Une journée de Jésus.

Homélie du 5ème dimanche B :                                                         

Lectures : Job 7, 1-7, Ps 146; Mc 1, 29-39



 

Mes sœurs et mes frères, voici encore une occasion d’ouvrir notre cachette intérieure, pour que Dieu y crèche.  C’est lui qui nous rend capables de résister aux aléas et aux frustrations de la vie.

L’on connaît bien l’expression populaire : « Pauvre comme Job ! » Job est une icône biblique de notre humanité souffrante. Dans la 1ère lecture, il est accablé de toutes sortes de maux ; il déprime, ne sachant plus compter ses nuits cauchemardesques. Le cœur fendu, il dira : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée… » Si tel est le cas, à quoi bon, pourquoi alors vivre ?  De l’avis d’Albert Camus, la question philosophique fondamentale, c’est celle-là : te demander si la vie, si ta vie  vaut la peine d’être vécue !

En effet,  devant l’incompréhensible, l’absurde, surgissent ces questions devenues tout à fait familières : « Si Dieu est Amour, pourquoi tant de souffrances aveugles ? S’il a fait une  création merveilleuse ( » Et Dieu vit que tout ce qu’il a fait était bon« ), pourquoi l’étau des malheurs et des tourments ?…  Ou encore : Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter ça ? Pourquoi moi ?… Dans « C’était l’hiver« ,  Francis Cabrel chante : « Elle disait : j’ai déjà trop marché, mon cœur est déjà trop lourd de secrets, trop lourd de peines… Elle disait que vivre était cruel. Elle ne croyait plus au soleil ni aux silences des églises. Même mes sourires lui faisaient peur. C’était l’hiver dans le fond de son cœur »…

Oui, le perpétuel scandale de la souffrance, en l’occurrence celle endurée par  l’innocent, le juste comme Job, ne peut que  relever du mystère. Paul Claudel l’a si bien compris quand il déclare : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance.  Il n’est pas même venu l’expliquer. Il est venu pour la  remplir de sa présence » L’être humain  qui gémit et sur le visage duquel dégoulinent des larmes de douleur  est configuré au christ Jésus mort sur la croix et ressuscité. D’où cette conviction forte de  saint Paul : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire à venir » (Rm 8, 18)…  La souffrance fait partie intégrante de notre vie.

Pour Etty Hillesum, les événements de l’histoire de l’homme se tiennent, c’est un tout en un : «La vie et la mort, la souffrance et la joie, tout, tout en moi, je l’accepte comme une totalité indivisible ».

Dans ce sens,  le rosaire que nous prions reflète notre vie, qui  est émaillée non seulement  de mystères joyeux, lumineux, glorieux mais aussi douloureux. La souffrance humaine est  de bout en bout inéluctable.

Aussi, loin de pontifier sur la souffrance,  Jésus  préfère plutôt agir.  Saint Marc l’atteste : « Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies« … Pourtant,  nous  savons que ce qu’il a fait ce jour-là  n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de souffrances des hommes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. En réalité, ce qui importe pour lui, c’est de s’engager ici et maintenant et sans réserve,  dans le combat contre le mal en général et la souffrance en particulier. Pour endiguer le mal, dès le début de son ministère en Galilée,  il exhorte l’homme à la conversion (Mc 1, 14). Sur ce,  Gandhi dira : « Change d’abord en toi ce que tu veux changer dans le monde ». Contre la souffrance, il fait « lever » les gens…  Et si c’était là la clé de  notre mission baptismale : guérir les cœurs brisés, remettre les gens debout, « re-susciter » en eux la résilience, la joie d’aimer, d’espérer et de croire;  leur redonner l’envie de grandir et d’avancer, bref les aider à mourir à ce qu’ils sont présentement, pour revivre à l’instar du grain de blé mis en terre pour devenir une tige de blé ?

Dans le texte d’évangile, saint Marc nous présente  la journée-type de Jésus, son agenda surchargé : synagogue, pastorale de la santé, prédication …  Cependant, il ne se laissera pas phagocyter par la boulimie du travail pastoral. La vie consacrée à Dieu et à l’Eglise ne consiste  pas seulement à servir, à partager, à se former, à organiser, c’est aussi prier et annoncer.  Jésus éprouve l’impérieux besoin de se retrouver seul pour se connecter au réseau de Dieu. La prière, l’intériorité, n’est-ce pas  la respiration de notre âme !  Et il fera comprendre aux gens qu’il n’est pas avant tout un thaumaturge, un guérisseur, mais le prophète de la Bonne Nouvelle.

Annoncer l’Evangile est une nécessité qui s’impose (2ème lecture). On y parvient  grâce à l’humilité et à l’intelligence pastorale (avoir le flair du terroir!), autrement dit sans prosélytisme, ni clientélisme, se faire tout à tous, pour les gagner tous à Jésus.

Telle est la fonction prophétique de notre baptême : la proclamation de l’Amour inconditionnel de Dieu accompagnée d’actions bienveillantes et bienfaisantes.

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen



 

Cet article a été publié dans Homélies, Le mot du curé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Une journée de Jésus.

  1. Lucie Mathonet dit :

    Merci Vital pour ce partage…dans ce commentaire jamais évident du thème de la souffrance si récurrente pour beaucoup..courage et force à toi

    J'aime

  2. Rottiers dit :

    Mon amie de Charleroi a écrit ceci : Merci encore de cette belle homélie, ce doyen est décidément un homme de Dieu.

    J'aime

Les commentaires sont fermés.