Pour vous, qui suis-je ?

 Homélie du 24ème dimanche ord : Pour vous, qui suis-je ?

Lectures : Is 50, 5-9a; Ps114; Jc 2, 14-18; Mc 8, 27-35

Mes frères et mes sœurs, la question sur l’identité de Jésus occupe une place centrale dans l’Evangile de saint Marc (4, 41; 8, 27-29…) : qui est-il ce Jésus de Nazareth dit le Christ ou le Messie? Mais qui est-il  ce prédicateur itinérant qui, 20 siècles après, change encore des vies, suscite encore confiance, engouement et ferveur ?  Le top secret (secret messianique) qui traverse cet Evangile (1, 44 ; 3, 11 ; 5, 43 ; 7, 36 ; 8, 30…) est une finesse pédagogique : il ne faudrait pas que les gens se méprennent sur sa vraie identité. Marc laisse alors ses lecteurs en suspens pour la leur révéler à la fin : « Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39). Dans la péricope de ce dimanche, Jésus lui-même enquête, il fait un sondage d’opinion. Il demande exprès à ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Réponse : l’opinion publique est assez unanime, tu es une personne exceptionnelle ! Tu appartiens à la lignée de grands prophètes, on t’assimile à Elie, Jérémie, Jean le baptiste… OK pour cette réponse par procuration ! Mais puisque tu es adulte dans la foi, à toi maintenant de me nommer, de faire ta propre profession de foi ou encore de témoigner de ta conviction. Au regard de l’expérience personnelle que tu vis avec moi ; loin des énoncés théoriques, des idées reçues au catéchisme, des définitions savantes, des formules apprises, dis-moi du fond de ton cœur :   qui suis-je dans ta vie ?

Vous comprenez que cette question ne peut qu’interpeller, engager et pousser chacune et chacun à réfléchir sans chichis à sa liaison perso avec Jésus ! C’est ce que fait Pierre tout inspiré : « Tu es le Christ« , c’est-à-dire le Messie, l’Oint que Dieu nous envoie nous apporter délivrance et salut, le Consacré imbibé d’Esprit Saint venu nous dire qui est Dieu pour nous !  Cependant, pour raffermir la foi balbutiante de Pierre, Jésus précise : il n’est pas le messie politique conquérant, triomphateur, qu’Israël attendait, mais bien le messie serviteur, crucifié (1 Co 1, 23), autrement dit un messie d’amour, corps brisé et sang versé par amour. Oui, l’amour n’est qu’offrande et don au service de la vie. « Aimer, c’est donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux).  Et Jésus de continuer : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix «   

Renoncer à soi-même, c’est s’oublier, accepter de s’abaisser (la kénose), de diminuer pour que la personne que l’on aime grandisse. D’abord elle, et moi après ! En effet, il n’y a pas de vrai amour sans mourir à soi-même. Si tu l’aimais en vérité, tu serais capable de « mourir » pour lui, pour elle. Que dis-tu de ça ?…  Par ailleurs, prendre sa croix, c’est contre vents et marées emprunter le chemin de l’espérance. L’espérance est la grande victoire de l’homme sur l’absurde et l’impossible. Saint Paul est convaincu qu’aussi atroce soit-elle, la souffrance ne peut altérer la beauté intérieure de l’homme.  Notre être physique pénétré de fragilité et de vulnérabilité peut certes dépérir alors que se fortifie l’être spirituel. Ecoutons-le : « C’est pourquoi nous ne perdons jamais courage. Même si notre être extérieur se détruit peu à peu, notre être intérieur se renouvelle de jour en jour  » (2 Co 4, 16). Prendre sa croix, c’est aussi assumer sa condition humaine.

Autour du drame des inondations que nous avons vécu au mois de juillet dernier, j’ai entendu quelqu’un dire à la télévision : « Si Dieu existait, ces inondations n’auraient pas eu lieu« . C’est l’éternel procès contre Dieu face à l’inaudible souffrance qui talonne l’homme de tout temps et en tout lieu. Paul Claudel le dit bien : « Jésus n’est pas venu dans le monde pour supprimer ou expliquer la souffrance de l’homme, mais la couvrir de sa présence » Et le psalmiste d’ajouter : « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 114).  Le témoignage de Jean-Claude, mon ami tétraplégique, est édifiant. Il m’a dit un jour : « Je ne prie pas Dieu pour ma guérison physique, mais plutôt intérieure : qu’il me donne la force de porter mon fardeau« . Là, il prend Jésus au mot lorsqu’il dit : « Venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau, je vous soulagerai  » (Mt 11, 28). Le serviteur souffrant de la 1ère lecture le dit : « Le Seigneur vient à mon secours …, je ne serai pas confondu !« 

Qu’il soit dit entre nous : je ne fais pas l’apologie de la souffrance qui est au demeurant un scandale, un mal à combattre courageusement, une humiliation à éviter à tout prix ! Mais puisqu’elle est inexorable, puisqu’elle fait partie intégrante du tragique humain, quand elle advient, je demande la grâce de l’assumer dignement. Comme le rosaire, la vie de l’homme est émaillée de mystères joyeux, glorieux, lumineux mais aussi douloureux. Et si nous célébrons la liturgie du vendredi saint en vénérant la croix, c’est parce qu’elle est le signe d’un amour capable de transformer un lieu de supplice et de mort en une source de vie et de grâce.

                                                                                         Vital Nlandu, votre curé-doyen

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