Prendre sa croix pour être disciple de Jésus-Christ !

Homélie du 22ème dimanche ord. A : Prendre sa croix pour être disciple de Jésus-Christ !

Lectures : Jr 20, 7-9 ; Ps 62 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27

Chers amis, la Parole de Dieu nous fait grandir spirituellement.

Dans la 1ère lecture, Jérémie confie de manière pathétique le déchirement intérieur qui le turlupine. Sa mission prophétique est exigeante et ingrate : il doit à tout moment dénoncer, jouer l’oiseau de mauvais augure, déranger les gens ! Aussi est-il l’objet de mépris, d’insulte, de moquerie … et il n’en peut plus ! Il a tenté plus d’une fois, pour avoir la paix, de faire taire la Parole de Dieu dont il est le messager.  Mais c’était plus fort que lui. A peine s’épuisait-t-il, sans jamais y parvenir, à maîtriser le feu dévorant de l’Amour de Dieu qui consumait son cœur… A la fin, il dira : « Seigneur, tu m’as séduit et je me suis laissé prendre, tu m’as terrassé, tu m’as vaincu, tu as été le plus fort ! « … Tel est le lot de celui qui entreprend le chemin de l’aventure avec Dieu : il doit prendre sa part de souffrance liée à l’annonce de l’Evangile (2 Tim 1, 8).

Quant à la page de l’Evangile, Jésus y annonce l’imminent programme qui l’attend : souffrir, mourir et ressusciter. Pierre, avec sa pseudo-représentation  du Messie – celle d’un Christ tout-puissant – veut faire obstacle à ce plan de salut en récusant l’idée de la croix, qui est au demeurant un scandale ! Jésus lui fait alors entendre  raison et en profite pour esquisser le profil de celui qui veut devenir son disciple : il doit être capable de renoncer à lui-même et de prendre sa croix.

Mes sœurs et mes frères, le renoncement est  sans conteste  un puissant levier spirituel. Pour le bouddhisme, le but du renoncement, c’est l’extinction de tous les désirs, qui permet d’atteindre l’état d’apesanteur, de sérénité totale, appelé le nirvana. Dans le coaching du développement personnel en vogue aujourd’hui, le renoncement est un bénéfice, psychologiquement parlant, pour la reconquête de la liberté intérieure. Il faut renoncer à tout contrôler, à sa toute-puissance, à avoir raison à tout prix, à son orgueil, à son égoïsme, renoncer à se cramponner à ses certitudes …

En fait, renoncer, c’est abandonner, se débarrasser. Cela fait peur : peur de manquer, peur de s’arracher à son confort, à sa sécurité. Notre culture de surconsommation nous pousse plutôt à amasser, à empiler, à entasser, une accumulation qui, à la longue, peut devenir compulsive et même addictive ! Combien de fois n’entend-on pas dire : il faut être bien assuré, se sécuriser, épargner, quitte à travailler plus pour gagner plus !

La conséquence, c’est la frénésie à la tâche, la boulimie d’avoir ; avec en point de mire, la maladie de notre civilisation : le burn-out !

« A quoi sert-il  » dit Jésus, « de gagner le monde si c’est au prix de sa vie » ; si c’est pour bousiller sa santé, galvauder la qualité de la vie de sa famille … ? On devrait peut-être y penser ! Cette obsession vorace d’avoir toujours plus pousse même à ne plus se contenter  de ce qu’on a. On devient alors un éternel insatisfait cafardeux … En sus, on accumule au point de ne plus savoir distinguer « l’être » de « l’avoir » : on pense que ce que l’on est dépend de ce que l’on a. On est quelqu’un parce qu’on a l’argent, le prestige, le pouvoir, la gloire, la beauté, de gros biens matériels. Autrement dit : on n’est plus personne, si l’on ne possède pas !

En tout cas, Jésus fait de la vertu du renoncement un préalable pour le suivre. Et le renoncement qu’il préconise va bien au-delà de toutes sortes de privations. Renoncer à soi-même ne signifie pas se couper du monde, s’auto-châtier, se dévaloriser, se négliger ou encore se laisser aller. Selon Jésus, renoncer à soi-même, c’est accepter le plan de Dieu dans  sa vie, décider de se passer de sa propre volonté pour accomplir celle de Dieu : « Que ta volonté soit faite » (le Pater). L’abandon et le dépouillement dont il fait preuve à son agonie est un exemple patent : « Abba, ô mon Père, tout t’est possible ; s’il te plaît, éloigne-moi de cette coupe de douleur. Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mc 14, 36). Dès lors, la prière du disciple, n’est-ce pas celle de Paul sur le chemin de Damas : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ?  » (Ac 22, 10). C’est te lever et aimer en prenant ta croix. Ceux qui aiment en vérité le savent : il n’y a pas de vrai amour sans renoncement à soi !

                                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Prendre sa croix pour être disciple de Jésus-Christ !

Pour vous, qui suis-je ?

                 Homélie du 21ème dimanche  A : « Pour vous, qui suis-je ?« 

                Lectures : Is 22, 19-23; Ps 137; Rm 11, 33-36; Mt 16, 13-20

Mes sœurs et mes frères, Jésus fait une étude qualitative, un sondage d’opinion : il  veut savoir quelle est la représentation que les gens se font de lui.  N’est-il pas vrai que  la question de son identité taraude l’homme depuis maintenant 20 siècles ? Y répondre,  c’est donner du contenu et de la  pertinence à sa foi.

Résultats de l’enquête auprès des disciples : l’opinion des gens qu’ils côtoient sur les marchés, dans les rues,  les villages, les villes,  … concernant Jésus est certes variée, diverse dans les détails, mais dans le fond elle est unanime : Jésus  n’est pas un homme ordinaire.  C’est un envoyé de Dieu assimilé  aux  célèbres prophètes de la tradition biblique  comme Jean-Baptiste, Elie, Jérémie…  De toute évidence,  un tel sondage  à l’heure actuelle donnerait des résultats tout aussi différents !

Curieux ! Jésus ne fait aucun commentaire de cette opinion de masse : il ne dit pas qu’elle est juste, fausse ou insuffisante. Comme si ce qui importe pour lui, ce n’est pas de ressasser ce que les autres disent, mais la conviction de chacun à son sujet; ce que   chacun ressent quand il invoque son Nom. « Et pour toi, que dis-tu, qui suis-je ? » Voici l’heure de la vérité : devant le miroir de sa conscience, chacun est invité à répondre en « je« , à mettre des mots sur son attachement à Jésus…  Ce n’est pas nécessairement évident quand on sait qu’il est parfois difficile de justifier son amour à l’autre : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas !

Sur ce, Simon-Pierre répondra : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant« . Remarquez que c’est la même profession de foi que celle des disciples dans la barque d’il y a 2 semaines,  quand Jésus marche sur l’eau : « Tu es vraiment le Fils de Dieu » (Mt 14, 33). Tout comme notre foi, la parole « illuminée » de Pierre ne relève pas  d’un raisonnement humain, c’est plutôt une inspiration divine, une révélation intérieure : Jésus est le Christ, le Messie, l’envoyé de Dieu qui a reçu l’Onction, c’est-à-dire qui est conduit par l’Esprit Saint; qui m’aime, me  pardonne et me libère ! Et Jésus de bénir et de béatifier  Pierre en déclarant faire dorénavant  de lui le  « roc » sur lequel il bâtira lui-même SON Eglise ! C’est donc du solide, l’Eglise,  les forces de la mort n’auront point raison d’elle.

Chers amis, faut-il encore le souligner, c’est nous tous, chacun avec ses dons, ses charismes mais aussi ses pauvretés offertes, qui sommes les pierres vivantes de la construction de la nouvelle Cité de Dieu,  son Royaume à naître, où se vivent les valeurs évangéliques.

Pierre reçoit alors les clés (comme  Eliakim dans la 1ère lecture) : quand on va en vacances, c’est à un ami que l’on confie les clés de sa maison parce qu’on lui fait confiance.  Pierre peut dorénavant ouvrir la porte du Royaume à ceux qui le souhaitent. De même, à l’installation d’un nouveau curé nommé par l’Evêque dans une Unité pastorale, il y a un rituel de la remise des clés. Les clés symbolisent le pouvoir,  qui n’évoque  rien d’autre dans l’Eglise que le « service ». Le pape, successeur de Pierre,  n’est pas le tout-puissant, mais le serviteur des serviteurs. La charge qui lui est assignée, c’est de poursuivre, en collégialité avec les autres apôtres (Evêques) et fidèles, la mission de Jésus-Christ et d’agir en son Nom. En outre, le mandat de lier et de délier qui lui est octroyé, c’est la délégation que Dieu lui donne de pardonner les péchés en son Nom, la mission d’être le reflet de sa Miséricorde. Ce pardon guérit; il dénoue les nœuds de nos blessures et de notre impuissance d’aimer en vérité.

Notons par ailleurs que ce n’est pas à cause de ses mérites que Pierre reçoit cette procuration, mais c’est par  la grâce de Dieu. Dieu a fait le pari de la confiance en conférant la responsabilité de son Eglise à des disciples comme Pierre;  en demandant à des gens comme toi et moi de travailler à sa Vigne; nous qui,  comme Pierre, sommes capables de vaciller dans la foi, de douter, de décevoir, de le renier même ! Nous qui, toutefois,  l’aimons quand même. Tenez, Jésus ne demande pas  à Pierre s’il a les qualités requises pour le servir… il lui demande simplement s’il l’aime : « Pierre, m’aimes-tu ?Seigneur, tu  sais tout, tu sais que je t’aime » (Jn 21, 17) ! Notre force et notre assurance, c’est que  le Christ nous accompagne : « Sachez-le : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps« (Mt 28, 20).

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Pour vous, qui suis-je ?

La foi de la cananéenne

                     Homélie du 20ème dimanche ord. A : La foi de la cananéenne

                         Lectures : Is 56, 1.6-7 ; Rm 11, 13-32 ; Mt 15, 21-28

Mes frères et mes sœurs, Dieu n’appartient à personne, le salut est sans frontière. Dans la page d’Evangile de ce week-end, Jésus est au Nord de la Palestine, spécialement dans la région de Tyr et de Sidon, villes côtières de l’actuel Sud-Liban. Il est en Terre étrangère. Ce qui augure l’universalité de la mission. Sa maison, comme le dit le prophète Isaïe dans la 1ère lecture, s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples » Et le psalmiste : « Ton chemin sera connu sur la terre, ton salut parmi toutes les nations« . Saint Paul abonde dans le même sens lorsqu’il écrit dans la 2ème lecture que loin de Dieu, les païens, c’est-à-dire les étrangers, ont obtenu miséricorde… Le trésor de la foi est ainsi proposé à tous, sans discrimination de race, de nation, de chemin de foi ou de religion.

Dans l’Evangile, une cananéenne supplie, mais Jésus est indifférent. Comme s’il ne se sentait pas concerné et touché par la requête de cette maman dont l’enfant souffre cruellement. Martin Luther King, le pasteur afro-américain, disait : « Ce qui m’effraie le plus, ce n’est pas l’oppression des méchants, mais l’indifférence des bons« . Nous le savons, « le silence de Dieu » est une épreuve terrible de la foi, au point de se demander parfois ce que signifie encore cette parole évangélique : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira la porte » (Mt 7,7). Alors la femme implore de plus belle. Cela importune et insupporte les disciples qui demandent à Jésus de donner suite à sa demande pour qu’elle les laisse tranquilles. Sur ce, Jésus va indiquer à cette femme la limite territoriale de sa mission : elle est destinée aux fils d’Israël. Mais la femme ne se lasse pas, elle s’obstine à faire confiance!

Et pour couper net, Jésus va chercher à la démolir par ces paroles vexatoires : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants (d’Israël) et de le jeter aux petits chiens « . Entre nous soit dit, ces propos ne peuvent que scandaliser et outrer tant ils ont un parfum raciste. Selon Lévi-Strauss, le racisme c’est croire à la supériorité de sa race. Cette doctrine se nourrit de la haine, des préjugés et du rejet de l’étranger considéré comme une menace. Evidemment, lorsque l’on est en période de crise avec le chômage, la délinquance, l’insécurité…, l’étranger sert souvent de bouc émissaire. Delà l’intolérance et ses conséquences : xénophobie, marginalisation, exclusion. Ce qui choque dans la rebuffade de Jésus, c’est le sectarisme apparent de ses intentions et le caractère méprisant du mot chien. Aujourd’hui encore, dans les pays d’Orient, on traite facilement l’étranger de chien.

Remarquez, cependant, le sens de la réplique, la hauteur et toute l’intelligence émotionnelle de cette femme, qui ne se laisse pas démonter : « Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens ont besoin des miettes du pain des enfants« . Là-dessus, Jésus est totalement médusé !

En fait, il use ici d’une pédagogie renversante :  

*En parlant de chien, il parodie le langage raciste de son époque en le désapprouvant insidieusement.

*Il teste, met à l’épreuve la foi de la cananéenne pour que nous comprenions que la question de la foi ne dépend que de l’assurance intérieure de ce qu’on espère (Hb 11, 1) ; de la conviction de chacun de la puissance de l’œuvre de Dieu ; bref de notre abandon, malgré les écueils, à l’Amour de Dieu…

Alors même qu’il disait dimanche dernier à Pierre, un juif de souche et de surcroît son disciple, qu’il était un homme de peu de foi, qui doutait (Mt 14, 31), il est aujourd’hui en profonde admiration de la foi d’une étrangère : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »  Il s’agit d’une foi tenace, tellement humble et confiante.

Tel est le secret de la cananéenne : elle savait ! Elle savait en qui elle avait mis sa foi : en celui qu’elle appelait désormais « Seigneur » !  Et toi, que dis-tu de ta foi ? Ta prière est-elle insistante et confiante même dans les épreuves ?

                                                                               Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur La foi de la cananéenne

l’Assomption de la Vierge-Marie

               Homélie de l’Assomption de la Vierge-Marie 2023

Lectures : Ap 11, 19a ; 12, 1-6a. 10 ab ; Ps 44, 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Mes sœurs et mes frères, un jour Jésus était en train de prêcher et comme à l’accoutumée, les gens étaient épatés par la profondeur de ses propos. Une femme dans l’assemblée tombée en admiration s’est mise à magnifier à travers Jésus, le destin de sa mère : « Elle est heureuse la femme qui t’a porté dans son sein et t’a allaité ! » (Lc 11, 27). L’Eglise croit ainsi que le corps-tabernacle qui a porté le fils de Dieu n’a pas disparu pour toujours. Marie partage la gloire de la résurrection éclatante de son fils. C’est donc à la Toussaint en 1950, que le pape Pie XII a proclamé la vérité de foi de l’Assomption en ces termes : « L’Immaculée Mère de Dieu, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste ». Pie XII ne dit pas que Marie n’est pas morte. Mais comme Jésus, elle a été prise toute entière, elle est montée au ciel avec son corps et son âme.

Mais sachons-le : le corps de Marie monté au ciel est aussi, en humanité,  le nôtre; corps grâce auquel chacun de nous est reconnu et identifié comme être humain. Il s’agit de ce corps qui nous ouvre au monde par nos 5 sens traditionnels (vue, ouïe, goût, odorat, toucher); le corps que nous bichonnons avec soin et respect. Qu’il soit beau ou moche de notre point de vue, il est magnifique. Non pas parce qu’on peut le sculpter en silhouette de mannequin, non pas parce que la chirurgie plastique, réparatrice et esthétique peut le remodeler, mais parce que par l’incarnation de Jésus fait homme, le corps humain est sanctifié, il est l’abri du Saint Esprit. Par l’institution du sacrement de l’eucharistie, il est transsubstantié, consacré : « Ceci est mon corps« . Oui, même si notre corps périssable doit, à sa mort, être rongé par les vers ; même s’il doit être consumé au crématorium, même s’il peut être blessé par la maladie, métamorphosé en fonction de l’âge et des circonstances, il est « animé » par un principe  de vie venant du Souffle de Dieu, autrement dit,  il renferme une force vitale immortelle appelée « âme spirituelle ». Au-delà des apparences, du temps et de l’espace, notre corps est, en vertu de la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, promis à être glorieux, transfiguré de fond en comble !

L’âme de Marie montée au ciel, c’est la parcelle du divin en tout être humain. Notre âme nous permet de nous brancher à Dieu, de l’exalter, de le contempler, d’exulter de joie spirituelle en sa présence. « Comme une biche soupire après l’eau du ruisseau, mon âme aspire vers Toi, ô mon Dieu » (Ps 41, 2). Un des secrets de mon équilibre spirituel, de ma paix intérieure, n’est-ce pas la réconciliation avec mon âme ?

Comme « la 1ère en chemin », nous emboîtons le pas : Maman Marie profile notre avenir, elle consolide notre espérance : notre chemin n’est pas sans issue. Poussés par le vent de la grâce de Dieu, nous nous accrochons en continuant à ramer avec énergie, convaincus que nous ar-riverons là où Marie est parvenue, malgré les vicissitudes de la vie. Le signe de la femme enceinte de la 1ère lecture, qui crie torturée par la douleur de l’enfantement, renvoie à l’accouchement difficile du Monde nouveau où l’amour aura raison de la haine et la vie de la mort.

Ceci dit, du peu que nous connaissons de la Vierge-Marie par l’Evangile, la Tradition et les écrits du Magistère, nous savons qu’elle revêt 2 titres : elle est Mère et Modèle.

Comme Mère, nous savons que  le plus souvent, la mère est le 1er amour de son enfant ; elle en prend soin, prie pour lui (cf. La prière des mères) ; lui transmet des valeurs correctes, l’éduque : « Fais ce que Jésus te dira ; Dieu élève les humbles … » La mère connaît son enfant par cœur : Marie ressent nos peurs, comprend nos révoltes, soutient nos balbutiements … La mère protège son enfant : Marie est pour moi un refuge, un bouclier. J’en ai la certitude : dans notre pauvre vie, quand tout a sombré, s’il nous reste Marie, rien n’est désespéré !… Par ailleurs, Marie est notre modèle de discernement, de douceur et de pureté de cœur (elle garde tout dans son cœur), modèle de charité ardente (la visitation), de confiance et d’abandon (son fiat – elle remet  sa vie entre les mains de Dieu -, son cœur transpercé au pied de la croix, sa prière au Cénacle) …

Dans toutes ses apparitions, elle nous exhorte à la prière. Jean-Paul II, le pape marial qui a choisi comme devise « Totus tuus » (Je suis tout à toi), témoignait un jour en ces termes : « Le rosaire est ma prière préférée« . Par le rosaire, nous contemplons avec Marie le visage de Jésus. Quand on le prie non pas machinalement, mais dans son cœur et avec une foi profonde, nous faisons une intense expérience d’intimité avec Marie. Comme dit Padre Pio, le rosaire  » C’est une arme redoutable de protection personnelle ; une arme à garder dans sa poche !« .

En cette solennité de l’Assomption, je tiens encore ce pari : jamais je ne passerai un jour sans saluer Marie, sans la bénir : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse ! » Que Maman Marie nous entoure de sa tendresse, qu’elle nous inonde de sa paix et que la force de son amour rayonne et diffuse dans nos cœurs.

                                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Actualité, Homélies | Commentaires fermés sur l’Assomption de la Vierge-Marie

Oser la confiance!

Homélie du 19e dimanche ordinaire A : Oser la confiance!

                     Lectures:  I R 19, 9-13 ;  Rm 9,1-5 ;  Mt 14,22-33

Mes frères et mes sœurs, dans la première lecture, face à ses déboires missionnaires suite à sa lutte  contre l’idolâtrie, le prophète Elie doit  fuir, à travers le désert, les menaces de la reine païenne Jézabel. Il marche 40 jours, 40 nuits. Rompu de fatigue, il déprime même. Pour qu’il ait la force d’arriver au sommet du mont Horeb dit  » Sinaï « , l’ange du Seigneur lui donne du pain mystérieux, qui préfigure déjà le pain eucharistique (I R 19, 1-8). L’Horeb est la montagne de Dieu.  Dans la tradition biblique, la montagne, le désert, sont des lieux privilégiés de ressourcement, de rencontre avec Dieu. Remarquons que, dans l’Évangile de ce jour, Jésus se retrouvant tout seul, gravit aussi la montagne ; Il se met à l’écart pour prier, loin de la pollution sonore et des artifices de la cité… Alors sur la montagne de Dieu, Elie fait l’expérience de la théophanie (manifestation de Dieu). Où, quand, comment, par quoi Dieu se révèle-t-il ? Est-ce par  un ouragan, un tremblement de terre, un feu ? Non, c’est plutôt dans le murmure d’une brise légère. C’est dans le son du silence, l’intériorité que sa présence invisible se fait reconnaître. Sa toute-puissance ne se prouve pas par la force, mais dans sa Miséricorde infinie !

Mes frères et mes sœurs, Dieu vient encore à notre rencontre aujourd’hui ; il nous parle  par la voie de notre conscience dans le recueillement, la prière, la méditation de sa Parole ; par la voie des autres;  par le biais de la nature, qui  regorge des empreintes de son créateur ;  par les évènements de notre vie…. Tout est signal de Dieu qui vient à notre rencontre!  Il nous revient d’acquérir l’intelligence des signes. Dans la même veine, saint Paul dans la 2ème lecture,  est profondément ému, il est  même découragé. Il ne comprend pas l’hostilité que lui réservent ses compatriotes quand il leur annonce l’Evangile. Ces derniers ne sont pas parvenus à discerner les privilèges dont ils ont bénéficié de Dieu, les signes de la grâce ! L’appel à adhérer au Christ qu’Israël a reçu est resté sans effet alors qu’il y a été préparé depuis longtemps au travers des alliances, des promesses de Dieu, des patriarches et par-dessus le marché, le Christ lui-même est né de leur race! Mais le peuple élu n’a pas accueilli l’Evangile.

Quant à lui, Jésus « oblige » ses disciples à  le précéder sur l’autre rive au milieu d’une mer de Galilée démontée, pour qu’ils fassent  dans la nuit, l’expérience de leur peu de foi.  Quand tout se déchaîne, l’homme prend peur, sa foi vacille. Nous cherchons alors des assurances, nous doutons comme Pierre, qui met même Dieu à l’épreuve :  » Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux « . Mais tout en restant encore vrai avec lui-même, c’est-à-dire en n’osant pas renoncer à son bon sens et sa rationalité, se rendant compte  qu’il perd quand même pied, il crie son désespoir : « Au secours !« .  Ce qui rassure, toutefois,  c’est  que quand l’homme est faible, Dieu déploie sur lui toute la mesure de son Amour… Jésus sait pertinemment que nous ne sommes pas champions de la foi ; il sait que dans notre vie personnelle, familiale, communautaire … il nous arrive d’affronter une mer déchaînée qui nous jette les vagues à la figure. Il se trouve parfois  que notre barque s’enfonce sous les flots des revers et tragédies insoutenables. A ce moment-là, atterrés, nous avons besoin de nous agripper à une main. Jésus nous propose alors la sienne, celle-là même  qui a sauvé Pierre …  Dans notre tradition, la barque c’est aussi l’Eglise qui, depuis vingt siècles, a levé l’ancre, largué les amarres pour naviguer dans les eaux du Monde. C’est vrai que cette barque est parfois malmenée par les vents contraires, mais Dieu est au contrôle; il ne l’abandonne jamais.

Chers amis, dois-je encore souligner  qu’au temps de Jésus, chez les Juifs, les abîmes marins sont le repère des forces du mal et de la mort, le lieu de tous les dangers ?  En marchant sur les eaux, Jésus montre visiblement  qu’il écrase et anéantit les forces mortifères.  « Confiance » dit-il, « c’est moi « , autrement dit, je suis avec toi ! …  Alors, au lieu de focaliser ton regard sur tes problèmes et difficultés, pourquoi ne pas garder en ligne de mire ce Jésus qui, par la puissance extraordinaire de sa résurrection, te donne la force de rebondir et d’avancer libre et libéré  de la servitude de tes peurs ?

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies | Commentaires fermés sur Oser la confiance!

Quel est ton trésor ?

                 Homélie du 17ème dimanche ord. A : quel est ton trésor ?

                              Lectures : 1 rois 3, 5.7-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52

Mes frères et mes sœurs, cher ami, chère amie, s’il te faut prioriser, hiérarchiser tes désirs et aspirations, sur lequel miserais-tu au point de tout sacrifier, autrement dit : quel est ton trésor ? Serait-ce l’argent, le pouvoir, l’amitié, ta famille, ta santé, ta dignité, … ? Et si Dieu te disait : « Demande-moi ce que tu veux « . Que réclamerais-tu ?

Nous connaissons le dicton : « L’homme propose, Dieu dispose« . Moi, je renverse cette locution : c’est plutôt Dieu qui propose et l’homme dispose ! Car si la foi est don de Dieu, l’homme y adhère librement. Et pour ceux qui croient, Dieu fait tout contribuer à leur bien (2ème lecture). Aussi s’adresse-t-il au jeune roi Salomon en ces termes : « Demande ce que je dois te donner ! » (1ère lecture). La réponse de ce jeune homme est devenue un modèle d’humble prière faite de désintéressement. Salomon ne demande pas la déroute de ses adversaires, ni la richesse matérielle, la sécurité, la gloire, de longs jours ou autres avantages … Cependant, s’il tient à une chose pour accomplir au mieux sa mission, donner du sens à sa vie,  c’est la sagesse, la lucidité de discerner ce qui est bon ou mauvais, utile ou superflu devant des choix à faire, des décisions parfois difficiles à prendre.

Dans la même optique, la page d’Évangile d’aujourd’hui évoque le Royaume de Dieu. Ce thème est le cœur même du message de Jésus : sa mission primordiale est d’annoncer et d’inaugurer,  par son style de vie, son verbe, sa présence agissante,  sa résurrection, le Monde à venir qui n’est pas encore là, certes, mais se donne à se conjuguer déjà au présent. Notre objectif missionnaire, c’est de diligenter sa venue.

Mais c’est curieux ! Du peu que nous avons compris de l’Evangile – comme aimait le dire le Frère Roger de Taizé -, quand Jésus parle du Royaume, il n’en explicite pas la notion. Chaque fois qu’il en fait cas, il utilise plutôt un langage allégorique, métaphorique, le langage des paraboles. Pourquoi cette extra-ordinaire pédagogie ? Sans doute parce qu’en ouvrant l’emblématique Royaume à tous, sans distinction, Jésus a voulu  que chaque  génération, que chaque peuple s’en approprie la pertinence (bien-fondé) et l’accueille   au coeur même de son identité et de  ses particularités  culturelles. Le Royaume pointe tout juste à l’horizon,  il est à dé-couvrir. C’est un trésor enfoui, caché, à repérer chez les semeurs d’espérance ; une perle précieuse à rechercher auprès  des femmes et des hommes de bonne volonté pour qui et par qui l’action de Dieu se manifeste. Des témoins d’Evangile qui choisissent d’adopter humblement le style de vie de Jésus. Et choisir, c’est renoncer !

En Palestine, à l’époque du Christ, il n’y avait pas de banque à chaque coin de rue comme aujourd’hui. Pour protéger leurs économies, les gens mettaient leur argent dans une cassette qu’ils enterraient dans un champ. Il arrivait que le propriétaire meure sans avoir pu révéler le lieu de sa cache. Des mois, des années plus tard, travaillant, labourant la terre, un cultivateur pouvait tomber dessus par hasard ! Figurez-vous alors sa jubilation. Si le terrain n’était pas à lui, il était capable de brader tous ses biens, les liquider pour s’approprier la terre et avoir le trésor…

Chers amis, vous savez combien nous sommes tous capables de faire d’énormes sacrifices pour avoir ce qui nous tient à cœur. Là où est ton trésor, c’est là que se trouve ton cœur ! Voyez les étudiants qui, pendant le blocus, sacrifient des soirées, des sorties … Les sportifs qui se privent de tant de choses pour être à la hauteur, avoir la forme… Des parents, des grands parents qui se sacrifient pour les études, l’éducation de leurs enfants … Nous arrivons ici à la pointe de la parabole : pour Jésus, le Royaume de Dieu est une réalité tellement précieuse qu’il vaut la peine de tout sacrifier pour le découvrir et vivre de ses valeurs. Beaucoup l’ont fait : Saint Paul dira aux Philippiens (3, 4-10) : « J’ai tout perdu ! Je considère mes avantages d’antan comme des ordures au regard du gain suréminent qu’est la connaissance de Jésus-Christ et la puissance de sa résurrection« . François d’Assise, le patron de notre UP, a dû faire, lui aussi, un choix radical : se désencombrer des richesses matérielles pour s’enrichir du don de Dieu … La vie de ces témoins,  qui ont fait la joie de Dieu au long des âges, a été elle-même une parabole, c’est-à-dire un chemin spirituel où l’on retrouve les traces du Dieu vivant.

Chers amis, ne lâchons pas pied, continuons inlassablement à chercher le trésor, à nous accrocher à l’Amour de Dieu et à le refléter pour qu’à jamais s’établisse autour de nous et ailleurs, un monde où prédominent la justice, la paix et la concorde pour le bonheur de tous et la joie de Dieu. Oui, la joie de Dieu, n’est-ce pas notre force ?

                                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies, Le mot du curé | Commentaires fermés sur Quel est ton trésor ?

Venez à moi !

Homélie du 14ème dimanche ordinaire A : Venez à moi !

Lectures : Za 9, 9-10 ; Ro 8, 9-13 ; Mt 11, 25-30

En clamant : « Je proclame ta louange, Père ! « , Jésus nous partage l’intime relation qui l’unit au Père. Et s’il bénit le Père, c’est pour son Amour de prédilection envers les pauvres, les petits, qui vivent l’enfance spirituelle en accueillant humblement le don gratuit de cet Amour ! Pour Georges Bernanos, « notre monde meurt faute d’esprit d’enfance« … Dans sa chanson « Mille colombes », Mireille Mathieu nous convie aussi au retour à la source d’enfance : « Que la paix soit sur le monde pour les cent mille ans qui viennent. Donnez-nous mille colombes à tous les soleils levants. Donnez-nous mille colombes et des millions d’hirondelles. Faites un jour que tous les hommes redeviennent des enfants ».

Redevenir un enfant dans le contexte de la foi chrétienne, c’est être réceptif à l’Evangile, s’abandonner à la grâce de Dieu. Jésus déplore la prétentieuse suffisance des sages, des savants de ce monde, en l’occurrence l’arrogance de l’élite intellectuelle juive (grands prêtres, scribes, docteurs de la Loi, pharisiens) qui récuse et rejette son Evangile. Pour ces gens-là, l’Evangile est un scandale, une folie (1 Co 1, 23). Promotionnant lui-même son message, il atteste qu’il n’est pas liberticide, ce n’est pas une camisole de force, c’est plutôt du baume au cœur, du repos, de la consolation. « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger« … Pour lui, on n’approche pas Dieu au bout d’une réflexion personnelle, mais en accueillant simplement, comme un enfant, dans la confiance et l’abandon, la Révélation, la confidence qu’il te fait encore aujourd’hui : Dieu t’aime gratuitement, sans mérite de ta part ; il t’aime comme tu es, comme tu deviens, sans condition ! Le sais-tu seulement ?

« Personne ne connaît le Père sinon le Fils Devenez mes disciples« , c’est-à-dire des femmes et des hommes qui connaissent Dieu. La connaissance dans la Bible, c’est l’expérience d’une relation tout à fait particulière, intense avec quelqu’un. Connaître Dieu, c’est vivre une intimité mystique avec Lui. Faut-il encore le rappeler, les amis : la foi, ce n’est pas d’abord une affaire de dogmes ou encore de code de conduite morale, mais l’alliance vivante avec le Dieu Trinitaire, la relation personnelle, profonde et confiante que l’on entretient avec Lui.

Se fondant sur cette foi, Jésus exhorte celles et ceux qui se sentent chargés et écrasés de le rejoindre. « Venez », autrement dit : ne vous enfermez sur vous-mêmes, venez à moi vous qui êtes tellement fatigués, découragés ; vous qui ne voyez pas d’issue ; vous qui vous sentez perdus ; qui ployez sous le poids de vos blessures morales, de votre culpabilité, de vos inquiétudes, de vos questions sans réponse ; qui ployez sous le poids des promesses fallacieuses, des trahisons, du deuil, de l’injustice, de la solitude du cœur, des difficultés de santé … Venez au repos en ma présence !

Certes, ce repos ne nie pas les vicissitudes de l’existence, mais aide à y faire face, à les surmonter… Parfois, on entend : « Je me demande comment font ceux qui n’ont pas la foi, comment s’en sortent-ils ? » Les croyants qui parlent ainsi font certainement l’expérience de ce qu’écrit Isaïe : « Ceux qui comptent sur le Seigneur reçoivent des forces nouvelles. Ils prennent leur essor comme l’aigle ; ils courent sans se lasser, ils marchent sans s’épuiser  » (Is 40, 31). Et le psalmiste : « Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés » (Ps 144).

Jésus nous invite ainsi à le laisser porter notre fardeau avec nous, à aligner les pas de nos chemins de croix sur les siens ! Il nous soulage des pesanteurs qui plombent nos vies.

Tout naturellement, il ne remplace pas le Forem qui aide les chômeurs à trouver un emploi ; le CPAS qui garantit un revenu minimum à ceux qui disposent des moyens de subsistance insuffisants ; l’hôpital qui soigne les malades … Il ne résout pas nos problèmes d’un coup de baguette magique. Ce qu’il donne, c’est plutôt quelque chose que le monde ne sait pas donner, à savoir : le repos spirituel, la paix intérieure. Cette sérénité, c’est celle qui se reflète par exemple sur le visage du croyant malade, qui souffre atrocement et qui sait parfois qu’il va mourir. Son secret, c’est son espérance : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler » (Rm 8, 18). Paul Claudel a été inspiré en écrivant : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance humaine. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais la remplir de sa présence ! » Avec Jésus, nous ne sommes pas seuls sur notre chemin, il nous accompagne et même nous habite. La grâce de sa présence nous rassure, nous guérit intérieurement et nous ouvre à l’espérance.

                                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

Publié dans Homélies, Le mot du curé | Commentaires fermés sur Venez à moi !