Les disciples d’Emmaüs

Homélie du 3ème dimanche de Pâques A : les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Mes sœurs et mes frères, ce n’est pas par des biens périssables comme l’argent ou l’or que nous avons été sauvés, mais par  le sang précieux de Jésus-Christ, alléluia –amen !

J’ai la joie de vous partager ce week-end une des plus  belles pages de l’Evangile de saint Luc: les disciples d’Emmaüs. On y retrouve tout le menu d’une messe articulé en 4 temps :

  1. La liturgie de l’accueil : « De quoi discutez-vous sur le chemin ? » (V.17). On s’accueille en se donnant des nouvelles.
  2. La liturgie de la Parole : explication, relecture des signes qui parlent de Jésus dans la Bible.
  3. La liturgie de la Table : le pain pris, béni, rompu et donné.
  4. La liturgie de l’envoi : c’est plus fort qu’eux, les deux disciples missionnaires se sentent obligés de retourner immédiatement à Jérusalem, témoigner de ce qu’ils ont vu, palpé, compris de l’Amour de Dieu. Et toute la communauté de s’exclamer : »Dominus surrexit vere !  » (Le Seigneur est vraiment ressuscité ! V.33).

 En effet, à la mort de Jésus, le groupe des disciples est disloqué. Beaucoup dépriment, ils ne comprennent pas ce qui s’est passé : comment Dieu a-t-il pu abandonner Jésus ?…

routeemmaus« Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (V. 16).  Ce récit n’est pas une apparition, mais une reconnaissance…, suivi d’une disparition.  C’est au signe de la Fraction du pain, lorsque les écailles sont tombées de leurs yeux obturés, que les disciples se sont rendus compte que Jésus est bel et bien  vivant, mais présent autrement (V. 31).  L’eucharistie est un canal parmi tant d’autres, mais en tout  cas un lieu sûr pour le reconnaître…

Et pourquoi disparaît-il  aussitôt ? C’est pour nous signifier que sa présence charnelle n’est plus nécessaire. Comme l’écrivait  Antoine de Saint Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux« . Jésus a désormais d’autres sur-faces dans le temps de l’Eglise : il est présent dans un  petit coin de notre cœur, dans la danse du cosmos, dans le silence, dans divers gestes de partage, le « signe du frère » compris, valorisé et servi, … Bref, c’est  sous le biais de la foi que nous devons dorénavant nous connecter  à Celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps (le tout dernier verset de l’Evangile de Saint Matthieu).

En s’éclipsant, il veut également raviver  notre responsabilité de témoin. Le même son de cloche retentit dans l’Evangile de Saint Jean : éprise d’émotion d’avoir reconnu le Ressuscité, Marie de Magdala veut le toucher, mais Jésus refuse. Il nous faut lâcher sa main et aller plutôt témoigner : « Va vers mes frères et dis-leur (Jn 20, 17).  C’est un déclic qui ouvre la saison, l’ère du témoignage. A notre tour,  nous sommes ainsi  renvoyés à la fonction prophétique de notre baptême : être des témoins  résolus de l’Evangile du Ressuscité. Je suis  témoin si je fais signe,  donne envie de connaître le Ressuscité et de l’aimer; si je  rends « Dieu désirable » (titre du livre d’André Fossion) en  interpellant et même en entraînant  des consciences par l’exemple.  Alors il  y a  cohérence entre ma foi et ma vie quotidienne. Le but n’est pas de convaincre,  mais de rendre le visage du Christ tellement séduisant qu’il attire et captive.

 La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

*Le chemin d’Emmaüs, ne serait-ce pas le tien, tapissé par ici et là  d’angoisses, de questionnements, de lassitudes, de désert intérieur … ? Surtout quand « le jour baisse » non seulement dehors, mais  aussi dedans ton coeur. Gagné alors  par le sentiment de dégoût, tu rumines ta désolation en pensant  que les mots sont usés, que la prière est fade et  les explications vaines. A ce moment, le moteur-turbo de ta vie psycho-spirituelle n’a plus de pression (= dé-pression)… Et c’est  là que,  gardant l’incognito, Jésus te rejoint. Il prend le temps de cheminer  à tes côtés, pour venir au secours de ta foi, t’aider à trouver du sens aux événements de ta vie. Il progresse avec toi mais  à ton rythme, sans forcer tes pas ni changer ton chemin. Il te propose  seulement de décoder les signes de sa présence dans ta vie et autour de toi …  Il t’accompagne aussi longtemps que tu ne l’aurais pas reconnu. Quand tu le reconnaîtras, n’oublie pas d’en témoigner.

*« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous expliquait les Ecritures ? » C’est l’amour qui fait battre le cœur, y fait fleurir les lilas. Oui, celle ou celui  qui prend plaisir à la Parole, la conserve dans son cœur à l’instar de Marie, la mère de l’écoute (LC 2, 51). Je me souviens de ma grand-mère Tamali.  Elle était d’obédience protestante, une dame  cultivée de la Parole de Dieu, la semence déposée dans son coeur grâce à son éducation religieuse. Jeune, je l’entendais souvent débiter des versets bibliques pour étayer ce qu’elle disait : la divine Parole était pour  elle une source inspirante de sagesse. En ce temps de confinement, je pense à celles et à ceux qui pratiquent la lectio divina en famille. Restez-y fidèles ! En vous immergeant dans la lecture priante et apaisante de la Parole, vous  goûtez la présence de Dieu qui vous attire à lui pour parler à votre cœur.

 

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

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Dimanche de la Divines Miséricorde

Homélie du 2ème dimanche de Pâques A                                                                            Lectures : Ac 2, 42-47; 1 Pi 1, 3-9; Jn 20, 19-31

dilmbéniMes  sœurs et frères, après un Triduum pascal et une fête de  Pâques  inédits, nous poursuivons l’approfondissement du  mystère pascal en ce « dimanche de la Miséricorde« .  Dans l’Evangile, il s’agit des portes du cœur des disciples verrouillées de peur, nos situations désespérantes, sans issue, que la paix, premier don du Ressuscité,  vient débloquer : « Paix … à vous!« . Alors suit l’envoi en  mission qui est au demeurant inséparable du don de l’Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint …,  alors vous serez mes témoins » (Jn 20, 22; Ac 1,8).

dimmiséEn effet, c’est le souffle vital du Ressuscité  qui donne aux disciples la force de continuer leur mission : être le reflet,  le  visage de la Miséricorde du Père dans le monde. Je dirais que les chrétiens n’ont peut-être rien d’autre à faire que de manifester la Miséricorde de Dieu.  Et c’est quoi la Miséricorde ? Ce n’est pas une mièvrerie affective, c’est un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes, aux entrailles,  touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, spirituelle,  physique,  psychologique, sociale ou encore matérielle. C’est comme me disait une maman, larmes aux yeux, dont l’enfant souffrait atrocement : « Comme je voudrais souffrir à sa place ! » … Nous sommes ici au cœur du message évangélique. La Miséricorde est l’autre nom de Dieu. Quand dans le symbole des apôtres, professant notre foi,  nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit pas d’une autre espèce de  puissance que la toute- puissance de son amour plus fort que nos égarements, nos trahisons, voire nos péchés. Il convient de  distinguer les œuvres de Miséricorde spirituelles comme pardonner … et celles corporelles comme l’élan de solidarité que nous sommes en train de vivre en pleine  tempête du Covid-19 : ensemble on trouve des solutions, on s’en sort sans sortir !

Et quid de Thomas qui doute ?  Il n’a pas une foi de charbonnier. Pour lui, ce sont  des « fake news » qu’on lui raconte.  Il a besoin de preuve, il veut vérifier avant d’hypothéquer le capital de  sa foi. Si son nom est  » jumeau« , c’est parce que chacun peut bien  être son semblable,  s’identifier à lui,  car il nous  arrive  aussi de nous  emberlificoter dans les flots du doute. C’est ce qui fait dire  à l’écrivain Georges Bernanos : « La foi c’est 24 heures de doute, moins une minute d’espérance« . A bien des égards, notre foi ressemble aux marées hautes et basses de la mer, elle vient, elle va; toujours çà et là tant le mystère de Dieu est épais. Son silence, ses pensées, ses voies sont parfois déroutants. En clair, la foi  n’est pas une certitude, mais la conviction intérieure que quoi qu’il arrive, quoi qu’il en soit,  même si je ne comprends pas, même si je ne maîtrise pas, Dieu reste fidèle à son Amour. Et dites-vous bien que dès lors que Dieu n’est plus perçu comme un Père infiniment et inconditionnellement aimant, il devient un faux dieu…  Ce qui me fait dire que  la vraie démarche de foi aboutit  inexorablement à l’abandon, au lâcher-prise, à la contemplation. C’est elle qui nous  plonge  dans les réalités spirituelles  inexplicables. Voilà pourquoi Jésus béatifie  ceux qui,  au-delà de ce qui est visible et compréhensible,  lui font confiance.

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

* Le Ressuscité porte toujours la marque des clous et du coup de lance (V. 25 et 27), des cicatrices qui rappellent l’affreuse histoire de sa croix. C’est dire que sa résurrection ne supprime pas nos croix quotidiennes que, dorénavant, nous devrons porter dans l’ espérance : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous ! » (Rm 8, 18). Quand le Ressuscité porte avec nous nos fardeaux, il les allège grâce à la paix que  l’Esprit Saint, le baume de notre vie chrétienne, diffuse dans nos cœurs (Rm 5, 5).  Chaque matin, j’ai ainsi besoin d’accueillir la dose d’Esprit dont j’ai besoin pour ma journée : « Veni Creator spiritus … Viens, Esprit Créateur ! »

* « Sois croyant Thomas » Et pourtant il était disciple depuis 3 ans, il a tout quitté pour suivre Jésus. Bien qu’il ait cheminé à ses côtés, il avait absolument  besoin de grandir dans la foi. Notre foi n’est pas acquise, c’est un peu comme l’amour : chaque jour, il faut aller à sa (re)conquête. « Avance ton doigt« : dans la foi, il faut avancer, grandir. Moi aussi j’ai besoin de croître spirituellement, de devenir de plus en plus un homme de foi.

* « Parce que tu m’as vu, tu crois » : houfti ! Thomas a compris enfin que bien que physiquement invisible, le Ressuscité est présent et vivant : « Mon Seigneur, mon Dieu  »  Certes, chaque croyant  a son chemin de foi mais croire, c’est aussi vivre cette expérience spirituellement intense : comme Thomas, oser employer l’adjectif possessif « Mon« .

  C’est fort ! Le Christ de l’Evangile,  dont on parle  à travers le monde, devient  à moi, il m’appartient, je lui appartiens. Voilà un pas à  franchir !

                                                             Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

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Vigile pascale à Malmedy

Ce samedi 11 avril la vigile pasacale a eu lieu à Malmedy. Vous pouvez y participer en cliquant sur ce lien.

Célébration de la vigile pascale le 11 avril 2020

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être ferment de la résurrection de Jésus-Christ

Homélie de la messe de Pâques 2020

Col 3, 1-4; Mt 28, 1-10 : être ferment de la résurrection de Jésus-Christ

Chers amis, la résurrection de Jésus-Christ constitue le cœur de la foi chrétienne. Sans elle, notre foi est vaine et nous chrétiens, rattrapés par le ridicule (1 Cor 15,17). Elle serait bien vaine parce que notre foi n’est pas d’abord une morale, une doctrine, un fatras de dogmes. On n’est pas non plus dans le domaine de l’imaginaire, mais elle est avant tout une rencontre personnelle et intime avec  Jésus-Christ, un attachement (res)senti à sa personne. Et tout le reste en découle.

En effet, c’est en plein confinement, alors que certains sont rudement éprouvés par le Covid-19, que certaines familles toutes muselées voient leur proche, victime du satané virus, entrer à l’hôpital peut-être pour ne plus jamais le revoir comme  ceux emmenés dans les camps de concentration… C’est en plein ras-le-bol avec nos gants et masques, fuyant  l’ombre de la mort qui rôde, que retentit la voix de l’ange, messager de Dieu: « Soyez sans crainte !… Jésus le crucifié est ressuscité !  » Cela signifie que l’absence  de nos défunts devient attente et la désolation espérance ! Partant, on peut chanter et danser les alléluias de la vie sur les tombeaux du monde. La vie devient une semence, une graine close qui contient des possibilités cumulées de vie, en ce compris la promesse de la vie éternelle. Elle ne va donc pas à sa perte, car elle est plus forte que la mort !

routegalilee« Il vous précède en Galilée; là, il se montrera  »  Et comment, par qui, par quoi ? Le rendez-vous de la démonstration de la victoire de la vie et de l’amour, de la manifestation de la puissance de la résurrection de Jésus-Christ est dorénavant fixé en Galilée, où bat le pouls de l’histoire, au cœur de  nos lieux de vie, de lutte, de recherche de tendresse et  de vérité, nos lieux de loisir, de labeur.

En effet, c’est Pâques quand j’entends le témoignage bouleversant  d’un rescapé du coronavirus, le célèbre arbitre Marcel Javaux, de retour de l’hôpital, dire avec des larmes aux yeux : « Quand tu passes par-là, de tout près, tu te rends compte qu’il y a d’autres valeurs bien plus importantes  dans la vie !« … C’est Pâques quand on change de regard, notre regard parfois sans pitié, souvent voyeur, condescendant et même malsain, qui piétine l’autre et qui, du coup, s’éduque à la douceur et à la bienveillance. Pâques chaque fois que les membres d’une famille dénouent les nœuds qui entravaient l’harmonie familiale.  Pâques chaque fois que des cœurs tombés en lambeaux, des vies tortueuses, des  visages figés  submergés par le désespoir rebondissent. En effet, même brisé, le papillon ne cherche qu’à s’envoler ! Pâques chaque fois que loin du linceul de l’indifférence, des dérobades, on devient un cyrénéen sur les pas de Simon de Cyrène (Lc 23, 26).  Bien entendu, la force de l’Amour se déploie, elles sont là les traces du Ressuscité pour qui sait les reconnaître : l’inhumain humanisé, ces millions de coups de main  qui se donnent dans le  monde. L’engouement de la solidarité suscité par le coronavirus en est un exemple éloquent. Bref, c’est Pâques chaque fois que, branchés sur le  « Res-suscité », nous suscitons de nouveau en  rallumant  le feu de la vie par des actes et des paroles qui font lever le jour, déclencher une nouvelle ère.  En ce moment, comme dit le pape François, on reflète le visage du ressuscité et on devient original, … tout autre !

                                                 

                                                                   

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

 

tombeauvide* « Venez voir  l’endroit où il reposait … » Il n’y a rien à voir, c’est la béance du tombeau, le vide ! C’est donc à partir du vide que Marie Madeleine et l’autre Marie vont reconstruire leur espérance … D’une motte de glaise, on façonne la jarre, mais ce qui lui donne l’usage, l’utilité, c’est le vide en elle. Murs, portes et fenêtres forment une maison, mais c’est le vide du living, de la chambre qui permet d’y habiter.

T’arrive-t-il , en gardant silence, les yeux fermés, de revenir à  toi, de faire le vide en toi pour apprivoiser ta vacuité intérieure et laisser l’Esprit Saint y remplir l’amour de Dieu (Rm 5,5) ? Tu auras une sensation de plénitude, secret de la guérison intérieure !

*Jésus meurt plus ou moins à 33 ans! Je pose parfois cette question aux jeunes/adultes : faut-il ajouter des années à la vie ou de la vie aux années ? C’est la question de la quantité et de la qualité de la vie. Pour moi, la valeur d’une vie ne s’évalue pas au prorata de sa durée ni des richesses matérielles, mais à son taux d’utilité. En quoi, là où je suis parvenu, puis-je être utile aux autres ? La vie est faite pour être donnée, offerte. Elle est essentiellement un don…  Par-donner, se donner, donner selon ses ressources et moyens.  Le  grain de pollen, aussi dérisoire, futile soit-il, peut faire naître des fruits gorgés de semences de vie. Alors, sur l’exigeante route du bonheur, de la liberté et du don de soi, rappelle-toi à tout jamais que Jésus, le Christ, t’a sauvé par amour et pour l’amour !

Que  la lumière de Pâques nous guide sur nos chemins de choix nouveaux, de conversion et de vie nouvelle offerte.

Bonne fête de Pâques.

 

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

 

 

 

 

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Aidez-nous à construire un monde meilleur

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Le big-bang de notre foi

 

Lettre du Jeudi Saint 9 avril 2020

aux prêtres et aux diacres,

aux animateurs pastoraux et aux assistantes paroissiales,

aux religieuses et aux religieux

 

mgr-delvilleChers Amis,

En ce temps de confinement dû à la pandémie du coronavirus, je voudrais vous adresser un message de communion et de solidarité. Le confinement imposé nous pèse, pour des raisons psychologiques et économiques. La peur règne à tous les niveaux face à la maladie. Vous avez voulu accompagner les fidèles dans cette épreuve et vous rendre proches d’eux. Si vous êtes engagés en paroisse, vous avez été aux premières loges en continuant à célébrer des enterrements, dans l’intimité des églises d’abord, puis dans les cimetières en plein air. Vous avez rencontré les familles meurtries. Vous avez assuré ce service courageusement, et je vous en remercie. Je remercie aussi les pompes funèbres qui font le maximum pour assurer un service aux familles en deuil. Par vos contacts quotidiens, vous avez senti combien notre société était confrontée de manière inattendue à la souffrance, à la fragilité et à la mort. Dans ce contexte, vous avez continué à assurer le service de la prière, en transmettant des pistes de célébration domestique à vos paroissiens et à vos communautés, en les invitant à prier en famille, en diffusant par YouTube, Facebook ou d’autres moyens techniques des offices célébrés à huis clos ou des canevas de célébration. Vous avez ainsi stimulé d’une manière nouvelle la foi des chrétiens et vous avez ressenti combien le message de l’évangile trouvait un écho nouveau dans ce cadre de crise.

Nous voici maintenant privés des célébrations du Triduum pascal, ce qui ne s’est jamais vu. Notre messe chrismale est reportée à des temps meilleurs, après les grandes vacances ; elle sera l’occasion pour les prêtres et les diacres de renouveler leur promesse sacerdotale ou diaconale. La célébration de la Cène du Seigneur, le jeudi saint, se fera sans assemblée. Elle sera encore plus confinée que la Cène originale, quand Jésus s’est réuni avec ses douze disciples, dans une ambiance de menace et de précarité qui ressemble un peu à ce que nous vivons aujourd’hui. Nous comprendrons d’une manière plus tangible ce que signifie pour nous aujourd’hui la phrase-clé de Jésus, qui offrit sa vie en rompant le pain et en disant : « Ceci est mon corps, livré pour vous » (1 Co 11,24). Si vous participez à une célébration confinée, ou si vous vous associez à une célébration transmise par les médias, ou si vous êtes privés de célébration, chacun de vous vivra ce moment dans une solitude matérielle meublée par une fraternité invisible. C’est comme la bénédiction donnée par le pape François le 27 mars à Rome sur une Place Saint-Pierre vide. Mais le Saint Sacrement du Corps du Christ qu’il tenait entre ses mains était le signe d’une présence invisible et d’une énergie nouvelle, celle du Christ ressuscité agissant en nous. L’eucharistie du jeudi saint célébrée par Jésus est comme le big-bang originel de notre foi. Tout s’y trouve avec une énergie concentrée. Nous le redécouvrons cette année, par la précarité de nos célébrations et par la force du message qu’elles répandent.

Dans cet esprit et avec cette force spirituelle reçue du Christ, je vous invite à garder un lien régulier avec les personnes en souffrance à la suite d’un séjour à l’hôpital ou à la suite d’un deuil. Je vous encourage à accompagner vos fidèles par divers moyens de communication, comme une feuille paroissiale plus développée, des messages diffusés par internet, des déroulements de prière domestique. Profitez de ce temps particulier, qui vous libère de nombreuses réunions et prestations, pour renouveler le contact par téléphone avec les membres des Équipes pastorales, des Équipes relais, des CUP, de la catéchèse, des Fabriques d’église, avec vos sacristains et vos collaborateurs divers. Vous les prêtres, gardez un cœur de pasteur, soucieux de la vie et du bien-être de vos paroissiens, même si vous passez plus de temps chez vous et si vous prenez enfin le temps de vous occuper de votre jardin, ou de remettre en ordre votre bureau !

À vous qui êtes plus âgés, je voudrais m’adresser d’une manière personnelle, pour vous encourager à rester sereins, priants et confiants. J’imagine combien un tel confinement peut être fastidieux. Déjà en temps normal, vous vivez, pour certains, dans l’isolement social ou la solitude ; mais actuellement, on peut se sentir délaissé et livré à sa détresse. Le coronavirus nous révèle notre vulnérabilité et notre faiblesse humaine. Et pourtant, celle-ci renferme sa part créatrice. Car elle nous donne une nouvelle force intérieure. On peut trouver dans ce temps l’occasion d’une retraite spirituelle. Votre âge, c’est celui de la moisson, de la sagesse, des silences plus riches que la profusion des mots, de l’intériorité, de l’émerveillement. Votre expérience nous éclaire pour l’avenir. C’est pourquoi j’ai donné comme titre à mon message de Pâques aux personnes âgées de notre diocèse : « Aidez-nous à construire un monde meilleur ! » Pour vous soutenir concrètement, notre diocèse s’organise pour que, dans les mois qui viennent, l’accompagnement des prêtres d’un certain âge soit plus soutenu et efficace, grâce à une personne engagée à leur service et grâce à la sous-commission du Conseil presbytéral pour la santé des prêtres (Socosap, en abrégé).

À vous tous qui êtes engagés intensément dans l’Église, comme prêtres et diacres, animateurs pastoraux et assistantes paroissiales, religieuses et religieux, je transmets mes encouragements pour l’accomplissement de votre ministère et de vos missions. Dans l’Église qui sortira de cette crise, une nouvelle conscience va naître, marquée par l’amitié, la proximité et la spiritualité. Dans le monde qui va renaître de cette crise, une place nouvelle doit être faite à la solidarité mondiale et locale. Comme je l’écrivais dans mon message de carême du 26 mars, Veilleur, où donc en est la nuit ? : « La souffrance due au coronavirus est pour nous un temps d’incubation spirituelle, un temps de recueillement, qui nous donnera des énergies vitales pour construire le futur. Il nous concentre sur notre propre énergie spirituelle pour que celle-ci nous permette de réagir, de survivre et de nous engager de manière renouvelée. Ainsi nous vivrons notre Pâques comme une vraie mort à nous-mêmes et à notre orgueil, pour recevoir du Christ la vie véritable, qui a une valeur éternelle ». De nouvelles initiatives pourraient être le signe de cette société nouvelle. Ainsi, une régularisation temporaire des sans-papiers qui vient en Belgique depuis longtemps serait-elle très utile, pour éviter que ces personnes ne soient victimes de la pandémie et pour qu’une fois intégrées, elles contribuent relancer notre société avec leur vitalité, comme l’écrivait Jan De Volder, dans Cathobel du 2 avril dernier.

Pour célébrer de manière alternative ce triduum pascal, vous trouverez sur le site du diocèse les documents utiles pour proposer des célébrations domestiques préparées par le vicariat Annoncer l’évangile (https://www.evechedeliege.be). Vous y trouverez aussi l’annonce des célébrations retransmises par RCF sur FM 93,8 chaque jour du Triduum à 20 h. (https://www.evechedeliege.be/news/vivez-la-semaine-sainte-sur-rcf/ ).

Si ce jeudi saint ne comporte pas de lavement des pieds matériel, engageons-nous dans un lavement des pieds spirituel, pour rester fidèles au Christ, qui disait : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi comme j’ai fait pour vous » (Jn 13,15). Que cette célébration du jeudi saint sans communion sacramentelle constitue une ouverture et une attente pour une plus grande présence du Christ dans notre vie future. Ainsi Pâques sera vraiment un passage de la mort à la vie, de la souffrance à la joie !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

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Homélie du dimanche A des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Lectures : Mt 21, 1-11; Is 50, 4-7; Phil 2, 6-11; Mt 26, 14-27, 66

 Mes sœurs et mes frères, les 5 semaines de carême que nous venons de vivre où s’est glissé sans crier gare l’épreuve du coronavirus,  ont été un exode intérieur, qui nous introduit, ce dimanche, dans la Semaine Sainte.

rameauEn effet, les Rameaux et la Passion du Seigneur que nous célébrons,  nous ouvrent  un vaste champ de réflexions et  d’interrogations sur la dualité existentielle de notre vie  ponctuée de mystères joyeux et douloureux. Si Jésus, ovationné par des hozanna à l’entrée de Jérusalem est vomi sitôt après, c’est dire que la vie est une vallée de roses, mais aussi de larmes.

Il faut bien  se faire une raison : bien que  la souffrance ne soit pas une tarte dont chacun prendrait volontiers sa part, c’est inexorable, elle fait partie intégrante de la vie de l’homme.  Etty Hillesum l’a compris quand elle écrit : «La vie et la mort, la souffrance et la joie, tout, tout en moi, je l’accepte comme une totalité indivisible ». C’est même ce qui fait dire à Jean d’Ormesson : « La vie est belle parce que nous mourrons … Merci pour les roses, merci pour les épines ! « . Vouloir ainsi  écarter de sa route toute souffrance signifie se soustraire à une part essentielle de la vie humaine.

On a chacun et chacune ses soucis, y compris les souffrances indicibles, indescriptibles,  celles qui ne pleurent qu’à l’intérieur : solitude, déprime, usure, remords de conscience, charges de culpabilité, frustrations, combats intérieurs,  sentiments d’être inutile …, cœur trop lourd de secrets, trop lourd de peines.

« Les problèmes, quand on ne les a pas, on les attend » dit l’adage populaire. La pandémie du coronavirus nous en dit long : personne n’y échappe.  Qui  que tu sois, quoi que tu fasses, c’est inévitable,  la souffrance, la mort te traque et, un jour, te rattrape.  La vie peut être un long fleuve tranquille mais aussi un torrent déchaîné…

Finalement, la mort violente de Jésus aura ainsi pour but de nous apprendre  que la vie est comme un arc-en-ciel ; il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs. Que le tragique de notre existence n’est pas une fin en soi, mais une brèche sur l’espérance. Que par sa croix, Jésus est solidaire de notre humanité souffrante, blessée et blessante: blessures d’amour, clous de déception, de trahison, chemins rocailleux, résistances boueuses, exposition aux intempéries et aux épidémies …

En cette Semaine Sainte, suivons alors Jésus pas à pas sur le chemin de notre salut.

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

*Lors du repas d’alliance, Jésus annonce aux 12 que l’un d’entre eux va le livrer.

Soudain, chacun s’interroge sur sa loyauté envers le Seigneur : « Serait-ce moi Seigneur ?   « La Semaine Sainte peut être un Kaïros, une opportunité pour chacun et chacune d’évaluer la franchise et  la fidélité de sa relation avec Jésus. C’est un  exercice qui raffermit à coup sûr la foi.

jardin olivier* »Mon âme est triste à en mourir … » Jésus est anéanti, tiraillé. Il redoute, en effet,  la cuisante souffrance et la mort atroce qui l’attendent. Comme humain, il est ému et profondément angoissé. Un sentiment d’exacerbation et même de désespérance l’envahit… Oui, il s’en est sorti grâce à une prière intense et assidue d’abandon. Confrontés à certaines  réalités cruelles de la vie, il peut nous arriver  de déprimer, notre vie ressemblant à une flaque d’eau saumâtre ! En ce moment-là, soyons solidement reliés à Dieu notre Père, confions-nous à l’Esprit Saint,  invoquons Jésus en lui rappelant son affreuse agonie. Et n’oublions pas d’associer Marie notre Mère dans notre intercession.

* Pierre le lâcheur renie Jésus, il le désavoue sèchement. Mais quand il croise son regard, il se sent par-donné ! Entendant le chant du coq, il s’en alla pleurer amèrement des larmes du repentir.

  Et toi, t’est-il déjà arrivé d’entrer dans la lumière du regard aimant de Jésus ?

                                                                          Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

 

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