De l’hygiène de vie

Homélie du 16ème dimanche ord. B : De l’hygiène de vie

                           Lectures : Jr 23, 1-6 ; Eph 2, 13-18 ; Mc 6, 30-34

Mes sœurs et mes frères, les choix de notre style de vie influencent à coup sûr notre bien-être physique, moral et spirituel. Dimanche dernier, Jésus a envoyé ses disciples en mission avec des consignes claires et précises : ils doivent travailler en équipe. Quand les coéquipiers se soutiennent, le rendement est meilleur. Il leur faut  une diète spirituelle : le détachement, la sobriété heureuse. Qu’ils prêchent la conversion, le changement du regard sur eux-mêmes, sur les autres, sur la nature et sur Dieu. Et enfin, qu’ils guérissent, c’est-à-dire qu’ils réconfortent les gens, l’Evangile étant un antidote sûr contre le désespoir. Jésus les a d’ailleurs prévenus : certaines personnes les enverront bouler, tandis que d’autres leur feront bon accueil.

Après cette expérience de premier stage missionnaire, dans la page d’Evangile de ce dimanche, l’heure est au débriefing. En effet, le suivi de tout projet, y compris pastoral, requiert après son élaboration et sa réalisation, un temps d’évaluation, pour tirer des leçons de succès ou d’échec. Sur ce, Jésus les convie dans un endroit désert, avec comme disposition à respecter, l’hygiène de vie : se (re)poser ! Il y a un seuil de surcharge pastorale, professionnelle, de responsabilité familiale, de bénévolat ; un point critique de tension nerveuse, de stress à ne pas dépasser, sinon c’est le clash, l’exténuation, le surmenage !

Chers amis, le temps pour soi, le silence, le ressourcement, la détente sont devenus des luxes en nos jours. Nous courrons tous après le temps, tourneboulés par un tourbillon de tâches à accomplir. Et puisque tout excès nuit, que trop tendue, la corde casse, les conséquences ne se font pas attendre. On coule dans le burn-out (syndrome d’épuisement professionnel). Rompus de fatigue et tellement tiraillés de l’intérieur, on devient irascible, démarrant au quart de tour pour un rien. L’intelligence émotionnelle se volatilise, on bousille ses relations… Les couples se disloquent : plus de moments de qualité, d’écoute, de complicité, d’émerveillement. On se ferme au dialogue.  Quant à l’éducation des enfants,   on baisse les bras: on ne sait plus suivre, on se fiche de la tendresse et de la présence dont ils ont tellement besoin… La foi elle-même est mise au rancard : quand l’intimité avec Dieu dépérit, demain on dira qu’il n’existe pas !

En fait, à quoi sert-il de gagner les honneurs, les richesses du monde entier si c’est au prix de sa santé, de sa vie, de ses relations, de sa famille, de sa foi ? On devrait peut-être y penser !

En tout cas, il est urgent d’apprendre à prioriser, à distinguer l’accessoire de l’essentiel, le désir du besoin. Aussi excitant et enivrant soit-il, le désir est impermanent, le besoin demeure fondamental. Que peut-on faire sans argent, m’a-t-on demandé un jour ? Ma réponse : tout ce qui est important …, que l’on ne sait ni vendre ni acheter !

                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Témoins de l’Evangile

    Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire B : Témoins de l’Evangile

                Lectures : Am7, 12-15; Ps 84; Ep 1, 3-13; Mc 6, 7-13

Mes frères et mes sœurs, c’est un devoir  moral : celui qui a rencontré le Christ ne peut pas le garder pour lui-même, il doit l’annoncer. « Malheur à moi si je n’annonce l’Evangile » (saint Paul). Et le messager de la Parole de Dieu est un envoyé. Envoyé où ? Au chantier de Dieu, qui est ce monde, sa famille, son lieu de travail, son UP… A chaque fin de messe, en effet, nous sommes envoyés en mission : Ite, missa est (Allez, c’est la mission) ! La mission est une saisissante révélation intérieure de ce que Dieu veut que j’accomplisse – cela requiert au préalable un discernement éclairé – avec les dons, les talents, les aptitudes, bref tous ces trésors qui grouillent au fond de moi, les bénédictions dont il m’a comblé en Jésus-Christ (2ème lecture). En effet, chaque être humain est doté d’une mission à remplir sur cette terre. Alors, dis-moi : quelle est ta mission, ta raison d’être  aujourd’hui ?

Cependant, toutes nos missions tendent vers un seul but : l’amour. C’est ce qu’insinue sainte Thérèse de Lisieux lorsqu’elle dit : « J’ai compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout « .

La page d’Evangile fait état de la 1ère tournée missionnaire des apôtres. Jésus leur donne trois consignes précises :

*Aller en duo, deux par deux. Pas seulement parce que selon le droit juif, un témoignage n’est valable que s’il est attesté au moins par 2 témoins, mais aussi et surtout pour l’efficacité de la mission. « L’union fait la force » (devise du royaume de Belgique). Dans le management, on parle du partenariat, du travail intersectoriel, des synergies… Je renvoie ici au synode sur la synodalité  avec ses 3 axes : communion, participation et mission. Nous sommes ainsi appelés à marcher ensemble en promotionnant  le travail en équipe, la concertation, le concensus… Les ouvriers du chantier de Dieu se soutiennent mutuellement. Ils ont  la même compréhension de la mission. Même dans l’adversité, ils font cohésion.

*Jésus conseille une diète spirituelle : la sobriété heureuse !  Il faut se dépouiller, se détacher pour garder sa liberté intérieure par rapport aux biens matériels. « Ni pain, ni sac, ni argent » : la tentation de notre société de surconsommation, n’est-ce pas le goût d’emmagasiner des choses en trop et inutiles,  d’accumuler  du superflu ? Il n’y a pas d’éveil spirituel sans pauvreté de cœur ! Voilà pourquoi on se prépare à célébrer la pâque chrétienne par le carême-jeûne. Il y en a qui choisissent de faire l’expérience du désert pour se reconstruire et se ressourcer, le désert étant un incubateur de sanctification de soi. Seuls 2 objets sont permis : un bâton de pèlerin et des sandales, pour faciliter la marche.

*Se laisser accueillir. Mais si l’on vous refuse l’hospitalité, autrement dit si la Bonne Nouvelle est rejetée, comme c’est le cas du prophète Amos (1ère lecture : « Va-t’en d’ici avec tes visions« ), il faut, sans rouspéter ni harceler les gens, « secouer la poussière de ses pieds« , couper court et partir … !

Il est clair que toutes ces consignes renvoient plus non pas à une manière de faire, mais d’être. Nous n’avons pas à vendre un message, mais à en témoigner. Le témoignage évangélique est un must pour remplir la mission qui nous est assignée : convertir les gens (les aider à avoir un regard tout autre), chasser les démons (lutter contre les injustices humainement insoutenables, combattre les forces du mal) et guérir les malades (soigner les blessures qui piquent et esquintent les gens de l’intérieur).

Christ aujourd’hui nous appelle ; Christ aujourd’hui nous envoie !

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Tenez bon !

                          Homélie du 14ème dimanche ord B : Tenez bon !

                             Ez 2, 2-5 ; Ps 122 ; 2 Co 12, 7-10 ; Mc 6, 1-6

Mes sœurs et mes frères, dimanche dernier nous avons eu le témoignage de foi de Jaïre au Dieu de l’impossible. Et après avoir relevé sa fille, Jésus a ordonné qu’on lui donne à manger. Si le vivant se nourrit de nourriture, le baptisé se nourrit de l’eucharistie. C’est la raison de notre présence en cette cathédrale où le Seigneur nous convie à la table de sa Parole et à celle du Pain de vie. Sauf qu’aujourd’hui, le décor change : nous passons du témoignage de la foi à l’incrédulité.

Dans la 1ère lecture, le prophète Ezéchiel est envoyé auprès d’un peuple rebelle qui se détourne de Dieu. Le même son de cloche retentit dans la page d’Evangile : Jésus lui-même est voué à un cuisant échec dans son propre village. Le point culminant de ce revers est la croix : il y est pendu par rejet ! Cela est confirmé dans le prologue de l’Evangile de Saint Jean :  » Il est venu dans son propre pays, mais les siens ne l’ont pas accueilli » (Jean 1, 11). Et François d’Assise de renchérir : »L’amour n’est pas aimé » !

Certes, les compagnons d’enfance de Jésus tombent dans l’admiration. Ils admettent ses indéniables charismes : Jésus parle avec sagesse, il pose des actes de bonté, de guérison…, mais de là à reconnaître en lui le messie, ils ne parviennent pas.  Tant qu’ils continuent de regarder ce charpentier bien ordinaire qu’ils ont connu d’une manière humaine, l’image qu’ils ont de Jésus reste à ras de terre ! En effet, au-delà des apparences, chaque être humain est tout autre ! Seul le regard sublimé, transfiguré, qui découvre l’étincelle divine en chaque personne, le perçoit. 

Oui, Jésus le charpentier a dû travailler non seulement le bois, mais aussi des cœurs bien plus durs que le bois ! Et pourtant, il ne s’en offusque pas et ne force la main de personne. Il poursuit sa mission malgré le rejet…  Voilà donc une leçon : avons-nous alors le droit de nous plaindre ou de dramatiser nos difficultés aujourd’hui à transmettre la foi ? Je pense aux acteurs pastoraux (prêtres, diacres, coordinateurs pastoraux, assistants paroissiaux, catéchistes) et à ceux qui sont associés au ministère d’ensemencement (parents, grands-parents, professeurs de religion…).  Annoncer la Bonne Nouvelle aujourd’hui n’est pas une sinécure.  Certains déchantent, se découragent face à l’indifférence de notre société aux choses de Dieu.  Ce que je peux comprendre tant et si vrai que le constat est sans appel : les gens s’éloignent de plus en plus de Dieu. Nous vivons dans une société sécularisée, déchristianisée qui, même si certains ne sont pas nécessairement rebelles à Dieu, avouent gentiment qu’ils n’en ont pas besoin. Dites-moi, comment faire boire de l’eau à un âne qui n’a pas soif ? Comment partager le don de la foi, transmettre à ses enfants, à ses petits-enfants un héritage spirituel dont ils se fichent ?

Et pourtant, c’est dans ce monde postmoderne que Dieu nous envoie. Contre vents et marées, sans prosélytisme, mais avec respect, humilité et patience, nous sommes appelés à proposer aux gens le « goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 33, 9), à semer aujourd’hui plus que jamais la Parole, les valeurs évangéliques au milieu de broussailles.

Et mine de rien, la grâce qui se déploie dans la faiblesse, dans les pauvretés offertes et un dynamisme qui échappe à l’observation, fait son œuvre. Le Royaume de Dieu est comme un levain dans la pâte, une force discrète que rien n’arrêtera.

C’est tout aussi vrai que, parfois, on voit mieux certaines choses avec les yeux qui ont pleuré. Les épreuves, les échecs sont source d’humilité qui, étymologiquement parlant,  vient de «humus», qui signifie terre féconde !   Ils nous prédisposent à plus d’abandon et de confiance en Dieu.  Martin Luther raconte sa liturgie du coucher : « Je vais dans ma chambre et je jette les clefs aux pieds de mon Seigneur en lui disant : ‘Seigneur, c’est ton affaire et non la mienne. C’est sans moi que tu l’as conservée depuis le début du monde, sans moi tu peux bien la conserver jusqu’à l’éternité’« .

Comme qui dirait : tout est entre les mains de Dieu ! Il ne se lasse pas d’espérer la conversion de son peuple et il marche aux côtés de ceux qu’il envoie.

                                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Se laisser toucher par Jésus-Christ

Homélie du 13ème dimanche ordinaire

Lectures : Sg 1, 13-15; 2, 23-24; Ps 29; 2 Co 8, 7.9. 13-15; Mc 5, 21-43

Mes sœurs et mes frères, le rendez-vous eucharistique de ce dimanche nous permet de mesurer une fois de plus la puissance de notre foi. « Ne crains pas » dit Jésus à Jaïre, « crois seulement ! « . L’expression « ne crains pas » revient 365 fois dans la Bible, pour rappeler que c’est chaque jour que Dieu nous exhorte à ne pas être le jouet de nos peurs.

Puisqu’elle alarme, affole, inquiète, la peur inhibe nos ambitions, notre épanouissement ; elle porte atteinte à notre liberté et à la confiance en soi et aux autres. C’est l’antidote de la foi.

La 1ère lecture et l’Evangile évoquent la mort. Il y en a qui n’aiment pas en parler ou carrément qui en font le déni. Pourquoi ? Sans doute parce que dans certaines circonstances, la mort est affreuse, cruelle. Elle arrache à la vie, ravit les gens à l’affection des leurs … La mort peut être un vide, une béance qui crie le manque. Les expressions comme « A nos chers disparus« , « J’ai perdu un être cher…  » en disent long ! Et pourtant, la mort est bien omniprésente, il convient d’en parler d’autant plus qu’elle peut nous inspirer une sagesse de vie. Pour Mathieu Richard, « Il existe 2 types de fous : ceux qui ne savent pas qu’ils vont mourir et ceux qui oublient qu’ils sont en vie ! « 

Notre finitude biologique est tout à fait naturelle, elle est inscrite dans nos gènes : un jour on naît, on devient enfant, adolescent, adulte ; et puis viennent l’usure, la vieillesse, pour finir par la mort. Telle est notre destinée. Elle est entièrement normale, ordinaire puis-je dire, mais en même temps extra-ordinaire dans la mesure où notre vie, ta vie est elle-même une parabole, c’est-à-dire un chemin spirituel où l’on retrouve les traces du Ressuscité…

Nous connaissons désormais la conception de Jésus de notre mort biologique. La fillette vient de mourir et on l’entend dire : « L’enfant n’est pas morte : elle dort« . Il a prononcé les mêmes paroles à la mort de Lazare : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller » (Jn 11, 11). Ces paroles ont une saveur pascale : pour Jésus, la mort est un endormissement, un sommeil en attente de réveil, un passage vers l’autre versant, l’autre rive de la vie.

Ce qu’il faut redouter à mon avis, ce n’est pas la mort bio-physiologique au demeurant inéluctable, mais la mort spirituelle qui est perdition et anéantissement total. C’est la séparation éternelle avec Dieu (Mt 25, 41 ; Lc 16, 19-31). On y remédie par la renaissance spirituelle (Jn 3, 3-5), la reconnexion à la source de la vie (Jn 15, 1-6). Le Dieu de vie n’agrée pas la mort spirituelle, il a créé l’homme à l’image de son immortalité bienheureuse (1ère lecture). Quand nous célébrons l’espérance chrétienne, nous affirmons l’intime certitude qui nous donne à croire que notre avenir est en Dieu. La foi en Jésus Ressuscité est la source de vie qui triomphe de la mort : « Ne t’ai-je pas dit » disait Jésus à Marthe,  » que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?  » (Jn 11, 40). A sa mort, Thérèse de Lisieux dit : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie« .

Je suis admiratif de la foi de Jaïre dans l’Evangile qui espère contre toute espérance. Il tombe aux pieds de Jésus, en signe d’humilité, d’adoration, d’abandon et de confiance… Saisissant alors la main de l’enfant – le toucher, n’est-ce pas un puissant geste « électromagnétique » de tendresse et de bénédiction, qui transmet la chaleur de la vie ? -, Jésus lui dit en araméen, sa langue maternelle : « Talitha koum » (« Jeune fille, lève-toi »).

Dans ma prière de cœur, je demande souvent à Jésus de me toucher par son Esprit, la brise légère qui berce et rafraîchit ; qui transmet sa vie, fait rebondir et guérit toute blessure.

Aussitôt, la jeune fille se leva, marcha et Jésus demande qu’on lui donne à manger. L’être vivant se sustente…, le baptisé se nourrit à la table eucharistique. Nous y sommes, merci Seigneur !

                                                                                Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Le drame du jardin d’Eden… , Jésus le fou !

Homélie du 10ème dimanche ord B : Le drame du jardin d’Eden… , Jésus le fou !

                 Lectures : Gn 3, 9-15; Ps 129; 2 Co 4, 13-5, 1; Mc 3, 20-35

Mes sœurs est mes frères, selon le mythe de la chute de nos premiers parents du livre de la Genèse, la rupture de la relation avec Dieu fait de grands  dégâts comme la gelée dans les vignobles. Elle rend l’homme vulnérable et paranoïaque.

« Qui t’a dit que tu étais tout nu, vulnérable, sans défense ni protection ? » demande Yahvé à Adam. En effet, pour se protéger contre les dangers, la tortue utilise sa carapace, l’escargot sa coquille, le hérisson se roule en boule en dardant ses piquants et le porc-épic ses aiguillons; pour se blinder, se protéger spirituellement contre les forces du mal et de la mort, le chrétien n’a-t-il pas  besoin du bouclier de sa foi ? … La suite du récit fait état d’accusations en cascade : c’est la femme que toi, tu m’as donnée,  qui m’a manipulé; c’est le serpent qui m’a trompé. On se victimise, on se justifie, on  rejette la responsabilité sur l’autre au lieu de se remettre en question, de demander pardon et d’avancer…  

Et moi,  dans mes relations interpersonnelles, lorsqu’adviennent  des  incompréhensions, des litiges, des désaccords voire des conflits, suis-je prompt, pour le besoin de la paix, de la vérité,  de ma liberté intérieure et de mon bien-être personnel,  à reconnaître et à  assumer ma part de responsabilité ?

Loin de Dieu,  on se cache derrière son petit doigt, on est éclaboussé par la honte et on culpabilise au risque de perdre l’estime de soi et de douter même de la Miséricorde de Dieu. Le Seigneur Dieu appela Adam : « Où es-tu donc ? » Réponse : « Je me suis caché« .

Dans  la page d’Evangile, en voyant travailler d’arrache-pied sans manger, se conduisant en prophète et en thaumaturge, sa famille biologique a cru qu’il devenait fou, un dé-rangé. C’est-à-dire  les gens de sa parenté le  déclarent  hors de leur rang, de leur ordre, de leurs usages  conventionnels.   A leurs yeux,  la nouvelle approche de Jésus, sa manière de vivre, de penser, de parler (d)étonne ! Ils se rendent compte que  Jésus n’a plus les mêmes normes, les mêmes codes de langage, de conduite, de croyance que ses contemporains. N’est-ce pas là, chers amis,  notre vocation originelle comme chrétiens : être dans le monde sans être du monde (Jn 17, 15-16) ? Ne sommes-nous pas appelés, comme la truite du printemps, à  remonter le courant, à naviguer contre ce que le pape François aime appeler « la mondanité », c’est-à-dire les valeurs et les pratiques de ce monde ?

Dans le même Evangile, les  scribes,  qui veillent à l’orthodoxie des enseignements religieux, envoyés pour enquêter sur l’activité de Jésus, l’accusent d’être un allié de Béelzéboul, autrement dit d’opérer par la puissance de Satan. C’est grave d’attribuer ce qui vient de Dieu à Satan.  Si Jésus est l’ennemi juré de Satan, comment peut-il encore être son serviteur ? Oser dire que l’Esprit qui guide Jésus  est satanique, impur, que c’est un esprit du mal et de la mort, c’est cracher sur  l’œuvre de l’Esprit Saint qui nous  transforme de l’intérieur, nous transmet la vie divine, répand en nos cœurs l’amour de Dieu (Rm 5, 5).  Aussi, par ricochet,  c’est insulter et maudire cet amour.  Ce blasphème est  irrémissible parce qu’en reniant consciemment  l’amour, en refusant délibérément la Miséricorde  de Dieu, l’on  se coupe ipso facto de la grâce du pardon de Dieu, qui sauve et guérit… Celui qui dit que la source d’eau vive est empoisonnée, ne se condamne-t-il pas à mourir de soif ?…  

Mes sœurs et mes frères, comme animal social, l’homme se construit à partir du réseau de ses relations (Aristote). Par appréhension de les perdre, il est parfois épris de jalousie, gagné par l’angoisse d’abandon, de rejet, le sentiment négatif d’être lâché, délaissé…  Et toi, crois-tu vraiment à la fidélité de Dieu, à son amour inconditionnel pour toi ?

Sache-le : tu appartiens à la nouvelle famille spirituelle de Jésus chaque fois que tu discernes  la volonté de Dieu et essaies de t’y ajuster.

                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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l’Eucharistie, un repas de libération et d’alliance.

Homélie de la Fête-Dieu

           Lectures : Ex 24, 3-8 ; Hé 9, 11-15 ; Mc 14, 12-16. 22-26

Mes sœurs et mes frères, nous célébrons aujourd’hui un mystère épais, le mystère de l’Eucharistie : mystère non pas parce que l’Eucharistie serait irrationnelle ou absurde, mais parce qu’elle renferme une surabondance de sens. Je dirais presque qu’il y en a trop !

Je voudrais en épingler certains :

L’Eucharistie c’est l’expression de notre gratitude, une action de grâces pour tous les bienfaits dont Dieu nous comble par, avec et en Jésus-Christ dans l’Esprit Saint : « Comment donc rendrai-je au Seigneur tous les biens qu’il m’a faits, sinon en élevant la coupe de bénédictions ?  » (Ps 115).

En effet, ce sacrement a traversé l’histoire, c’est une longue tradition ainsi qu’en témoigne la liturgie de la Parole de ce dimanche. Jésus a institué l’Eucharistie au cours du dernier repas avec ses apôtres (la Cène), à l’occasion de la Pâque juive.  Ce repas rituel en famille rappelait la « libération » des hébreux de l’Egypte et l’alliance au Sinaï, scellée avec du sang aspergé – le sang étant un principe vital, la force du lien qui unit deux contractants et un signe de fidélité ! Le repas pascal juif était donc un mémorial traditionnel où l’on se souvenait des bienfaits de Yahvé… Et voilà qu’en ce Jeudi-Saint, Jésus va opérer un changement radical en sublimant ce repas, c’est-à-dire en lui donnant une autre valeur, une nouvelle signification. Après la prière de bénédiction, il dit : « Prenez, ceci est mon corps …  Ceci est mon sang« .  Il se substitua ainsi à l’Agneau de la Pâque. Immolé sur la croix, son sang versé scella l’alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’Humanité. C’est ce que le prêtre dit dans la 3ème prière eucharistique : « Nous présentons cette offrande vivante et sainte pour te rendre grâce … Regarde, Seigneur, ce sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton alliance« . En réalité, la seule et l’unique Messe, c’est la Cène célébrée par Jésus avec les disciples : nos Messes d’aujourd’hui n’en sont pas la répétition, mais l’actualisation perpétuelle. C’est vrai, à chaque Messe, nous vivons en live la sainte Cène.

Chers amis, personnellement, je crois du fond de mon cœur à l’Eucharistie comme source de communion, d’intimité profonde et intense avec Dieu. A la Messe, en fait, on va puiser en Dieu ! Saint Augustin disait aux fidèles à la communion :  » Deviens ce que tu reçois, le Corps du Christ ». Je deviens « Corps du Christ  » dans la mesure où je suis « christophore », porteur du Christ, reflet de sa bonté et de sa beauté, signe de sa présence dans le monde, donneur de « sang », donneur de vie.

« Deviens ce que tu reçois », un bout de pain rompu ! 

Tu le deviens, le jour où tu es rompu de fatigue pour avoir été utile aux autres, pour les avoir servis… et servir, c’est savoir à quoi on sert dans sa famille, auprès de ses amis, dans sa paroisse.

 « Deviens ce que tu reçois », un bout de pain partagé !

 Manger ensemble raffermit les liens entre convives. Voilà pourquoi dans certains foyers, le repas en famille est un moment sacré. On ne vient pas par exemple à table avec son Gsm, avec les écouteurs visés aux oreilles ou encore avec un œil rivé sur la télévision …

Le repas eucharistique consolide les liens de la communauté chrétienne…

Faut-il encore le souligner ? L’Eucharistie est une source d’espérance : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour ! » (Jn 6, 54).  Cette parole de Jésus me donne de croire que la grâce de l’Eucharistie m’ouvre un avenir en Dieu.

Et puis, l’Eucharistie, n’est-ce pas une provision spirituelle sans nulle autre pareille, que Dieu nous donne pour notre pèlerinage sur cette terre ? 

Dans l’Ancien Testament, le prophète Elie et la reine Jézabel n’ont pas d’atomes crochus. Pour sauver sa vie, Elie s’enfuit. Après une journée de marche harassante dans le désert, le prophète n’en peut plus physiquement et psychologiquement.  Il est tellement exténué, vidé qu’il se pose même la question des « à quoi bon ». Je le cite en substance : « C’en est assez maintenant, Yahvé ! Prends ma vie car je ne suis pas meilleur que mes pères ».

Sur ces entrefaites, il s’est endormi lorsque survint un ange, qui le toucha et lui remit délicatement du pain à manger : »Lève-toi et mange, autrement le chemin sera trop long pour toi » (1 R 19, 1-8). Soutenu par ce pain, Elie marcha alors 40 jours et 40 nuits jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Pour les pères de l’Eglise, ce pain de l’ange préfigurait l’Eucharistie, qui nous booste et donne des forces spirituelles pour tenir la route.

Alors, « Heureux les invités au repas du Seigneur »,  ils vivront l’expérience de la communion intime avec le Christ ressuscité !                                                                                  

Vital Nlandu, votre curé-doyen                  

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Jésus prie pour l’unité de ses amis.

Homélie du 7ème dimanche de Pâques B : Jésus prie pour l’unité de ses amis.

      Lectures : Ac 15-17. 20-26; Ps 102 ; 1Jn 4, 11-16; Jn 17, 11b-19

Chers amis, à la veille de sa mort, Jésus livre son testament à ses disciples – « Je suis la Vigne, vous êtes les sarments« ; « Je ne vous appelle plus serviteurs, vous avez acquis un autre statut dans mon cœur : vous êtes mes amis« ; « Je vous laisse un commandement nouveau : vous aimer d’un amour qui soit don (donner, se donner, par-donner), comme moi je vous ai aimés« … -,  puis, en Grand-Prêtre, il intercède.  Il prie son Père dans ce chapitre 17ème de saint Jean, appelé selon la tradition biblique, « la prière sacerdotale ».

Voici les 3 thèmes que je dégage de l’extrait lu aujourd’hui :

  1. L’unité. Pourquoi Jésus prie-t-il pour l’unité des chrétiens ? Parce que c’est réunis que les charbons brûlent ; en les séparant, ils s’éteignent. Parce que c’est quand elles font corps que les fourmis sont capables de vaincre le lion. Parce que c’est par l’amour que  Dieu nous donne part à l’Esprit même qui l’anime (2ème lecture) … Je sais pertinemment bien  que l’évocation du concept « unité » est douloureuse pour certains d’entre nous : je renvoie ici à tous ces liens qui se brisent en laissant de profondes blessures en familles, entre amis … Je pense aux  manoeuvres secrètes qui se manigancent pour nuire, au cauchemar de la haine là où régnait la paix. Oui, instaurer, restaurer la vraie unité passe immanquablement par la pacification des relations entre les hommes. Le pape Jean-Paul II le disait à la Journée mondiale de la paix en janvier 2005 : il n’y a rien de plus fragile que la paix dans le monde, dans nos communautés, dans nos familles, dans nos relations interpersonnelles, dans nos cœurs. La paix demeure un combat permanent, un pari à gagner…Elle est acquise par le dialogue, le compromis, la remise en question, le respect mutuel, la gratitude, la tolérance, le pardon, le combat pour la justice dans l’humilité.

2. Etre responsable, c’est-à-dire apprendre à assumer, à répondre de sa vocation, de sa raison d’être dans le monde. Jésus prie en ces termes : « Je ne te prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais« .  S’il y a 35 ans, j’ai choisi cette parole comme devise sacerdotale, c’est parce que je me disais déjà à l’époque que mes sœurs et frères dans la foi et moi-même le premier, nous ne devons pas dé-missionner de notre mission d’être le sel de la terre. Si notre présence peut s’avérer discrète, comme le sel, sachons toutefois que notre absence rendrait toutes choses insipides. Alors, loin de nous avouer vaincus ou de laisser tomber nos engagements chrétiens,  en l’occurrence aujourd’hui devant la baisse de la foi, qui peut décourager, buvons plutôt  la coupe de notre vie chrétienne jusqu’à la lie. L’Esprit Saint, le feu qui consume et purifie, la bourrasque qui bouscule tout, la colombe de tendresse avec son rameau d’olivier qui annonce la paix et l’espérance, nous accompagne et nous habite. Que le Seigneur nous garde seulement du Mauvais : qu’il nous soutienne devant les forces du mal et de la mort.

3. Etre consacré à Dieu par le lien de la vérité (V 17), comme dit le pape Benoît XVI, c’est se laisser illuminer par la vérité de Dieu même si elle est exigeante. La consécration est une décision personnelle : je fais la promesse, je m’engage à témoigner de ma foi en étant fidèle, vrai et cohérent dans ma relation avec moi-même, avec l’autre, avec la nature et avec Dieu. L’Esprit Saint nous guide en nous conduisant à la vérité tout entière (Jn 16, 12-12).

Et justement, à propos de l’Esprit Saint…  Après l’Ascension du Seigneur, nous voilà entrés avec Marie, dans la semaine d’attente du renouvellement de ce don tellement précieux. En retournant vers son Père, Jésus a laissé à ses disciples la consigne ne pas s’éloigner de Jérusalem pour ceci :  » Vous allez recevoir une Force, alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 4.8). En attendant cette force de feu, l’Esprit Saint, ils étaient au Cénacle (chambre haute) avec Marie, assidus à la prière… Tel est le programme que je vous propose, mes frères et mes sœurs, en cette semaine de préparation à la Pentecôte : nous allons avoir ces lundi, mardi, mercredi et jeudi entre 19h30 -21h00, quatre soirées de prière communautaire et d’enseignements en la cathédrale. L’Esprit Saint  nous ouvre  les trésors des merveilles, des bénédictions, des grâces  de Dieu.

Dieu notre Père, donne-nous aujourd’hui plus que jamais une nouvelle effusion de l’Esprit Saint, afin que notre foi en Jésus-Christ puisse se raviver…  Bonne Semaine du Cénacle !

                                                                                        Vital Nlandu, votre curé-doyen

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