Homélie du 19e dimanche ordinaire A : Oser la confiance!
Lectures: I R 19, 9-13 ; Rm 9,1-5 ; Mt 14,22-33
Mes frères et mes sœurs, dans la première lecture, face à ses déboires missionnaires suite à sa lutte contre l’idolâtrie, le prophète Elie doit fuir, à travers le désert, les menaces de la reine païenne Jézabel. Il marche 40 jours, 40 nuits. Rompu de fatigue, il déprime même. Pour qu’il ait la force d’arriver au sommet du mont Horeb dit » Sinaï « , l’ange du Seigneur lui donne du pain mystérieux, qui préfigure déjà le pain eucharistique (I R 19, 1-8). L’Horeb est la montagne de Dieu. Dans la tradition biblique, la montagne, le désert, sont des lieux privilégiés de ressourcement, de rencontre avec Dieu. Remarquons que, dans l’Évangile de ce jour, Jésus se retrouvant tout seul, gravit aussi la montagne ; Il se met à l’écart pour prier, loin de la pollution sonore et des artifices de la cité… Alors sur la montagne de Dieu, Elie fait l’expérience de la théophanie (manifestation de Dieu). Où, quand, comment, par quoi Dieu se révèle-t-il ? Est-ce par un ouragan, un tremblement de terre, un feu ? Non, c’est plutôt dans le murmure d’une brise légère. C’est dans le son du silence, l’intériorité que sa présence invisible se fait reconnaître. Sa toute-puissance ne se prouve pas par la force, mais dans sa Miséricorde infinie !
Mes frères et mes sœurs, Dieu vient encore à notre rencontre aujourd’hui ; il nous parle par la voie de notre conscience dans le recueillement, la prière, la méditation de sa Parole ; par la voie des autres; par le biais de la nature, qui regorge des empreintes de son créateur ; par les évènements de notre vie…. Tout est signal de Dieu qui vient à notre rencontre! Il nous revient d’acquérir l’intelligence des signes. Dans la même veine, saint Paul dans la 2ème lecture, est profondément ému, il est même découragé. Il ne comprend pas l’hostilité que lui réservent ses compatriotes quand il leur annonce l’Evangile. Ces derniers ne sont pas parvenus à discerner les privilèges dont ils ont bénéficié de Dieu, les signes de la grâce ! L’appel à adhérer au Christ qu’Israël a reçu est resté sans effet alors qu’il y a été préparé depuis longtemps au travers des alliances, des promesses de Dieu, des patriarches et par-dessus le marché, le Christ lui-même est né de leur race! Mais le peuple élu n’a pas accueilli l’Evangile.
Quant à lui, Jésus « oblige » ses disciples à le précéder sur l’autre rive au milieu d’une mer de Galilée démontée, pour qu’ils fassent dans la nuit, l’expérience de leur peu de foi. Quand tout se déchaîne, l’homme prend peur, sa foi vacille. Nous cherchons alors des assurances, nous doutons comme Pierre, qui met même Dieu à l’épreuve : » Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux « . Mais tout en restant encore vrai avec lui-même, c’est-à-dire en n’osant pas renoncer à son bon sens et sa rationalité, se rendant compte qu’il perd quand même pied, il crie son désespoir : « Au secours !« . Ce qui rassure, toutefois, c’est que quand l’homme est faible, Dieu déploie sur lui toute la mesure de son Amour… Jésus sait pertinemment que nous ne sommes pas champions de la foi ; il sait que dans notre vie personnelle, familiale, communautaire … il nous arrive d’affronter une mer déchaînée qui nous jette les vagues à la figure. Il se trouve parfois que notre barque s’enfonce sous les flots des revers et tragédies insoutenables. A ce moment-là, atterrés, nous avons besoin de nous agripper à une main. Jésus nous propose alors la sienne, celle-là même qui a sauvé Pierre … Dans notre tradition, la barque c’est aussi l’Eglise qui, depuis vingt siècles, a levé l’ancre, largué les amarres pour naviguer dans les eaux du Monde. C’est vrai que cette barque est parfois malmenée par les vents contraires, mais Dieu est au contrôle; il ne l’abandonne jamais.
Chers amis, dois-je encore souligner qu’au temps de Jésus, chez les Juifs, les abîmes marins sont le repère des forces du mal et de la mort, le lieu de tous les dangers ? En marchant sur les eaux, Jésus montre visiblement qu’il écrase et anéantit les forces mortifères. « Confiance » dit-il, « c’est moi « , autrement dit, je suis avec toi ! … Alors, au lieu de focaliser ton regard sur tes problèmes et difficultés, pourquoi ne pas garder en ligne de mire ce Jésus qui, par la puissance extraordinaire de sa résurrection, te donne la force de rebondir et d’avancer libre et libéré de la servitude de tes peurs ?
Vital Nlandu, votre curé-doyen



