L’humilité, la fragilité de Dieu… – Veillée d’Avent 2021

Comme chaque année, les Unités pastorales de Spa et de Theux organisent une veillée d’Avent faite de réflexions, de méditations, de prière et de chants. Le thème choisi cette année :

L’HUMILITÉ, LA FRAGILITÉ DE DIEU

Un Dieu amour, « un Dieu qui n’est qu’amour » (F. Varillon), ne peut qu’être fragile et vulnérable. Car, qui aime s’expose, se donne et n’impose pas.

Il est dans la logique du « si tu veux… ».

La Bible dit que Dieu créateur fait ‘shabbat’, Il limite sa puissance créatrice et fait place à l’homme, créé à son image, libre et responsable du monde qui lui est confié. L’avenir de Dieu repose entre les mains de l’homme.

Cette soirée aura lieu mardi 30 novembre dans l’église de Theux à 20h.

Soyez les bienvenus, que vous veniez du doyenné de l’Ardenne ou de plus loin !

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Il y a le don et le mobile qui le justifie !

Homélie du 32ème dimanche ordinaire B : il y a le don et le mobile qui le justifie !

 Lectures : 1 R 17, 10-16; Ps 145; He 9, 24-28; Mc 12, 38-44

Chers amis, la liturgie de la Parole de ce dimanche nous invite à méditer sur nos gestes de partage. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux). En effet, se donner, c’est faire de sa vie un cadeau, se vouer aux autres en donnant gratuitement de  son temps, son talent,  sa compréhension, ses biens, son argent, son cœur, sa présence à travers un  regard, un service rendu, une écoute, un  sourire. Se donner s’inscrit dans l’optique  de la spiritualité d’ellipse (effacement) de Jean-Baptiste : il faut que je diminue pour que la personne que je sers, que j’aime grandisse et fleurisse (Jn 3, 30). Et la valeur du don ne s’évalue pas nécessairement à la quantité,  mais à l’intention qui motive le donateur, autrement dit à l’amour qui le porte à donner. La raison noble de donner, la profondeur du don prime sur le don lui-même. Et « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7).

La 1ère lecture et l’Evangile parlent de 2 veuves. Aujourd’hui,  la politique sociale en Europe occidentale est une des plus prisées au monde.  Les veuves sont en général protégées, elles sont bénéficiaires de l’intervention majorée. Par exemple, pour les coûts de soins, après contrôle des revenus, elles paient une quote-part personnelle (ticket modérateur) moins importante. Mais au Pays  de Jésus et avant lui, les veuves sont des laissées-pour-compte qui vivent une double pauvreté : matérielle et affective.

Dans la 1ère lecture, il s’agit de la première mission du prophète Elie en terre païenne. C’était déjà une ouverture exceptionnelle préfigurant l’universalisme de la foi.  Il est aux portes de Sarepta, une ville située au Liban, sur la côte phénicienne entre Tyr et Sidon. En effet, il y sévit une terrible sécheresse avec tout naturellement ses conséquences, entre autres la sous-alimentation (insuffisance de la quantité de ce qu’on mange) et la malnutrition (insuffisance de la qualité de ce qu’on mange). Comme Jésus face à la samaritaine (Jean 4, 5-42), le prophète mendie du pain auprès de cette veuve libanaise, une étrangère qui vit avec son enfant dans une pauvreté extrême. Celle-ci offre ses dernières provisions. Nous comprenons dès lors que la générosité ne dépend pas de l’appartenance à une race, à une Eglise ou à un rang social, mais de la grandeur d’âme et de la force de foi de chacun. « N’aie pas peur » dira Elie à la femme, fais seulement confiance à la Parole de Dieu.

Dans la page d’Evangile, assis dans l’enceinte du temple, Jésus qui voit les cœurs, scrute les comportements des gens qui vont donner les offrandes. Dans le temple, il y a des troncs à offrandes, de gros entonnoirs métalliques où l’on verse l’argent. Cela faisait parfois un bruit qui attirait l’attention et l’admiration de l’entourage. Il va fustiger une certaine piété hypocrite : les offrandes des riches sont ostentatoires, ils y vont en se pavanant et pour les honneurs, par rapport à cette veuve qui, discrètement, va déposer tout ce qu’elle avait pour vivre. Sa démarche annonce la mort  du Christ qui donnera sa vie par amour pour  l’Humanité.

Et pourtant, tous ont fait la même démarche, mais la différence, c’est dans leur disposition intérieure, le sens que chacune et chacun donne à son geste de partage. Aux yeux de Jésus, le « minable » don de la veuve offert avec générosité de cœur vaut plus que les offrandes des riches qui, du reste, jouent la comédie des apparences et donnent du superflu. « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » (pape François) parce qu’ils ne se privent de rien !

Nous pouvons par ailleurs nous demander si les dons de ces 2 veuves sont raisonnables : donner tout que ce que l’on a ! C’est la logique évangélique de perdre pour gagner, la folie de l’amour ! Leur secret : elles savent que l’amour ne calcule pas, qu’aimer, c’est se sacrifier, se priver, aller jusqu’au bout ; elles savent qu’en donnant tout, elles s’en remettent à la providence, elles s’abandonnent et s’accrochent à Dieu. Elles savent pour finir que tout ce qu’on n’a pas donné est perdu. Oui, on n’est riche que de ce que l’on donne ! Que  restera-t-il de nous après mon passage sur cette terre, sinon ce que nous aurions transmis,  donné ?

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Tu aimeras           

Homélie du 31ème dimanche B                                                    

Lectures : Dt 6, 2-6; Ps 17; He 7, 23-28; Mc 12, 28b-34

Chers amis, la vie est un voyage où risquer, c’est aimer !  Dans la page d’Evangile, un scribe en recherche demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements. Cela peut étonner d’un homme qui connaît parfaitement les Ecritures : il est spécialiste de la bible. Et pourtant sa question est pertinente. La loi juive recèle 613 préceptes, ce qui, in fine, peut être barbant et fastidieux. D’où sa question : quel est le condensé de tout cela ? Jésus le renvoie alors au « shema » du judaïsme. C’est la prière liturgique juive que le croyant, en l’occurrence le scribe lui-même, récite matin et soir : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique … » Un Dieu unique ! Les 3 grandes religions monothéistes, à savoir le judaïsme, l’islam et le christianisme professent leur foi en un seul Dieu, à ceci près que pour le christianisme, il y a un seul Dieu, mais en 3 personnes. Entre les 3, coule le fleuve d’amour qui irrigue le cœur de l’homme, le rendant capable d’aimer à son tour…  Bref, pour Jésus, le plus grand commandement, c’est le sacrement de l’amour qui, par essence, se rapporte à Dieu et à l’homme. L’amour chrétien est théandrique, et c’est une question de cohérence : on ne peut pas prétendre aimer Dieu et vivre en même temps au mépris des autres. Quand on est submergé par les flots de l’amour de Dieu ; quand l’Esprit Saint embrase notre cœur du feu de cet amour, on n’en sort pas indemne, on change radicalement son regard vis-à-vis des autres, il devient bienveillant.

Chrétien, que dis-tu de toi-même, quelle est ton identité, ta vocation originelle ? N’est-ce pas refléter la bonté de Dieu, configurer le Christ, devenir, comme le dit si bien le pape François, « Christophore« , porteur de Jésus-Christ, qui fait Un avec le Père et qui donne sa vie sur la croix pour notre salut ?

Le psalmiste dira : « Je t’aime, Seigneur, ma force ! » (Ps 17). En effet, j’aime Dieu quand mon âme a soif de lui ; quand il m’est, non pas un désir qui passe, mais un besoin permanent de communion avec lui.  « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure« . La Parole, c’est le Verbe fait chair : garder la Parole, c’est garder Jésus dans son cœur. J’aime Dieu quand, comme une tortue marine, je remonte souvent à la surface des eaux de la vie pour respirer à pleins poumons, inspirer le Souffle de Dieu. L’Esprit-Saint est l’O2 qui fait vivre, sans lui, l’alliance avec Dieu est fragile et la grâce du baptême est vaine.  J’aime Dieu quand je réponds aux appels de l’Eglise, participe avec dévouement à la Mission …

L’amour est, pour Teilhard de Chardin, la plus universelle, la plus formidable, la plus mystérieuse des énergies cosmiques. C’est la recette la plus efficace de bonheur, d’épanouissement et de liberté – « Aime et fais ce que tu veux » (saint Augustin). Un enfant carencé de tendresse se rabougrit, celui qu’on dévalorise à tout bout de champ (« t’es nul », « t’es con », « tu ne vaux rien ») aura demain un manque cruel de confiance en lui-même.

Oui, mes sœurs et mes frères, on parle de l’amour depuis la nuit des temps, mais ce qui caractérise l’amour chrétien, c’est le don : j’ai donné, je me suis donné, j’ai par-donné. L’amour se prouve par le dévouement, la gratuité, la serviabilité, le respect ; il ne cherche rien d’autre que voir l’autre s’épanouir. Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « On est responsable de la rose qu’on a apprivoisée « .

Tout naturellement, tous nous essayons d’aimer étant donné que, comme une orange, nos coeurs regorgent du jus d’amour de Dieu. Mais la question réside dans la manière d’aimer ! Il y a des pièges d’amour ou encore des amours de piteuse facture : l’investissement narcissique (quand je dis que j’aime du chocolat, ce n’est pas le chocolat que j’aime. Je m’aime moi-même, le chocolat n’est qu’un objet de plaisir ! On jette de la poudre aux yeux par des incantations amoureuses élogieuses alors que tout n’est fait que pour soi-même), le troc relationnel (je te donne pour que tu me rendes ou encore pour que je t’enchaîne : parfois on entend dire : « Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois !« ), aimer par sécurité d’amour (le phénomène des enfants rois, tyrans étudiés par Françoise Dolto. Il s’agit de la permissivité abusive : il est interdit de leur interdire quoi que ce soit, on leur permet tout pour acheter leur amour. En fin de course, ils deviennent comme des bateaux rouillés enchaînés au port, qui n’osent jamais prendre le large. Ils restent dépendants de leurs parents ! ), l’amour possessif (prendre son partenaire en otage, le possédant comme son bien propre, un objet dont on dispose comme on veut), captatif  (l’absorber comme un buvard, le vampiriser), le paternalisme, donner du superflu (« Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » dixit pape François).  

Pour finir, Jésus dira au scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » ; Pourquoi ? Parce que sans doute, comme nous, ce scribe connaît la Parole de Dieu, il sait que l’amour vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices, mais il lui reste, il nous reste, à passer de la tête au cœur, à passer de la connaissance livresque, théorique à la pratique, pour faire partie du Royaume de Dieu.

                                                                             Vital Nlandu, votre curé

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Centenaire de la cathédrale : Prière écuménique de Taizé

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Le divorce, un fléau social

Homélie du 27ème dimanche ord B : Le divorce, un fléau social

Lectures :  Gn 2, 18-24; Ps 127; He 2, 9-11; Mc 10, 2-16

Chers amis, la liturgie de la Parole de ce dimanche nous plonge dans le mystère d’alliance entre une femme et un homme. J’allais même dire qu’elle remue le couteau dans la plaie d’un véritable fléau : le divorce. « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? « , telle est la question que les pharisiens posent à brûle-pourpoint à Jésus. Par la voix parlementaire, nos sociétés modernes répondent « oui  » ! De même, selon la législation juive à l’époque de Jésus, les hommes pouvaient se permettre de répudier leur épouse même pour des motifs anodins, quitte à octroyer une attestation de rupture d’alliance …

En effet, même si le divorce est devenu de nos jours une réalité sociale quasi banale, ordinaire – nous connaissons tous dans notre famille ou dans notre entourage quelqu’un qui a divorcé -, il convient de souligner qu’à bien des égards, on ne divorce pas de gaieté de cœur, c’est une détresse qui laisse souvent des blessures difficiles à cicatriser tant pour les enfants que pour les conjoints qui se séparent. La question demeure délicate.  L’Eglise elle-même s’est fait griller : surtout avant le pape François, elle était critiquée pour sa grande rigidité en la matière. Parler du divorce, c’est par exemple un test pour le prêtre ou le diacre qui prêche. Les gens sont à l’affût pour le cataloguer : est-il respectueux de la souffrance des divorcés ? De quel bord se situe-t-il ? : est-il tradi ou ouvert, moderne ? Le sujet suscite moult questions : en Europe occidentale, les 2/5ème de nouveaux couples divorcent, pourquoi cet échec des amours que l’on rêvait éternels ? Pourquoi y a-t-il plus de divorces aujourd’hui que dans le passé, dans les pays riches que dans les pays pauvres ? Le débat est houleux …, et beaucoup de jeunes n’envisagent pas de se marier civilement et encore moins religieusement. Ils ont de l’appréhension face à l’avenir, face à tant de liens qui se défont ou se relâchent aujourd’hui. Ils préfèrent plutôt vivre en concubinage.

Tout compte fait, quelles peuvent être les causes du divorce ? Plusieurs témoignages évoquent  les moments d’incompréhension, d’indécision ; la culture du zapping et du turn-over de notre société; l’usure du temps, l’indifférence, l’image illusoire que l’on s’est faite de l’autre, l’odeur de renfermé dans le couple, la routine, la lassitude, l’impatience, la violence conjugale (verbale, psychologique, sexuelle, financière), l’amour possessif, liberticide; le manque de dialogue, de respect, de remise en question, de spiritualisation de l’amour; le rythme effréné de la vie; l’absence de mêmes centres d’intérêt, de vision partagée, d’émerveillement, de reconquête de l’autre, de moments de qualité … Tout cela est résumé dans ce que j’appelle la sclérocardie selon Jésus, c’est-à-dire l’endurcissement du cœur humain bétonné d’orgueil et d’égoïsme. Voilà pourquoi à la fin de l’Evangile médité aujourd’hui, Jésus exhorte à l’esprit d’enfance : le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent aux enfants. Par nature, ceux-ci sont dotés d’humilité, de pureté d’intentions, de confiance, de simplicité, de légèreté, de capacité d’émerveillement …

Dans l’Evangile, Jésus ne cède pas au piège des pharisiens, il n’entre pas dans le cadre moralisant dans lequel ils veulent le confiner : est-il permis ou interdit ? Loin de condamner les couples en difficultés ni d’ailleurs de faire du populisme en brossant dans le sens du poil, il va montrer l’idéal du mariage, son sens originel selon le plan de Dieu. Déjà la 1ère lecture relève la bienveillance de Dieu : « Il n’est pas bon que l’homme (ou la femme) soit seul« . Il s’agit d’une judicieuse complémentarité. La femme et l’homme ont besoin l’un de l’autre. « A cause de cela, l’homme quittera ses parents et s’attachera à sa femme !  » Quitter, c’est un peu mourir, effectuer un mouvement pascal (conversion, passage d’une vie à une autre), faire un travail de deuil, c’est-à-dire sortir de la dépendance de ses parents pour défricher son chemin, créer sa propre légende. Ce faisant, il sera acteur d’une histoire vécue cette fois-ci dans l’altérité (respect des différences) et l’union  profonde avec son épouse.

« L’enfer, c’est l’échec de l’amour » disait Julien Green. Que L’Esprit Saint, le ciment de tout amour, nous aide à aimer en vérité.

                                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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100 ans

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Pour vous, qui suis-je ?

 Homélie du 24ème dimanche ord : Pour vous, qui suis-je ?

Lectures : Is 50, 5-9a; Ps114; Jc 2, 14-18; Mc 8, 27-35

Mes frères et mes sœurs, la question sur l’identité de Jésus occupe une place centrale dans l’Evangile de saint Marc (4, 41; 8, 27-29…) : qui est-il ce Jésus de Nazareth dit le Christ ou le Messie? Mais qui est-il  ce prédicateur itinérant qui, 20 siècles après, change encore des vies, suscite encore confiance, engouement et ferveur ?  Le top secret (secret messianique) qui traverse cet Evangile (1, 44 ; 3, 11 ; 5, 43 ; 7, 36 ; 8, 30…) est une finesse pédagogique : il ne faudrait pas que les gens se méprennent sur sa vraie identité. Marc laisse alors ses lecteurs en suspens pour la leur révéler à la fin : « Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39). Dans la péricope de ce dimanche, Jésus lui-même enquête, il fait un sondage d’opinion. Il demande exprès à ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Réponse : l’opinion publique est assez unanime, tu es une personne exceptionnelle ! Tu appartiens à la lignée de grands prophètes, on t’assimile à Elie, Jérémie, Jean le baptiste… OK pour cette réponse par procuration ! Mais puisque tu es adulte dans la foi, à toi maintenant de me nommer, de faire ta propre profession de foi ou encore de témoigner de ta conviction. Au regard de l’expérience personnelle que tu vis avec moi ; loin des énoncés théoriques, des idées reçues au catéchisme, des définitions savantes, des formules apprises, dis-moi du fond de ton cœur :   qui suis-je dans ta vie ?

Vous comprenez que cette question ne peut qu’interpeller, engager et pousser chacune et chacun à réfléchir sans chichis à sa liaison perso avec Jésus ! C’est ce que fait Pierre tout inspiré : « Tu es le Christ« , c’est-à-dire le Messie, l’Oint que Dieu nous envoie nous apporter délivrance et salut, le Consacré imbibé d’Esprit Saint venu nous dire qui est Dieu pour nous !  Cependant, pour raffermir la foi balbutiante de Pierre, Jésus précise : il n’est pas le messie politique conquérant, triomphateur, qu’Israël attendait, mais bien le messie serviteur, crucifié (1 Co 1, 23), autrement dit un messie d’amour, corps brisé et sang versé par amour. Oui, l’amour n’est qu’offrande et don au service de la vie. « Aimer, c’est donner et se donner soi-même » (Thérèse de Lisieux).  Et Jésus de continuer : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix «   

Renoncer à soi-même, c’est s’oublier, accepter de s’abaisser (la kénose), de diminuer pour que la personne que l’on aime grandisse. D’abord elle, et moi après ! En effet, il n’y a pas de vrai amour sans mourir à soi-même. Si tu l’aimais en vérité, tu serais capable de « mourir » pour lui, pour elle. Que dis-tu de ça ?…  Par ailleurs, prendre sa croix, c’est contre vents et marées emprunter le chemin de l’espérance. L’espérance est la grande victoire de l’homme sur l’absurde et l’impossible. Saint Paul est convaincu qu’aussi atroce soit-elle, la souffrance ne peut altérer la beauté intérieure de l’homme.  Notre être physique pénétré de fragilité et de vulnérabilité peut certes dépérir alors que se fortifie l’être spirituel. Ecoutons-le : « C’est pourquoi nous ne perdons jamais courage. Même si notre être extérieur se détruit peu à peu, notre être intérieur se renouvelle de jour en jour  » (2 Co 4, 16). Prendre sa croix, c’est aussi assumer sa condition humaine.

Autour du drame des inondations que nous avons vécu au mois de juillet dernier, j’ai entendu quelqu’un dire à la télévision : « Si Dieu existait, ces inondations n’auraient pas eu lieu« . C’est l’éternel procès contre Dieu face à l’inaudible souffrance qui talonne l’homme de tout temps et en tout lieu. Paul Claudel le dit bien : « Jésus n’est pas venu dans le monde pour supprimer ou expliquer la souffrance de l’homme, mais la couvrir de sa présence » Et le psalmiste d’ajouter : « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 114).  Le témoignage de Jean-Claude, mon ami tétraplégique, est édifiant. Il m’a dit un jour : « Je ne prie pas Dieu pour ma guérison physique, mais plutôt intérieure : qu’il me donne la force de porter mon fardeau« . Là, il prend Jésus au mot lorsqu’il dit : « Venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau, je vous soulagerai  » (Mt 11, 28). Le serviteur souffrant de la 1ère lecture le dit : « Le Seigneur vient à mon secours …, je ne serai pas confondu !« 

Qu’il soit dit entre nous : je ne fais pas l’apologie de la souffrance qui est au demeurant un scandale, un mal à combattre courageusement, une humiliation à éviter à tout prix ! Mais puisqu’elle est inexorable, puisqu’elle fait partie intégrante du tragique humain, quand elle advient, je demande la grâce de l’assumer dignement. Comme le rosaire, la vie de l’homme est émaillée de mystères joyeux, glorieux, lumineux mais aussi douloureux. Et si nous célébrons la liturgie du vendredi saint en vénérant la croix, c’est parce qu’elle est le signe d’un amour capable de transformer un lieu de supplice et de mort en une source de vie et de grâce.

                                                                                         Vital Nlandu, votre curé-doyen

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