Homélie du 2ème dimanche de Pâques A
Lectures : Ac 5, 12-16; Ps 117; Ap 1, 9s; Jn 20, 19-31
Mes sœurs et frères, nous poursuivons l’approfondissement du mystère de Pâques en ce «dimanche de la Divine Miséricorde». Dans l’Évangile, c’est la première rencontre du Ressuscité avec ses disciples enfermés au Cénacle de Jérusalem. Les portes sont verrouillées, les volets sont tirés par peur. Jésus ne leur fait pas de reproches de l’avoir abandonné, il ne les condamne pas ; il les rassure en leur donnant la paix, premier don du Ressuscité à ses disciples: «Paix à vous!». Et suit l’envoi en mission, qui est inséparable du don de l’Esprit Saint: «Recevez l’Esprit Saint… alors vous serez mes témoins.» (Jean 20, 22 ; Ac 1, 8). La mission, ce n’est rien d’autre qu’être le reflet, le visage de la Miséricorde du Père dans le monde.
Et qu’est-ce que la Miséricorde? Ce n’est pas une faiblesse ni une mièvrerie affective. C’est plutôt un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes, profondément touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, spirituelle, physique, psychologique, sociale ou matérielle. C’est comme me murmurait cette maman, larmes aux yeux, dont l’enfant souffrait atrocement: «Si seulement je pouvais souffrir à sa place!»… Nous sommes ici au cœur du message évangélique. La Miséricorde est l’autre Nom de Dieu. Quand, dans le Symbole des apôtres, en professant notre foi, nous disons: «Je crois en Dieu, le Père tout-puissant», il ne s’agit pas d’une puissance écrasante, mais de la puissance de son Amour, qui est plus fort que nos égarements, nos trahisons, voire nos péchés.
Les amis, le Ressuscité vient aujourd’hui fortifier notre foi. Saint Thomas n’a pas une foi de charbonnier: il doute, il a besoin de preuves, il veut vérifier avant d’hypothéquer le capital de sa foi. Et pourquoi s’appelle-t-il Didyme, «le jumeau»? C’est parce qu’il te ressemble! Soyons honnêtes: il arrive dans notre vie des moments où nous croyons, mais en même temps nous doutons ; nous espérons, mais nous avons peur. Notre foi est parfois lumineuse, parfois tout est flou: nous nous interrogeons, nous doutons… C’est ce qui fait dire à l’écrivain Georges Bernanos: «La foi, c’est 24 heures de doute moins une minute d’espérance.» En fait, c’est comme la marée haute et basse: elle vient, elle s’en va ; toujours çà et là, tant le mystère de Dieu est épais. N’est-ce pas que son silence et ses voies sont parfois déroutants? En clair, la foi n’est pas une certitude, mais la conviction intime, intérieure que, même et surtout lorsque je ne comprends pas, même et surtout lorsque je ne maîtrise pas, Dieu reste fidèle à l’alliance de mon baptême, à l’Amour.
Bien-aimés dans le Christ, disons-nous bien que dès lors que Dieu n’est plus perçu comme un Père infiniment et inconditionnellement aimant, il devient un faux dieu… La vraie démarche de foi aboutit inexorablement, à l’instar de celle de Thomas qui craque, à l’abandon, au lâcher-prise: «Mon Seigneur et mon Dieu!» Jésus dit à Thomas: «Sois croyant», autrement dit: grandis dans ta foi. En effet, notre foi n’est pas acquise. C’est un peu comme l’amour: il faut, chaque jour, aller à sa (re)conquête. «Avance ton doigt!» Oui, dans la foi, il faut avancer, mûrir ; le chrétien a besoin de croître spirituellement, de devenir de plus en plus un homme de foi.
Remarquons par ailleurs ce détail important de l’Évangile: le corps du Ressuscité porte toujours les marques de la Passion. C’est pour que nous comprenions que la Résurrection n’efface pas la Croix, nos croix quotidiennes, nos blessures, mais qu’elle les transfigure, les transforme en vivier de croissance spirituelle. Et, comme le dit saint Pierre dans la deuxième lecture, elle nous ouvre à l’espérance…
C’est en voyant les cicatrices des plaies du Christ que Thomas reconnaît le Christ. À votre avis, où serions-nous sûrs de rencontrer le Ressuscité, sinon, entre autres, dans nos propres fragilités, dans les blessures du monde, dans les blessures de l’Église? Toutes ces blessures, le Christ les a prises sur lui…
Accueille alors son don rassurant et apaisant: «La paix soit avec toi!» Il te déclare bienheureux, toi qui l’aimes sans l’avoir vu de tes yeux corporels!
Vital Nlandu, votre curé-doyen

