Homélie du 2ème dimanche de Carême C : Transfiguration ou Révélation
Lectures : Gn 15, 5-18 ; Ps 26 ; Ph 3, 17-4, 1 ; Lc 9, 28b-36
Mes sœurs et frères, Jésus savait que le drame qui l’attendait, allait certainement dérouter, déstabiliser ses disciples. Je renvoie ici aux disciples d’Emmaüs tout à fait désappointés : « Nous, on croyait que c’était lui le messie, hélas ! »
Alors, pour les rassurer et soutenir leur espérance, Jésus va leur révéler la gloire qui l’attend, la gloire qui vient, qui nous attend … question de nous faire saliver ! Ce flash, c’est pour que nous comprenions que nous sommes destinés à partager sa gloire. C’est la gloire dont parle saint Jean : « Nous avons vu sa gloire (sur le mont Thabor) » (Jn 1,4). Jésus lui-même la réclame : « Père, donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi ; je veux que mes amis contemplent ma gloire« (Jn17, 24). C’est encore la gloire que mentionne saint Paul : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler! » (Rm 8, 18). Et c’est enfin celle que nous évoquons à la messe après la Consécration : « Nous attendons ta venue dans la gloire« …
C’est elle, en effet, qui fonde notre espérance ! En tout cas, c’est un rêve auquel moi personnellement j’aspire de tout mon cœur !
Pour ce faire, Jésus choisit le même trio, c’est-à-dire Pierre, Jacques et Jean, les trois mêmes qu’il choisira pour l’accompagner au Jardin de son agonie, à Gethsémani. Et là, il fut transfiguré à leurs yeux, son visage se couvrit de l’habit de Dieu, à savoir la lumière… Quand tu pries en profondeur, sais-tu que l’aspect de ton visage change ? Ton visage intérieur transparaît … Et là, qui voit-on ? Les deux colonnes de l’Ancien Testament, Moïse et Elie, pour signifier que c’est lui, le Christ, qui éclaire et accomplit l’enseignement de Moïse (Tables de la loi), l’enseignement des prophètes représentés par Elie. Avec Jésus, ils parlaient de sa passion, de sa mort et de sa Résurrection…
En contemplant la face éclatante, glorieuse de Jésus, Pierre est saisi d’un sentiment océanique (sentiment de plénitude et de fusion à quelque chose qui nous dépasse). Plongé dans l’intimité de Dieu, immergé dans l’océan de son amour infini, dans lequel le temps n’existe plus, il s’extasie. C’est l’expérience de fulgurance, d’étincelle d’éternité ! Il propose alors de dresser trois tentes dans ce jardin de délices, pour qu’ils y demeurent à jamais.
A ce moment, d’une nuée, Dieu va se manifester en confirmant la nature divine de Jésus comme au jour de son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui que j’ai choisi : écoutez-le – sa Parole dévoile mes secrets !« . Les trois disciples-missionnaires ont rendu après témoignage de cet événement inédit aux autres disciples et à des milliards de personnes à travers les siècles. La voix, atteste saint Pierre, ils l’ont effectivement entendue : « Nous avons entendu nous-mêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte » (2 P 1, 18) !
Sauf que sa demande de construire les tentes n’a pas été exaucée ! Parce que la vie, ta vie, continue et à ras de terre, il faut boire la coupe jusqu’à la lie… Aussi, une fois irradié du soleil de Dieu sur la montagne sainte (tes moments d’adoration, de communion avec le Dieu Trinitaire), il convient de redescendre dans la vallée pour transmettre la lumière que tu as accumulée. Redescendre dans la vallée où bat le pouls de l’histoire. C’est là, avec tes doutes, tes balbutiements, tes questionnements, tes révoltes, tes frustrations, tes échecs, tes réussites, que tu es appelé.e à être un ferment au coeur de la pâte du monde. C’est là, dans ton biotope, que tu vas continuer à t’émerveiller des signes que la vie t’envoie, bref que tu dois à ton tour transfigurer le monde, entre autres par ta joie, la flamme de ton sourire, de ton regard bienveillant, les énergies positives qui transparaissent sur ton visage. Jésus te l’a signifié expressément : « C’est toi qui es la lumière du monde » (Mt 5, 14).
Tu découvriras également dans la vallée du monde, la lumière qui brille au fond du cœur de chaque être humain. La vraie spiritualité, n’est-ce pas celle qui reconnaît la lumière divine qui rayonne en tout homme ?
Vital Nlandu, votre curé-doyen



