Transfiguration ou Révélation

Homélie du 2ème dimanche de Carême C : Transfiguration ou Révélation

Lectures : Gn 15, 5-18 ; Ps 26 ; Ph 3, 17-4, 1 ; Lc 9, 28b-36

Mes sœurs et frères, Jésus savait que le drame qui l’attendait,  allait certainement dérouter, déstabiliser ses disciples. Je renvoie ici aux disciples d’Emmaüs tout à fait désappointés : « Nous, on croyait que c’était lui le messie, hélas ! »

Alors, pour les rassurer et soutenir leur espérance, Jésus va leur révéler la gloire  qui l’attend, la gloire qui vient, qui nous attend … question de nous  faire saliver ! Ce flash, c’est pour que nous comprenions que nous sommes destinés à partager sa gloire. C’est la gloire dont parle saint Jean : « Nous avons vu sa gloire (sur le mont Thabor) » (Jn 1,4). Jésus lui-même la réclame : « Père, donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi ; je veux que mes amis contemplent ma gloire« (Jn17, 24). C’est encore la  gloire que mentionne saint Paul : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler! » (Rm 8, 18). Et c’est  enfin celle que nous évoquons à la messe après la Consécration : « Nous attendons ta venue dans la gloire« …
C’est elle, en effet,  qui fonde notre espérance ! En tout cas, c’est un rêve auquel moi personnellement j’aspire de tout mon cœur !

Pour ce faire, Jésus choisit  le même trio, c’est-à-dire Pierre, Jacques et Jean, les trois mêmes qu’il choisira pour l’accompagner au Jardin de son agonie, à Gethsémani. Et là, il fut transfiguré à leurs yeux, son visage se couvrit de l’habit de Dieu, à savoir la lumière…  Quand tu pries en profondeur, sais-tu que l’aspect de ton  visage change ?  Ton visage intérieur transparaît … Et là, qui voit-on ? Les deux  colonnes de l’Ancien Testament,  Moïse et Elie, pour signifier que c’est lui, le Christ, qui éclaire et accomplit l’enseignement de Moïse (Tables de la loi), l’enseignement des prophètes représentés par Elie. Avec Jésus, ils parlaient de sa passion, de sa mort et de sa Résurrection…

En contemplant la face éclatante, glorieuse  de Jésus, Pierre est saisi d’un sentiment océanique (sentiment de plénitude et de fusion à quelque chose qui nous dépasse).  Plongé dans l’intimité de Dieu, immergé dans l’océan de son amour infini, dans lequel le temps n’existe plus, il s’extasie. C’est l’expérience de fulgurance, d’étincelle d’éternité !  Il propose alors de dresser trois  tentes dans ce jardin de délices, pour qu’ils y demeurent à jamais.

A ce moment, d’une nuée, Dieu va se manifester en confirmant la nature divine de Jésus comme au jour de son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui que j’ai choisi : écoutez-le – sa Parole dévoile mes secrets !« . Les trois disciples-missionnaires ont rendu après témoignage de cet événement inédit aux autres disciples et à des milliards de personnes à travers les siècles. La voix, atteste saint Pierre,  ils l’ont effectivement entendue : « Nous avons entendu nous-mêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte » (2 P 1, 18) !

Sauf que sa demande de construire les tentes n’a pas été exaucée ! Parce que la vie, ta vie,  continue et à ras de terre, il faut boire la coupe jusqu’à la lie…  Aussi, une fois irradié du soleil de Dieu sur la montagne sainte (tes moments d’adoration, de communion avec le Dieu Trinitaire), il convient de redescendre dans la vallée pour transmettre la lumière que tu as accumulée. Redescendre dans la vallée où bat le pouls de l’histoire. C’est là, avec tes doutes, tes balbutiements, tes questionnements, tes révoltes, tes frustrations, tes échecs, tes réussites, que tu es appelé.e  à être un ferment au coeur de la pâte du monde. C’est là, dans ton biotope, que tu vas continuer à t’émerveiller des signes que la vie t’envoie, bref que tu dois à ton tour transfigurer le monde, entre autres par ta  joie, la flamme de ton  sourire, de ton regard bienveillant,  les énergies positives qui transparaissent sur ton visage. Jésus te l’a signifié expressément : « C’est toi qui  es  la lumière du monde » (Mt 5, 14).

Tu découvriras également dans la vallée du monde, la lumière qui brille au fond du cœur de  chaque être humain. La vraie spiritualité, n’est-ce pas celle qui reconnaît  la lumière divine qui rayonne en tout homme ?

                                                                              Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Transfiguration ou Révélation

Dimanche de la Parole, l’aujourd’hui du salut !

         3ème dimanche ord C : Dimanche de la Parole, l’aujourd’hui du salut !

Lectures : Ne 8, 2-4.5-6.8-10; Ps 18B; 1 CO 12, 12-30; Lc 1, 1-4; 4, 14-21

Chers amis, je vous parlerai aujourd’hui de l’unité des chrétiens et de la crédibilité de la Parole de Dieu.

Jeudi dernier à 20h, nous nous sommes rassemblés en doyenné au monastère de Wavreumont avec nos amis d’autres confessions chrétiennes, afin de prier pour l’unité des chrétiens. C’est Jésus lui-même qui a instauré cette prière : « Père, qu’ils soient UN comme toi et moi nous sommes UN » (Jn 17, 22). En effet, il y a par-ci, par-là des velléités d’orgueil : on se croit le détenteur de la vérité évangélique, chacun défendant sa propre tradition alors que nous n’en avons qu’une : la tradition apostolique. Notre foi est fondée sur le témoignage que  les apôtres font du mystère de Jésus le Christ.

Dans la 2ème lecture de ce dimanche, les corinthiens sont divisés. Il y a des rivalités d’appartenance à telle ou telle autre culture, à tel ou tel autre serviteur de Dieu … Saint Paul leur rappellera ainsi qu’ils ont reçu un seul Baptême, un même Esprit !

L’image du corps qu’il emploie est assez éloquente. Observez comment fonctionnent les membres d’un même corps : chaque membre est unique tant il a un rôle spécifique à jouer, aucun  n’est de trop ni de moins, chacun est nécessaire. Chaque membre vit avec les autres, pour les autres et par les autres. Ils sont complémentaires et ont une valeur égale. Quand l’un d’eux dysfonctionne, c’est tout le corps qui souffre. Cette diversité des membres, chacun avec son rôle, est indispensable pour la vie, l’efficacité, la beauté, l’utilité,  la dynamique du corps entier.  Aussi  chacun.e de nous est-il une note de musique indispensable à la symphonie de notre communauté, chacun est-il  une pierre incontournable pour la construction de l’Eglise de Jésus-Christ dans sa famille, son milieu de vie.

Dans la page d’Evangile, Jésus ouvre le Livre, en lit un extrait d’Isaïe (Is 61, 1-2), le referme et fixe ses auditeurs dans les yeux en leur disant : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre !« . Quand il relève la tête et fixe du regard ceux qui étaient dans la synagogue de Nazareth, c’est pour dire à chacun.e de nous : cette Parole te concerne.  Aujourd’hui,  j’agis dans ta vie, je te sauve. Il a dit pareil à Zachée : « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison »  (Lc 19, 5). Il revient ainsi à chacun.e de trouver, de repérer la présence de Dieu dans sa vie, de guetter les signes  de salut, les grâces de Dieu.

L’évangéliste Luc dédie son livre à un certain Théophile dont le nom signifie en grec « ami de Dieu« . En fait, il l’adresse à tous les amis et chercheurs de Dieu dont tu fais partie.

Luc veut raffermir ta foi en t’assurant de la crédibilité de  la Parole de Dieu que tu écoutes, médites,  que tu pries :  ce n’est pas une fable !  Ecoutons saint Paul : « Frères, je vous déclare : la Bonne Nouvelle que j’annonce n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas un homme qui me l’a transmise ou enseignée, mais c’est Jésus-Christ qui me l’a révélée » (Ga 1, 11-12). Par elle, la grâce de Dieu est à l’œuvre! Par elle, la puissance et la bénédiction de l’Onction, de l’Esprit Saint, de la Résurrection de Jésus-Christ, de l’Amour de Dieu se déploient. Voilà pourquoi saint Paul déclare : « Je n’ai point honte de l’Evangile, c’est la puissance de Dieu, la force dont il se sert pour sauver tous ceux qui croient » (Rm 1, 16).

A propos de cette même Parole, le peuple hébreu revient de l’exil de Babylone, il est tout bouleversé et pleurt des larmes d’émotion (1ère lecture). Il prend conscience que s’il a sombré dans une telle  déchéance;  s’il a été humilié, c’est  parce qu’il a bafoué, négligé la Parole de Dieu. Et quand le prêtre scribe Esdras ouvrit le Livre, le peuple se mit liturgiquement debout par respect et pour signifier que la Parole de Dieu relève et guérit ! Esdras consola alors le peuple par ces mots : « Ecoutez les gars, arrêtez de pleurer, ne prenez pas un air abattu. Dieu est grand, la joie qu’il éprouve quand nous écoutons sa Parole, quand nous revenons à Lui, est notre seul rempart  » Amen

Mes sœurs et mes frères, que Dieu ouvre nos cœurs à sa Parole pour que nous prenions conscience que nous sommes ces pauvres à qui la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est annoncée ; ces aveugles incapables de voir les merveilles de Dieu, que Jésus veut éclairer.  C’est nous ces prisonniers de convoitise, d’orgueil et d’égoïsme qu’il veut libérer ; ces cabossés de la vie qu’il veut redresser, pour que nous soyons aujourd’hui plus que jamais des femmes et des hommes debout et en marche ! 

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Un commentaire

Festival d’adoration : une symphonie de prière du samedi 7 au dimanche 8 décembre

Chers amis, nous allons revivre cette année encore notre festival d’adoration. C’est un moment intense d’action de grâce, de silence intérieur, de supplication, d’intercession dans la communion des saints et d’adoration.

En effet, la prière est un rendez-vous où le cœur de l’homme et le cœur de Dieu confluent, se rencontrent dans un dialogue d’amour incessant. En ce moment intense, Dieu déploie sa tendresse de Père et l’homme étanche sa soif existentielle et spirituelle d’aimer et d’être aimé. Cela ouvre la porte à l’espérance. Le trésor de la prière nous donne à (re)découvrir la profondeur du silence, la paix de l’abandon, la confiance en l’amour, l’intimité mystique et la joie spirituelle qu’elle charrie, la puissance de la contemplation, la louange intérieure, la gratitude, la vulnérabilité de l’homme et son besoin d’aide … 
Saint Paul écrit : « Ne vous inquiétez de rien, mais en toute circonstance, demandez à Dieu dans la prière ce dont vous avez besoin, et faites-le avec un cœur reconnaissant » (Ph 4, 6).

A l’école de la prière, on apprend à fermer les yeux, à lâcher prise, à ralentir sa respiration, à mettre ses pensées en mode off, à (res)sentir la présence de Dieu, à éprouver la paix spirituelle. Dans cet exercice, on n’a pas besoin de plaire à Dieu par de belles paroles ou de grandes œuvres.  On se présente devant lui en vrai, tel qu’on est, son enfant bien-aimé ! La prière n’est pas une prouesse ou une performance à réaliser ; elle n’est pas non plus somnambulique ou une récitation machinale des paroles sans profondeur ni connexion.
C’est une entrée en relation, un cœur tourné vers Dieu dans un élan d’abandon et de confiance. Dans cette communication de cœur, on ne met pas de masque, on parle de manière ouverte, libre, sans filtre ni peur d’être jugé. A un ami, on se livre, on dit ses confidences sans chichis. Ce qui touche le cœur de Dieu, c’est l’expression de notre pauvreté de cœur, c’est-à-dire la simplicité, la sincérité, la confiance en sa fidélité indéfectible et en sa Miséricorde, qui nous habitent lorsque nous nous tenons devant lui. Il accueille alors nos balbutiements, nos émotions et besoins, mais aussi nos espérances, nos louanges et nos sentiments de reconnaissance pour notre vie remplie de bénédictions malgré ses nombreux défis.

Je précise que prier n’est pas que présenter des requêtes et des supplications, ce n’est pas un monologue mais un dialogue, une conversation bidirectionnelle.  Il y a un temps d’écoute à respecter absolument. C’est une disposition intérieure de réceptivité du Verbe de Dieu. Dans un discernement éclairé, l’Esprit Saint nous aide à en décrypter le code : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sa 3, 9 ; Jn 14, 26). Jésus le dit sans ambages : » Mes brebis écoutent ma voix » (Jn 10, 27) …

Et puis, l’oraison peut aussi n’être que silence dense, pure contemplation. Tout apaisé et détaché de tout, l’âme en flamme d’Amour, on se laisse simplement aimer par Dieu… Cette communion intime pousse à s’abandonner à sa Miséricorde et à l’adorer.       

Et puisque là où il y a prière, il y a communion, si vous voulez vivre l’expérience de la symphonie de prière de cette année avec les autres orants, participez alors à notre 5e festival d’adoration.

Les 24 h d’adoration ininterrompue commencent le samedi 7 décembre en présentiel dès la messe de 8h du matin en la cathédrale, dans la chapelle de la Miséricorde jusqu’à 21h. Ensuite en distanciel, de 21h à 8h du matin le dimanche 8 décembre. Chacun(e) fera l’adoration à son domicile, à l’endroit où il aura installé son petit coin de prière (une bougie, un Christ, une Vierge, une bible, une icône, des fleurs…). A chaque fin de son heure de permanence, il est sympathique envoyer un sms à une des personnes qui prend le relais. De cette manière, le flambeau est royalement transmis et on s’encourage en faisant corps. Notre festival d’adoration prendra fin le dimanche à 10h30 en la cathédrale, avec la messe de l’Immaculée Conception de la Vierge-Marie, la première en chemin ! Une trame d’inscription sera envoyée à celles et à ceux qui ont déjà vécu l’expérience. Si vous voulez vous joindre à nous, veuillez contacter le secrétariat ou le doyen afin de signaler votre (vos) heure(s) de permanence.

Vital Nlandu

Inscription : Secrétariat : 080/33 00 26 ou par email à secretariatmalmedy@gmail.com

Publié dans Actualité, Le mot du curé, Reportages | Commentaires fermés sur Festival d’adoration : une symphonie de prière du samedi 7 au dimanche 8 décembre

Joyeuse et réconfortante attente

Homélie du 1er dimanche de l’Avent C

Lectures: Jr 33, 14-16; Ps 24; 1 Th 3, 12-4, 2; Lc 21, 25-28. 34-36

Chers amis, l’effervescence des fêtes de fin d’année se fait déjà sentir. Tout est en ébullition : on apprête les cadeaux, les guirlandes de lampes colorées flamboient … Etant positif, je me dis personnellement : si tout cela peut raffermir les liens entre amis et entre  familles, si tout cela permet de penser aux naufragés de la vie, je suis émerveillé… Toujours est-il que dans un fruit, il faut dépasser l’écorce et aller au cœur de ce fruit ; dépasser l’extérieur et aller au cœur de la crèche : c’est Dieu en Homme indigent et tout à fait détaché qui vient habiter parmi nous ! Ce sont des jeunes parents immigrés, pauvres, complètement fauchés même, qui accueillent leur nouveau-né. As-tu déjà vraiment médité sur le mystère de Noël avec tout le décor de dépouillement qui l’entoure ? « Noël est une saison non seulement de réjouissance » écrit  Winston Churchill, « mais aussi de réflexion« . Où en es-tu dans ta vie par rapport à la naissance de Jésus-Christ …, qui est-il pour toi ? L’aimes-tu plus que tout, plus que tes loisirs, plus que tes préoccupations, plus que ta famille, plus que ton argent ?

Et voici une exhortation de choc, qui booste en ce début de l’Avent : « Redressez-vous,c’est-à-dire ne soyez pas voûtés, pliés, le front rivé au sol;  relevez la tête, sortez-la du guidon, soyez dignes, tenez bon, prêts à relever les défis de la vie ! »

C’est un excellent conseil de confiance en soi : prendre conscience de ses capacités, de sa valeur, de l’Onction dont on est  imbibé, est un souffle qui gonfle les voiles, pousse vers le large, loin de la côte de ses doutes, de ses peurs et de ses frustrations.

« Redressez-vous et relevez la tête« , n’est-ce pas un remarquable conseil de vigilance active et d’espérance à méditer ce 1er dimanche de l’Avent ?  Si Jésus dit : « Il y aura des signes« , c’est pour que nous soyons aux aguets, à l’affût des signes avant-coureurs. Lorsqu’on voit le retour des hirondelles, on se dit que le printemps revient ! Oui, quand bien même l’inconséquence, la bêtise de l’homme viendrait à tout ébranler, la question essentielle à se poser, c’est : »Et Dieu dans tout ça ? » Eh ben, son Amour  aura le dernier mot, telle est mon espérance! Dès lors, par-delà les signes des temps, le  signe prégnant à décrypter pour le chrétien, c’est celui de la Croix glorieuse, le fabuleux mystère de la Mort-Vie. Quand je vois, palpe une Croix, je me souviens du Sang de l’Agneau de la Nouvelle Pâque et je m’exclame : « Merci Seigneur, à Toi la Victoire finale, la Délivrance totale et, par la puissance de la Résurrection de Jésus-Christ, à moi la victoire sur les forces du mal et de la mort !« 

Toutefois, je précise que l’espérance n’est pas une fuite en avant, une incantation purement platonique ou encore un opium, c’est plutôt un engagement concret à anticiper dès maintenant la réalisation du bonheur promis (1ère lecture), la venue du Royaume certes encore voilée mais déjà amorcée… Il y a par-ci,  par-là des semences d’espérance, la main de Dieu à l’œuvre dans le monde !  Pour le père Claude Geffré op, l’espérance est un anti-destin dans la mesure où, tendu vers le meilleur, vers le réellement-possible, celui qui entre en espérance refuse de s’accommoder de la réalité présente. Il anticipe le Royaume en veillant à plus d’harmonie avec lui-même, avec les autres, avec la nature et avec Dieu. Dans la 2ème lecture, Saint Paul le dit en ces termes : « Frères, que le Seigneur vous donne un amour de plus en plus intense et débordant« .  L’Eucharistie que nous célébrons, n’est-elle pas déjà, grâce au partage de la Table de la Parole et de la Table du Pain de vie, anticipation de la présence du Ressuscité ?

« Redressez-vous et relevez la tête ! « . Pour y parvenir aisément, il faut d’abord une diète spirituelle, être plus léger … « Trop de nourritures te ballonnent. Trop d’objets te possèdent. Trop de sécurités t’enchaînent » (Ch. Singer). Lorsque les plaisirs de la vie sont excessifs, ils peuvent devenir des servitudes qui alourdissent.

A toutes et à tous,  bonne route vers Noël.

                                                                                     Vital Nlandu, votre-curé doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Joyeuse et réconfortante attente

la fête du Christ-Roi de l’Univers

         Homélie du 34ème dimanche ord :

Lectures : Dn 7, 13-14 ; Ps 92 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37

Chers amis, les arbres perdent leurs feuilles, les jours s’assombrissent, les gelées sont présentes ; les gants, les écharpes, les bonnets et les manteaux sont sortis des garde-robes… L’ambiance des fêtes de fin d’année se fait déjà sentir !

C’est dans ce climat que nous célébrons en ce dernier dimanche de l’année liturgique B, la solennité du Christ-Roi de l’Univers. Cette fête a été créée par le pape Pie XI en 1925, au moment où l’aiguillon des effets ravageurs de la Grande Guerre piquait encore. Evidemment, le titre « Roi de l’Univers » paraît, à bien des égards, ronflant ! Cela fait par exemple penser aux intrigues de conquête de pouvoir dans le but de parader, de s’enrichir, de snober ou encore d’écraser les autres. En fait, le pape Pie XI tenait à rappeler ceci à celles et ceux qui détiennent un mandat de gestion ou de direction à quelque niveau que ce soit : ta mission n’est pas un passe-droit entaché de tes rêves de toute-puissance, elle consiste plutôt, à l’instar du Christ-Roi, à te mettre à genoux pour laver les pieds des autres. C’est un service que tu as à remplir de manière simple, sans faste ni tralala ; un ministère que tu as à exercer pour ouvrir à chacun.e un horizon, un chemin de liberté, de bonheur et d’épanouissement.

On peut également se demander pourquoi la fête de Christ-Roi de l’Univers est célébrée à la fin de l’année liturgique ? C’est parce que par son concept même, elle fait la synthèse du mystère du salut : Jésus-Christ, l’alpha et l’oméga (2ème lecture), devient Tout en tous : il a pris place, il règne désormais dans les cœurs de celles et de ceux qui lui font confiance, accueillent son amour ! Sa royauté n’a nullement de consonance politique, il est un « Roi de cœur » qui, loin de tout apparat, de toute propagande ou de toute moralisation, se propose d’instaurer dans nos cœurs, dans nos maisons, dans nos UP, nos lieux de vie et de travail, son règne d’amour, tout entier bâti sur le témoignage de la vérité, la paix, la bienveillance, le service…

Dans l’Evangile, saint Jean décrit le simulacre de procès de Jésus devant le gouverneur Pilate. Ce dernier l’interroge sur sa véritable identité. Pour beaucoup d’auteurs, c’est par dérision qu’il demande à Jésus s’il est roi, non dans l’absolu, mais le « roi des juifs« . Là, il se moque carrément des juifs avec leur figurant, ce roi en lambeaux. Dans la foulée, il s’est certainement rendu compte de l’impertinence du chef d’accusation : comment quelqu’un sans arme, ni armée pouvait-il être un conspirateur politique ayant l’intention de déstabiliser  le pouvoir romain ? Pilate tenta alors de prononcer un non-lieu en faveur de l’accusé, mais sous pression populaire et pour sauvegarder sa carrière politique, il a décidé de contenter le peuple en leur livrant quand même Jésus. C’est devant lui que Jésus déclarera et nous l’apprenons, que  sa royauté n’est pas de ce monde. Effectivement, sa griffe royale est étrange : un roi né dans une étable, apprenti menuisier, qui n’a pas un coussin où reposer sa tête ! Un roi bafoué, giflé, couronné d’épines, dénudé, crucifié sans une garde pour le défendre ! Un roi dont la seule loi est la Miséricorde :  » Là où les hommes voient naturellement une faute à condamner et à punir, Lui voit tout d’abord une détresse à secourir » (Eloi Leclerc).

Je précise que si « le Roi de l’Univers » accepte cette humiliation dans la dignité, c’est pour rester cohérent avec lui-même et sa Bonne Nouvelle : on ne sait pas aimer en vérité sans « kénose« , sans dépouillement, sans sacrifice, autrement dit sans mourir à soi-même.

Cher ami, chère amie,  quel est le clin d’œil que Dieu te fait à l’aube de l’Avent ? Il te demande de faire la vérité, de rendre compte de ton engagement de foi : le Christ règne-t-il vraiment, prime-t-il  dans ton cœur? Es-tu encore capable  de te faire serviteur pour régner avec lui ?  Il est l’Agneau, le Pasteur; il est le Roi, le Serviteur !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur la fête du Christ-Roi de l’Univers

Tu aimeras

Homélie du 31ème dimanche B :

Lectures: Dt 6, 2-6; Ps 17; He 7, 23-28; Mc 12, 28b-34

Chers amis, la vie est un voyage où risquer, c’est aimer !  Dans la page d’Evangile, un scribe en recherche demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements.

Cela peut étonner d’un homme qui connaît parfaitement les Ecritures : il est spécialiste de la bible. Et pourtant sa question est pertinente. La loi juive renferme une flopée de préceptes : il y en en tout 613. C’est ce qui, in fine, peut être barbant et fastidieux.
D’où sa question : quel est le condensé de tout cela, la loi matricielle, fondatrice et fondamentale ?

Jésus le renvoie alors au « shema » du judaïsme. C’est la prière liturgique juive que le croyant, en l’occurrence le scribe lui-même, récite matin et soir : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique. Tu aimeras … » Ce qui fait l’unicité de Dieu, c’est sa Miséricorde. La Miséricorde n’est pas une mièverie affective, c’est un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes, touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, psychologique, spirituelle, sociale, matérielle.

Les amis, nous sommes ici au cœur du message évangélique :  Dieu est amour. La Miséricorde est l’autre nom de Dieu. Pour Thomas D’Aquin, la toute-puissance de Dieu consiste en sa Miséricorde. Quand dans le symbole des apôtres, professant la foi de notre baptême, nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit pas d’une puissance de domination qui écrase l’homme ou viole sa liberté, mais la  puissance de son Amour. En effet, l’Amour de Dieu est plus fort que nos égarements, nos trahisons, nos péchés, voire notre mort.

Aussi mon Evangile ce matin, est de te dire : « Tu es aimé  plus loin et plus fort que tu n’oses l’imaginer…,  tu es aimé puissamment,  infiniment,  gratuitement et  sans condition« .

Pour saint Basile de Césarée, le reflet de Dieu dans une vie humaine, c’est la Miséricorde. L’homme ressemble à Dieu par la pratique de la Miséricorde. D’où l’exhortation de Jésus : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Chrétien, que dis-tu de toi-même, quelle est ta vocation originelle ? N’est-ce pas refléter la bonté de Dieu, te configurer au Christ, devenir « Christophore« , porteur de Jésus-Christ qui, dans la communion de l’Esprit Saint,  fait Un avec le Père et qui donne sa vie sur la croix pour ton salut ?

Mes sœurs et mes frères, on parle de l’amour depuis la nuit des temps, mais ce qui caractérise, qualifie  l’amour chrétien, c’est le don : j’ai donné, je me suis donné, j’ai par-donné. Dans ce sens, Pierre Reverdy écrit : « Il n’y a pas d’amour, il y a seulement des preuves d’amour« . En effet, l’amour se prouve par le dévouement, la gratuité, la serviabilité, la bienveillance, le respect ; il ne cherche aucun autre intérêt que de voir l’autre s’épanouir, être libre et heureux.  Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « On est responsable de la rose qu’on a apprivoisée « .

Tout naturellement, étant donné que comme une orange, nos cœurs regorgent du jus d’amour de Dieu, tous nous essayons d’aimer. Mais la question réside dans la manière d’aimer ! Savez-vous qu’il y a des pièges d’amour ou encore des amours de piteuse facture :

l’investissement narcissique : quand je dis que j’aime le chocolat noir, ce n’est pas le chocolat que j’aime. Je m’aime moi-même, le chocolat n’est que l’objet de mon plaisir ! Parfois, il va ainsi de nos « je t’aime ». Nous les aimons pour nous,  et pas nécessairement pour elles, pour eux ! ;

-le troc relationnel : je te donne pour que tu me rendes en revanche ou encore pour que je t’enchaîne, que tu t’aplatisses comme une carpette, que tu rampes devant moi : parfois on entend dire : « Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois !« ;

-l’amour possessif  : il est liberticide tant qu’il consiste à prendre son partenaire en otage, on possède l’autre comme son bien propre, un objet dont on dispose comme on veut. Et dans l’amour possessif, il y a l’amour captatif (absorber l’autre comme un buvard, le vampiriser) ;

donner de son superflu  : « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » (pape François). 

Pour finir, Jésus dira au scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu« . 

Pourquoi ? Parce que ce scribe a compris que l’amour vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. Que l’Esprit Saint qui répand l’Amour de Dieu dans nos cœurs, nous  fasse déguster tout le bonheur d’aimer en vérité. Le Royaume de Dieu sera à nous dès maintenant !

                                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Tu aimeras

Homélie du 30ème dimanche  ord B : La guérison de l’aveugle Bartimée       

 

               Lectures : Jr 31, 7-9; Ps 125; Hb 5, 1-6; Mc 10, 46b-52

Mes frères et mes sœurs, l’Evangile proclamé aujourd’hui est une de plus belles pages de saint Marc, dernier miracle de Jésus avant sa passion. C’est toute une catéchèse articulée en 3 temps, à savoir : avant, pendant et après la rencontre avec Jésus.

Avant la rencontre : Bartimée est aveugle, assis au bord du chemin, aux périphéries de la ville, à l’écart de la foule. Exilé dans les ténèbres, il est réduit à mendier. Dans nos villes, nos centres commerciaux, devant nos églises, nous passons parfois à côté de mendiants : même si de temps en temps nous mettons une pièce de monnaie dans leur corbeille, est-ce que nous les regardons seulement ?

*Aveugle : imaginez un seul instant la terrible détresse de Bartimée : être figé dans les ténèbres, passer sa vie dans la nuit. N’est-ce pas affreux, frustrant de ne jamais voir les étoiles du ciel, les couleurs ; de ne jamais voir les gens qu’on aime et qui vous aiment ?                

*Au bord du chemin : Bartimée représente les laissés pour compte, les marginalisés, les rejetés de la société.                                                                            

 *Il mendie : rien n’est plus dégradant, plus humiliant pour un homme que de ne pas pouvoir  prendre son destin en main, de vivre en faisant la manche.

Pendant la rencontre : apprenant la présence de Jésus, Bartimée s’est dit : c’est aujourd’hui ou jamais ! Il s’est mis à crier : « Kyrie eleison, Jésus, fils de David, prends pitié, je n’en peux plus, je suis à bout ! » En Orient, cette prière est appelée prière du cœur !

Quand il dit « fils de David« , il reconnaît en Jésus le Messie ! Protocole obligeant, les gens le rabrouent. Bartimée gène, il dérange ! Mais lui s’entête, il se moque des règles de bienséance, il n’a d’ailleurs rien à perdre. En effet, lui seul vit et connaît sa profonde souffrance. Son cri est comme celui d’un bébé à l’accouchement, qui hurle, s’époumone pour s’emparer du souffle de vie. Cet appel à l’aide tenace percutera le cœur de Jésus qui, plein d’empathie, comprend le besoin existentiel de cet homme : voir ! Il s’arrête et le fait appeler…

On peut  se demander pourquoi il ne l’appelle pas lui-même ! C’est peut-être parce qu’il veut faire de ses disciples des auxiliaires de la guérison qui va se produire. Partant, il utilise chacun de nous pour faire ses commissions : sache que tu  es  un instrument du salut des autres. Sans ta participation, le projet de Dieu ne pourrait pas se réaliser!…  Ayant entendu l’invitation, l’aveugle se précipite vers Jésus d’un bond d’espérance et de résilience. Son tout 1er geste, c’est jeter son manteau, cette vieille redingote puante et infecte, évocatrice de souvenirs douloureux et amers de son minable passé. Dorénavant, ce passé est dépassé, déclaré caduc !… 

Et toi, quel manteau t’alourdit, quel poids te retient ? Quelles résistances intérieures et extérieures t’immobilisent, te ralentissent. Quelle est cette pierre que tu ne parviens pas à rouler pour sortir délié de ton tombeau et revenir à la vie ?

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » lui demande Jésus. Pensez-vous que Jésus ignore l’intention, l’aspiration intime de cet homme ? Non, c’est par délicatesse et respect de sa liberté qu’il n’impose rien. Réponse : « Rabbouni, que je voie !« 

Chers amis, qui de nous peut prétendre avoir déjà tout vu, avoir déjà fait le tour, avoir déjà tout compris, tout saisi du mystère de l’amour de Dieu pour lui, pour l’humanité ? En tout cas, moi je vous avoue que je balbutie encore, je me dépatouille, je suis en recherche. Je n’ai pas encore tout vu, tout compris ! C’est pourquoi je fais mienne la prière de Bartimée : « Seigneur, que je voie ! » Que je voie les merveilles de ton amour en moi et autour de moi : »Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous…, pour eux ! » (Ps 125).  

Somme toute, les véritables aveugles ne sont-ils pas plutôt les victimes de l’aveuglement de l’orgueil, du narcissisme, de l’égoïsme, de la dureté de cœur ? Les véritables aveugles ne sont-ils pas ceux qui ont des yeux du cœur fermés face à la beauté de la Création, aux semences d’espérance, à la misère des autres ? Ceux qui ne savent plus où mettre les pieds, qui évoluent à l’aveuglette, sans vision ? Agités comme des dingues dans le tourbillon de la surcharge de travail, ils courent après le vent, ne sachant plus distinguer l’essentiel de l’accessoire, discerner où est le vrai chemin…  

Oui,  que faisons-nous encore là ce dimanche ? Sinon venir  à la Fontaine d’où jaillit la vie divine, y laver nos yeux pour les débarrasser de la boue qui les aveugle spirituellement ! 

Alors Jésus dira à Bartimée : « Va, réintègre la société, ta foi t’a sauvé !« . Dites-moi : quelle est cette foi efficace, opérante, qui sauve ? C’est celle qui, dans la confiance, fonce, s’obstine malgré les obstacles ! Aussi, lorsque les écailles qui obstruaient sa vue sont tombées de ses yeux, la 1ère personne que Bartimée a pu voir, c’est Jésus lui-même, qui nous ouvre une nouvelle page de vie à remplir !…

Après la rencontre : Bartimée s’est engagé à suivre Jésus, sa vie s’est métamorphosée. Suivre Jésus non plus en s’accroupissant au bord du chemin, mais comme le souligne Saint Marc, debout sur le chemin, qui mène absolument à la passion, à la croix et à la résurrection !

                                                                                Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Homélie du 30ème dimanche  ord B : La guérison de l’aveugle Bartimée