Témoins d’espérance

                      Homélie du 19ème dimanche ord C : Témoins d’espérance

           Sg 18, 6-9 ; Ps 32 ; Hb 11, 1-2. 8-19 ; Lc 12, 32-48

Mes sœurs, mes frères, au cœur de cet été, la Parole de Dieu évoque un trésor inépuisable que nous chrétiens, sans être meilleurs que les autres, nous possédons.

En effet, ce trésor ô combien inestimable qu’est notre espérance  est une de ces bourses qui ne s’usent pas, dont Jésus parle dans la page d’Evangile de ce jour ! Je me souviens de ce chant scout que je fredonnais quand j’étais jeune éclaireur : « Reprends courage, l’espérance est un trésor. Même le plus noir nuage a toujours une frange d’or « . Autrement dit, même brisé, un papillon ne pense qu’à s’envoler !

Aux yeux de saint Paul, en  effet, c’est l’espérance qui certifie le label distinctif de la foi chrétienne : « Ne soyez pas affligés comme ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4, 11) ». Et qu’est-ce que l’espérance ? Ce n’est pas l’espoir suscité par la méthode Coué qui répète des phrases de pensée positive et d’autosuggestion pour s’encourager, se disant que tout ira mieux demain. Nous savons combien les mirages de progrès de notre époque contemporaine, les doux rêves dont nous bercent les médias, les réseaux sociaux, les négociants de bonheur tournent parfois en cauchemars. Comme les disciples d’Emmaüs, nos espoirs humains nous laissent souvent désabusés et désillusionnés…

La différence entre l’espoir et l’espérance chrétienne, c’est que l’espoir meurt avec l’échec, il peut décevoir. Mais l’espérance, elle, ne peut pas désenchanter ni tromper car elle a comme socle l’amour de Dieu (Rm 5,5). Si Dieu est tellement puissant en amour, il ne peut donc me  faire défaut !…   L’espérance est ainsi fondée sur une confiance totale à la fidélité de Jésus-Christ à ses promesses. Quoi qu’il en soit, quoi qu’il advienne, même si je ne comprends pas, même devant l’apparente absurdité, même au creuset du  déroutant scandale de la souffrance, je sais en qui j’ai mis ma foi (Scio cui creddidi : 2 Tim 1, 12) : c’est en Jésus le Christ qui m’aime et qui ne me veut que du bien ! C’est une confiance profondément ancrée, pure, « naïve », innocente, détachée, qui me procure, grâce à l’Esprit du Ressuscité, l’Esprit-Saint, paix intérieure, sérénité et sagesse.

Somme toute, espérer, c’est attendre (Rm 8, 18-25), mais attendre quoi ? La réalisation des biens que ma foi a cru être véritablement promis de Dieu (cf. Théologie de l’espérance de Jürgen Moltmann). C’est elle, l’espérance, qui a animé la vie d’Abraham, le vagabond qui allait où Dieu le conviait sans en connaître la destination. Sa motivation et sa force étaient  la conviction que son avenir était en Dieu (2ème lecture). C’est l’attente confiante de la réalisation de la Promesse qui a porté la Vierge-Marie  à croire sans en démordre au Dieu de l’impossible…

Espérer, c’est être sur la brèche comme un veilleur qui attend l’aurore au cœur de la nuit. Il décode les semences d’espérance, invente la vie. Quand Jésus dit : « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra« , il ne joue pas à cache-cache, il ne nous manipule pas. Il veut simplement nous épargner l’enlisement de la routine, l’endormissement. Le chrétien est appelé à vivre chaque jour comme s’il était le dernier : « Tu le sais, ô mon Dieu, pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui » (sainte Thérèse de Lisieux). Il scrute les signes de la présence de Dieu en temps réel, se laisse surprendre par ses inattendus tout en défiant l’ironie du sort. L’espérance n’est-elle pas  un anti-destin ?

« Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Evangile). Le petit troupeau de Jésus, ce sont les femmes et les hommes qui sont, grâce à leur foi, portés au lâcher-prise, à l’abandon et à la confiance. Dieu leur donne déjà maintenant le Royaume par Jésus qui vient à leur rencontre, qui vit en eux et aime en eux. Car l’espérance chrétienne n’est pas passivité, oisiveté ou encore « opium » du peuple, mais responsabilité et engagement. C’est l’anticipation dès maintenant l’avenir promis et espéré (Apoc 22, 1. 5) par nos choix de bienveillance et notre croissance en humanité.

                                                                          Vital Nlandu, votre curé-doyen

Cet article a été publié dans Homélies, Le mot du curé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Témoins d’espérance

  1. DENOMERENGE dit :

    Merci Père de nous approfondir l’espérance dans ce monde si désespérant !
    Bien à vous et que Dieu vous bénisse !

    J’aime

Laissez un commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s