2 septembre 2018 : une page se tourne (4) – Discours du bourgmestre, Jean-Paul Bastin

Allocution de M. Jean-Paul Bastin
à l’occasion de l’admission à la retraite
de Monsieur le Doyen Henri Bastin

Monsieur le Doyen… honoraire depuis ce samedi,
Cher Henri,
Chers amis d’Henri,
Mesdames, Messieurs en vos titres et qualités,

Henri, ça y est, nous y sommes ! Une vie, une vocation, un sacerdoce, une carrière commencée tôt. Que le monde a changé, que l’Église a changé entre ton entrée au séminaire et aujourd’hui, cette messe pour ton admission méritée à la pension.

Une carrière que l’on pourrait qualifier de royale puisque d’une durée de 50 ans depuis ton premier engagement. 50 années où tu n’as ménagé ni ta peine, ni ton investissement. Un investissement marqué par la sincérité de celui-ci, par le travail et par la disponibilité. En tant que doyen tu as une vision aussi. Tu sais d’où l’Église vient et tu vois comment elle évolue. Tu prépares le doyenné à vivre avec la raréfaction des vocations, l’intégration de plus en plus grande des laïcs dans la vie du doyenné, dans les célébrations, la centralisation de lieux en cette Cathédrale nécessaire même si parfois il n’y a pas que les portes qui grincent. Tu le fais sans amertume, sans tristesse mais avec détermination, courage et aussi avec espoir en martelant régulièrement que c’est quand l’Eglise est humble, tournée vers les plus faibles, débarrassée de tous les oripeaux, de tous les fastes du pouvoir, quand elle se centre sur sa première essence qu’elle est alors la plus vraie et alors qu’elle parait la plus vulnérable qu’elle n’en est peut-être que plus forte. Le zénith n’est que la première phase du déclin alors que la nouvelle lune, si timide soit elle, annonce une lumière chaque jour plus intense… ah, le Capitole et la Roche Tarpéienne.

C’est avec lucidité, confiance, détermination, opiniâtreté et travail que tu t’inscris à préparer ton doyenné, tes équipes à s’adapter à la nouvelle situation. Moins de bâtiments, les œuvres paroissiales vendent à la Ville la salle de la Fraternité mais le Caillou Blanc sera là, modernisé, rafraîchi, équipé par le produit de la vente pour être la base permettant les activités et tous les possibles.

Tu as toujours eu la volonté de garder une église ouverte pour des manifestations culturelles mais de ne jamais tomber dans la caricature de la salle de spectacle. L’édifice est religieux, le restera et tout peut s’envisager à condition qu’il y ait une dimension religieuse présente ET sincère.

Église ouverte aussi pour les manifestations patriotiques, Te Deum du 21 juillet, du 15 novembre, cérémonie religieuse du 11 novembre où toujours tu as un mot d’accueil et de bienvenue devenu quasi célèbre s’il en parmi vous qui ne partagent pas notre foi, qu’ils soient les bienvenus et ainsi dissiper tout malentendu comme lors des différentes célébrations tels les mariages, obsèques, baptêmes.

Tu te rends disponibles pour bénir la Vierge lors de l’inauguration de nouvelle place de Rome, lors des commémorations du 70ème anniversaire du massacre de Baugnez, de la messe pour les victimes des bombardements de Noël ‘44 et tu veilles à ce que cette Cathédrale soit ouverte aux autres cultes où tu officies œcuméniquement avec Monsieur le Pasteur Bartlam de l’Église baptiste ainsi que Madame le Pasteur Treichel de l’Église protestante. Tu participes aux nombreuses manifestations folkloriques/culturelles de la cité.

Henri, tu es un homme qui a du caractère. Tu ne veux pas abuser de tes prérogatives mais tu ne veux pas te faire marcher sur les pieds et il n’est pas simple de te faire dévier de ton cap. Et s’il y a exception car chaque situation est potentiellement différente, c’est parce qu’elle confirme la règle mais elle ne deviendra pas la règle. Qu’importe de déplaire, l’important est le cap.

50 années durant lesquels tu es resté beaucoup dans l’arrondissement de Verviers et plus précisément aux alentours de Malmedy-Waimes. Jeunesse à Faymonville, secondaires à Henri-Chapelle puis séminaire à Louvain. Vicaire à Burnenville, puis au Foyer de Charité à Nivezé puis Doyen à Malmedy et enfin Doyen de Haute-Ardennes (en réalité de l’Ardenne), le plus grand doyenné de la province, de Waimes à l’Est à Lierneux à l’ouest et jusque Theux et Jalhay au nord.

Novembre 2015, temps fort, visite d’une semaine de l’évêque Monseigneur Jean-Pierre Delville dans le doyenné. Lors de la messe qu’il a présidée le dimanche à la fin de sa visite, les murs résonnent encore quand il reprend les armoiries de Mgr Rutten, 1er et à ce jour dernier évêque du diocèse d’Eupen-Malmedy de 1921 à 1925, et, de sa signature, le très docte mot latin Non recuso laborem, mais qu’il traduit en wallon tout de suite plus populaire j’u ne chie nin so l’ovreje, se mettant instantanément tous les fidèles dans sa poche. Henri, tu pouvais soit rire de bon cœur comme tu aimes le faire, mais, si ce n’en était pas le lieu ou le moment, tes yeux se plissaient un peu plus que de coutume et un rictus apparaissait sur ta bouche traduisant la joie que tu pouvais ressentir.

Hasard ou coïncidence et bien qu’étant séparés par 25 ans d’âge, le parcours d’Henri notamment à Burnenville et Malmedy se conjugue souvent au mien où nous nous trouvions dans les mêmes contrées au même moment. De mon baptême à ce jour en passant par les camps Patro, tu as toujours été présent à différents moments-clés de mon existence qu’ils soient difficiles ou heureux. Les aléas de la vie publique et les coups parfois rudes subis, tu es là non pas pour juger ou commenter mais simplement pour t’enquérir de la personne et de signaler bienveillance et disponibilité si nécessaire.

En tant que curé tu es régulièrement appelé par tout un chacun qui traverse une difficulté de quelque nature que ce soit… et tu réponds présent. Tu n’as pas LA solution miracle mais tu es là, bienveillant, priant, prenant le temps, donnant l’huile et indiquant le chemin de l’introspection, de la prière, du cheminement pour retrouver la paix. Tu connais les hommes, leurs turpitudes mais aussi leur résilience et tu restes toujours discret bien que tu en portes beaucoup de secrets.

Enfin 8 années de bon voisinage amènent quelques anecdotes. Il faut savoir, pour les non-Malmédiens, que l’Hôtel de Ville est situé au 1 rue Jules Steinbach et le presbytère est au 3, contigu. Nous sommes voisins directs et, qui plus est, homonymes. Tout nouveau bourgmestre à Malmedy, j’avais rendez-vous avec des représentants syndicaux de la FGTB.

Au lieu de sonner au 1, ils sonnent au 3 et demandent à voir M. Bastin. On les accueille bien gentiment, on les fait assoir en disant qu’on va prévenir Mr Bastin. Durant leur court temps d’attente, ils peuvent voir les images pieuses, les croix, les statues religieuses et comment dire… un doute les assaille, certes première étape de la foi.

Quand Henri débarque avec sa croix sur le torse, là ils se rendent compte qu’il y a manifestement erreur. 5 minutes plus tard dans mon bureau, je les reçois où, hilares, ils me disent, On savait que le nouveau Bourgmestre de Malmedy était un cdH mais on n’imaginait pas à ce point-là.

Autre anecdote concernant un citoyen malmédien aujourd’hui malheureusement disparu et qui avait remarqué que, lorsque je croisais Henri dans le rue, je le saluais en disant Bonjour, mon Père, et qu’il me répondait, complice, en disant Bonjour, mon fils ; comme ce citoyen avait remarqué l’homonymie, il en avait conclu en une certaine parenté. Après un succès électoral, en croisant Henri, ce citoyen s’en alla chaleureusement le saluer et lui dire et toutes mes félicitations pour vot’ gamin.

Henri, je te souhaite une longue retraite bien méritée où tu pourras prendre le temps pour la lecture, pour les voyages que tu apprécies tant ainsi qu’un peu de nourriture terrestre aussi. Henri IV a déclaré que Paris valait bien une messe, ton admission à la pension aussi. Et comme je sais que tu as lu ses mémoires je te dédie deux de ses citations.

La première est courte Un acte vaut cinq dire.

Et pour terminer plus légèrement : Bonne cuisine et bon vin, c’est le paradis sur terre.

Henri, Monsieur le Doyen, au nom de la Ville de Malmedy, merci !

Bonne et longue retraite.

Jean-Paul Bastin,
Bourgmestre de Malmedy

Cet article, publié dans Départ du doyen Henri Bastin, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.