Tu es promesse de fécondité !

Homélie du 5ème dimanche du Carême B : 

Lectures : Jr 31, 31-34; Ps 51; He 5, 7-7; Jn 12, 20-33

Mes frères et mes sœurs, nous célébrons aujourd’hui le dernier dimanche de Carême. La liturgie de la Parole nous fait déjà entrer dans le mystère de Pâques. C’est comme un oiseau qui voit poindre l’aurore et qui chante alors qu’il fait encore sombre.

La 1ère lecture évoque expressément la nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, gravée cette fois-ci dans les cœurs : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes; je l’inscrirai sur leur cœur« . Nouvelle alliance, nouvelle manière d’être et de faire ! Dieu parle à l’homme par la voie  de sa conscience, dans le discernement éclairé. Il est présent dans la cachette intérieure de chacun.  Maurice Zundel le dit en ces termes : « Il y a en moi plus que moi « . Eternel assoiffé spirituel, c’est en Dieu que je (re) trouve la source…   Et pour moi chrétien, mon alliance avec Lui n’est rendue possible que par le Christ ainsi que l’atteste saint Luc : « Il leur donna de même la coupe, après le repas, en disant : ‘Cette coupe est la  nouvelle alliance garantie par mon sang, qui est versé pour vous‘  » (Lc 22, 20).

Dans la page de l’Evangile de ce dimanche, des chercheurs de Dieu, grecs sympathisants, éprouvent un besoin impérieux de voir Jésus, de le connaître. Il ne s’agit pas de la connaissance livresque, intellectualiste, mais de cœur : s’attacher intimement à lui, l’aimer. C’est pareil pour saint Paul, l’ancien pharisien zélé, qui a vécu un exceptionnel bouleversement spirituel. Il témoigne que son seul désir était désormais de connaître le Christ et la puissance de sa résurrection (Phil 3, 10). L’arrivée des grecs représente celle de tous les non-juifs qui ont rejoint Jésus grâce à l’œuvre de la Mission universelle. Jésus en profite alors pour donner le sens profond de la fameuse « heure« . A Cana, il avait dit à sa mère : « Mon heure n’est pas encore là » (Jn 2, 4). Elle est venue enfin … cette heure, celle où il est « glorifié » par sa mort et sa résurrection, qui lui donnent le bonheur du devoir accompli. Avant de remettre son esprit entre les mains du Père, Jésus dit : « Tout s’est accompli ! » (Jn 19, 30). C’est l’heure de sa manifestation, sur la croix, comme Envoyé de Dieu : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39). L’heure qui permet aux hommes de découvrir le véritable amour et de l’offrir en retour aux autres; l’heure de la révélation de sa Pâque comme présage de la moisson, germe  de la vie éternelle. Jésus devient « la cause du salut éternel » (2ème lecture)…

Oui, le chemin vers le salut passe absolument par l’abandon à la grâce, la kénose (dépouillement),  la « mise en terre » : mourir à soi, à son égoïsme stérile en se dévouant  corps et âme pour les autres … A la question de sens « Que dois-je faire de ma vie« , Jésus répondrait : « Il faut s’en détacher pour goûter à l’amour comme un avant-goût d’éternité; il faut  comprendre que seule une vie  donnée est féconde« . C’est ainsi qu’il convient d’entrevoir sa mort que nous allons célébrer le vendredi saint : une fabuleuse bénédiction, l’extraordinaire fécondité d’une vie toute offerte,  qui porte beaucoup de fruit et attire tous les hommes.

Pour faire assimiler son message, Jésus s’inspire comme maintes fois de la nature. Une expérience bien connue : la semence enfouie doit se décomposer, autrement dit mourir avant de retrouver une vie nouvelle. De même que le grain de blé, Jésus sera mis en terre afin de produire du fruit de salut pour les hommes de tous les temps. Sa résurrection est le gage de la nôtre… Mais « le vrai problème » fait remarquer Maurice Zundel, « n’est pas de savoir si nous serons vivants après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort ».

C’est donc aujourd’hui que le  Seigneur nous appelle à la vie, à devenir nous-mêmes du grain utile et rentable. Le conte « Nous ne vendons que les graines » est bien instructif et même inspirant : un jeune homme entre en rêve dans un magasin. Derrière le comptoir se tient un ange. Le jeune homme lui demande : « Que vendez-vous? »  L’ange lui répond : « Tout ce que vous désirez ». Alors le jeune homme commence à énumérer : « Si vous vendez tout ce que je désire, alors j’aimerais bien : la fin des guerres dans le monde, la fin des bidonvilles en Amérique latine, l’intégration dans la société de tous les marginaux, du travail pour tous les chômeurs, plus d’amour et de vie communautaire dans l’Eglise…. ». L’ange lui coupe la parole : « Excusez-moi, Monsieur, vous m’avez mal compris. Ici nous ne vendons pas de fruits, nous ne vendons que les graines »…

Et toi ? Sais-tu que tu es promesse de fécondité,  graine d’optimisme, de confiance, de bienveillance, de bonne humeur pour ton entourage ?

Quant aux fruits, ne t’en soucie pas trop : ils sont déjà dans le cœur de Dieu !

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Regardons-le, croyons en lui !   

Homélie du 4ème dimanche de carême B 

      Lectures : 2 Ch 36, 14.19-23; Ps 136; Ep 2, 4-10; Jn3, 14-21

Chers amis,  le printemps approche, la nature va de nouveau rire en fleurs … Et nous sommes toujours en route vers Pâques. Le vrai voyage n’est pas de chercher nécessairement de nouveaux paysages, mais un nouveau regard. Nous n’avons jamais fini  d’explorer et d’approfondir la richesse inépuisable de la Parole de Dieu. La 1ère lecture raconte la terrible épreuve de l’exil à Babylone, qui a marqué à jamais le peuple d’Israël. Ce fut tout  un chemin spirituel : bien que le peuple se soit détourné de Dieu, qu’il y ait eu rupture de l’alliance et ses conséquences humiliantes (privation de terre, destruction du Temple, déportation, esclavage), Dieu n’a pas abandonné son peuple. En terre étrangère, les hébreux déprimaient du mal du pays,  ils étaient nostalgiques. En témoigne le psaume 136 : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis, n’ayant plus que nos yeux pour pleurer… Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche; que ma langue s’attache à mon palais ! » Mais la fidélité de Dieu, sa miséricorde l’a emporté.  Loin du Seigneur, nous sommes en exil, privés de la vraie liberté. Le retour de l’exil des hébreux symbolise nos incessants retours vers Dieu, nos élans de conversion. C’était l’oracle du Seigneur dès l’aube de ce carême : « Maintenant, rebroussez chemin, revenez à moi de tout votre cœur » (Jl2, 12)… 

Saint Jean écrit : « Dieu a tant aimé le monde« . Ce verset est la clé herméneutique, le fondement d’interprétation de toute l’Ecriture. Il t’aime tellement qu’il porte sur toi un regard inconditionnellement bienveillant. Et s’il t’aime, ce n’est pas pour tes mérites, mais ce n’est que par la grâce, son amour gratuit et infini pour toi (2ème lecture). Aussi ton salut (ta divinisation), est de t’inscrire dans sa bienveillance inconditionnelle : aimer à en perdre la raison !

La page d’Evangile de ce dimanche achève l’entretien de Jésus avec Nicodème. C’est une invitation à oser « lever les yeux » pour contempler la croix, le symbole de l’incommensurable amour de Dieu pour l’homme.  Se marquer du signe de la croix, c’est proclamer sa confiance en cet amour !  Voici donc le merveilleux dessein de Dieu, son projet d’amour pour l’homme : de même que dans le désert (Nb 21, 4-9), Moïse a fixé sur un poteau le serpent de bronze pour que toute personne victime de morsures de scorpions et de serpents venimeux,  qui le regarde,  trouve la vie sauve – l’image mythologique du serpent guérisseur est encore aujourd’hui l’emblème des médecins ! -,   de la même manière,  quiconque regarde avec foi le Christ élevé sur l’arbre de la croix sera guéri du péché qui défigure l’humanité. A la clé, il aura comme gratification une vie ouverte sur l’éternité.  Dieu a voulu, pour ainsi dire,  que le Crucifié soit un bourreau des cœurs, qui  courtise le monde entier (Jn 12, 23. 32). Qu’il soit le point de mire qui attire les regards afin que celle ou celui qui croise et pénètre son regard d’amour ait la révélation de la vérité. Laquelle ? Que Jésus-Christ est la lumière du monde, l’archétype de l’amour. Effectivement, il n’y a pas d’amour plus grand qu’aimer en allant jusqu’au bout, sacrifier, donner sa vie pour la personne que l’on aime. Et Jésus l’a fait pour nous !

Connaissant alors Celui qui est la lumière du monde, qui lui montre le chemin, lui donne vie, chaleur, moral, nous avons le choix entre l’ombre (égoïsme, haine, mensonge, pessimisme) et  la lumière … Le jugement  n’est pas, selon saint Jean,  un acte de Dieu, car sa grâce bienveillante nous a déjà libérés; c’est l’homme lui-même qui se condamne  tant qu’il préfère obstinément  l’obscurité à la lumière. 

Chers amis, nous bénissons Dieu et nous le remercions pour la lumière du soleil qu’est Jésus-Christ, mais à quoi sert-elle si nous avons les yeux fermés ? Puisque par la grâce  du baptême,  nous avons accueilli le Christ comme lumière dans nos vies, il est grand temps, en ce cas,  de rallumer les étoiles, de diffuser cette lumière  rien que par notre sourire par exemple, qui chasse l’hiver du visage humain. Aussi minime que soit la lumière, son éclat dissipe les ténèbres, motive l’espérance.

                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

 

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La folie de la Croix !

Homélie du 3ème dimanche de Carême :                                                                                Lectures : Ex 20, 1-17; Ps 18 B , 1 Co 1, 22-25; Jn 2, 13-25

Chers amis, après l’alliance avec Noé et Abraham, Dieu fait cette fois-ci alliance avec tout son peuple (1ère lecture) : il continuera à inonder son peuple de ses bienfaits;  en revanche,  il attend que celui-ci s’ajuste, pour son propre bien d’ailleurs, à sa Parole.  Cette Parole de vie et d’avenir remonte du fond des âges, elle dégage les pas de l’homme du filet qui le retient prisonnier. Aujourd’hui, elle est offerte à nous, peuple cabossé à bien des égards, qui espère la délivrance de la covid-19 avec les incertitudes et angoisses face à l’avenir qu’elle traîne. Le Décalogue porte l’exigence de reconnaître Dieu comme l’unique Seigneur, de l’aimer (respect de Dieu : les 3 premiers commandements) et d’aimer les autres (respect mutuel : les 7 suivants).

Quant au récit johannique de la purification du temple (Evangile), il a une portée très large en termes de glissement théologique. Jésus dénonce la confusion entre religion et commerce. Il ne veut pas que l’on fasse de la maison de son Père une galerie marchande. En effet, le Temple de Jérusalem est le sanctuaire de la religion juive. C’est la demeure de Dieu parmi son peuple, le Très Haut réside dans la pièce sacrée du Temple, le débir (en hébreu), le saint des saints où est le coffre de l’Arche d’alliance (les Tables de la Loi-les 10 commandements). Seul le grand prêtre d’Israël y avait accès une seule fois  par an, à l’occasion de la fête de Yom Kippour (Jour du grand pardon). Les gens vont donc au Temple pour rencontrer Dieu, l’adorer. Mais c’est aussi le lieu où l’on fait des sacrifices de bêtes pour implorer les faveurs de Dieu et donc, on y trouve des vendeurs d’animaux (bœufs, brebis, colombes), des changeurs de monnaie, des flâneurs. C’est tellement achalandé que l’on comprend pourquoi Jésus fait le ménage de ce lieu sacré devenu un instrument de profit mercantile !

Le geste provocant qu’il pose est hautement symbolique et prophétique : il purifie un lieu dévoyé à ses yeux, dont l’utilité originelle  a carrément été détournée. Ce faisant, il ouvre une nouvelle compréhension de la religion qui ne repose plus sur l’accomplissement des rites, qui pis est tarifiés, mais sur une démarche intérieure, libre et authentique : la conversion du cœur. A quoi sert-il de manipuler la Parole de Dieu par un ritualisme hypocrite ou de se mentir à  soi-même ? Je renvoie à certaines pratiques traditionnelles de l’Eglise inconcevables aujourd’hui, comme par exemple la doctrine des indulgences !  L’important ne serait-ce pas  d’être vrai devant Dieu et sa conscience ? Et quand Jésus dit : »Détruisez ce Temple« – ironie de l’histoire : il a été détruit en 70 par les romains -, il met fin au culte de l’ancienne alliance (appartenance ethnique au peuple juif, circoncision, pratiques rituelles). Désormais, ce n’est plus vers Jérusalem qu’il faut voyager pour aller adorer Dieu (Jn 4, 23).  Le  Temple purifié, restauré, reconstruit qu’évoque Jésus, c’est  le Temple universel, c’est lui-même,  par son Corps ressuscité, tout transparent à la présence de Dieu. Et c’est dans ce Corps ressuscité  que nous sommes incorporés par le baptême. D’où le rappel de saint Paul : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu ? » (1 Co 3, 16). Tu le sais maintenant, tu es une valeur infinie, ton histoire est sacrée : le Temple de Dieu, c’est ta maison intérieure. Maurice Zundel le souligne en ces termes : « Les temples de pierre peuvent s’écrouler. Les hommes, désormais, sont appelés à découvrir en eux-mêmes le sanctuaire du Dieu vivant » Telle est la folie de l’amour de Dieu pour l’homme, le plus  fou des mystères : sa présence en toi !

Sans craindre la police du Temple, Jésus manifeste et son geste est spectaculaire. Son culot ne peut que nous interpeller avec nos convictions parfois trop timides,  tièdes, faites de tolérance mielleuse quand nous devons  témoigner de notre foi dans certaines circonstances épineuses. A se demander où est la mission prophétique de notre baptême ! Peut-on rester timoré quand on se dit être « zélé », indigné comme Jésus ?

Les juifs demandent à Jésus un signe qui justifie son attitude provocante. Ce qui fait le signe, ce n’est pas sa matérialité brute, mais l’interprétation qu’on en fait, le regard que l’on y pose. Devant un arc-en-ciel par exemple, le scientifique voit un phénomène météorologique : la réfraction des rayons solaires sur les gouttes d’eau. L’artiste s’émerveille de l’harmonie des couleurs et pour le croyant, c’est une bénédiction de Dieu.

Bénissons Dieu pour ce que Jésus a fait et a dit en ce  jour où il chassa  les marchands du Temple de Jérusalem ! Il nous invite pour ainsi dire  à nous mettre en mouvement, à entrer dans la dynamique du renouveau spirituel qu’il nous a apporté. En fait, c’est de son Corps remis debout le 3ème jour,  dont il parlait. C’est  sa résurrection qu’il annonçait. Nous nous y préparons non pas  pour célébrer un événement du  passé, mais parce qu’elle  est le gage de notre propre résurrection et la force de nos élans de vie et de rebondissement.

Bonne route vers Pâques.

                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Annonces du 28 février 2021

Si tu savais…

Attendu par de nombreux paroissiens, le bulletin périodique du mois de mars « Si tu savais… » est arrivé.

Vous pouvez le consulter sur ce site ou en cliquant sur l’image ci-dessous.

Messe de cette semaine

Cette semaine, les messes seront célébrées :

  • à la cathédrale  mardi et mercredi à 8h00
    jeudi et vendredi à 18h00
  • Ainsi que le CUP l’a adopté, pendant tout le Carême 2021 – à moins qu’il n’y ait d’autres dispositions sanitaires –, à partir du mercredi des cendres, il y aura une messe (15 personnes au maximum) dans chaque communauté. Il y aura donc chaque dimanche à 9h une messe à Xhoffraix, Ligneuville et à Bellevaux tant que les dispositions sanitaires demeurent inchangées.
  • Les messes dominicales à la cathédrale sont inchangées (le samedi à 18h et le dimanche à 10h30)

 

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Entrée en alliance !

Homélie du 1er dimanche de carême B : 

Lectures : Gn 9, 8-15; Ps 24; 1 P 3, 18-22; Mc 1, 12-15

Mes frères et mes sœurs, l’histoire de la liaison entre Dieu et l’Humanité est émaillée d’alliances interrompues à plusieurs reprises  par l’homme. Mais Dieu, le 1er Amour, ne s’est jamais lassé, il revient toujours à la charge. La première lecture de la liturgie de la Parole de ce week-end évoque l’alliance initiale de l’histoire du salut. En voici le contexte : selon le récit mythique de la Genèse, les hommes sont de plus en plus dévoyés, leur méchanceté empire (Gn 6, 5. 11-13).  Dieu se décide alors de les supprimer de la terre par la tragédie du déluge,  à l’exception de Noé, le juste – celui qui s’ajuste à la volonté de Dieu -, et des siens…  Une alliance est une relation, un accord, un pacte, un contrat, une coalition, une communion.  Et pour qu’il y ait alliance, il faut ces 6 éléments : les alliés, le (s) médiateur(s), les paroles ou écrits d’engagement, les fruits, le(s) risque(s) et le symbole de l’alliance.

Cette première alliance est cosmique, ses contractants (alliés) sont Dieu et les hommes à qui est confiée la responsabilité de toute la création. Hélas, le désastre écologique de l’heure déforce à bien des égards ladite alliance. Il y a lieu de s’indigner de l’actuelle destruction sauvage de la nature. Et pourtant, les scientifiques ont depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme : la planète est en péril ! Il est urgent de sauver ce que le pape François appelle « notre maison commune« . Il propose une approche inclusive de la question : tenir compte non seulement  de la perturbation du climat causée par la  pollution du CO2, du tarissement des ressources naturelles, du débordement des déchets, mais aussi du scandale patent  du fossé qui est en train de se creuser  entre les riches et les pauvres.  « La Terre est un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous  » (Laudato si’, n° 93). En effet, c’est  indécent et même choquant  de voir  par exemple comment les riches gaspillent et parfois même de manière organisée (cf. les invendus de nos grandes surfaces …),  alors que sur la même planète, il y a des êtres humains exploités d’ailleurs par ces mêmes riches, qui  meurent par manque d’eau et de nourriture…

Le médiateur de la 1èrealliance biblique est Noé. La  clause de l’alliance, c’est  le salut: si l’homme se détourne du mal, il n’y aura  plus de destruction du monde vivant. Les fruits de l’alliance sont la paix et l’harmonie d’un monde réconcilié. Le risque, c’est la rupture de l’alliance avec ses conséquences : insécurité, galère, cataclysmes … Et le symbole de l’alliance, c’est l’arc-en-ciel qui relie ciel et terre.

Chers amis, notre vie n’est-elle pas, elle aussi,  comme un arc-en-ciel dont la perception des couleurs ne dépend que de la cohabitation paradoxale de la  pluie et du soleil ? Oui, si tu veux l’arc-en-ciel, il faut supporter la pluie et attendre le soleil.

A l’aube de sa vie publique, Jésus s’ouvre à l’Esprit qui le pousse au désert. La véritable vocation ne se forge qu’au creuset de ce lieu qui est d’une beauté pure, sans artifice. Le désert oblige à s’alléger et il conduit au silence intérieur, à la solitude spirituelle, à la rencontre intérieure, au tri entre l’accessoire et l’essentiel. Il rend possible l’écoute de voix intérieures ! Et là, Jésus vit avec les bêtes sauvages, il est  servi par les anges. L’ancienne alliance de Noé, reflet d’une compagnie apaisée et réconciliée (cf. Is 11, 1-9), est ainsi restaurée… Ses 40 jours au désert renvoient non seulement à la dure expérience de 40 ans d’exode des hébreux vers la Terre promise, mais aussi aux 40 jours du jeûne de Moïse avant de recevoir les Tables de la loi (ex 34, 28) et aux 40 jours de marche du prophète Elie dans le désert (1 Rois 19, 8). En clair, le chiffre 40 symbolise un temps d’épreuve, de privation, de ressourcement pour la gestation d’une nouvelle naissance, d’un renouveau de vie. Ainsi formulé, nous pouvons comprendre le sens profond du Carême d’espérance qui nous prépare à la dégustation du  soleil de Pâques.

Au désert, Jésus résiste à la séduction du mal, c’est le combat spirituel. « Un arbre n’est solide et robuste » écrit judicieusement Sénèque, « que s’il doit résister fréquemment aux bourrasques : les secousses resserrent ses fibres et fixent plus profondément ses racines« . Jésus est tenté par Satan, l’adversaire qui sépare les hommes de Dieu : il accuse Dieu devant les hommes (Gn 3, 5) et les hommes devant Dieu (Jb 1, 9-10; Ap 12, 10). Pour ce qui me concerne, la tentation que je redoute le plus est liée à mon baptême. Quand dans la prière du Pater j’ose dire : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation« , je pense en premier lieu au délicat risque de perdre ma foi, parce que je serais déçu d’un Dieu qui ne correspond pas à la représentation que je m’en fais ! …

Requinqué par le Souffle du désert, Jésus nous transmet la Bonne Nouvelle : c’est maintenant le temps de Dieu, le temps d’accueillir sa présence dans notre histoire par la foi. C’est maintenant l’opportunité de redorer le blason de  notre alliance baptismale (2ème lecture) en changeant de regard vis-à-vis de nous-mêmes, de l’autre, du cosmos et de Dieu … Et n’oublions pas la clé de consolidation et de réussite  de toute alliance gravée dans l’amour, fût-elle  avec Dieu, entre conjoints, entre  amis, entre parents et enfants : c’est savoir dire Merci, Pardon, S’il te plaît !

                                                                      Vital Nlandu, votre curé doyen

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Lettre de Carême de notre évêque

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La question de l’ouverture à l’autre : quand les exclusions rongent notre société !   

Homélie du 6ème dimanche ordinaire B :

         Lectures : Lv 13, 1-2. 45-46; Ps 31; 1 Co 10, 31-11, 1; Mc 1, 40-45

Mes sœurs et mes frères, la liturgie de la Parole que l’Eglise propose à notre méditation en ce dimanche, évoque la lèpre. C’est une affreuse maladie infectieuse chronique, caractérisée notamment par une atteinte de la peau, des muqueuses et des nerfs périphériques. Elle aboutit à la tuméfaction du faciès, à des mutilations (on perd ses doigts, ses pieds …) et à tant d’autres déformations comme les mains en griffe. Ce fléau millénaire sévit dans des zones tropicales et subtropicales en Afrique-Madagascar, dans les Iles du pacifique, aux Antilles et en Amérique latine. Selon l’OMS, il y a actuellement 2,8 millions de personnes atteintes dans le monde… Cette hideuse maladie est un des souvenirs de ma jeunesse : à la suite de notre compatriote devenu lépreux, le père Damien de Veuster (1840-1889), « martyr » de la charité auprès d’un millier de lépreux dans l’île de Molokaï à Hawai, j’étais, comme petit séminariste, parmi les jeunes volontaires qui allaient faire de l’apostolat à la léproserie Loangu-lu-Vungu dans le Mayombe (RDC) d’où je suis originaire…

Au Proche-Orient et plus précisément dans la conception hébraïque, la lèpre était ce qu’était l’épidémie de la peste en Occident et l’endémie du VIH à la fin du 20ème siècle : une maladie qui suscite répulsion, phobie et est considérée en bloc et a priori comme un châtiment de Dieu. Le lépreux était un paria maudit, humilié, stigmatisé, culpabilisé, mis au ban de la société. Comme pour la pandémie de covid-19 aujourd’hui, il fallait absolument des mesures barrières : une quarantaine obligatoire pour le lépreux et si jamais il se retrouvait en pleine rue, les gens devaient, en guise de prévention primaire légale, se tenir à distance et lui, avait à se faire remarquer par des vêtements déchirés, des cheveux en désordre, en mettant un masque et surtout en enclenchant la sirène d’alarme en gueulant : « Impur ! Impur ! » (1ère lecture). C’était une terrible épreuve, tellement dévalorisante.

Et qui se présente à Jésus ? Un lépreux  traqué par des regards agressifs, qui le supplie avec insistance et à genoux : « Si tu le veux, tu peux me purifier ! » Cette requête émouvante retourne les tripes de Jésus qui, sans autre forme de procès, scandalise tout le monde par un geste révolutionnaire : toucher l’intouchable…  

En effet, Jésus aurait pu guérir ce pauvre homme par sa seule parole comme il l’a fait en d’autres occasions. Pourquoi le touche-t-il coûte que coûte ? Son geste a une portée socio-affective et théologique. En bravant l’interdit sanitaire, la distanciation préventive, Jésus brise le tabou, les barrières entre les hommes et répare pour ainsi dire les fractures sociales. En outre, le toucher n’est pas seulement un geste tactile de tendresse, mais aussi de transmission de chaleur, d’énergie, d’esprit, bref une entrée en relation. Et puis, Jésus déploie le mystère de son incarnation : en soignant (purifiant) un corps ravagé par la maladie et méprisé par l’homme, il valorise la chair humaine dont il est lui-même formé en tant qu’Homme-Dieu. Ce faisant, il assume sa nature humaine sans cesser d’être Dieu…

« Oui je le veux, sois purifié« , autrement dit je te remets debout et en état de marche; désormais tu es restauré dans ta dignité; rentre dans ta famille, dans ton village et reprends normalement tes activités. Mais je te demande 2 choses : va te présenter au prêtre qui enregistre et authentifie, selon la loi de Moïse, pareille guérison. Il te donnera le certificat de réintégration dans la société. Et puis, tu as l’injonction du top secret : ne fais pas de publicité de ta guérison, pour m’épargner la ruée de gens qui voudraient bien être  guéris à bon marché. Il ne faut pas qu’ils se méprennent : je ne suis pas d’abord un thaumaturge, mais le prophète de la Bonne Nouvelle de l’Amour inconditionnel de Dieu pour l’homme. Ce que je guéris en premier lieu, c’est la lèpre de l’âme, la lèpre spirituelle, c’est-à-dire le péché qui rend l’homme si vulnérable, impuissant  d’aimer en vérité, d’accueillir l’autre dans son altérité, sa différence…

Voilà pourquoi dans la deuxième lecture, saint Paul nous exhorte à nous adapter à tout le monde et à rechercher avant tout la gloire de Dieu. Pour saint Irénée, l’Evêque de Lyon,  Cette gloire,  c’est « l’homme vivant » qui est au service de l’homme.

                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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