Etre riche en vue de Dieu

Homélie du 18ème dimanche ord C : Etre riche en vue de Dieu

Lectures : Qo (Ec) 1, 2; 2, 21-23; Ps 89; Co 3, 1-5, 9-11; Lc 12, 13-21

Chers amis, la page d’Evangile de ce week-end nous invite à revisiter notre rapport avec la richesse et, partant, avec l’argent. C’est une thématique qui nous concerne tous dans la mesure où pour vivre, nous avons besoin d’argent. On en a besoin même pour  l’évangélisation des peuples. Dans son action de solidarité, l’organisme Missio de l’Eglise catholique s’y emploie. Chez nous, chaque année, l’Etat, la commune alloue une somme d’argent à la fabrique d’église pour l’entretien du patrimoine de culte. Force est donc de  le reconnaître : l’argent est bel et bien une commodité qui facilite tant de choses. 

Cependant, nous savons d’expérience spirituelle que de deux  choses l’une : l’argent est serviteur ou maître, moyen ou fin !  C’est un outil dont on se sert et comme tout outil, son utilité dépend de son utilisation… Curieux, lorsque je prépare la liturgie des funérailles avec les familles, ce qu’elles évoquent la plupart du temps  du jardin de leurs souvenirs, ce sont les beaux moments de bienveillance vécus avec le défunt, sa beauté intérieure,  les belles choses qui, en fait,  ne sont pas monnayables. Voilà pourquoi la 1ère lecture  nous rappelle cette réalité pourtant connue de tous, mais que l’on zappe à dessein, sans doute parce qu’elle dérange en ce monde d’hyperconsommation et de matérialisme à outrance : « Vanité des vanités, tout est vanité« . Commel’homme vient au monde avec les mains vides, il le quittera de la même manière !

L’exhortation de Jésus part d’un problème d’héritage qu’on vient lui exposer. C’est un sujet sensible encore aujourd’hui, il brise tant de familles ! La législation juive de son époque est phallocrate, machiste : les femmes n’ont pas droit à l’héritage. Il revient aux hommes et de quelle manière ? Pour ne pas éparpiller le patrimoine familial, après la mort du père, on instituait un chef de famille, le fils aîné à qui revenaient, à lui seul,  tous les biens immobiliers (terres, maisons) et la moitié des biens mobiliers. On comprend alors pourquoi dans la parabole du fils prodigue, le père dit au fils aîné : « Tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15, 31). La demande d’intervention adressée à Jésus dans l’Evangile de ce dimanche paraît donc judicieuse : mon frère aîné s’empare de tout, même de la petite part qui me revient.

Jésus  en profite pour mettre en garder contre la dangereuse illusion du « credo matérialiste« , l’avidité, la gloutonnerie d’accumuler, qui peut être psychologiquement parlant une compensation qui cache un mal-être, un manque, un besoin à combler…  Certes, il est nécessaire de gagner sa vie, d’avoir une vie sociale digne, d’élever correctement ses enfants et, le cas échéant, de leur  laisser, après sa mort, une petite rallonge de crédit.

Mais en s’interrogeant sur le sens de cette vie qui  passe, l’on peut bien se demander  à quoi sert-il d’accumuler des biens de manière obsessionnelle et compulsive, si c’est pour perdre l’essentiel, à savoir l’amour de Dieu et du prochain, le respect de la nature,  sa propre  joie de vivre ?  Oui, on peut acheter un lit, mais pas le sommeil; on  peut acheter du sexe, mais pas l’amour; on peut posséder des îles, mais  pas la joie d’y vivre. Pour Pierre Rabhi, « L’argent peut assouvir tous nos désirs, excepté la joie qui ne s’achète pas » … Dans son encyclique Laudato Si (N° 222), le pape François  encourage le style de vie prophétique simple,  sobre, capable de se contenter de peu : « L’accumulation constante de possibilités de consommer » écrit-il, « distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment« …  Le riche que Jésus évoque dans la parabole fait, de manière proactive,  des projets mégalomanes, hélas,  tombés aussitôt   à l’eau!

Alors, ne vaut-il  pas mieux s’attacher à ce qui demeure, plutôt  qu’à ce qui meurt : à l’impermanence (2ème lecture) ?  Ne vaut-il pas mieux d’ « être riche en vue de Dieu« , ainsi que nous recommande Jésus ? Cela signifie que l’on soit riche ou pauvre matériellement, on peut ouvrir le grenier de son cœur pour la gloire de Dieu et le bien des hommes. Chacun.e a des richesses intérieures enfouies à déployer et à partager : peut-être que tu ne possèdes ni or ni argent; peut-être qu’à la banque des trésors, aucun coffre  ne porte ton nom; peut-être qu’aucun tapis rouge n’est déroulé sur l’escalier de ton arrivée, mais tu peux, néanmoins,  donner ta tendresse, ton indulgence, ton sourire,  ta foi en l’être humain, ta bienveillance, offrir gratuitement tes services.

                                                                             Vital Nlandu, votre curé-doyen

Cet article a été publié dans Homélies, Le mot du curé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laissez un commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s