Ce Noël en plein confinement vaut son pesant d’or !
Chers amis, relecture de l’année 2020 faite, il convient d’admettre que les deux vagues de coronavirus que nous avons vécues ont été ravageuses en perte de vies humaines, en privation de contacts sociaux, en déchéance économique et même en déperdition de sens et d’horizon.
Après une fête de Pâques assez spéciale, nous voilà à vivre un Noël tout autant particulier. Certains parmi nous seront sans doute dans la désolation du fait d’être privés de messe à Noël, étant donné le nombre maximum de participants réduit à 15. C’est d’autant plus frustrant quand on croit que par l’eucharistie, Jésus déverse la vie divine sur les membres de son Corps, l’Eglise. Il y a un lien entre l’incarnation du Fils de Dieu et l’eucharistie : allongé dans une mangeoire, Jésus est devenu notre nourriture.
En effet, l’hostie consacrée est une nourriture spirituelle pour les pèlerins du Royaume. En ce qui me concerne, plus qu’un désir, communier à Jésus-eucharistie est un besoin spirituel auquel j’aspire de tout mon être : « Comme un cerf brame, languit auprès de l’eau des sources, mon âme souffre d’un manque, elle soupire de soif de toi, Seigneur » (Ps 41, 2)… Et puis, il y a la dimension communautaire de l’eucharistie : quand on mange le même pain, on devient co-pain !
Cependant, notre Dieu est le Dieu de grands espaces et de larges horizons. Il nous prodigue ses grâces y compris par des moyens que lui seul connaît. Cela étant, loin d’ériger un mur de jérémiades, nous pouvons recourir à des alternatives comme la communion spirituelle, la visite méditée et priante à la crèche, les prières en famille, la « mission-communion » de 15 adultes qui seront présents à la messe à Noël et invités à porter la communion à celles et à ceux qui le souhaitent, sans oublier les prêtres disposés à écouter et à donner le sacrement de la tendresse du Père (confession), les tables de Parole à domicile, la lecture de la Bible qui, plus que jamais, s’avère un trésor d’espérance…
Noël est une bonne nouvelle annoncée aux pauvres de cœur et aux humbles. C’est la réponse de Dieu aux peurs et aux souffrances de l’Humanité : « Tu n’es plus seul(e), je suis avec toi ! Par ma présence et ma promesse de fidélité, quoi qu’il en soit, quoi qu’il arrive, mon Amour aura le dernier mot ! » Telle est, chers amis, l’espérance qui m’anime et me motive !
En fait, ce Noël en plein confinement me rappelle le premier Noël de l’histoire, celui de Bethléem : tout s’est passé dans l’isolement et la sobriété. A mon avis, le dépouillement qui nimbe la fête de Noël de cette année le fleurit : Noël 2020 vaut son pesant d’or !
Le charme de son aspect extérieur est au rendez-vous : même si les rencontres familiales seront limitées, décorations, petits achats, cadeaux-signes d’amitié et d’amour seront bien présents… Et son aspect spirituel ne flétrit pas. La montée vers Noël, l’Avent, a été pour certains d’entre nous un bel approfondissement de leur attachement à Jésus, une croissance spirituelle. Je me souviens du festival d’adoration que nous avons vécu comme un moment de communion dans la prière. Une chose est sûre : la grâce de Noël nous engendre derechef à la vie divine : « Dieu se fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (saint Irénée, Evêque de Lyon).
Et puis, je constate qu’il y a par-ci par-là des semences d’espérance, des gestes d’attention et de générosité aux plus oubliés, aux naufragés de la vie, qui représentent aujourd’hui les faibles, les pauvres et les simples de la crèche de Bethléem. Il y a des initiatives prophétiques : l’un écrit une carte à une personne âgée en MR(S), à un prisonnier ; un autre téléphone à un parent, à un(e) ami(e)… Il y en a qui souscrivent avec raison à la promotion pour la paix. Cette paix qui est une grâce, mais aussi un engagement quotidien, un combat à transformer le monde, une conquête inlassablement soutenue de la dignité et des Droits de l’homme. Et la manière la plus efficace de fêter spirituellement et humainement Noël, c’est notre attitude missionnaire. La mission aujourd’hui, c’est, au lieu de nous taire, rendre compte de l’espérance qui nous habite, entre autres en témoignant de ce que nous vivons avec l’Enfant de Bethléem : tant que je suis oint de l’amour de Dieu, je laisse entrer la lumière de Noël dans ma vie en ayant à cœur de faire advenir le Royaume de Dieu là où je vis.
Bonnes et heureuses fêtes de Noël et de Nouvel an à tous et à chacun.
Vital Nlandu, votre curé-doyen
Temps de Noël : Célébrations eucharistiques
Voici l’horaire des prochaines célébrations eucharistiques.

Les messes sont limités à 15 participants + un nombre illimité d’enfants jusqu’à 12 ans.
La messe du 24 décembre à 18 heures à la cathédrale est réservée aux enfants jusqu’à 12 ans accompagnés des catéchistes des premières communions et des confirmations.
Soyez dans la joie !
Homélie du 3ème dimanche de l’Avent B : Soyez dans la joie ! Lectures : Is 61, 1-10; cantique de Marie (Lc 1); 1 Th 5, 16-24; Jn 1, 6-8. 19-28
Gaudete – Réjouissez-vous ! Voilà un prélude à la fête de Noël : être transporté de joie de savoir que le Seigneur qui vient nous offrir son Alliance, est tout proche. « Le Seigneur soit avec vous !« , lui qui, par son Esprit, nous consacre à Lui; il guérit notre cœur brisé, nous délivre du mal et nous comble de ses grâces (1ère lecture). Dans la 2ème lecture, saint Paul le recommande avec force : « Frères, soyez toujours dans la joie ! » Et dans la lettre de mission qu’il nous remet, il dit en somme : « N’éteignez pas l’Esprit qui habite en vos cœurs. Permettez-lui plutôt d’agir dans vos vies. Ce qui est bien, gardez-le, éloignez-vous de toute espèce du mal. Et retenez ceci : Dieu vous reste fidèle !«
Mes sœurs et mes frères, la joie est une émotion particulière, un des sentiments exaltants les plus beaux du monde. Elle ne signifie pas oublier les avaries de la vie, les vents contraires, le manque d’éclat, les chocs, les sources d’angoisse et parfois de désespoir. Et si la tristesse fait partie des épisodes douloureux de nos existences, elle n’est pas à fuir ! Elle est un baromètre indiquant le degré d’attente de la vraie joie, un appel à une soif d’exaltation dont notre cœur a besoin : » Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Le puissant fit pour moi des merveilles, saint est son Nom. Il comble de biens les affamés … » Ce cantique de la Vierge-Marie à méditer ce dimanche, nous montre que la joie est un moment où l’on a envie de remercier, une gratitude qui ne fait plus place à la rancune, à la peur ou au regret. Fruit de l’Esprit Saint (Gal 5, 22), dans son intensité, sa profondeur et son immensité, la joie est différente du plaisir qui, lui, est passager et superficiel. La merveille, c’est que la joie n’a pas d’âge, et on a l’âge de sa joie : un coeur pétillant de joie conserve sa jeunesse éternelle !
Il ne faut donc pas laisser les aléas de la vie et les gens négatifs vous voler votre bonheur de vivre, d’aimer, de donner, de servir, de croire et d’espérer. La source de la joie est en tout, il faut savoir l’extraire : un simple sourire augure et divulgue la joie. Je me souviens de ce que ma maman me disait un jour : « Je suis contente que tu puisses toujours rayonner d’autant d’énergie, ton rire en cascade est ma récompense ! » En décembre 2014, s’adressant aux cardinaux de la curie, le pape François leur disait comment la joie qui éclate sur un visage, est contagieuse : « Un cœur plein de Dieu est un cœur heureux qui irradie et communique sa joie à ceux qui sont tout autour de lui : on le voit aussitôt. Ne perdons pas cet esprit de joie, plein d’humour, et même d’autodérision, qui nous rend aimables, même dans les situations difficiles« .
Il est écrit en plus dans la péricope d’Evangile de saint Jean lu aujourd’hui : »Survint un homme, son nom était Jean« . De l’hébreu yohânân qui signifie Dieu fait grâce, Jean Baptiste, figure majeure de l’Avent, est envoyé par Dieu pour être le témoin qui indique la source de sa lumière, Jésus-Christ. Il prépare le peuple à l’accueillir. Comment être prophète de lumière aujourd’hui ? Le monde a besoin de témoins qui permettent à la lumière de Dieu de rayonner. C’est ce que font les parents, les grands parents, les amis, les conseillers spirituels qui, autant que faire se peut, aident les gens à aller au Christ, à être justes, respectueux et dévoués pour les autres.
Jean Baptiste est traqué par les émissaires des autorités juives : il doit décliner son identité. Que dit-il de lui-même ? Il ne présentera pas sa carte d’identité, sachant du reste que les enquêteurs ne voulaient qu’une chose : savoir s’il était le messie ! Alors, très humble, il reste à sa place, ne se voyant pas digne de délier la lanière de la sandale du Christ. C’est le travail du dernier des esclaves. Jésus, lui, a délié la sandale de ses disciples pour leur laver les pieds. Et s’il est le plus grand, c’est qu’il a été le plus serviteur. Etre humble ne signifie pas s’aplatir ou se ratatiner, mais c’est arrêter de se regarder le nombril et s’émerveiller de l’autre. Comme les vases communicants, c’est diminuer pour que l’autre grandisse.
En outre, Jean Baptiste s’identifie à la voix qui crie dans le désert, le désert de notre cœur, lieu de nos aridités et pauvretés offertes. J’aurais l’envie de dire que nos faiblesses sont au demeurant un vivier de croissance ainsi qu’écrit Michel Audiard : « Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière« . Etre fêlés, comme cette cruche fissurée qui, grâce à ses imperfections, arrose le bas-côté de la route et fait fleurir le monde. Dans la même optique, Aristote dira : « Au fond d’un trou ou d’un puits, il arrive qu’on aperçoive les étoiles« .
L’Avent, c’est le temps plus que jamais de chercher celui qui est au milieu de nous, mais que nous ne connaissons pas, comme dit Jean Baptiste. Et pourtant, ce Dieu incognito, caché, est dans nos regards intrigués, nos efforts à faire la paix, dans nos recherches de vérité, dans notre soif existentielle d’être aimé et d’aimer … C’est Quelqu’un à nommer avec courage et confiance !
Votre curé-doyen, Vital Nlandu
les 24 h d’adoration
Chères amies, chers amis,
Je vous ai écrit, il y a 3 jours, qu’en ce temps de confinement, il nous faut bien de la créativité, y compris en ce qui concerne le lien de la communauté, par la communion dans la prière. C’est la raison pour laquelle nous organisons à la fête d’Immaculée Conception de cette année, ce mardi 8 décembre, « les 24 h d’adoration » en la cathédrale de Malmedy.

C’est juste magnifique !
En guise de l’Avent, notre montée vers Noël, nous allons prier aux intentions de nos familles, de notre UP, de l’Eglise et du Monde, avec Notre-Dame.
Organisation pratique :
- de 8h à 21h en présentiel dans la chapelle de la Miséricorde de la cathédrale.
- de 21h à 8h en distanciel à votre domicile, à l’endroit où vous aurez installé un petit coin de prière (une bougie, un Christ, une Vierge, une bible, une icône, des fleurs, …).
A la fin de votre heure de permanence, vous pouvez et c’est merveilleux, envoyer un sms à une des personnes qui prend le relais. De cette manière, le flambeau sera transmis, nous nous encourageons et nous restons soudés. L’adoration brasse et raffermit les liens !
J’ai élaboré pour vous ce petit compendium d’adoration
- Pourquoi adorer ?
Dans le tourbillon incessant de nos distractions, de nos dispersions et troubles intérieurs, avec la pollution sonore qui nous matraque, nous avons de temps en temps besoin, pour notre paix (guérison) intérieure, de nous réfugier dans le Cœur de Dieu … Besoin de fermer les yeux, d’écouter le bruit du silence , de nous concentrer, notre regard noyé dans les yeux de Jésus-Pain de vie. Ce pain vivant descendu du ciel pour répandre la vie divine dans les membres du Corps du Christ, son Eglise, est source de vie éternelle (Jn 6, 27.34.48). C’est un signe d’unité, un sacrement d’amour, le banquet pascal dans lequel Jésus est mangé pour nourrir les âmes, les combler de grâces. C’est le prélude et le gage de la gloire à venir.
En outre, le Seigneur nous a recommandé de rester éveillés et de prier sans cesse : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez ! » (Mc 13, 37; Mt 26, 41). Nous sommes un peuple de l’Alliance, et l’adoration est un lien de communion, un kaïros pour redorer le blason de son Alliance baptismale avec le Dieu trinitaire. C’est l’hodie, l' »aujourd’hui » du mystère du salut. Je me laisse sauver, guérir, convertir grâce à la puissance de la résurrection de Jésus-Christ et de la Miséricorde du Père qui s’opère et s’éclate en moi de manière extra-ordinaire !
- Je vous souhaite une pluie de bénédictions et de grâces
Adorer, disait Jean-Paul II, « c’est puiser à la source même de la grâce« .
En effet, l’adoration est un cœur-à-cœur et pas un tête-à-tête avec Jésus-Eucharistie, qui se donne en s’exposant à mon regard, sous les apparences du pain consacré. Je me détache de tout le reste pour m’abandonner à lui. Entre les mains de Dieu, je remets mon esprit; je m’ouvre comme un éventail, comme la fleur ouvre son calice au lever du soleil pour recevoir la rosée bienveillante. Epris d’un sentiment océanique, je contemple avec admiration et émerveillement la beauté, la splendeur du mystère de son amour pour moi, pour l’homme, pour sa création.
« Ceci est mon corps qui est donné pour vous » ! Je reçois cette parole de Jésus dans la foi, l’espérance et l’amour. Je découvre et savoure la présence réelle de quelqu’un, de Jésus, à mes côtés, qui me dit : »Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des temps » (Mt 28, 20).
A la rencontre de deux regards qui se dévorent d’amour, qui s’envisagent, on se sent reconnu. On est tellement ébloui par la splendeur du paysage des yeux de l’être aimé qu’on s’y perd! L’œil est un phare et le regard une magie de communion. Tel est le regard scintillant de Jésus ! En l’adorant, j’accueille la lumière qui émane de sa présence. Comme le soleil fait fondre la neige, sa présence illumine mon cœur jusqu’à dissoudre les ténèbres qui l’enserrent : « Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage » (Ps 33, 6).
Pendant l’adoration, nos distractions, nos aridités, notre vulnérabilité voire nos péchés n’entrent plus en ligne de compte. Seule la présence, seul l’amour de Dieu compte. En ce moment, l’Esprit Saint déverse à profusion cet amour dans notre cœur (Rm 5, 5). Et en irriguant mon cœur de l’amour de Dieu, il décuple pour ainsi dire ma capacité d’aimer, et me donne d’expérimenter la joie spirituelle de me savoir aimé de Dieu de tendresse. Oui, l’adoration est le lieu privilégié de tous les pardons, de toutes les guérisons intérieures, de toutes les espérances.
- Dispositions d’esprit et de cœur pour se mettre en reliance avec Dieu
*A l’adoration, on est face à un mystère; devant une tranche de pain qui est substance d’une présence immatérielle, invisible. Il s’agit de l’Essentiel qu’on ne voit bien qu’avec le cœur. Ici, l’approche rationnelle est au risque de fourvoiement. Le préalable, c’est la profondeur, le lâcher-prise, la foi.
*Avant de se connecter au réseau de Dieu, on conditionne d’abord sa météo intérieure, on se fait serein (e), apaisé(e), en prenant du plaisir d’être là, en appréciant par exemple le temple, l’environnement de l’adoration, son petit coin de prière … Pour commencer, on peut se focaliser sur sa respiration et faire de chaque mouvement d’inspiration et d’expiration, une entrée en intériorité; faire de chaque battement de son cœur, une action de grâce, une prière d’offrande …
*On se tient alors devant Jésus, simplement, sans masque ni artifices; tel qu’on est, avec sa liberté intérieure, ses qualités et ses pauvretés offertes.
*Il peut arriver que l’on ressente de la fatigue et même parfois être distrait. Cela n’est pas grave. Il faut, sans mauvaise conscience, revenir à soi, mettre ses évasions, son imagination débordante sur « off« . On peut aussi éventuellement faire de ce que notre esprit nous fait miroiter, une intention de prière. N’oublions pas non d’appeler à l’aide, l’Esprit Saint, notre maître intérieur.
*Tantôt on garde un silence d’abandon, et cela procure une sensation de repos spirituel; tantôt on écoute le Verbe de Dieu. On parle à Jésus « comme un ami parle à son ami« ; on lui dit l’amour qu’on lui porte et la confiance qu’on a en lui.
Vital Nlandu
P.S : Je vous propose en annexe un corpus de prières pour l’adoration, qui peut aussi servir de guide.
L’Avent, un grand chantier !
Homélie 2ème dimanche de l’Avent B : L’Avent, un grand chantier !
Lectures : Is 40,1-11; Ps 84; 2 P 3, 8-14; Mc 1,1-8
Mes soeurs et mes frères, le psaume 84 commence par cet énoncé : « J’écoute : que dira le Seigneur« … Sa Parole est tellement efficace : elle bouleverse notre conscience, touche notre cœur. Elle nous fait quitter nos idées mortes en tenant notre esprit en éveil face à notre complaisance à la faiblesse et à la distraction quotidienne. On se fixe un temps de prière …, et on oublie; on prend des décisions, mais bâties sur du sable, de bonnes intentions qui ne passent jamais à l’acte… La Parole de Dieu est une Bonne Nouvelle qui nous (dé)montre l’attachement indéfectible de Dieu pour son peuple : « Consolez, consolez mon peuple » (1èrelecture). Autrement dit : apaisez, réconfortez celui qui est éprouvé ; celle qui est gagnée par le dégoût de vivre ; celui dont la santé se dégrade, dont les projets s’effondrent, dont la prière s’affadit ; celle qui se sent incomprise … Justement, c’est ce que font les soignants, les visiteurs des malades, les généreux bienfaiteurs, les bénévoles d’associations qui font reculer la misère … Leurs motivations bienveillantes ne font que refléter la tendresse du « Bon Dieu » !
Chers amis, la Bible nous ouvre de vastes horizons et nous aide à aller plus loin, rassurés que Dieu marche sur nos chemins, qu’il nous accompagne et nous habite. « Voici votre Dieu » (1ère lecture) : il vient à notre rencontre !… En Avent, nous nous préparons à cette venue. Selon la 2ème lecture, les premiers chrétiens commencent à se décourager : le retour tant attendu du Christ tarde à se réaliser. Pour calmer leur impatience, Pierre va relativiser le temps. Un peu comme les africains qui ont du temps par rapport aux européens pressés qui ont leur montre ! Pierre leur dira : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans«
La venue du Seigneur est interprétée comme un temps de grâce, un temps nouveau. Ce qu’attendaient les chrétiens du temps de Pierre, d’après la promesse du Seigneur, est effectivement mon rêve ! C’est aussi le rêve de tout homme de bonne volonté : « une terre nouvelle où résidera la justice« . Un Monde où l’enfant est roi, où toute injustice subie par une personne faible lève la révolte, où tout être humain a accès à la dignité de tous et où Dieu est tout en tous.
L’on peut dès lors comprendre que la réalisation de la promesse de ce Monde nouveau n’est pas à reléguer à plus tard ou dans l’au-delà. Nous pouvons l’anticiper en collaborant à ce qui fait la joie de Dieu, c’est-à-dire le bonheur de l’homme (saint Iréné) et en étant responsable de sa vie et de celle des autres. Qu’est-ce donc anticiper ? « Ce n’est plus attendre, ne plus renvoyer le changement ; c’est accomplir dès maintenant ce qui sera réalisé demain, mettre en œuvre dès aujourd’hui des possibilités du temps messianique… Anticiper, c’est briser l’emprise de l’apathie et de la résignation » dixit le théologien protestant J. Moltmann. Partant, l’espérance chrétienne n’est pas une évasion hors de la réalité, mais un gage de la transformation de l’homme et de l’histoire, une démarche proactive. Tout ce que nous faisons aujourd’hui de bon, de beau, de noble, de grand, de vrai, de digne, de magnifique anticipe à coup sûr le Monde à venir. Le Royaume de Dieu est donc à la portée de nos mains tant qu’il y a des femmes et des hommes qui, même s’ils ne font pas « la une » des journaux, inventent, jour après jour, de nouvelles manières de vivre, de partager, de servir.

Quant à la page d’Evangile de ce week-end, en faisant écho à la première lecture, Jean le baptiste nous présente l’Avent comme « un grand chantier ». Il faut de gros engins (bulldozers, niveleuses …) pour préparer la route au Seigneur, qui vient dans nos cœurs jonchés de collines d’orgueil à aplanir. C’est ce qu’évoque ce témoignage du patriarche Athénagoras : » Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais maintenant, je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres« … Le Seigneur qui vient dans nos cœurs bordés de ravins à combler : ce qui nous manque spirituellement, ce qui est petit en nous, comme notre foi appelée à grandir.
En effet, la foi, ce n’est pas se rappeler qu’on a été baptisé, confirmé, marié à l’église ; se rappeler que le curé a dit de bonnes choses dimanche dernier… C’est plutôt une immersion dans l’Esprit Saint, une conversion de cœur, un nouveau regard sur Dieu, sur soi-même, sur les autres et sur la création, bref, une manière de vivre. L’abbé Klemens Maria est surnommé l’apôtre de Vienne. Il aime les pauvres. Ça ne le gêne pas par exemple avec son chapeau, d’aller même dans les restaurants, récolter de l’argent pour les démunis. Un jour, dans un restaurant, il arrive devant un homme anticlérical, un athée qui haïssait farouchement l’Eglise et qui lui dit : « Tu oses me demander de l’argent ? » Il lui crache au visage ! Et tout calmement, l’abbé prend son mouchoir, s’essuie le visage et lui dit : « ça, c’est pour moi ! Et que réserves-tu, que donnes-tu à mes pauvres ? » Et l’homme impressionné s’est mis à pleurer. Il a remis à l’abbé tout ce qu’il avait dans sa poche. La foi de l’abbé Klemens, une manière de vivre !
Vital Nlandu, votre curé-doyen
Je le dis à tous : veillez !
Homélie du 1er dimanche de l’Avent B : « Je le dis à tous : veillez !«
Lectures: Is 63, 16-19; 64, 2-7; Ps 79; 1 Co 1, 3-9; Mc 13, 33-37

Mes sœurs et mes frères, à la manière de l’apôtre Paul qui remercie Dieu pour les grâces reçues par la jeune communauté de Corinthe (2ème lecture), moi aussi je vous souhaite grâce, paix et bonne année liturgique ! En effet, nous commençons le cycle liturgique B par notre entrée en Avent, la montée vers Noël. L’Avent, c’est une attente ardente, le temps du vif désir de la venue du Seigneur, qui vient (re)naître dans la précarité et toute la profondeur de nos vies. Cette irruption de Dieu dans nos vies et dans le monde, constitue la quintessence du mystère de l’incarnation. Parlant de cette attente, Marion Muller-Colard, la théologienne protestante, dira : « Attendre pour mieux apprivoiser l’inattendu« , c’est-à-dire l’offre du salut, de la grâce et de la paix de Dieu pour son peuple.
C’est tout un décompte avec pas mal de symboles. Pour ce qui me concerne, j’ai aménagé l’entrée de mon appartement en y installant un présentoir où j’ai placé la couronne de l’Avent avec ses 4 bougies (dimanches). A chaque dimanche, étape de ma montée, j’allume une bougie. En avant, c’est l’Avent, un kaïros, une occasion favorable pour un plein d’allant, un nouvel élan. La liturgie de la Parole de ce dimanche s’infiltre dans nos cœurs et dans nos esprits pour y insuffler l’espérance. L’Avent est le temps par excellence de l’entrée en espérance. Et nous avons bien des raisons d’espérer !
Dans la première lecture, sitôt revenu de l’exil, le peuple de Dieu déchante : la solidarité qui reliait les juifs en captivité a vite cédé la place au « chacun pour soi ». Pour dire qu’il est vraiment difficile de se libérer ! Aussi, à l’instar du cri qui va retentir à travers toute la période de l’Avent (« Maranatha » : Seigneur, viens !), le prophète invoque la présence et l’action de Dieu : Reviens, déchire les cieux, descends. Loin de toi, nous sommes comme des feuilles desséchées. Nous sommes tous l’ouvrage de ta main… Et le psalmiste : « Que ta main protège l’homme, qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi; fais-nous vivre et invoquer ton nom » (Ps 79, 18-19).
Oui, Avent, c’est avant Noël, c’est avant demain, c’est maintenant. Or, que voyons-nous ? Le diagnostic psycho-spirituel révèle que beaucoup d’entre nous sont quasi découragés par cette deuxième vague de confinement avec ses conséquences dommageables : incommodité de vivre masqué (caché), fatigue psychologique (épuisement), peur d’être contaminé par le coronavirus, peur de voir ses sécurités s’éclipser, incertitude quant à savoir de quoi demain sera fait … Voilà une imprévisibilité qui aplatit le réel et le présent au risque d’ anémier l’espérance. Des pesanteurs qui nous poussent à nous endormir comme les disciples à Gethsémani.
D’où l’urgence et la gravité de l’exhortation évangélique de ce dimanche, une vraie bouffée d’air frais qui nous aide à reprendre racine et à déployer nos ailes : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez ! » Que signifie veiller ? C’est un déconfinement spirituel, un combat, une force de caractère, une persévérance, une imagination créative, une droiture de regard et d’intention, une prise de conscience de ce qui se passe autour de soi, un approfondissement de vie intérieure, une proximité avec Jésus, une foi ferme (non somnolente), une espérance inébranlable, une charité constante … C’est ouvrir son horizon, acquérir son droit d’accès au rivage, éprouver de la joie et avoir du cœur à l’ouvrage. C’est faire l’expérience de la puissance de la Miséricorde de Dieu, être assidu à la prière dans la communion du cœur de Dieu; faire des choses qui ont saveur d’éternité, du sens (faites par amour). C’est guetter les signes du Royaume, vivre une attente, être une sentinelle de lumière et d’espérance…
L’Emma-nuel (Dieu-avec-nous) nous entraîne vers l’à-venir.
Bon Avent à toutes et à tous.
Vital Nlandu, votre curé-doyen






