Dimanche du témoignage

Homélie du 3ème dimanche B de Pâques :

Lectures : Ac 3, 13s; Ps 4; 1 Jn 2, 1-5a; Lc 24, 35-48

Mes sœurs et mes frères, si dimanche dernier était celui de la foi (incrédulité de Thomas), celui d’aujourd’hui est le dimanche du témoignage. Dans la 1ère lecture, Pierre parle en témoin. Pour lui, c’est à nos frères juifs qu’incombe l’entière responsabilité de la mort de cet homme nu, Jésus accroché à une croix, le visage ravagé par la souffrance. Nous savons que cette question fâcheuse et encombrante  a fait couler beaucoup d’encre … et de sang durant des siècles. Il nous souviendra l’expression antijuive « le peuple déicide« , qui a incité à la violence contre les juifs (cf. les croisades, l’inquisition espagnole, la justification de la Shoah) … Et pourtant,  Pierre ne culpabilise pas les juifs,  puisqu’il dit qu’ils étaient ignorants. Jésus lui-même est allé dans ce sens.   Sur la croix, on l’entend supplier : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24). Il faut ainsi une ligne de crête : on peut condamner les forfaits sans toutefois désavouer et stigmatiser les hommes qui les ont commis. Les  disciples qu’il rencontre dans l’Evangile d’aujourd’hui sont ceux-là même qui l’ont abandonné le vendredi saint. S’il leur a pardonnés, c’est  pour leur permettre de se relever.

En effet,  Pierre et Jean (2ème lecture) écrivent pour que leurs interlocuteurs se convertissent, c’est-à-dire se tournent désormais vers le Ressuscité, qu’ils le connaissent. « Connaître » ici signifie reconnaître l’être aimé. Il s’agit d’une relation intime, d’une véritable communion. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le verset de saint Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3)… Certes, le converti doit éviter le péché, mais saint Jean est bien réaliste lorsqu’il déclare que si, malgré tout, le converti vient à pécher, qu’il n’hésite pas de  disposer son cœur à accueillir la tendresse du Père, son pardon par Jésus-Christ, notre ami et notre défenseur.

La page d’Evangile fait suite à l’épisode des disciples d’Emmaüs qui sont retournés à Jérusalem auprès de leurs amis pour témoigner de ce qu’ils ont vécu sur le chemin : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! » (Lc 24, 34). Evidemment, quand on parle du loup, on voit sa queue ! Parler de Jésus Ressuscité en guise du témoignage, c’est tout un sacrement,  il nous rejoint, il devient présent !

« Shalôm« , dit le Ressuscité : la paix soit avec vous ! La paix du cœur est le premier effet de notre foi au Christ  Ressuscité.  J’en ai tellement besoin dans ma vie, mais aussi  ma mission,  n’est-elle pas de porter cette paix à ceux dont le cœur est bouleversé, à ceux qui ont perdu le sens de la vie ?…  Alors, d’une simple rumeur, les disciples de Jésus restés cloîtrés à Jérusalem  vivront  l’expérience d’une rencontre en live,  tangible (« regardez, touchez, constatez … ») avec le Ressuscité. Et pour les aider à intégrer cette réalité, Jésus va  leur expliquer par une méthodologie catéchétique, les Ecritures qui le concernent. Et ce,  en ouvrant leur intelligence à la compréhension de la Parole de Dieu. Toute lecture biblique exige de l’intelligence. Il convient ainsi, en ouvrant la Bible,  de demander à l’Esprit Saint de nous aider à discerner, dans l’interprétation que nous en faisons, la révélation de la mission à laquelle Dieu nous destine…

Une fois ressuscité, son corps matériel devint  glorieux, spirituel, mais ce qui est curieux, c’est que  les marques de crucifixion n’ont pas changé. Pourquoi ? Parce qu’elles sont devenues sa carte d’identité, le moyen pour le reconnaître. C’est la preuve qu’il nous aime jusqu’au bout, qu’il nous sauve et nous rejoint dans la vie ordinaire de chaque jour, y compris dans nos lieux de malheurs comme la souffrance et la mort. Le psalmiste écrira : « Beaucoup demandent : qui nous fera voir le bonheur ? Sur nous,  Seigneur, que ton visage s’illumine !« …

Et  pour nous faire comprendre qu’il est avec nous dans la vie ordinaire, il mange un morceau de poisson grillé devant ses disciples. S’il le fait, c’est pour que  nous sachions ainsi qu’il bénit le fruit de notre travail, mais également, comme le souligne le pasteur américain Martin Luther King, que la religion ne doit pas seulement s’occuper du ciel, mais de la terre en plus.

Chers amis, que le Seigneur nous garde d’être indifférents envers ceux qui ont faim et sont mutilés par des situations humainement insoutenables.  » A vous d’en être les témoins !« . Telle est la mission qui nous est assignée, celle de rendre Dieu « désirable » entre autres par notre attention aux faibles de nos communautés. Sans cela, notre  foi au Christ Ressuscité risque d’être stérile !

                                            Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Irruption du Ressuscité dans nos vies

Homélie du 2ème dimanche B de Pâques : Lectures : Ac 4, 32-33; Ps 117; 1 Jn 5, 1-6; Jn 20, 19-31

Mes sœurs et mes frères, voici le message de Pâques que je vous transmets : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia ! » (Lc 24, 34   ).Mais la préoccupation qui est la mienne, c’est de ressentir pour de vrai et même avec émotion, d’éprouver aujourd’hui la présence du Ressuscité. A lumière de la Parole de Dieu de ce dimanche, je sais que  je peux rencontrer le Ressuscité :

1. En invoquant son Esprit : « Recevez l’Esprit Saint« . C’est le souffle qui me vivifie et me fait acquérir une autre dimension, la nouvelle naissance (Gn 2, 7). C’est le carburant de ma vie chrétienne. Chaque matin, j’ai besoin de ma dose d’Esprit Saint pour la journée : viens, Esprit Saint ! Il rend mon cœur brûlant de la présence de Dieu (Lc 24, 32). C’est le  bras de levier qui m’aide à accomplir la mission à laquelle Dieu me destine : annoncer une année de bienfaits de sa part (Lc 4, 18-19), proclamer la puissance de sa Miséricorde qui libère celles et ceux qui sont pétrifiés et paralysés par la morsure de la culpabilité.

En ce  dimanche de la divine Miséricorde, sachons pour toujours  que le pardon de Dieu par le sang de l’Agneau, efface notre honte. Il nous rend la joie d’être restaurés et rétablis dans  notre dignité originelle d’enfants de Dieu. Shalôm : paix! C’est par l’Esprit Saint qui sature notre cœur de l’amour de Dieu (Rm 5, 5),  que nous avons l’assurance et pouvons expérimenter la paix profonde, la guérison intérieure : « Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède ni à la panique, ni à l’agitation » (Jn 14, 27).

2. Par la foi : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Thomas, l’incrédule, l’homme de bon sens, de sens critique, n’est-il pas, à bien des égards,  notre jumeau ? Il doute, refuse de croire au premier abord, pose légitimement des questions et exige des preuves. On peut le comprendre : l’homme est un animal raisonnable (Aristote).  Mais, poussée à l’excès, une rationalité toute froide peut engendrer de l’insécurité paranoïaque, le manque de confiance aux autres, la fermeture de cœur et tant d’autres blocages. La foi, c’est un jour avoir soudain cette révélation intérieure : je suis aimé de Dieu, non pas pour ce que je vaux, non pas pour ce que je mérite, non pas parce que je suis prêtre, mais simplement parce que je suis son enfant. J’entre alors dans la lumière du regard aimant de Dieu, un regard qui devient magie de communion et d’amour. De là naît ma confiance totale en son Amour : « Je sais en qui j’ai mis ma foi ! » (2 Ti 1, 12). Alors je n’ai pas besoin de voir physiquement Jésus pour le reconnaître ou de le toucher pour croire en lui. L’approche spirituelle, le regard intérieur, la grâce de sa présence me suffisent… Qu’il est grand le mystère de cette foi-bouée de sauvetage ! Quand tu es tenté par le doute suite au décès d’un être cher, à une perte de sens et d’horizon, à la fatigue physique et spirituelle, à des situations « verrouillées », inextricables, aux frustrations, à la déception de l’Eglise…, ose  dire la remarquable profession de foi de Thomas : « Mon Seigneur, mon Dieu« . C’est un soupir du cœur, un cri d’abandon et de totale confiance. « Ne t’ai-je pas dit que si tu  crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jn 11, 40). Le bonheur de ceux qui croient, c’est qu’ils demeureront  vivants en Jésus-Christ. 

3. Par le sacrement du frère : « Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence« . C’était le nouveau style de vie de la première  communauté chrétienne : la  fraternité dans la simplicité de cœur, l’accueil des différences (tolérance) et le partage. Chers amis, quelle place accorde-t-on au don, au service gratuit dans une société du chacun pour soi, une société où tout doit s’acheter et se vendre ? Ici, je soutiens la politique sociale (solidarité citoyenne ou républicaine) de nos pays. Je félicite ceux  qui luttent pour la réalisation de ce rêve évangélique : que chacun ait droit au minimum vital. Je suis admiratif de ces personnes, bienfaitrices de l’humanité, qui se dévouent pour que, autant que faire se peut, chaque être humain ait sa petite part de soleil.  L’expression  » avoir un seul cœur et une seule âme » évoquée dans la 1ère lecture passe absolument par le partage : partage de son temps, de ses talents, de ses joies, ses peines, ses doutes, ses découvertes spirituelles …

                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Il vit et il crut !

Chers amis, la semaine sainte a été un chemin à découvrir, un espace de silence et de paix qui nous a  permis de faire la vérité sur notre relation personnelle avec Dieu.

Le constat est sans appel, c’est la béance du tombeau de Jésus : il est vide !

Mais serait-ce pour autant une preuve établie et indéniable  de la résurrection de Jésus-Christ ? C’est Marie Madeleine qui a fait ce constat brut : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où  on l’a déposé! ».  Il est vrai que personne  n’a vu, enregistré ou encore filmé la scène de la résurrection,  le moment crucial où la pierre est roulée, où l’on voit  Jésus  quitter le tombeau, s’en éloigner, seul ou accompagné, transporté, vivant ou mort…et en quelle direction !

Cependant, ce qui poussera le monde entier à croire qu’il ne s’agit pas là de « fake news », ce sont les paroles en  actes des apôtres, des disciples, des fanatiques du Ressuscité. C’est en voyant la fougue résolue et le feu irradiant de ces témoins qui agissaient au Nom de Jésus-Christ, à travers des  œuvres qui font lever le jour,  que le monde a commencé à croire que Jésus était vraiment ressuscité, qu’il était vivant : il ne pouvait en être autrement! Le témoin donne envie de croire …

Oui, les apôtres ont fait leur part. Aujourd’hui, mes amis,  c’est  par nos actes que nos contemporains croiront  que le Christ est réellement vivant.  Que faisons-nous alors qui témoigne de la résurrection de Jésus-Christ ? Je voudrais par-là  dire que notre communion au  Ressuscité nous engage  à vivre à notre tour en ressuscités « Je croirais plus volontiers à leur sauveur » dit Nietzsche en parlant de chrétiens, « s’ils rayonnaient davantage la joie, s’ils  avaient l’air d’être sauvés, l’air de ressuscités« .  La Résurrection de Jésus-Christ est une énergie formidable, elle est révolutionnaire tant qu’elle suscite  de nouveaux « passages », de nouveaux engagements pour la vie et pour l’amour.  S’adressant aux jeunes aux JMJ de Rome en 2000, Jean-Paul II leur disait : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier ! »

La pierre est roulée

Il y a toujours une pierre lourde, très lourde même qui souvent nous  paralyse et nous  empêche d’avancer. Elle est là la pierre, présente dans notre vie personnelle, relationnelle, familiale, paroissiale… Sachons que chaque fois que nous avons posé un acte de résurrection, nous l’avons roulée.  C’est quoi finalement cette pierre ? Ce ne sont pas nécessairement  des éléments nuisibles extérieurs. C’est parfois nous-mêmes. Alors, laissons-nous transformer par le Ressuscité !

Il vit et il crut !

Après 20 siècles, ce que nous avons à voir aujourd’hui, c’est à partir des yeux de la foi. Fêter Pâques aujourd’hui, c’est reconnaître les traces du Ressuscité là où bat le pouls de l’histoire, au cœur de la vie de nos familles et de nos communautés. En effet, nous pouvons par notre émerveillement, notre regard de bienveillance et de foi, découvrir les scintillants signes d’espérance et de résurrection d’aujourd’hui. Découvrir la présence du ressuscité dans les sacrements, dans la recherche de nouvelles expériences spirituelles et d’intériorité, dans les   nouvelles solidarités, bref dans les initiatives et la maturité spirituelle et humaine de nos communautés respectives.

En chacun, il y a une fontaine d’eau vive, quelque chose de beau, de grand, de vrai, de bon. Chaque personne est sacrée et peut, grâce à la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, déployer la richesse infinie de sa vie intérieure.

Joyeuse fête de Pâques à tous.

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Jésus est vivant

Chers Frères et Sœurs,

Recevez mes meilleurs vœux de bonne fête de Pâques ! Malgré les limites mises à nos célébrations, nous n’oublions pas la fête de la vie. Le Christ est ressuscité !

Pâques, c’est chercher et découvrir Jésus. C’est comme les œufs de Pâques : on doit les chercher dans le jardin et les découvrir car ils sont cachés ! Dans l’évangile de la Vigile pascale selon saint Marc (16,1-7), nous lisons que trois femmes, amies de Jésus, se rendent à son tombeau après sa mort, pour soigner son corps : Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé. Elles y voient un jeune homme vêtu de blanc, qui leur dit : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? »

Cette parole me fait réfléchir : les femmes en effet cherchent Jésus. Nous aussi nous sommes invités à chercher Jésus. Dans chacune de nos vies, il y a des questions, des doutes, des recherches. Nous sommes parfois dans la difficulté à cause de problèmes dans nos familles ou au travail, à cause des problèmes de notre société et des peurs que nous vivons. Cette année, en outre, nous sommes frappés par la pandémie du Covid. Ces trois femmes aussi étaient frappées par la souffrance : on avait exécuté injustement leur meilleur ami, Jésus. Mais elles le cherchent quand même, elles vont jusqu’à son tombeau ! Alors, nous aussi, osons chercher Jésus dans notre vie ; n’oublions pas son message et sa force de vie.

Le jeune homme assis au tombeau de Jésus dit encore aux femmes : « Jésus est ressuscité ! Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez comme il vous l’a dit ». Jésus est donc vivant, mais on ne le voit pas en direct. « Il nous précède en Galilée ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que Jésus donne à chacune de nos vies une deuxième chance, une nouvelle occasion de le découvrir. La Galilée, c’est une région de frontière et de périphérie. Cela veut dire qu’on découvre Jésus dans les périphéries de notre monde. Nous découvrons Jésus quand nous sommes attentifs aux pauvres, aux malades, à ceux qui sont dans le besoin. Nous découvrons Jésus quand nous reconnaissons notre faiblesse et que nous recherchons une lumière et une force pour notre vie.

La Galilée, c’est aussi le lieu de l’enfance de Jésus, de son premier ministère public et de ses premiers disciples. Elle nous fait penser à notre lieu d’enfance, à notre village ou notre ville, avec nos parents, notre famille, notre histoire, notre culture. Jésus veut nous retrouver dans notre Galilée, c’est-à-dire dans le lieu que nous aimons. C’est pourquoi cette année, toutes les cloches sonneront à midi le jour de Pâques pour fêter la résurrection du Christ et faire participer à la fête ceux et celles qui n’auront pu se rendre à une célébration.

Jésus nous donne même une Galilée nouvelle, un nouveau lieu de communion, dans nos communautés de foi chrétienne ; il est présent quand nous vivons une vraie réalité d’amitié sociale et de solidarité. Jésus est une présence réelle dans notre vie, une force réelle, un souffle de renouveau et d’espérance.

Remercions-le d’être là pour nourrir nos vies et nous donner l’espérance ! Unissons-nous en communauté pour contrer l’individualisme de notre société et la logique du « chacun pour soi » ! Et témoignons de lui, autour de nous, avec joie !

Alléluia !

† Jean-Pierre DELVILLE,
évêque de Liège

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« Ma vie » dit Jésus, « personne ne me la prend, je la donne volontairement »

Homélie du dimanche B des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Lectures : Is 50, 4-1; Ps 21; Ph 2, 6-11; Marc 15, 16-31

Mes sœurs et mes frères, les 5 semaines de Carême que nous venons de vivre ont été un exode intérieur, qui nous introduit, ce dimanche, dans la Semaine Sainte, jusqu’au matin de la Pâques. Nous allons accompagner le Christ qui va instituer le sacrement de sa présence parmi nous et assumer, en suant sang et eau,  sa  mort  par amour pour l’homme. En effet, la mort et la vie luttent en un duel terrible. « Ma vie » dit Jésus, « personne ne me la prend, je la donne volontairement » (Jn 10, 18). Si dans sa souveraine liberté, le Christ accepte la mort, c’est pour manifester, par sa résurrection,  la toute-puissance de l’amour et de la vie. C’est dans l’abaissement,  l’humilité,  dans la pâte d’oubli de soi – que la personne que j’aime grandisse et que moi je diminue – que fermente la puissance de l’amour (2ème lecture).  Quant à la vie, elle est plus têtue que la mort, voilà pourquoi il faut semer, semer et semer encore. Pâques signifie victoire de l’amour,  victoire si et seulement si tu assimiles et crois sans en démordre  que rien, ni l’échec, ni la violence, ni le mépris, ni ton péché, rien ne pourra te séparer de l’Amour de Dieu.

Les Rameaux et la Passion du Seigneur que nous célébrons,  nous ouvrent  un vaste champ de réflexions et d’interrogations sur l’ambivalence de notre vie entremêlée de mystères joyeux et douloureux. Si Jésus, ovationné par des hosanna à l’entrée de Jérusalem,  est vomi sitôt après, c’est dire que la vie est versatile : d’un gai torrent impétueux, elle peut se transformer en long fleuve tranquille, en coulée boueuse ou même en bras asséché !

Il faut se faire une raison : la souffrance n’est pas une tarte dont chacun prendrait volontiers sa part. Elle fait hélas partie intégrante de la vie de l’homme ! 
Etty Hillesum l’a compris quand elle écrit : «La vie et la mort, la souffrance et la joie, tout, tout en moi, je l’accepte comme une totalité indivisible ». Le bon pape Jean XXIII le dit en ces termes : » Notre vie dans le temps ne peut s’arrêter au Thabor : il faut qu’elle passe par le calvaire » Vouloir ainsi  écarter de sa route toute souffrance signifie se soustraire à une part essentielle de l’existence humaine.

On a chacun et chacune ses soucis, y compris les souffrances indicibles, indescriptibles,  celles qui ne pleurent qu’à l’intérieur : solitude, déprime, usure, remords de conscience, charges de culpabilité, frustrations, combats intérieurs,  sentiments d’être inutile …, notre  cœur parfois  trop lourd de secrets, trop lourd de peines. « Les problèmes, quand on ne les a pas, on les attend » dit l’adage populaire. Qui  que tu sois, quoi que tu fasses, c’est inévitable,  la souffrance, la mort te traque et, un jour, te rattrape. La pandémie de la covid-19 nous en a donné la leçon…

Finalement, la mort violente de Jésus est une brèche sur l’espérance, elle a  pour but de nous apprendre  que la vie est comme un arc-en-ciel : il faut de la pluie et du soleil pour en apercevoir  les couleurs. Par sa croix, Jésus est solidaire de notre humanité blessée et blessante.

En cette Semaine Sainte, nous le suivrons  pas à pas sur le chemin de notre salut… Cependant, n’oublions pas qu’aujourd’hui encore, il y en a qui sont confrontés à des situations humainement insoutenables, qui souffrent à l’image du Christ souffrant. La passion du Christ  nous incite à veiller sur les crucifiés d’aujourd’hui : être des Simon de Cyrène qui soulageons ceux qui éprouvent le sentiment de la faiblesse humaine, qui ploient sous les fardeaux;  des Véronique qui consolons et essuyons les larmes de ceux qui sont dans le besoin.  A Caïn, le Seigneur demanda : « Où est ton frère Abel ? »
Réponse : « Je ne sais pas, suis-je, moi, le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9).
Oui, ne te dérobe pas, tu es responsable de la vie de ton semblable !

Vital Nlandu, votre  doyen-curé

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Tu es promesse de fécondité !

Homélie du 5ème dimanche du Carême B : 

Lectures : Jr 31, 31-34; Ps 51; He 5, 7-7; Jn 12, 20-33

Mes frères et mes sœurs, nous célébrons aujourd’hui le dernier dimanche de Carême. La liturgie de la Parole nous fait déjà entrer dans le mystère de Pâques. C’est comme un oiseau qui voit poindre l’aurore et qui chante alors qu’il fait encore sombre.

La 1ère lecture évoque expressément la nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, gravée cette fois-ci dans les cœurs : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes; je l’inscrirai sur leur cœur« . Nouvelle alliance, nouvelle manière d’être et de faire ! Dieu parle à l’homme par la voie  de sa conscience, dans le discernement éclairé. Il est présent dans la cachette intérieure de chacun.  Maurice Zundel le dit en ces termes : « Il y a en moi plus que moi « . Eternel assoiffé spirituel, c’est en Dieu que je (re) trouve la source…   Et pour moi chrétien, mon alliance avec Lui n’est rendue possible que par le Christ ainsi que l’atteste saint Luc : « Il leur donna de même la coupe, après le repas, en disant : ‘Cette coupe est la  nouvelle alliance garantie par mon sang, qui est versé pour vous‘  » (Lc 22, 20).

Dans la page de l’Evangile de ce dimanche, des chercheurs de Dieu, grecs sympathisants, éprouvent un besoin impérieux de voir Jésus, de le connaître. Il ne s’agit pas de la connaissance livresque, intellectualiste, mais de cœur : s’attacher intimement à lui, l’aimer. C’est pareil pour saint Paul, l’ancien pharisien zélé, qui a vécu un exceptionnel bouleversement spirituel. Il témoigne que son seul désir était désormais de connaître le Christ et la puissance de sa résurrection (Phil 3, 10). L’arrivée des grecs représente celle de tous les non-juifs qui ont rejoint Jésus grâce à l’œuvre de la Mission universelle. Jésus en profite alors pour donner le sens profond de la fameuse « heure« . A Cana, il avait dit à sa mère : « Mon heure n’est pas encore là » (Jn 2, 4). Elle est venue enfin … cette heure, celle où il est « glorifié » par sa mort et sa résurrection, qui lui donnent le bonheur du devoir accompli. Avant de remettre son esprit entre les mains du Père, Jésus dit : « Tout s’est accompli ! » (Jn 19, 30). C’est l’heure de sa manifestation, sur la croix, comme Envoyé de Dieu : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39). L’heure qui permet aux hommes de découvrir le véritable amour et de l’offrir en retour aux autres; l’heure de la révélation de sa Pâque comme présage de la moisson, germe  de la vie éternelle. Jésus devient « la cause du salut éternel » (2ème lecture)…

Oui, le chemin vers le salut passe absolument par l’abandon à la grâce, la kénose (dépouillement),  la « mise en terre » : mourir à soi, à son égoïsme stérile en se dévouant  corps et âme pour les autres … A la question de sens « Que dois-je faire de ma vie« , Jésus répondrait : « Il faut s’en détacher pour goûter à l’amour comme un avant-goût d’éternité; il faut  comprendre que seule une vie  donnée est féconde« . C’est ainsi qu’il convient d’entrevoir sa mort que nous allons célébrer le vendredi saint : une fabuleuse bénédiction, l’extraordinaire fécondité d’une vie toute offerte,  qui porte beaucoup de fruit et attire tous les hommes.

Pour faire assimiler son message, Jésus s’inspire comme maintes fois de la nature. Une expérience bien connue : la semence enfouie doit se décomposer, autrement dit mourir avant de retrouver une vie nouvelle. De même que le grain de blé, Jésus sera mis en terre afin de produire du fruit de salut pour les hommes de tous les temps. Sa résurrection est le gage de la nôtre… Mais « le vrai problème » fait remarquer Maurice Zundel, « n’est pas de savoir si nous serons vivants après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort ».

C’est donc aujourd’hui que le  Seigneur nous appelle à la vie, à devenir nous-mêmes du grain utile et rentable. Le conte « Nous ne vendons que les graines » est bien instructif et même inspirant : un jeune homme entre en rêve dans un magasin. Derrière le comptoir se tient un ange. Le jeune homme lui demande : « Que vendez-vous? »  L’ange lui répond : « Tout ce que vous désirez ». Alors le jeune homme commence à énumérer : « Si vous vendez tout ce que je désire, alors j’aimerais bien : la fin des guerres dans le monde, la fin des bidonvilles en Amérique latine, l’intégration dans la société de tous les marginaux, du travail pour tous les chômeurs, plus d’amour et de vie communautaire dans l’Eglise…. ». L’ange lui coupe la parole : « Excusez-moi, Monsieur, vous m’avez mal compris. Ici nous ne vendons pas de fruits, nous ne vendons que les graines »…

Et toi ? Sais-tu que tu es promesse de fécondité,  graine d’optimisme, de confiance, de bienveillance, de bonne humeur pour ton entourage ?

Quant aux fruits, ne t’en soucie pas trop : ils sont déjà dans le cœur de Dieu !

Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Regardons-le, croyons en lui !   

Homélie du 4ème dimanche de carême B 

      Lectures : 2 Ch 36, 14.19-23; Ps 136; Ep 2, 4-10; Jn3, 14-21

Chers amis,  le printemps approche, la nature va de nouveau rire en fleurs … Et nous sommes toujours en route vers Pâques. Le vrai voyage n’est pas de chercher nécessairement de nouveaux paysages, mais un nouveau regard. Nous n’avons jamais fini  d’explorer et d’approfondir la richesse inépuisable de la Parole de Dieu. La 1ère lecture raconte la terrible épreuve de l’exil à Babylone, qui a marqué à jamais le peuple d’Israël. Ce fut tout  un chemin spirituel : bien que le peuple se soit détourné de Dieu, qu’il y ait eu rupture de l’alliance et ses conséquences humiliantes (privation de terre, destruction du Temple, déportation, esclavage), Dieu n’a pas abandonné son peuple. En terre étrangère, les hébreux déprimaient du mal du pays,  ils étaient nostalgiques. En témoigne le psaume 136 : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis, n’ayant plus que nos yeux pour pleurer… Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche; que ma langue s’attache à mon palais ! » Mais la fidélité de Dieu, sa miséricorde l’a emporté.  Loin du Seigneur, nous sommes en exil, privés de la vraie liberté. Le retour de l’exil des hébreux symbolise nos incessants retours vers Dieu, nos élans de conversion. C’était l’oracle du Seigneur dès l’aube de ce carême : « Maintenant, rebroussez chemin, revenez à moi de tout votre cœur » (Jl2, 12)… 

Saint Jean écrit : « Dieu a tant aimé le monde« . Ce verset est la clé herméneutique, le fondement d’interprétation de toute l’Ecriture. Il t’aime tellement qu’il porte sur toi un regard inconditionnellement bienveillant. Et s’il t’aime, ce n’est pas pour tes mérites, mais ce n’est que par la grâce, son amour gratuit et infini pour toi (2ème lecture). Aussi ton salut (ta divinisation), est de t’inscrire dans sa bienveillance inconditionnelle : aimer à en perdre la raison !

La page d’Evangile de ce dimanche achève l’entretien de Jésus avec Nicodème. C’est une invitation à oser « lever les yeux » pour contempler la croix, le symbole de l’incommensurable amour de Dieu pour l’homme.  Se marquer du signe de la croix, c’est proclamer sa confiance en cet amour !  Voici donc le merveilleux dessein de Dieu, son projet d’amour pour l’homme : de même que dans le désert (Nb 21, 4-9), Moïse a fixé sur un poteau le serpent de bronze pour que toute personne victime de morsures de scorpions et de serpents venimeux,  qui le regarde,  trouve la vie sauve – l’image mythologique du serpent guérisseur est encore aujourd’hui l’emblème des médecins ! -,   de la même manière,  quiconque regarde avec foi le Christ élevé sur l’arbre de la croix sera guéri du péché qui défigure l’humanité. A la clé, il aura comme gratification une vie ouverte sur l’éternité.  Dieu a voulu, pour ainsi dire,  que le Crucifié soit un bourreau des cœurs, qui  courtise le monde entier (Jn 12, 23. 32). Qu’il soit le point de mire qui attire les regards afin que celle ou celui qui croise et pénètre son regard d’amour ait la révélation de la vérité. Laquelle ? Que Jésus-Christ est la lumière du monde, l’archétype de l’amour. Effectivement, il n’y a pas d’amour plus grand qu’aimer en allant jusqu’au bout, sacrifier, donner sa vie pour la personne que l’on aime. Et Jésus l’a fait pour nous !

Connaissant alors Celui qui est la lumière du monde, qui lui montre le chemin, lui donne vie, chaleur, moral, nous avons le choix entre l’ombre (égoïsme, haine, mensonge, pessimisme) et  la lumière … Le jugement  n’est pas, selon saint Jean,  un acte de Dieu, car sa grâce bienveillante nous a déjà libérés; c’est l’homme lui-même qui se condamne  tant qu’il préfère obstinément  l’obscurité à la lumière. 

Chers amis, nous bénissons Dieu et nous le remercions pour la lumière du soleil qu’est Jésus-Christ, mais à quoi sert-elle si nous avons les yeux fermés ? Puisque par la grâce  du baptême,  nous avons accueilli le Christ comme lumière dans nos vies, il est grand temps, en ce cas,  de rallumer les étoiles, de diffuser cette lumière  rien que par notre sourire par exemple, qui chasse l’hiver du visage humain. Aussi minime que soit la lumière, son éclat dissipe les ténèbres, motive l’espérance.

                                                                  Vital Nlandu, votre curé-doyen

 

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