Ma prière : avec quelle motivation ?

        Homélie du 30ème dimanche ord C : Ma prière : avec quelle motivation ?

Lectures : Si 35, 15b-17.20-22a ; Ps 33 ; Ti : 4,6-8.16-18 ; Lc 18,9-14

La parabole du pharisien et du publicain, l’agent du fisc, est interpellante. Les deux personnes font la même démarche : aller au temple pour prier, mais avec quelles motivations ? Et toi, pour quelles raisons es-tu venu à la messe, quelles sont tes attitudes intérieures ? Serais-tu venu afficher tes performances spirituelles, énumérer tes mérites ou t’en remettre simplement à la miséricorde de Dieu ?

Jésus ne critique pas le pharisien parce qu’il est en quête de la justice et de la pureté, tant s’en faut. Certes, celui-ci respecte la loi (ne pas voler, ne pas être injuste, ne pas commettre d’adultère;  jeûner, payer sa dîme), mais il oublie qu’être chrétien ce n’est pas d’abord une histoire de morale, de rites ou de dogmes, c’est avant tout rencontrer quelqu’un, Jésus-Christ, l’aimer et se laisser accompagner et habiter par lui.  En tout cas, Jésus attire l’attention de ceux qui sont en recherche spirituelle sur le piège de s’enfermer dans leur bonne conscience, de se croire parfait au point de snober et de juger les autres. « Le plus grand vice » dit saint Augustin, « c’est l’orgueil de la vertu« . En fait, le pharisien ne s’adresse pas à Dieu : sa prière enflée d’autosuffisance est juste un monologue, l’étalage de ses bonnes actions. Au lieu de se frapper la poitrine comme le publicain, il se contente de frapper celle des autres en les signalant à l’indignation publique.

N’avons-nous pas la même attitude lorsqu’en couple, en famille, là où nous travaillons, dans nos rapports interpersonnels, sans jamais nous remettre en question, nous ne faisons qu’accuser les autres ? Lorsque nous croyons détenir le monopole de la vérité, du savoir ; lorsque nous ne nous reprochons jamais rien, que nous nous croyons « parfaits », avons-nous encore besoin de changer, de nous convertir ? Notre tendance humaine à en redire toujours sur les autres nous pousse à notre propre censure : lorsque je pointe mon prochain du doigt,  mon index est dirigé vers lui tandis que mes 3 autres doigts reviennent vers moi.  Chaque fois que j’accuse mon prochain, je m’accuse 3 fois plus.

Quant au publicain, il ne cherche pas de prétexte ou d’alibi pour ses péchés et il n’est pas là non plus pour les péchés des autres. Seul et face à sa conscience, il reconnaît que son état de pécheur fait pitié : il s’enrichit sur le dos des pauvres, collabore avec l’occupant romain.  On le voit fuir le regard inquisiteur des gens : il se tient à distance. Et tout comme dans « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri« , il n’ose pas lever les yeux vers le ciel. Sa seule prière est de demander à ne pas être banni de l’amour de Dieu. Je l’entends dire : Seigneur, je suis pauvre, petit, j’ai besoin de toi, de ta grâce pour grandir.

La prière du pauvre de cœur qui s’en remet pleinement à Dieu, traverse les nuées (1ère lecture) : « Un pauvre crie, le Seigneur entend  » (Ps 33). En effet, le Seigneur a une prédilection pour ceux qui n’ont à lui offrir que leurs cris et leurs larmes. Le vrai croyant ne s’appuie pas sur ses vertus, mais sur la miséricorde de Dieu ; il se fie à sa foi, à son attachement fidèle au Christ : « Le moment de mon départ est venu. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Le Seigneur m’a assisté… J’ai été arraché à la gueule du lion » (2ème lecture).

Jésus termine la péricope d’Evangile par cette maxime devenue proverbiale : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé« . C’est le grand paradoxe qui traverse l’Evangile : le dernier est le premier, le petit est grand, le serviteur est maître, le mendiant est l’invité de marque à la table du Roi … Tout est dit : c’est la reconnaissance de ses limites, de sa pauvreté offerte qui fait fleurir spirituellement ; c’est l’humilité, la voie de la sainteté !

                                                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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De la culture de la gratitude

       Homélie du 28ème dimanche Ordinaire C : De la culture de la gratitude

             Lectures : 2 R 5, 14-17 ; Ps 97 ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 1, 11-19

Mes sœurs et mes frères, la gratitude n’est pas une simple politesse d’usage, c’est toute une spiritualité, un sentiment frémissant  de reconnaissance pour un bienfait reçu. La Parole de Dieu qui nous est donnée à méditer ce dimanche nous parle de la lèpre. C’est une horrible maladie infectieuse qui affecte la peau, les nerfs, les muqueuses (et même les viscères : rate, foie …) avec un visage tout tuméfié, des mains et des pieds putréfiés. Avec ses odeurs nauséabondes et ses plaies ouvertes, cette maladie déclenche une répulsion naturelle. Aujourd’hui, +/- 11 millions de personnes en souffrent sur la planète dont la moitié n’ont pas accès aux soins. La lèpre sévit dans les zones intertropicales : Asie, Afrique, Océanie, Amérique latine. En Europe, elle a été éradiquée depuis le 15ème siècle.

A l’époque de Jésus, cette maladie n’est pas seulement physique (affection de la peau), mais aussi sociale : le lépreux est excommunié de sa communauté de vie. Pour protéger les autres, il doit éviter les contacts. Nous le faisons aujourd’hui : si le test Covid est positif, on se confine et porte un masque pour ne pas contaminer les autres. Par sa proximité avec les malades, notre compatriote le Père Damien, missionnaire des lépreux dans l’île Molokai dans l’Archipel d’Hawaï, a attrapé lui-même la lèpre. A noter que cette maladie physique et sociale est aussi psychologique : une lame de fond qui blesse de l’intérieur. Le lépreux est assassiné par le regard des personnes qui le croisent dans la rue. Comme aujourd’hui encore avec le Covid, si vous toussez dans une réunion, dans un transport en commun, au marché…, tout méfiants, les gens vous regardent indiscrètement. Mais dans la culture Jésus, la lèpre était également considérée comme une maladie spirituelle : c’était un châtiment, une punition de Dieu.

Et donc 10 lépreux s’avancent vers Jésus en criant : « Kyrie eleison – Jésus, guéris-nous, non pas à cause de nos mérites, mais parce que nous faisons pitié ! « . Tenez, ils sont 10 : la prière communautaire est tellement efficace ! « En les voyant » écrit saint Luc, Jésus ne se dérobe pas : il n’est pas indifférent envers ceux qui sont en souffrance et en difficulté. Et pourquoi les invite-t-il à aller se monter aux prêtres ? C’est parce qu’étant une maladie spirituelle, c’est le prêtre qui confirmait le diagnostic de la lèpre et accordait, après une guérison éventuelle, le visa pour réintégrer la vie sociale.

L’intrigue de cette péricope d’Evangile, c’est qu’un seul des 10 lépreux guéris est revenu sur ses pas dire merci et… c’est un étranger ! Par lui, Jésus nous montre le potentiel de bienséance et de gratitude que peuvent avoir ces personnes venues d’ailleurs. La reconnaissance est le paiement du pauvre de cœur…  « Relève-toi » lui dit-il, « ta foi t’a sauvé« . Des 10 qui ont prié, supplié, demandé et ont été guéris, un seul est déclaré « sauvé », c’est-à-dire guéri spirituellement, transformé intérieurement. Que me dit donc la Parole de Dieu de ce dimanche ?

Que je peux avoir une santé physique florissante et être spirituellement malade. C’est le retour (nement) vers Jésus (= conversion) qui est la voie de ma guérison intérieure. Il y a des signes qui ne trompent pas : un des signes du rejet de Dieu survient quand on oublie de le remercier.

La personne attachée à Jésus-Christ,  se souvient qu’il est, par l’Esprit-Saint, à l’œuvre dans sa vie. Elle se souvient de Dieu qui nous reste fidèle même si nous, on s’en détourne (2ème lecture). Et lorsqu’on se souvient dans l’Esprit et l’émerveillement, on dit merci à coup sûr. Pourquoi ? Parce qu’on sait que tout n’est pas un dû, mais un don. « Qu’as-tu » dira saint Paul, « que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). La vie, tes talents, ton patrimoine génétique, ta santé, ta foi transmise ? Jésus précise : « Vous avez reçu gratuitement ! » (Mt 10, 8).  Ainsi, quand tu dis merci à Dieu, à tes parents, à tes enseignants, à tes prêtres, à tes soignants, à tes amis, à tes bienfaiteurs et même à la nature, à la terre-mère, tu leur dis simplement qu’ils existent et te font exister, qu’ils comptent pour toi, que tu les laisses entrer dans ta vie. 

                                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Messe communautaire du 25 septembre 2022 de l’UP Malmedy

Thème : « Clameur (cri de souffrance) des hommes, clameur de la terre !  » à entendre et pour lesquelles il est urgent d’agir.

Evangile : Mt 6, 25-34

Constat (diagnostic) : du point de vue écologique, tout est déglingué, détraqué : trop de sécheresse, trop de pluies, trop de chaleur… Jouant à l’apprenti sorcier, l’homme ne sait plus maîtriser le cours des dommages (effondrement de la biodiversité, réchauffement climatique, pollution, pauvreté des peuples) qu’il cause lui-même. Comme le  dit le dicton espagnol,  » Si Dieu pardonne toujours; si  l’homme pardonne  parfois, la nature, elle,  ne pardonne jamais !« …

En effet,  il y a une horrible  maltraitance de la vie sous toutes ses formes. La nature, les animaux, les plantes disparaissent à grande vitesse. Au cours des 40 dernières années, nous avons détruit près de 60 % du monde sauvage (Cf. le livre de Yann Wehrling, Tous dans le même bateau. Biodiversité, il est encore temps d’agir).  

Alors, à l’heure où le pronostic vital  de l’humanité est engagé, que faire pour limiter les dégâts, éviter le pire ?

Il faut absolument un éveil révolutionnaire de conscience collective, une mobilisation citoyenne, un retournement intérieur (conversion) de chacun.e,   une responsabilisation universelle vis-à-vis des désastres écologiques et la paupérisation des peuples – abaissement continu du niveau de vie –  qui s’ensuit.  

Pour sa part, le pape François suggère de ne  plus, dorénavant,  opposer l’humain et la nature, mais de considérer que tout coexiste  harmonieusement  dans une même toile, la toile du vivant,  où tout est lié, interconnecté,  interdépendant. Au sein de cette toile de la vie, nous sommes 7,7 milliards d’humains vivant dans la même biosphère, la même nature qui nous abrite, nous  nourrit et nous soigne. Pour plus d’efficacité, il convient de cerner le problème  de l’état actuel désolant du monde dans une approche globale. Autrement dit, la souffrance des hommes et la souffrance de la terre ne doivent pas être saucissonnées tant elles s’imbriquent… Les  vagues de chaleur ardente  que nous  venons de vivre ont brûlé par exemple des champs de maïs, et qui d’autre en paie les conséquences sinon l’homme ?

La responsabilité universelle  dont il s’agit consiste à ce que chacun.e  prenne sa part pour la sauvegarde de la nature, notre « maison commune », et donc pour le bien de l’homme.

Et face à celles et à ceux qui se découragent en disant que leurs efforts n’auraient aucun impact sur une banqueroute environnementale, économique, sociale et même spirituelle devenue  planétaire, la fable amérindienne du colibri est une belle sensibilisation à l’engagement  écologique et solidaire.  

Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre qui s’étendait sous leurs yeux. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation qui lui semblait dérisoire, lui dit :

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri de  lui répondre : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Plutôt  que de ne rien faire parce que l’on se sent impuissant ou que l’on  pense que la solution doit venir des autres, il faut oser se mouiller : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » (Gandhi).

Concrètement, voici la question à débattre dans les ateliers : « Cri des hommes, cri de la terre : en quoi la souffrance des hommes – les pauvres en l’occurrence – ET celle de la terre te concernent-t-elles ? Comment pourrais-tu, à ton niveau, soulager l’une ET l’autre ?  »  

                                                                       Vital Nlandu, votre curé-Doyen    

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Etre habile pour les choses du Royaume

Homélie du 25 ème dimanche ord C : Etre habile pour les choses du Royaume

                                Am 8, 4-7; Ps 112; 1 Tm; Lc 16, 1-13

Mes sœurs et mes frères, en vagabondant à travers la Bible, nous voilà arrivés à cette  parabole qui est pour le moins scandaleuse : un intendant magouilleur et intrigant encensé par le maître ! Comment est-ce que je la reçois ?  En effet, pour nous aider à décoder l’irruption du Royaume dans notre vie présente, à repérer les semences d’espérance  qui y fleurissent, et pour nous impliquer éventuellement  dans leur déploiement, Jésus  nous décrit de  manière subtile  une énigme autour de l’argent… Je vous avoue qu’en  lisant cette parabole,  j’ai souri en coin en me demandant comment j’allais  m’en tirer à prêcher sur  une leçon d’escroquerie ! 

Jésus choque et dérange certainement les bien-pensants. Certes, il n’approuve guère la fourberie, mais il admire la créativité de ce  gérant qui ferait tout pour ne pas être pris  au dépourvu ; il admire  son habileté à se faire des amis, y compris avec l’argent malhonnête !  Et si, à notre tour, nous chrétiens, nous  pouvions avoir de l’imagination à profusion pour optimaliser nos engagements au service du Royaume : comme par exemple rendre plus féconde notre  spiritualité;  être plus utiles aux autres, en l’occurrence aux plus faibles ;  nous plonger davantage dans les profondeurs de l’Amour de Dieu; enjoliver nos relations interpersonnelles …! L’habileté n’est pas un vice, c’est plutôt savoir tirer profit de certaines circonstances de la vie pour atteindre certains objectifs.

Notre préoccupation à anticiper l’avènement du  Royaume dans nos communautés de vie rend notre foi agissante  et plus convaincante. Les saints qui se sont investis dans les œuvres d’assistance et de bienveillance,  comme Mère Térésa, Vincent de Paul, ont fait preuve de beaucoup d’esprit d’imagination pour réussir leurs œuvres.

Quant à l’argent, pour Jésus, il n’y a pas de compromis : on ne saurait servir deux maîtres à la fois!  Un jour il faut bien l’admettre, un jour il faut décider pour qui on veut   vivre, à qui on veut  se donner : à Mammon, l’idole Argent, le fétiche qui hypnotise, la fausse sécurité ou à Dieu ?

En effet, la question n’est pas de renoncer à l’argent ou de nous demander ce que nous faisons de l’argent qui est de toute évidence une commodité puisqu’ à bien des égards, il rend la vie facile, favorise le partage, suscite la joie de donner et de recevoir. Mais la question au demeurant pertinente, c’est plutôt celle de savoir ce que l’argent fait de nous ! Ses asservis, ses aliénés ? Nous connaissons le slogan du néo-libéralisme : travailler plus pour gagner plus ! Travailler éperdument au risque de galvauder la qualité de sa vie familiale (on n’a plus le temps d’être ensemble, de dialoguer, d’avoir des projets communs), de bousiller sa santé (burn-out, tension nerveuse),  de sacrifier sa vie relationnelle. Aussi Jésus nous interpelle-t-il : « A quoi sert-il à un homme de gagner le monde entier si c’est pour ruiner sa propre vie ? «  (Mt 16, 26).  On devrait peut-être y penser souvent !…  On est ainsi mis sous  la pression de maximaliser  le rendement, quitte  à fouler au pied la dignité de l’homme, à exploiter sans scrupule le pauvre,  à l’acheter pour une paire de sandales (1ère lecture). La formule « toujours plus » est devenue l’idéal de nos entreprises, de nos sports comme le business du foot, de nos loisirs … Et, malheureusement, elle  nous plonge dans l’insatisfaction permanente.  Ne serait-ce pas une des causes de nos inquiétudes ?

Voilà donc, chers amis,  une proposition des objectifs à nous assigner en cette rentrée pastorale : il faudrait prioriser en nous accrochant à l’essentiel, avoir plus d’ambition et d’imagination dans les projets que nous allons entreprendre ensemble pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.

                                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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La folie de l’amour de Dieu

            Homélie du 24ème dimanche ord C : La folie de l’amour de Dieu

Lectures : Ex 32, 7-11. 13-14; Ps 50; Ti 1, 12-17; Lc 15, 1-32

Sœurs et frères dans le Christ Jésus, en quoi la Parole de Dieu de ce dimanche est-elle une Bonne Nouvelle ? Qu’est-ce qu’elle m’apporte, qui m’aide à avancer ? Autrement dit : qu’est-ce que le Seigneur veut me faire comprendre ?

Ce qui est dit du peuple hébreu dans la 1ère lecture me concerne à plus d’un sens : « Ils n’auront pas mis longtemps à s’éloigner des voies de Dieu !« . Ne vivons-nous pas, nous aussi, ce tiraillement spirituel : nous prenons de bonnes résolutions sans toujours nous y tenir ? Pourtant, cela ne dissuade pas Dieu de nous aimer, car les péchés des hommes ne l’intéressent pas ! Sa folle passion est d’aimer l’homme et chaque homme gratuitement et sans condition. Surtout lorsqu’il est en situation de faiblesse. Observez l’amour préférentiel des parents pour leur enfant handicapé ; observez comment, dans un couple, l’amour est décuplé en termes de sollicitude, de délicatesse, de bienveillance, d’empathie et même de silence lorsqu’on apprend que l’un des conjoints est frappé d’une grave maladie ! C’est dans ma faiblesse, dans ma maladie spirituelle que la tendresse de Dieu déborde ! On demandait à un sage lequel de ses enfants il préférait. Réponse : « Celui que je préfère, c’est le plus petit jusqu’à ce qu’il grandisse ; c’est celui qui est loin jusqu’à ce qu’il revienne ; c’est celui qui est malade jusqu’à ce qu’il guérisse ; c’est celui qui est prisonnier jusqu’à ce qu’il soit libéré ; c’est celui qui est éprouvé jusqu’à ce qu’il soit consolé !« .

Ce n’est pas que Dieu soit excessivement laxiste au point de cautionner nos turpitudes, mais simplement il ne fait pas d’amalgame entre les péchés et l’homme qui les a commis. Certes, les fautes doivent être blâmées et reprouvées, mais l’être humain qui en est l’auteur doit, lui, garder son droit d’être aimé, sa dignité baptismale, sa grandeur d’enfant de Dieu. Des figures bibliques comme Zachée, la femme adultère… ont vécu cette hallucinante expérience de l’amour de Dieu. Le pardon de Dieu a vivifié la part la meilleure qu’il y avait en eux et les a transformés de fond en comble.

C’est la même expérience qu’évoque saint Paul dans la 2ème lecture : il reconnaît avoir fait beaucoup de tort aux croyants et à l’Eglise de Jésus-Christ. Il avoue qu’il l’a fait plutôt par ignorance et aveuglement fanatique. Cependant, Dieu a continué de croire en lui, il lui est resté fidèle jusqu’à l’estimer digne de se tenir devant lui pour le servir. En effet, Dieu a fait de Paul, l’apôtre que l’on connaît et reconnaît ! Toute sa vie, Paul en fera son dada : il restera scotché devant l’époustouflant mystère de l’amour de Dieu pour lui, lui qui se dit être le premier des pécheurs ou encore l’avorton (1 Co 15, 8).

Voici donc la nourriture spirituelle que m’apporte la Parole de Dieu de ce dimanche :

*Elle m’invite à me laisser aimer par Dieu et, dans la gratitude et la confiance, à accueillir son initiative : « L’amour consiste en ceci : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 10).

*Elle m’exhorte à me libérer de ma culpabilité tenace, lassante, et pourtant stérile : mes péchés ne sont pas importants aux yeux de Dieu. Comme un pétard mouillé, Jésus mon sauveur les a anéantis en les crucifiant avec lui sur le bois de la croix. Le don de son pardon, sa grâce qui soutient mon ardent besoin de me convertir, me suffit.

*« Qui d’entre vous n’irait pas au désert à la recherche de la brebis perdue ? » Jésus croit à mon humanité, à ma sensibilité à la détresse des autres. Il me convie à être le reflet de sa Miséricorde.

*Je ne suis jamais perdu, laissé à moi-même. Dieu ne peut m’abandonner puisqu’il n’arrête pas de chercher après moi. « Où es-tu donc ? « , demande-t-il à l’homme (Gn3, 9). Son amour ne connaît pas d’arithmétique : une seule brebis vaut les 99 autres. Cette brebis-là, n’est-ce pas que c’est moi ? J’ai une valeur inestimable, unique aux yeux de Dieu.

Deo gratias !

                                                                                              Vital Nlandu, votre curé-doyen

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RCF Liège fait sa rentrée

Grille horaire

réécouter en podcasts: https://www.rcf.fr/pres-de-chez-moi/liege

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Etre disciple de Jésus-Christ !

Installation de l’abbé Günter Weinand, curé de l’UP Stavelot-Francorchamps et du diacre Marc Peters par le doyen Vital Nlandu : Etre disciple de Jésus-Christ !

Lectures : Sg 9, 13-18 ; Ps 89 ; Phm 9b-10. 12-17 ; Lc 14, 25-33

Chers amis, quand on est responsable et sensé, on n’entreprend pas des projets, on ne construit pas sa vie (sa « tour ») sans discernement éclairé ni conviction, sans faire le point, calculer le coût et rechercher le sens de son engagement ; bref sans prendre le temps de s’asseoir et de réfléchir. L’exhortation de la page d’Evangile de ce dimanche vient à point nommé. En cette fin de vacances, nous voilà repartis pour une nouvelle année pastorale.

Comme tous les croyants, le diacre Marc et l’abbé Günter ont choisi de suivre Jésus-Christ.  En rappeler les exigences nous aide à assumer notre choix et à tenir le cap.

La Sequala Christi, suivre le Christ : Jésus en donne 3 conditions :

1. Nous attacher tellement à lui, au point de le préférer à tous et à tout, y compris à nos amours légitimes. Ce qui importe pour moi, dit saint Paul : « C’est connaître le Christ et la puissance de sa résurrection » (Phil 3, 10). On pourrait prêter à Jésus les mots du romancier et essayiste protestant André Gide à Paul Valéry : « Pour moi, être aimé n’est rien, c’est être préféré que je désire !  » Et pourquoi ? Parce que c’est lui Jésus  la Source qui irrigue et féconde le cœur de l’homme du vrai amour. Comme une orange gorgée de jus, un coeur rempli d’amour de Dieu se  ressource en Jésus et  il l’aimer en priorité. Un panneau solaire qui n’est pas exposé au soleil ne saura répandre et diffuser, à son tour,  de l’énergie solaire, la lumière ! L’amour inspiré de l’Evangile va jusqu’au bout, il aide tout témoin et tout  bâtisseur de la civilisation d’amour à aimer gratuitement et sans condition.

2. Porter sa croix : « Aimer » dit Thérèse de Lisieux, « c’est donner et se donner soi-même ! » Se donner, c’est-à-dire s’oublier, mourir à soi-même. Les jeunes parents le savent : quand vient un bébé, tout change dans la famille. Le bébé devient le centre d’intérêt et d’attention parce qu’il est tout dépendant et fragile. Les parents et les grands parents s’oublient alors, car, ce qui prévaut à ce moment, ce sont les soins à apporter à l’enfant. Aimer en vérité, c’est donc mourir à soi-même, porter sa croix par amour !  Et ce sont ces morts quotidiennes qui font de nous de petits grains de blé enterrés pour des moissons abondantes de grâces et de bénédictions… Porter sa croix, c’est aussi endosser ses propres échecs et tribulations, qui peuvent être un levier de croissance spirituelle. Le terme grec krisis signifie en même temps crise et croissance.  Puisque le Christ nous accompagne sur le chemin de nos calvaires, nous pouvons certes souffrir, sans cependant être anéantis ou perdre l’espérance (2 Cor 8-10).  

3. Renoncer à tout ce qui nous appartient, autrement dit vivre en femmes et hommes « détachés ». C’est une voie de libération intérieure, de cohérence et de réconciliation avec soi-même. En cette société de (sur)consommation, on se dépouille de fausses sécurités, pour reconquérir sa liberté intérieure, spirituelle. Le détachement,  ce n’est pas accaparer l’autre, ce n’est pas accumuler des biens pour soi-même ou monopoliser la parole; c’est plutôt puiser sa force dans l’humilité et la modestie… C’est  tout donner pour l’amour du Christ afin d’être tout à  lui, pauvre de cœur, disponible, dévoué et servir de son mieux. C’est enfin se délier du superflu et de l’accessoire pour s’attacher à ce qui est essentiel, à savoir l’amour de Dieu. « J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est approché pour voir ce qui se passait !  » (Christian Bobin). La simplicité et la sobriété heureuse – capacité de vivre du peu –  dont parle le pape François dans Laudato’Si (N°222), relèvent de la spiritualité du détachement.

En ce dimanche d’installation officielle de Günter comme curé de l’UP Stavelot-Francorchamps et de Marc comme diacre de cette même UP, je m’adresse à la communauté Stavelotaine.  Nous avons écouté le livre de la Sagesse (1ère lecture) qui dit en substance que l’homme, fils d’Adam, est un colosse aux pieds d’argile, une créature tirée de la glaise : il est tellement vulnérable ! Le psaume 89 renchérit : « Il est comme une herbe changeante qui fleurit le matin, et le soir fanée « . Pour s’ajuster à la volonté de Dieu, l’homme a ainsi besoin de l’aide de l’Esprit-Saint, qui nous donne en partage la vie de Dieu.  Saint Paul utilise le même terme « argile, terre » quand il évoque le trésor que nous détenons par notre consécration ministérielle. Nous portons ce trésor dans un vase d’argile et non dans un vase de fer (2 Co 4, 7). Et ce, pour qu’humblement, nous ayons conscience de notre fragilité et que nous soyons perméables et ouverts à l’action de l’Esprit-Saint,  qui suscite en nous des forces créatrices et soutient le déploiement de  ce que nous avons de meilleur.

C’est dire que chaque diacre, chaque prêtre a, comme tout être humain, ses qualités mais aussi, hélas, sa part d’ombre, ses défauts. Alors, tel saint Paul exhortant avec diplomatie et beaucoup de délicatesse son ami Philémon à avoir une conversion de regard vis-à-vis d’Onésime (2ème lecture), vous aussi, chers amis, je vous prie d’accueillir Marc votre diacre et Günter votre curé comme des frères bien-aimés en humanité et dans la foi.

Chacun des 2 est une part de Jésus-Christ lui-même. En effet, rien n’est plus fort que l’amour bienveillant et tolérant que, croyants ou non croyants, nous portons les uns pour les autres. Il nous aide à nous libérer de nos préjugés, de nos peurs et angoisses paralysantes.

Bonne rentrée pastorale à chacune et à chacun.

                                                                     Vital Nlandu, votre doyen

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