ! Et que réserves-tu, que donnes-tu à mes pauvres ? » Et l’homme impressionné s’est mis à pleurer. Il a remis à l’abbé tout ce qu’il avait dans sa poche. La foi de l’abbé Klemens-Maria, une manière de vivre !
Pour finir, la voix qui crie au désert est celle de Jean-Baptiste qui nous convie à rejoindre ce lieu de sobriété, de solitude, habité par le silence.
Pendant l’Avent, allouons-nous de temps en temps, un intermède de désert, d’intériorité. Chacun peut ainsi aller à sa propre rencontre et, si possible, se remettre en question. Au désert, il arrive que le vent souffle en tempête et que les masques tombent. Ce vent, ne serait-ce pas l’Esprit Saint, notre conseiller intérieur, qui nous convainc et nous aide à nous convertir ?
Homélie du 1er dimanche de l’Avent B : « Je le dis à tous : veillez !«
Lectures: Is 63, 16-19; 64, 2-7; Ps 79; 1 Co 1, 3-9; Mc 13, 33-37
Mes sœurs et mes frères, à l’instar de l’apôtre Paul qui remercie Dieu pour les grâces reçues par la jeune communauté de Corinthe (2ème lecture), moi aussi je vous souhaite grâce, paix et bonne année liturgique B ! En effet, nous commençons le cycle liturgique Bpar cette entrée en Avent, la montée vers Noël… Je lis dans l’Evangile : « C’est comme un homme parti en voyage« . C’est depuis 20 siècles après l’Ascension que nous sommes dans l’expectative : nous attendons le retour du Seigneur. Aussi notre prière : « Maranatha » : Seigneur, viens ! Le prophète Isaïe supplie dans la 1ère lecture : « Reviens…, déchire les cieux, descends. Loin de toi, nous sommes comme des feuilles desséchées. Nous sommes tous l’argile, l’ouvrage de ta main »
En effet, la venue du Seigneur s’inscrit dans le présent historique, elle est omnitemporelle : il est venu, il vient, il viendra. Pour nous chrétiens, la fête de Noël est un repère liturgique où nous découvrons à nouveau frais ce Dieu qui nous rejoint dans la totalité de notre être avec nos joies, nos espérances, mais aussi nos balbutiements, nos questionnements, nos révoltes – pourquoi pas ! -, nos déserts, nos lourdeurs, nos peines jusqu’à travers la mort. Le temps de l’Avent nous prépare à prier et à fêter Noël en réactivant de plus belle l’ardeur du désir de la rencontre. Parlant justement de cette attente, Marion Muller-Colard, la théologienne protestante, écrit : « Attendre pour mieux apprivoiser l’inattendu« , c’est-à-dire l’offre du salut, de la grâce et de la paix de Dieu pour son peuple. En même temps que nous attendons que le Seigneur se manifeste, lui aussi attend la conversion de notre cœur… Cette irruption de Dieu dans le monde et dans la précarité, la beauté et la profondeur de nos vies, constitue la quintessence du mystère fondateur de notre foi, à savoir l’incarnation.
Le Fils de Dieu est venu habiter notre terre, il s’est fait proche de l’homme en prenant chair. Devenu un être physique, psychologique et social, il a touché le lépreux, il a pleuré, il s’est occupé de gens malades et abîmés, il a lavé les pieds des disciples, il a eu faim et soif … Voilà pourquoi, sans cautionner ses turpitudes, il comprend l’homme en tout point de vue puisqu’il a vécu la condition humaine à l’exception du péché. S’il s’est mis à notre niveau, c’est pour que nous marchions dans ses pas et puissions le suivre. Pour tout dire : il est descendu pour nous élever.
L’Avent est un vrai kaïros, une opportunité pour un nouvel élan. C’est un chemin de conversion fait de prières et de solidarité. Jésus en donne le mot d’ordre dès ce dimanche : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez !«
Que signifie « veiller » ? C’est être une sentinelle de lumière et d’espérance. C’est, comme dit Isaïe dans la 1ère lecture, se laisser façonner, tripoter comme l’argile dans les mains du potier. Cela signifie que pendant ce temps de l’Avent, je vais faire l’effort de lâcher prise, de m’abandonner simplement à Dieu. N’est-ce pas cela l’objectif majeur du festival d’adoration que nous allons vivre ce jeudi : je m’abandonne à cœur ouvert à Dieu qui, au-delà de mes fragilités, peut faire de moi une belle œuvre, un beau vase. Il y a des argiles rebelles qui ne sont pas malléables. Elles se laissent modeler par la mode, selon leur bon vouloir, leur orgueil, leur suffisance. Nous sommes au mois de décembre, mois de Marie, qui a fait l’expérience de la paix et de la sérénité que procure l’abandon, la confiance totale en Dieu. Veiller, c’est aussi veiller affectueusement, matériellement, spirituellement sur sa famille, ses amis, sur le frère. Il s’agit du sacrement du frère qui a besoin d’un coup de téléphone, d’un coup de main, d’une visite, d’un regard bienveillant, d’un peu de chaleur humaine, de considération, d’écoute empathique …
A chacun et à tous, je souhaite une confiante, joyeuse et active montée vers Noël.
Mes frères et mes sœurs dans le Christ Jésus, le Maître « est parti en voyage« . Le temps de l’histoire humaine est le temps de son absence physique. Et le jour de son retour surprendra ! On a même parfois l’impression qu’il est inexistant, mort pour toujours. En se retirant, il fait ainsi confiance en l’homme ; il lui confie l’énorme responsabilité de coopérer à son action, faire venir le Royaume. Autrement dit, il nous confie la mission de faire fructifier les talents qu’il nous a donnés gratuitement : santé, aptitudes, qualités, bénédictions et dons divers… Dieu ne veut pas que son Amour répandu dans nos cœurs (Rm 5, 5), que le répertoire de nos possibilités, les ressources insoupçonnées, les bénédictions et les grâces dont il nous a comblés, soient galvaudés ou sous-exploités. C’est pour cette raison que saint Paul engage Timothée à raviver le don que Dieu lui a accordé pour mener sa mission jusqu’au bout : « C’est pourquoi, je te rappelle : maintiens en vie le don que Dieu t’a accordé le jour que je t’ai imposé les mains » (2 Tim 1, 6).
Puisqu’il a donné à chacun selon ses capacités, il convient ainsi de résister à la tentation de se comparer aux autres et d’en sortir complexé. Chacun essaie de faire fructifier les talents qui sont les siens et c’est tout. La valeur d’une personne ne dépend donc pas du nombre de talents reçus, mais de la manière de les faire valoir. L’important in fine, c’est la détermination à faire fructifier ses dons spirituels, intellectuels, manuels, artistiques, à l’instar des fils de lumière de la 2ème lecture et de la précieuse femme de la 1ère lecture : elle est digne de confiance, elle tend la main au malheureux et marche selon les voies du Seigneur.
Les 2 premiers serviteurs de l’Evangile ont produit le double, mais le 3ème a enfoui son talent. Il justifie sa paresse, son manque de risque d’oser la foi en accusant Dieu d’être exigeant. Tel est le péché de la représentation que nous nous faisons de Dieu : ne pas le prendre pour un Père plein d’amour, un Dieu qui « fait alliance », laisse l’homme libre, … mais plutôt d’en faire un objet d’épouvante. « J’ai eu peur » : on sait comment la religion de la peur – du Dieu punisseur, juge impitoyable et arbitraire qui réduit l’homme en marionnette – a fait des ravages traumatisants dans l’Eglise…
Ce 3ème serviteur est allé cacher son talent dans la terre. En effet, plus un talent est enfoui, plus il est rendu stérile et finit par mourir. De même qu’il ne fait aucune confiance en Dieu, il n’a pas confiance en lui-même. Il ne se sent pas à la hauteur, se laisse facilement déstabiliser et assaillir par ses peurs. Indécis devant la tâche à accomplir, il craint de déplaire, culpabilise et se laisse abîmer par des convictions toxiques du genre : « Je ne suis pas performant, je ne saurais jamais faire ça. Ce n’est pas pour moi. Je suis nul. Je ne vaux rien. Je ne saurais jamais répondre aux attentes qui me sont assignées… ». Loin de regarder les choses en face et avec émerveillement, les gens qui n’ont pas confiance en eux-mêmes imaginent souvent le pire, se jugent en se rabaissant et en s’auto-dévalorisant.
La confiance en soi est le subtil cocktail d’estime de soi (reconnaissance de sa valeur), d’optimisme et de volontarisme. C’est un must pour survivre. C’est comme un souffle sur la voile, elle aide à aller au large. Le psychiatre et psychanalyste Alain Braconnier le dit à juste titre : « La confiance en soi est l’assise de notre personnalité ». On ose apporter la touche de sa différence et on s’assume comme on est. A l’école de la confiance en soi, on apprend tout aussi bien à s’aimer soi-même qu’à se forger un mental de gagnant, c’est-à-dire à être capable de prendre les choses en main au lieu de les subir. On apprend à répondre de ses actes en étant acteur de sa propre vie, qui est donnée juste au bon moment, pour remplir une tâche qu’aucun autre ne peut accomplir.
Alors, celui qui répondra par la confiance à la confiance du Maître entendra dire : « Entre dans la joie de ton Seigneur ». Tel est le dessein merveilleux de notre Dieu : nous faire participer à sa joie, à sa vie et à sa nature divine.
Mes sœurs et mes frères, sachons d’entrée de jeu que le christianisme est une religion de l’attente, de l’espérance : nous sommes en stand-by, en attente de la réalisation d’une promesse. D’où le conseil à se tenir prêt, à être sans cesse vigilant. Et c’est quoi la promesse ? C’est le retour du Christ dans sa gloire appelée « parousie » dans le langage chrétien (2ème lecture, Mt 25, 31).
La parabole parle de noces pour dire que le Royaume de Dieu est une aventure, un rendez-vous d’amour. Les 10 charmantes demoiselles d’honneur invitées aux noces, c’est chacun de nous, qui devons nous préparer à accueillir le Seigneur (l’époux) lorsqu’il arrivera soudain nous introduire dans la salle du festin. Ce qui est reproché aux 5 filles insensées, ce n’est pas qu’elles soient gagnées par le sommeil. Notre rythme nycthéméral nous pousse tout naturellement à nous assoupir aux heures tardives de la nuit. Les travailleurs de nuit (emploi Horeca, routiers, infirmières de garde…) savent qu’il arrive un moment dans la nuit où l’on peut somnoler. Et d’ailleurs, les 10 filles, sages comme insensées, ont succombé à l’épreuve de la veille, elles se sont toutes endormies.
Ce qui leur est reproché, c’est d’avoir négligé l’approvisionnement de la ration d’huile de leurs lampes. Sans huile, il n’y a pas de lumière. Et sans lumière, on végète dans l’obscurité, on trébuche, on est dans l’insécurité totale. Sans lumière, il n’y a pas de repère. Sans lumière, il n’y a pas d’énergie renouvelable : on est vite épuisé, découragé spirituellement (acédie)… Dans la tradition biblique, l’huile-Onctionsymbolise l’Esprit Saint, le combustible de notre lampe intérieure :« L’huile de l’Onction demeure en vous » (1 Jn 2, 27) … Oui, il y en a, des personnes folles, qui refusent de se laisser guider par l’Esprit Saint.
La lampe représente ainsi la lumière que chacun porte dans son cœur. C’est ta beauté intérieure, l’Amour de Dieu que l’Esprit Saint y répand (Rm 5, 5). Comment alors entretiens-tu cette beauté, que fais-tu de l’Amour qui t’habite ?
Seul l’Esprit Saint maintient ta lampe allumée, il te donne la force de témoigner, la force d’être le sel de la terre, la lumière du monde… La porte s’est fermée derrière les filles prévoyantes parce qu’il y a des conditions pour entrer dans le Royaume. J’entends bien la prière des insensées : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous« . Elles connaissent bien le nom du Seigneur sans doute pour en avoir entendu parler, mais cela ne suffit pas. Il faut encore entreprendre l’aventure d’amour avec Lui, à l’instar du psalmiste de ce dimanche. Il est édifiant le témoignage d’attachement profond et même dévorant qu’il a pour son Dieu : « Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu. Je te cherche dès l’aube. Toute ma vie je vais te bénir. Je reste des heures à te parler » (Ps 62). C’est la même intimité qui se dégage dans la quête passionnée de la bien-aimée du Cantique des cantiques : « –Au long des nuits, des jours, dans les insomnies, le noctambulisme-, je cherchais celui que j’aime, sans le trouver. Et voilà…, je l’ai rencontré celui que je cherchais, celui que mon cœur désirait, jamais plus je ne le lâcherai … » (Ct 3, 1-4).
Seigneur, tu le sais : malgré mes balbutiements, je t’aime, mais augmente ma foi !