Oser la confiance!

Homélie du 19e dimanche ordinaire A : Oser la confiance!

                     Lectures:  I R 19, 9-13 ;  Rm 9,1-5 ;  Mt 14,22-33

Mes frères et mes sœurs, dans la première lecture, face à ses déboires missionnaires suite à sa lutte  contre l’idolâtrie, le prophète Elie doit  fuir, à travers le désert, les menaces de la reine païenne Jézabel. Il marche 40 jours, 40 nuits. Rompu de fatigue, il déprime même. Pour qu’il ait la force d’arriver au sommet du mont Horeb dit  » Sinaï « , l’ange du Seigneur lui donne du pain mystérieux, qui préfigure déjà le pain eucharistique (I R 19, 1-8). L’Horeb est la montagne de Dieu.  Dans la tradition biblique, la montagne, le désert, sont des lieux privilégiés de ressourcement, de rencontre avec Dieu. Remarquons que, dans l’Évangile de ce jour, Jésus se retrouvant tout seul, gravit aussi la montagne ; Il se met à l’écart pour prier, loin de la pollution sonore et des artifices de la cité… Alors sur la montagne de Dieu, Elie fait l’expérience de la théophanie (manifestation de Dieu). Où, quand, comment, par quoi Dieu se révèle-t-il ? Est-ce par  un ouragan, un tremblement de terre, un feu ? Non, c’est plutôt dans le murmure d’une brise légère. C’est dans le son du silence, l’intériorité que sa présence invisible se fait reconnaître. Sa toute-puissance ne se prouve pas par la force, mais dans sa Miséricorde infinie !

Mes frères et mes sœurs, Dieu vient encore à notre rencontre aujourd’hui ; il nous parle  par la voie de notre conscience dans le recueillement, la prière, la méditation de sa Parole ; par la voie des autres;  par le biais de la nature, qui  regorge des empreintes de son créateur ;  par les évènements de notre vie…. Tout est signal de Dieu qui vient à notre rencontre!  Il nous revient d’acquérir l’intelligence des signes. Dans la même veine, saint Paul dans la 2ème lecture,  est profondément ému, il est  même découragé. Il ne comprend pas l’hostilité que lui réservent ses compatriotes quand il leur annonce l’Evangile. Ces derniers ne sont pas parvenus à discerner les privilèges dont ils ont bénéficié de Dieu, les signes de la grâce ! L’appel à adhérer au Christ qu’Israël a reçu est resté sans effet alors qu’il y a été préparé depuis longtemps au travers des alliances, des promesses de Dieu, des patriarches et par-dessus le marché, le Christ lui-même est né de leur race! Mais le peuple élu n’a pas accueilli l’Evangile.

Quant à lui, Jésus « oblige » ses disciples à  le précéder sur l’autre rive au milieu d’une mer de Galilée démontée, pour qu’ils fassent  dans la nuit, l’expérience de leur peu de foi.  Quand tout se déchaîne, l’homme prend peur, sa foi vacille. Nous cherchons alors des assurances, nous doutons comme Pierre, qui met même Dieu à l’épreuve :  » Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux « . Mais tout en restant encore vrai avec lui-même, c’est-à-dire en n’osant pas renoncer à son bon sens et sa rationalité, se rendant compte  qu’il perd quand même pied, il crie son désespoir : « Au secours !« .  Ce qui rassure, toutefois,  c’est  que quand l’homme est faible, Dieu déploie sur lui toute la mesure de son Amour… Jésus sait pertinemment que nous ne sommes pas champions de la foi ; il sait que dans notre vie personnelle, familiale, communautaire … il nous arrive d’affronter une mer déchaînée qui nous jette les vagues à la figure. Il se trouve parfois  que notre barque s’enfonce sous les flots des revers et tragédies insoutenables. A ce moment-là, atterrés, nous avons besoin de nous agripper à une main. Jésus nous propose alors la sienne, celle-là même  qui a sauvé Pierre …  Dans notre tradition, la barque c’est aussi l’Eglise qui, depuis vingt siècles, a levé l’ancre, largué les amarres pour naviguer dans les eaux du Monde. C’est vrai que cette barque est parfois malmenée par les vents contraires, mais Dieu est au contrôle; il ne l’abandonne jamais.

Chers amis, dois-je encore souligner  qu’au temps de Jésus, chez les Juifs, les abîmes marins sont le repère des forces du mal et de la mort, le lieu de tous les dangers ?  En marchant sur les eaux, Jésus montre visiblement  qu’il écrase et anéantit les forces mortifères.  « Confiance » dit-il, « c’est moi « , autrement dit, je suis avec toi ! …  Alors, au lieu de focaliser ton regard sur tes problèmes et difficultés, pourquoi ne pas garder en ligne de mire ce Jésus qui, par la puissance extraordinaire de sa résurrection, te donne la force de rebondir et d’avancer libre et libéré  de la servitude de tes peurs ?

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Quel est ton trésor ?

                 Homélie du 17ème dimanche ord. A : quel est ton trésor ?

                              Lectures : 1 rois 3, 5.7-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52

Mes frères et mes sœurs, cher ami, chère amie, s’il te faut prioriser, hiérarchiser tes désirs et aspirations, sur lequel miserais-tu au point de tout sacrifier, autrement dit : quel est ton trésor ? Serait-ce l’argent, le pouvoir, l’amitié, ta famille, ta santé, ta dignité, … ? Et si Dieu te disait : « Demande-moi ce que tu veux « . Que réclamerais-tu ?

Nous connaissons le dicton : « L’homme propose, Dieu dispose« . Moi, je renverse cette locution : c’est plutôt Dieu qui propose et l’homme dispose ! Car si la foi est don de Dieu, l’homme y adhère librement. Et pour ceux qui croient, Dieu fait tout contribuer à leur bien (2ème lecture). Aussi s’adresse-t-il au jeune roi Salomon en ces termes : « Demande ce que je dois te donner ! » (1ère lecture). La réponse de ce jeune homme est devenue un modèle d’humble prière faite de désintéressement. Salomon ne demande pas la déroute de ses adversaires, ni la richesse matérielle, la sécurité, la gloire, de longs jours ou autres avantages … Cependant, s’il tient à une chose pour accomplir au mieux sa mission, donner du sens à sa vie,  c’est la sagesse, la lucidité de discerner ce qui est bon ou mauvais, utile ou superflu devant des choix à faire, des décisions parfois difficiles à prendre.

Dans la même optique, la page d’Évangile d’aujourd’hui évoque le Royaume de Dieu. Ce thème est le cœur même du message de Jésus : sa mission primordiale est d’annoncer et d’inaugurer,  par son style de vie, son verbe, sa présence agissante,  sa résurrection, le Monde à venir qui n’est pas encore là, certes, mais se donne à se conjuguer déjà au présent. Notre objectif missionnaire, c’est de diligenter sa venue.

Mais c’est curieux ! Du peu que nous avons compris de l’Evangile – comme aimait le dire le Frère Roger de Taizé -, quand Jésus parle du Royaume, il n’en explicite pas la notion. Chaque fois qu’il en fait cas, il utilise plutôt un langage allégorique, métaphorique, le langage des paraboles. Pourquoi cette extra-ordinaire pédagogie ? Sans doute parce qu’en ouvrant l’emblématique Royaume à tous, sans distinction, Jésus a voulu  que chaque  génération, que chaque peuple s’en approprie la pertinence (bien-fondé) et l’accueille   au coeur même de son identité et de  ses particularités  culturelles. Le Royaume pointe tout juste à l’horizon,  il est à dé-couvrir. C’est un trésor enfoui, caché, à repérer chez les semeurs d’espérance ; une perle précieuse à rechercher auprès  des femmes et des hommes de bonne volonté pour qui et par qui l’action de Dieu se manifeste. Des témoins d’Evangile qui choisissent d’adopter humblement le style de vie de Jésus. Et choisir, c’est renoncer !

En Palestine, à l’époque du Christ, il n’y avait pas de banque à chaque coin de rue comme aujourd’hui. Pour protéger leurs économies, les gens mettaient leur argent dans une cassette qu’ils enterraient dans un champ. Il arrivait que le propriétaire meure sans avoir pu révéler le lieu de sa cache. Des mois, des années plus tard, travaillant, labourant la terre, un cultivateur pouvait tomber dessus par hasard ! Figurez-vous alors sa jubilation. Si le terrain n’était pas à lui, il était capable de brader tous ses biens, les liquider pour s’approprier la terre et avoir le trésor…

Chers amis, vous savez combien nous sommes tous capables de faire d’énormes sacrifices pour avoir ce qui nous tient à cœur. Là où est ton trésor, c’est là que se trouve ton cœur ! Voyez les étudiants qui, pendant le blocus, sacrifient des soirées, des sorties … Les sportifs qui se privent de tant de choses pour être à la hauteur, avoir la forme… Des parents, des grands parents qui se sacrifient pour les études, l’éducation de leurs enfants … Nous arrivons ici à la pointe de la parabole : pour Jésus, le Royaume de Dieu est une réalité tellement précieuse qu’il vaut la peine de tout sacrifier pour le découvrir et vivre de ses valeurs. Beaucoup l’ont fait : Saint Paul dira aux Philippiens (3, 4-10) : « J’ai tout perdu ! Je considère mes avantages d’antan comme des ordures au regard du gain suréminent qu’est la connaissance de Jésus-Christ et la puissance de sa résurrection« . François d’Assise, le patron de notre UP, a dû faire, lui aussi, un choix radical : se désencombrer des richesses matérielles pour s’enrichir du don de Dieu … La vie de ces témoins,  qui ont fait la joie de Dieu au long des âges, a été elle-même une parabole, c’est-à-dire un chemin spirituel où l’on retrouve les traces du Dieu vivant.

Chers amis, ne lâchons pas pied, continuons inlassablement à chercher le trésor, à nous accrocher à l’Amour de Dieu et à le refléter pour qu’à jamais s’établisse autour de nous et ailleurs, un monde où prédominent la justice, la paix et la concorde pour le bonheur de tous et la joie de Dieu. Oui, la joie de Dieu, n’est-ce pas notre force ?

                                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Venez à moi !

Homélie du 14ème dimanche ordinaire A : Venez à moi !

Lectures : Za 9, 9-10 ; Ro 8, 9-13 ; Mt 11, 25-30

En clamant : « Je proclame ta louange, Père ! « , Jésus nous partage l’intime relation qui l’unit au Père. Et s’il bénit le Père, c’est pour son Amour de prédilection envers les pauvres, les petits, qui vivent l’enfance spirituelle en accueillant humblement le don gratuit de cet Amour ! Pour Georges Bernanos, « notre monde meurt faute d’esprit d’enfance« … Dans sa chanson « Mille colombes », Mireille Mathieu nous convie aussi au retour à la source d’enfance : « Que la paix soit sur le monde pour les cent mille ans qui viennent. Donnez-nous mille colombes à tous les soleils levants. Donnez-nous mille colombes et des millions d’hirondelles. Faites un jour que tous les hommes redeviennent des enfants ».

Redevenir un enfant dans le contexte de la foi chrétienne, c’est être réceptif à l’Evangile, s’abandonner à la grâce de Dieu. Jésus déplore la prétentieuse suffisance des sages, des savants de ce monde, en l’occurrence l’arrogance de l’élite intellectuelle juive (grands prêtres, scribes, docteurs de la Loi, pharisiens) qui récuse et rejette son Evangile. Pour ces gens-là, l’Evangile est un scandale, une folie (1 Co 1, 23). Promotionnant lui-même son message, il atteste qu’il n’est pas liberticide, ce n’est pas une camisole de force, c’est plutôt du baume au cœur, du repos, de la consolation. « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger« … Pour lui, on n’approche pas Dieu au bout d’une réflexion personnelle, mais en accueillant simplement, comme un enfant, dans la confiance et l’abandon, la Révélation, la confidence qu’il te fait encore aujourd’hui : Dieu t’aime gratuitement, sans mérite de ta part ; il t’aime comme tu es, comme tu deviens, sans condition ! Le sais-tu seulement ?

« Personne ne connaît le Père sinon le Fils Devenez mes disciples« , c’est-à-dire des femmes et des hommes qui connaissent Dieu. La connaissance dans la Bible, c’est l’expérience d’une relation tout à fait particulière, intense avec quelqu’un. Connaître Dieu, c’est vivre une intimité mystique avec Lui. Faut-il encore le rappeler, les amis : la foi, ce n’est pas d’abord une affaire de dogmes ou encore de code de conduite morale, mais l’alliance vivante avec le Dieu Trinitaire, la relation personnelle, profonde et confiante que l’on entretient avec Lui.

Se fondant sur cette foi, Jésus exhorte celles et ceux qui se sentent chargés et écrasés de le rejoindre. « Venez », autrement dit : ne vous enfermez sur vous-mêmes, venez à moi vous qui êtes tellement fatigués, découragés ; vous qui ne voyez pas d’issue ; vous qui vous sentez perdus ; qui ployez sous le poids de vos blessures morales, de votre culpabilité, de vos inquiétudes, de vos questions sans réponse ; qui ployez sous le poids des promesses fallacieuses, des trahisons, du deuil, de l’injustice, de la solitude du cœur, des difficultés de santé … Venez au repos en ma présence !

Certes, ce repos ne nie pas les vicissitudes de l’existence, mais aide à y faire face, à les surmonter… Parfois, on entend : « Je me demande comment font ceux qui n’ont pas la foi, comment s’en sortent-ils ? » Les croyants qui parlent ainsi font certainement l’expérience de ce qu’écrit Isaïe : « Ceux qui comptent sur le Seigneur reçoivent des forces nouvelles. Ils prennent leur essor comme l’aigle ; ils courent sans se lasser, ils marchent sans s’épuiser  » (Is 40, 31). Et le psalmiste : « Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés » (Ps 144).

Jésus nous invite ainsi à le laisser porter notre fardeau avec nous, à aligner les pas de nos chemins de croix sur les siens ! Il nous soulage des pesanteurs qui plombent nos vies.

Tout naturellement, il ne remplace pas le Forem qui aide les chômeurs à trouver un emploi ; le CPAS qui garantit un revenu minimum à ceux qui disposent des moyens de subsistance insuffisants ; l’hôpital qui soigne les malades … Il ne résout pas nos problèmes d’un coup de baguette magique. Ce qu’il donne, c’est plutôt quelque chose que le monde ne sait pas donner, à savoir : le repos spirituel, la paix intérieure. Cette sérénité, c’est celle qui se reflète par exemple sur le visage du croyant malade, qui souffre atrocement et qui sait parfois qu’il va mourir. Son secret, c’est son espérance : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler » (Rm 8, 18). Paul Claudel a été inspiré en écrivant : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance humaine. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais la remplir de sa présence ! » Avec Jésus, nous ne sommes pas seuls sur notre chemin, il nous accompagne et même nous habite. La grâce de sa présence nous rassure, nous guérit intérieurement et nous ouvre à l’espérance.

                                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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un Evangile paradoxal !

              Homélie du 13ème dimanche A : un Evangile paradoxal !

   Lectures : 2 R 4, 8-112.14-16, Ps 88 ; Rm 6, 3-4. 8-11 ; Mt 10, 37-42

Mes frères et mes sœurs dans le Christ Jésus, la logique de l’Evangile, en l’occurrence celle de ce dimanche, semble invraisemblable.  Elle exige de nous de changer de logiciel, c’est-à-dire de voir autrement les choses, d’adopter un autre style de vie. Sinon comment comprendre que pour trouver, gagner sa vie, il faut la perdre ; pour être élevé, grandir, il faut se rabaisser, servir, laver les pieds des faibles ; pour être le premier, il faut être le dernier ; pour vivre, il faut mourir à soi comme le grain de blé porté en terre ? Saint Augustin le dit en ces termes : « Ce qui se perd aux semailles se retrouve à la moisson » …

Certes, c’est une logique déroutante, et pourtant tellement efficace et féconde. Oui, risque, ose un jour être humble – l’humilité que Maurice Zundel appelle l’offrande agenouillée de l’amour -, et tu verras : tu désarmeras plus d’un !

Dans la même veine, le 1er verset de la page d’Evangile de ce dimanche paraît choquant : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ».  Dieu serait-il jaloux, s’opposerait-il à nos affections familiales, humaines ? L’amour que l’on a pour l’un peut-il être comparable à celui que l’on a pour un autre, dès lors que chaque amour a ses propres contours et sa propre légende ? Est-ce qu’une maman peut, dans l’absolu, dire qu’elle préfère tel enfant à un autre ?…  Pour moi, le cœur de l’homme est comme une mosaïque de points lumineux : j’entretiens avec chacun de ces points, dans la spécificité de son  contexte, un lien particulier, unique. L’amour que j’ai pour Dieu, pour ma mère, pour une amie, un ami … est tout autant incomparable, sans pareil.

En effet, quand Jésus nous dit de le préférer à tous, c’est pour élever la cote, l’étoffe et la qualité de l’amour que nous avons pour nos bien-aimés. Si nous l’aimons d’abord, si nous commençons par aller boire à la fontaine de son Amour ; si nous nous laissons brûlés par le Feu intérieur, l’Esprit Saint, qui purifie, notre amour sera transformé, sublimé. Nous aimerons alors les autres en vérité. Tel est mon enseignement de ce dimanche : par l’Esprit Saint, l’Amour du Christ renouvelle le nôtre en amour-don, qui donne, se donne et pardonne. Il soutient nos efforts de renoncement à nous-mêmes, car sans renoncement à soi-même, on n’est pas disciple du Crucifié. Il nous libère de nos pulsions narcissiques, de notre égocentrisme et axe notre vie sur Dieu et sur le prochain. « Celui qui ne prend pas sa croix » dit Jésus,  » n’est pas digne de moi« . Prendre sa croix, c’est apprendre à assumer sa vie, y compris dans ce qu’elle a de revêche; mais aussi à mourir à soi-même, à ne plus regarder son nombril mais bien celui des autres. Comme Jésus, je me sacrifie, je donne ma vie pour que l’autre vive. Je suis acteur et responsable de sa vie, mais dans le respect de sa liberté.

L’Amour gratifiant de Dieu rend ainsi nos stérilités fécondes (1ère lecture), il fait de nous de vrais témoins d’Evangile, qui accueillons quiconque nous demande un service, une attention, une prière, un sourire, un regard bienveillant, une écoute empathique … et même un simple verre d’eau.  « Qui donne au pauvre prête à Dieu » (Victor Hugo).

Ce qui motive l’accueil et d’hospitalité du disciple de Jésus-Christ, c’est de savoir qu’il a reçu gratuitement : « Vous avez reçu gratuitement, donnez aussi gratuitement » (Mt 10, 8). Et saint Paul de renchérir : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7) … 

Le disciple donne de plein gré, sans regret ni contrainte. Sa façon de donner vaut mieux que ce qu’il donne. La générosité s’accommode mal des comptes d’apothicaire : « Si tu as beaucoup, donne abondamment ; si tu as peu, donne peu mais volontiers » (Charles Gobinet).

Mon Dieu, comme je voudrais être un pain de vie rompu pour le bonheur des autres !

                                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Homélie de la Pentecôte, Année A

Homélie de la Pentecôte, Année A

Lectures : Ac 2, 1-11; 1 Co 12, 3-13; Jn 20, 19-23

Mes sœurs et mes frères, il y a 2000 ans, les apôtres étaient bousculés par l’avènement  et l’événement de l’Esprit Saint, qui signa pour  ainsi dire  le commencement de la mission de l’Eglise dans le monde. 

L’Esprit Saint, serait-ce  un Dieu inconnu (Ac 19, 1-8) ? En tout cas, pour certains, encore aujourd’hui, c’est  l’apanage d’une élite, c’est pour les illuminés,  un concept théologique accessoire … Aussi dans sa lettre apostolique « Tertio millennio adveniente », le pape Jean-Paul II nous  exhorte de nous appliquerà « la redécouverte de la présence et de l’action de l’Esprit Saint » (n°45). La Pentecôte est,  comme la tortue marine qui remonte à la surface des eaux pour respirer,  l’occasion favorable  de nous lever et de respirer à pleins poumons, d’inspirer profondément le Souffle divin qui oxygène et fait vivre spirituellement. C’est  l’occasion d’invoquer son effusion sur soi-même, sur sa famille, son Unité Pastorale, sur l’Eglise et le monde entier.

Le décor de la page d’Evangile de ce dimanche est planté : l’espace est clos, les disciples sont  rassemblés, le don de l’Esprit Saint  se fait avec  l’envoi en mission. Et comment  le  Ressuscité procède-t-il  au baptême de l’Esprit Saint ?  En  insufflant son Souffle sur les disciples. Ce geste rappelle le récit de la création (Gn 2, 7) et la vision de la vallée remplie d’ossements desséchés qui, grâce au Souffle divin, ont repris vie (Ez 37, 1-14). C’est pour signifier que le Vent de la Pentecôte, printemps de l’Eglise, accomplit  le mystère pascal : tout recommence et refleurit par  la mission du pardon, de la réconciliation avec soi-même, avec l’autre, avec la création et avec Dieu. L’Esprit Saint rend les disciples  capables de  réaliser la mission.

« Recevez … »(Jn 20, 22) : recevoir est un geste qui peut être difficile à effectuer dans notre civilisation postmoderne caractérisée par l’autopromotion, l’autonomie et la toute-puissance du sujet, seul maître de son destin. L’on considère que recevoir aplatit et fait dépendre de l’autre. La main qui reçoit n’est-elle pas en dessous de celle qui donne ?  Il faut un cœur-éponge, humble, ouvert et disposé à recevoir l’Esprit Saint. 

Quelle est l’action de l’Esprit Saint ?Il nous sanctifie, nous configure, nous branche dans le réseau du Dieu trinitaire.  En effet, il n’y a pas de vie chrétienne sans relation personnelle et intime avec l’Esprit Saint, « la boussole intérieure » (pape François) qui nous guide. Il nous entraîne dans l’aventure de la foi  en Dieu et en l’homme; il  nous engage dans l’amour et le service du prochain en nous  éveillant à la bienveillance (2ème lecture). A l’intérieur de chacun de nous, il travaille invisible, discret mais fort…  Il remplit notre cœur de la sérénité et de la paix intérieure, ce premier don que le Ressuscité fait à ses  disciples complétement abasourdis par le scandale de la Croix, blessés de culpabilité d’avoir abandonné Jésus en fuyant, déçus de l’issue de son histoire, craignant de finir comme lui. La paix de Jésus survient au moment où tout semble fini pour eux, au moment le plus inattendu et inespéré, où il n’y a aucune lueur de paix…  A nous qui sommes confinés derrière les portes verrouillées de nos peurs et rêves brisés, de nos déceptions et lassitudes, il nous pousse et nous donne  l’assurance, la force de rebondir,  de fixer notre regard vers  l’horizon pour être présents au monde qui vient.

L’Esprit Saint assure l’unité du Peuple de Dieu au demeurant  différent par la diversité légitime  de ses origines et cultures, de ses races et langues, de ses talents et dons (1ère et 2ème lectures). Là où il y a des tensions acerbes et des déchirements, il suscite la compréhension et la conciliation …

Pour Saint Jean, la preuve patente que  nous sommes en communion avec  Dieu et qu’il est présent en nous, c’est qu’il nous  donne  en partage son propre Souffle (1 Jn 4,  13). Et saint Paul de renchérir : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous ? » (1 Co 6, 19).

 Bonne fête de la Pentecôte à tous.

                                                                                   Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Le Bon Pasteur !

  Homélie du 4ème dimanche de Pâques A : Jean 10, 1-16

Mes frères et mes sœurs, l’Eglise nous donne de méditer aujourd’hui une page d’Evangile qui déploie une fois de plus l’éventail de l’Amour de Dieu. Sachez-le : l’amour n’est pas un attribut, une qualité de Dieu, c’est la substance même qui le constitue, c’est son être : Dieu est Amour ! L’image du berger … et le berger sans nul autre pareil, le « bon », nous le démontre. Il est « pénétré » pour reprendre l’expression du pape François, « de l’odeur de ses brebis« , c’est-à-dire Jésus nous est tellement proche et accessible ; il nous accompagne dans nos peines, nos joies, nos peurs et notre espérance. Il prend sur ses épaules, les brebis fatiguées ou découragées. Et dans la marche, quelle est sa posture, où se met-il ? Il est devant pour indiquer le chemin, son Esprit est éclaireur des consciences. Au milieu : c’est tout le mystère de l’incarnation. Ayant vécu notre condition d’homme, le Ressuscité nous comprend et nous guérit par sa miséricorde. Il est derrière nous pour nous protéger et faire de nous des femmes et des hommes libres et responsables de la conduite de leur vie. Il nous fait confiance…

Chers amis, je connais des chrétiens qui ne sont pas épanouis dans leur pratique religieuse, d’autres doutent. En effet, leur foi ne percole plus, n’apporte plus de sens dans leur vie quotidienne. Et pourquoi ? C’est entre autres parce que leur foi est logée plus dans leur tête que dans leur cœur. Le voyage le plus long qui soit, n’est-ce pas de passer de la tête au cœur (Mère Teresa) ? On aime Jésus dans son cœur quand on noue avec lui une relation personnelle, intime, le toi-et-moi. Et l’édifice d’une telle relation est posé sur 3 pierres, les 3 respirations de l’amour vrai :

*L’écoute : « Mes brebis écoutent ma voix ! ». La foi se reçoit par l’écoute (Rm 10, 14). Il y a une différence entre entendreet écouter. Entendre (audire) ne demande pas d’effort, c’est un acte non intentionnel, qui se fait sans nous. J’entends le klaxon d’une voiture, le vrombissement d’une moto ou la sirène des pompiers. Ecouter, cependant, demande que l’on se rendre disponible. On fait le choix, on prend la décision d’écouter. Nous apprenons à écouter la voix de Dieu qui susurre au creux de nous-mêmes par la méditation et l’accueil de sa Parole, la relecture des événements de notre vie à la lumière de Pâques, dans l’adoration, le silence éternel des espaces infinis … Même si notre société est polluée par le bruit et l’empressement, Dieu continue de nous parler à travers moult signes. Et puisque voix rime avec voie, écouter le bon berger, c’est aussi le suivre en adoptant son style de vie.

*L’appel : « Le bon berger appelle chacune de ses brebis par son nom ». En cette Journée Mondiale de prière pour les vocations, je pense certes à ceux qui sont appelés au sacerdoce ministériel, à la vie consacrée, mais aussi à tous les baptisés appelés au service de la communion, de l’engagement et de la beauté…  Aujourd’hui on parle de la « crise des vocations » comme si le Seigneur n’appelait plus. Rassurons-nous : il continue de le faire. La crise, c’est plutôt celle de l’écoute et des réponses à donner à ses appels. C’est aujourd’hui l’occasion favorable pour chacun de revisiter sa propre vocation : qu’est-ce que je fais des charismes, des bénédictions, du potentiel cumulé dont je suis doté ?

*La liberté : Notre vie, n’est-ce pas un brin de temps donné à notre liberté pour apprendre à aimer ? Le bon berger fait sortir ses brebis. « Faire sortir », c’est un geste de délivrance et de liberté. Moïse fit sortir les Hébreux d’Egypte pour les libérer de l’esclavage ! La métaphore de la porte signifie que c’est par Jésus,  le bon pasteur et le passeur, que nous avons accès à la vie surabondante de grâces (V. 10). L’homme n’est pas ainsi un mort en sursis, c’est un ressuscité en différé. La Bonne Nouvelle, c’est celle du Christ qui nous donne en surcroît la vie de Dieu.

« Que devons-nous faire ? « demandent les auditeurs de Pierre dans la 1ère lecture : ils sont interpellés par sa prédication. Et Pierre de leur dire : convertissez-vous et soyez plongés dans la fontaine baptismale.

Prions ainsi pour que l’Esprit Saint nous aide à nous convertir, autrement dit à changer notre regard vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de la nature et de Dieu. Et que nous soyons cohérents et fiers du beau nom de « chrétien » que nous portons.  

                                                                                          Vital Nlandu, votre curé-doyen

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les disciples d’Emmaüs

Homélie du 3ème dimanche de Pâques A : les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Mes sœurs et mes frères, ce n’est pas par des biens périssables comme l’argent ou l’or que nous avons été sauvés, mais par  le sang précieux de Jésus-Christ, alléluia –amen !

J’ai la joie de vous partager ce week-end une des plus  belles pages de l’Evangile de saint Luc: les disciples d’Emmaüs. On y retrouve tout le menu d’une messe articulé en 4 temps :

1. La liturgie de l’accueil : « De quoi discutez-vous sur le chemin ? » (V.17). On s’accueille en se donnant des nouvelles.

2. La liturgie de la Parole : temps de l’écoute de la Parole interprétée à la lumière de Pâques. « Et il leur interpréta dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait« 

3. La liturgie eucharistique : « Ayant pris le pain, il prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna« 

4. La liturgie de l’envoi : « Ite missa est » (Allez, la messe est dite ou encore Allez, on vous renvoie) et l’assemblée répond : « Deo gratias ! ». Aussi « Ils retournèrent à Jérusalem« . C’est l’urgence de la responsabilité de témoigner du Ressuscité: les deux disciples missionnaires  retournent immédiatement à Jérusalem, retrouver la communauté de sœurs et de frères pour le témoignage.

Soit dit en passant, la  rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie passe souvent inaperçue : pourquoi ? On y va peut-être par habitude; on est absent : emporté dans le tourbillon de ruminations mentales et de soucis de la vie, notre esprit vadrouille et vagabonde en pleine messe. Il arrive aussi qu’on ne soit pas en condition de prier : inconfort, homélie tarabiscotée, liturgie soporifique … La question est de savoir comment, en ce qui me concerne, malgré ces parasites en tout genre, puis-je y reconnaître le Ressuscité et vibrer en sa présence ?

A la mort de Jésus, le groupe des disciples est disloqué. Beaucoup dépriment, ils ne comprennent pas ce qui s’est passé. Les deux marcheurs sont émotionnellement sidérés, enfermés dans l’amertume d’un rêve brisé par le scandale de la croix de leur maître et ami. Ils sont déçus comme beaucoup de nos contemporains qui font défection de leur foi quand celle-ci ne fait plus sens dans leur vie quotidienne, quand la lassitude, la peur, le traumatisme de la souffrance et de la mort les déroutent… Le nom de l’autre disciple, le compagnon de Cléophas,  n’est pas mentionné : ne serait-ce pas toi ? Le chemin d’Emmaüs peut être le tien. Il  est tapissé ici et là  d’angoisses, de questionnements, de désert intérieur … Comme les deux disciples, qui prient Jésus de rester avec eux  parce que le jour baisse, n’es-tu pas toi aussi parfois gagné par le sentiment de relâchement, de morosité et de mélancolie spirituelle (acédie) ? A ce moment, le moteur-turbo de ta vie psycho-spirituelle n’a plus de pression (= dé-pression spirituelle)… Et c’est  là que Jésus-Christ te rejoint. Il prend le temps de cheminer  à tes côtés, pour venir au secours de ta foi, t’aider à trouver du sens aux événements de ta vie. Il progresse avec toi mais  à ton rythme, sans forcer tes pas ni changer ton chemin. Il te propose  seulement de décoder les signes de sa présence dans ta vie et autour de toi…  

Et pourquoi disparaît-il  aussitôt après le partage du pain ? C’est pour nous signifier que sa présence charnelle n’est plus nécessaire. Comme l’écrit  Antoine de Saint Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux« . Jésus est présent dans un  petit coin de notre cœur, dans la danse du cosmos, dans le silence des espaces infinis, dans divers gestes de partage … Bref, tout signe et atteste sa présence quand on s’émerveille avec les yeux de la foi. En s’éclipsant, il veut également raviver  la fonction prophétique de notre baptême : être des témoins  résolus de l’Evangile. Je suis  témoin quand ma manière d’être interpelle, quand  je  donne envie de connaître le Ressuscité et de l’aimer;  quand je  rends « Dieu désirable » (titre du livre d’André Fossion).

Le but de cette cohérence entre ma foi et ma vie quotidienne n’est pas de convaincre,  mais de rendre le visage du Christ tellement séduisant, captivant qu’il attire.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé- doyen

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