Tu aimeras           

Homélie du 31ème dimanche B                                                    

Lectures : Dt 6, 2-6; Ps 17; He 7, 23-28; Mc 12, 28b-34

Chers amis, la vie est un voyage où risquer, c’est aimer !  Dans la page d’Evangile, un scribe en recherche demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements. Cela peut étonner d’un homme qui connaît parfaitement les Ecritures : il est spécialiste de la bible. Et pourtant sa question est pertinente. La loi juive recèle 613 préceptes, ce qui, in fine, peut être barbant et fastidieux. D’où sa question : quel est le condensé de tout cela ? Jésus le renvoie alors au « shema » du judaïsme. C’est la prière liturgique juive que le croyant, en l’occurrence le scribe lui-même, récite matin et soir : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique … » Un Dieu unique ! Les 3 grandes religions monothéistes, à savoir le judaïsme, l’islam et le christianisme professent leur foi en un seul Dieu, à ceci près que pour le christianisme, il y a un seul Dieu, mais en 3 personnes. Entre les 3, coule le fleuve d’amour qui irrigue le cœur de l’homme, le rendant capable d’aimer à son tour…  Bref, pour Jésus, le plus grand commandement, c’est le sacrement de l’amour qui, par essence, se rapporte à Dieu et à l’homme. L’amour chrétien est théandrique, et c’est une question de cohérence : on ne peut pas prétendre aimer Dieu et vivre en même temps au mépris des autres. Quand on est submergé par les flots de l’amour de Dieu ; quand l’Esprit Saint embrase notre cœur du feu de cet amour, on n’en sort pas indemne, on change radicalement son regard vis-à-vis des autres, il devient bienveillant.

Chrétien, que dis-tu de toi-même, quelle est ton identité, ta vocation originelle ? N’est-ce pas refléter la bonté de Dieu, configurer le Christ, devenir, comme le dit si bien le pape François, « Christophore« , porteur de Jésus-Christ, qui fait Un avec le Père et qui donne sa vie sur la croix pour notre salut ?

Le psalmiste dira : « Je t’aime, Seigneur, ma force ! » (Ps 17). En effet, j’aime Dieu quand mon âme a soif de lui ; quand il m’est, non pas un désir qui passe, mais un besoin permanent de communion avec lui.  « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure« . La Parole, c’est le Verbe fait chair : garder la Parole, c’est garder Jésus dans son cœur. J’aime Dieu quand, comme une tortue marine, je remonte souvent à la surface des eaux de la vie pour respirer à pleins poumons, inspirer le Souffle de Dieu. L’Esprit-Saint est l’O2 qui fait vivre, sans lui, l’alliance avec Dieu est fragile et la grâce du baptême est vaine.  J’aime Dieu quand je réponds aux appels de l’Eglise, participe avec dévouement à la Mission …

L’amour est, pour Teilhard de Chardin, la plus universelle, la plus formidable, la plus mystérieuse des énergies cosmiques. C’est la recette la plus efficace de bonheur, d’épanouissement et de liberté – « Aime et fais ce que tu veux » (saint Augustin). Un enfant carencé de tendresse se rabougrit, celui qu’on dévalorise à tout bout de champ (« t’es nul », « t’es con », « tu ne vaux rien ») aura demain un manque cruel de confiance en lui-même.

Oui, mes sœurs et mes frères, on parle de l’amour depuis la nuit des temps, mais ce qui caractérise l’amour chrétien, c’est le don : j’ai donné, je me suis donné, j’ai par-donné. L’amour se prouve par le dévouement, la gratuité, la serviabilité, le respect ; il ne cherche rien d’autre que voir l’autre s’épanouir. Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « On est responsable de la rose qu’on a apprivoisée « .

Tout naturellement, tous nous essayons d’aimer étant donné que, comme une orange, nos coeurs regorgent du jus d’amour de Dieu. Mais la question réside dans la manière d’aimer ! Il y a des pièges d’amour ou encore des amours de piteuse facture : l’investissement narcissique (quand je dis que j’aime du chocolat, ce n’est pas le chocolat que j’aime. Je m’aime moi-même, le chocolat n’est qu’un objet de plaisir ! On jette de la poudre aux yeux par des incantations amoureuses élogieuses alors que tout n’est fait que pour soi-même), le troc relationnel (je te donne pour que tu me rendes ou encore pour que je t’enchaîne : parfois on entend dire : « Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois !« ), aimer par sécurité d’amour (le phénomène des enfants rois, tyrans étudiés par Françoise Dolto. Il s’agit de la permissivité abusive : il est interdit de leur interdire quoi que ce soit, on leur permet tout pour acheter leur amour. En fin de course, ils deviennent comme des bateaux rouillés enchaînés au port, qui n’osent jamais prendre le large. Ils restent dépendants de leurs parents ! ), l’amour possessif (prendre son partenaire en otage, le possédant comme son bien propre, un objet dont on dispose comme on veut), captatif  (l’absorber comme un buvard, le vampiriser), le paternalisme, donner du superflu (« Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur » dixit pape François).  

Pour finir, Jésus dira au scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » ; Pourquoi ? Parce que sans doute, comme nous, ce scribe connaît la Parole de Dieu, il sait que l’amour vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices, mais il lui reste, il nous reste, à passer de la tête au cœur, à passer de la connaissance livresque, théorique à la pratique, pour faire partie du Royaume de Dieu.

                                                                             Vital Nlandu, votre curé

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