Carême 2022

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Etre cohérent avec sa foi

                    Homélie du 8ème dimanche ord : Etre cohérent avec sa foi
                          Si 27, 4-7 ; Ps 91 ; 1 Co 15, 54-58; Lc 6, 39-45

Mes sœurs et mes frères, Jésus le Maître est en train de parler à ses disciples qu’il enverra bientôt en mission. Il les initie à la sagesse dévolue au disciple. Comme le four éprouve la valeur d’un vase (1ère lecture) ou encore la fumée durcit une outre, le disciple est appelé à se laisser transformer par le feu de l’amour vrai, authentiquement chrétien.
Il illustre son exhortation par ces 4 sentences :
1re maxime : « Un aveugle ne pourra pas conduire un autre aveugle« . Cette interpellation relève du bon sens ! Chers amis, il nous arrive de sous-estimer, comme responsables ou guides, le pouvoir de nos paroles, de nos actes, de nos opinions. Ils peuvent avoir une forte influence sur certains. Nos comportements scandaleux peuvent par exemple entraîner la chute de beaucoup, éclabousser même l’image de l’Eglise. Quand je discute avec les jeunes parents sur l’éducation en famille, je leur dis toujours que celle-ci est un paramètre structurant de la personnalité de chacun. Qui de nous ici n’est pas marqué par les souvenirs de son enfance ? Les enfants miment leurs éducateurs ; ils ont besoin de repères pour savoir comment se tenir, parler, aimer … Jésus nous encourage ainsi à être des grains de lumière qui balisent l’océan, le levain au secret de la pâte du monde. Par la lumière que tu as reçue au jour de ton baptême, tu es appelé.e à être éclaireur, guide, témoin. Et cela n’est possible, du moins pour nous qui croyons, que si, tel un panneau solaire, nous nous exposons au soleil de Dieu, pour ensuite refléter sa lumière autour de nous.

2ème maxime : « Comment peux-tu être obnubilé à regarder le moindre fétu, le brin de paille qu’il y a dans l’œil de l’autre, alors que tu ne vois même pas la poutre qui obture ton œil ? » Souvenons-nous de nos « juge-ment(s) » faciles et de nos médisances hâtives. Le « Ôte d’abord la poutre de ton œil » signifie : balaie d’abord devant ta porte ; sois d’abord le changement que tu souhaites dans le monde (Gandhi). C’est facile de donner des leçons à autrui, de demander à ses enfants, à sa femme, à son mari, à sa famille, à ses amis de changer. Commence par changer toi-même et le monde autour de toi changera. Oui, l’Evangile est d’abord une exigence personnelle !
L’histoire du linge sale en dit long : un jeune couple vient de s’installer dans un nouveau quartier. Le lendemain matin, au moment du petit déjeuner, la femme aperçoit leur voisine qui étend du linge sur un séchoir. Que son linge est sale ! Elle ne sait pas laver. Peut-être a-t-elle besoin d’un nouveau savon pour mieux faire sa lessive ? Son mari regarde la scène, mais garde silence. Et c’est le même commentaire chaque fois que la voisine sèche son linge… Après un mois, la femme est surprise de voir un matin que le linge de sa voisine est bien propre et elle dit à son mari : regarde ! Elle a appris à laver son linge maintenant… Qui le lui a enseigné ? Le mari répond : ma chérie…, je me suis levé tôt ce matin et j’ai lavé les vitres de notre fenêtre !… Oui, la beauté, n’est-ce pas dans les yeux de celui qui regarde (Oscar Wilde) ?

3ème maxime : « C’est par les fruits que l’on juge un arbre ». Le fruit visible trahit l’état intérieur de l’arbre. C’est par les actes bienveillants que l’on reconnaît le vrai disciple de Jésus-Christ.

4ème maxime : « Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur« , autrement dit « ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il n’ait parlé ! » (1ère lecture). En fait, si vous voulez visiter, scruter le cœur de quelqu’un, écoutez ses paroles exprimées ou non (regard, silence, indifférence …). C’est du tréfonds de notre cœur, siège de l’amour et de la haine, que se joue notre salut. Ce qui nous est demandé en entrant ce mercredi en carême, c’est d’être cohérent avec notre foi.

En appliquant ces sentences, nous construirons notre maison spirituelle sur le roc et, contre vents et marées, jamais elle ne s’écroulera (Lc 6, 46-49) !

                                                Vital Nlandu, votre curé-doyen
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Le pardon, enjeu de l’identité chrétienne !

Homélie du 7ème dimanche ord C :

                          1 S 26, 2 s; Ps 102, 1 Co 15, 45-49; Lc 6, 27-38

Chers amis, la mission qui nous est assignée aujourd’hui, c’est d’être le reflet de la Miséricorde du Père dans nos familles, dans le monde. Jésus nous en donne l’exemple : par ses paroles, ses gestes, son regard, il s’est dévoilé visage de la Miséricorde du Père. Il a eu pitié des foules, mangé avec les gens de mauvaise réputation, guéri les infirmes, les malades; pleuré des larmes d’émotion au décès de son ami Lazard … Et le point culminant de tout, c’est d’avoir donné sa vie pour ton salut. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour la personne que l’on aime.

Et c’est quoi la Miséricorde ?

C’est le feu de l’Amour de Dieu qui traverse et embrase le cœur de l’homme. Du latin  misericordia, miseri (pauvre) , cor (cœur), la miséricorde n’est pas une simple mièvrerie affective.  C’est plutôt un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes; un cœur touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, spirituelle,  physique,  psychologique, sociale ou encore matérielle. Et  le miséricordieux ne fait pas que s’apitoyer, il agit en s’impliquant dans le combat pour la dignité de l’homme.

Mes frères et mes sœurs, nous sommes ici au cœur du message évangélique. Dieu est Amour: la Miséricorde est son autre Nom ! Quand dans le symbole des apôtres, professant la foi de notre baptême, nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit pas d’une puissance de domination qui écrase l’homme ou viole sa liberté, mais de  la toute- puissance de son Amour,  plus fort que nos égarements, nos trahisons, voire nos péchés.

Parmi les œuvres spirituelles  de la Miséricorde, Jésus  épingle cette fois-ci le pardon.… Le pardon, ne serait-ce pas de la lâcheté ? Quand tu fais  l’âne, tu ne devrais pas t’étonner que  les autres te montent dessus. Pour beaucoup, en effet, pardonner, c’est, à bien des égards, pactiser avec le mal.  D’où la logique de la vengeance : si quelqu’un t’a mordu, c’est pour te rappeler que tu as aussi des dents.  C’est dans ce sens que la  législation hébraïque a opté pour la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». De même, en responsabilité civile, la justice réparatrice stipule que lorsque quelqu’un a été endommagé, lésé, il  est en droit de  réclamer dédommagement.  Dès lors, pour faire la paix,  l’homme compte sans cesse sur les bottes des soldats et le sang répandu de l’ennemi. Cette locution proverbiale en dit long : « Si tu veux la paix, prépare la guerre « … Et la bêtise humaine s’obstine : qui n’est pas inquiet  aujourd’hui de la menace russe d’envahir l’Ukraine ?

Et pourtant, l’expérience montre que répondre au mal par le mal n’arrête pas nécessairement le mal, loin s’en faut.  La surenchère de la  violence qui défigure l’humanité depuis la nuit des temps, l’aversion  qui empoisonne et pourrit tant les relations humaines,   ne disparaîtra pas  avec la démonstration de la force ni avec  l’esprit  la vengeance. Comme le rappelle Jean-Paul II, il n’y a pas de guerre qui soit sainte. C’est la raison pour laquelle  Jésus préconise de combattre le mal par un surcroît d’amour.  Et c’est une stratégie payante en ce qu’elle restaure et libère les cœurs remplis d’animosité et de rancœur.

Un jour, j’ai entendu une religieuse dominicaine dire lors d’une conférence à Liège : « Il y a des choses qu’on ne peut pas pardonner » ! Sans doute …  C’est vrai qu’il  est quasiment impossible de pardonner,  par exemple,  à un prédateur « pédo-iconoclaste », à un pédophile  qui a vilipendé l’innocence d’un.e enfant et détraqué sa vie entière… Comment, par ailleurs, peut-on demander à une femme qui a été violée de pardonner quand, parce que son intimité a été volée,  son identité niée, elle  se voit toute sale, souillée, dégoûtante ? 

Et pourtant, malgré ces traumatismes de plaies difficiles à cautériser,  même si cela ne va pas de soi, il faut arriver, par impossible et grâce à l’aide de l’Esprit Saint, à pardonner. C’est de Dieu lui-même que vient le pardon: la vengeance est humaine et  le pardon divin. Les guérisseurs de l’humanité, celles et ceux qui pardonnent, le savent : le pardon est une voie royale  de guérison intérieure, c’est une délivrance. Un cœur dans lequel fermente le poison de la haine est en souffrance psychologique et spirituelle. En offrant son pardon, la victime se  libère  des pensées négatives qu’elle  rumine contre son ennemi, elle (re)trouve du repos et s’autoguérit…

Chrétienne, chrétien, dis-moi : qui es-tu;  qu’est-ce qui te distingue des autres ? Quelle est, en fait,  la plus-value de ta foi ?  Elle réside dans la conversion de ton regard,  de ton style de vie.  Le style fait l’homme. Bien que pétri de terre comme tous (2ème lecture), toi  tu es capable de pardonner, même à tes ennemis, à l’instar du jeune David (1ère lecture) qui s’est résolu de ne pas tuer le roi Saül, son rival politique, alors qu’il en avait l’opportunité.

                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Mettre sa confiance et sa sécurité en Dieu

Homélie du 6ème dimanche C : 
          Lectures : Jr 17, 5-8; Ps 1; 1 Co 15, 12. 16-20; Lc 6, 17. 20-26

C’est qui est merveilleux dans l’Evangile de saint Luc : Jésus y esquisse, comme avec de petits cailloux blancs, le profil du disciple en indiquant ce qui fait sa richesse extra-ordinaire, son bonheur intérieur. Partant, il le félicite et l’encourage d’aller de l’avant. C’est pourquoi d’ailleurs la Bible d’André Chouraqui traduit « heureux » par « en marche » ! « Heureuse celle qui a cru … » (Lc 1, 45) : l’aventure de la foi nous donne de tenir la route dans l’amour et l’espérance ! « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez » (Lc 10, 23) : le disciple a la tête dans son cœur, il repère par l’émerveillement et la gratitude, les signes de l’amour infaillible de Dieu pour lui. « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la gardent » (Lc11, 28) : le disciple recherche Dieu en permanence en s’attachant à Lui ! « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ! » (Lc 12, 37) : le disciple est fidèle à l’alliance de son baptême ! Dans la page d’Evangile d’aujourd’hui, après une nuit de prière sur la montagne comme Moïse au Sinaï, Jésus descend du sommet et dira – je le paraphrase: « Heureux les pauvres; heureux vous qui avez faim de valeurs du Royaume, qui y aspirez de tout votre cœur ; heureux vous qui risquez d’être méprisés, parce que grâce à l’Esprit Saint, vous regardez, percevez autrement les choses … Vous êtes dans le monde sans être du monde ! « 
Mes sœurs et mes frères, n’est-ce pas cynique de la part de Jésus de déclarer heureux les gens frappés par la maladie physique ou psychologique, le deuil, l’échec, le chômage, la solitude, la trahison, le froid, l’angoisse du lendemain ? Tout naturellement, Jésus n’exalte pas la souffrance, il ne sacralise pas la misère humaine. Mais il voit le tragique de l’existence humaine d’un coup d’œil réaliste. Notre vie a inéluctablement son côté revêche : épreuves, moments incertains, incompris, illusions perdues … C’est la raison pour laquelle saint Paul écrit dans la 2ème lecture : « Nous sommes à plaindre si l’horizon de notre espoir dans le Christ ne se limite qu’à cette vie au demeurant passagère ».

Pour Jésus, en effet, le pauvre est incontestablement florissant, riche de sa fécondité spirituelle : il a une prédisposition naturelle à tourner les yeux vers le Ciel d’où vient son secours (1 Ma 16, 3 ; Ps 26, 9) ; il espère contre toute espérance.
Chers amis, j’ai été récemment en Afrique : j’adhère entièrement à ce que dit Jésus. Comme aux temps de la guerre ici ou de l’extrême pauvreté, là-bas, les gens n’ont rien. Et comment vivent-ils ? De la débrouillardise et, à la clé, ils croient sans en démordre à la providence divine… Revenant à l’Evangile, Jésus sous-entend que la tentation qui guette le riche, c’est de se suffire à lui-même, ne compter que sur ses propres ressources, construire sa vie autour de sa richesse matérielle, être saturé de biens de ce monde en se passant de Dieu.

Justement, dans la 1ère lecture, le prophète Jérémie dénonce l’illusion de penser que l’homme peut se suffire à lui-même. Bien-sûr qu’il faut croire en l’homme, en l’occurrence, en soi-même. Je le dis souvent aux jeunes : la confiance en soi est un levier de survie avéré. Oui, chacun est appelé à créer sa propre légende, à dessiner les contours de sa destinée, mais pour celui qui croit, parce qu’il est guidé par l’Esprit-Saint, il misera sur Dieu en s’abandonnant à sa grâce sanctifiante. Jérémie qui a vu cinq rois se succéder et s’agiter devant l’imminente chute de Jérusalem, rappelle que ne faire confiance qu’aux seuls alliés et aux seules sécurités matérielles, est tellement fragile ! Mieux vaut compter sur le Seigneur ! Qui le fait, renchérit le psalmiste, est comme un arbre planté près d’un ruisseau. Vienne l’épreuve, telle la chaleur, la sécheresse, cet arbre porte du fruit, car ses racines sont sustentées en permanence par le courant !
Je le sais : la foi est un appui bien plus stable que toute autre ressource humaine. Le prophète Isaïe nous le dit sans détour : « Si vous n’avez pas de foi, vous ne maintiendrez pas » (chap. 7, 9b)… Dieu est fidèle en sa Parole, moi je lui fais confiance !


Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Pour une Eglise synodale

Chers amis, le mot «synode» vient du grec syn-hodos, qui se traduit «route ensemble » ou « voyage en compagnie ». Fondamentalement, la synodalité signifie avancer, marcher ensemble comme peuple de Dieu en pèlerinage au milieu du monde. En octobre 2023, s’ouvrira à Rome un synode sur ce thème : « Pour une Eglise synodale : communion, participation et mission ». Le pape François invite les chrétiens à une conversion synodale : c’est la voie royale, dans un monde en pleine mutation, vers l’Eglise d’à-venir où la voix de chacun de ses membres est entendue et sa collaboration attendue.


Ce qui motive le pape argentin à promotionner l’esprit synodal dans l’Eglise, c’est sans doute le diagnostic d’une Eglise qui est par-ci par-là déconnectée de la réalité, élitiste, cléricale (autoritarisme tant des prêtres que des laïcs – « la baronnie »), sclérosée et hiérarchique. Quoiqu’il convient de nuancer : ayant eu la chance d’avoir exercé mon ministère sacerdotal dans d’autres diocèses et autres continents, je puis affirmer que l’Eglise occidentale, en l’occurrence, le diocèse de Liège est déjà un terreau synodal. J’évoque à peine la dynamique du projet diocésain « chantier-paroisse » qui distille la culture du travail en équipe en incitant et en accompagnant la création des équipes pastorales, des équipes relais, des conseils d’unités pastorales (CUP) …


Méthodiquement parlant, le synode se déroule en 3 phases : la phase de la consultation locale, diocésaine qui est actuellement en cours. En hiver prochain, la phase continentale (synthèses de chaque continent) et en octobre 2023, les évêques et le pape tireront, en dernière instance, les conclusions de ce processus synodal. Dans l’élan d’une vision partagée, ils prendront les décisions appropriées pour une Eglise inclusive où se vit le témoignage d’une communion bienveillante et où chacun.e prend, en termes de co-responsabilité et avec les charismes qui sont les siens, sa part dans l’expansion ou plutôt dans la présence du Royaume de Dieu dans le monde (humanité réconciliée où règnent la paix, la justice, le pardon et l’amour) …


Depuis le mois d’octobre dernier, les églises locales sont entrées en processus d’écoute et de discernement. Je me permets de condenser en ces termes la question majeure qui nous est posée et à laquelle nous sommes tous appelés à répondre en groupe de partage ou individuellement : « A partir de ce que vous lisez, entendez sinon vivez, comment percevez-vous, ces temps-ci, tout ce qui se vit dans l’église près de chez vous ? Quel rêve portez-vous pour cette église et, comment, dès lors, espérez-vous le voir se réaliser ? » … Il ne s’agit pas de brocarder qui que ce soit, mais d’entrer en dialogue constructif.
Dans cette optique, au-delà du but initial de préparer un synode, c’est toute une manière, une méthode, un style de vie à acquérir pour l’harmonie et la paix dans les couples, en famille, en milieu de travail, en unité pastorale : l’art du compromis. En effet, on n’a jamais raison tout seul. La vérité n’est pas l’apanage de la pensée unique, elle est par essence partage, ajustement, consensus. L’erreur fondamentale consiste à s’approprier le monopole de la vérité. Ghandi l’a si bien compris lorsqu’il déclare être méfiant à l’égard de lui-même : « Je suis avant tout un homme de compromis car je ne suis jamais certain d’avoir raison ». La vérité fédératrice, née des forces divergentes, est à coup sûr un enrichissement réciproque.

Vital Nlandu votre doyen

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Le salut de Jésus est inclusif ; l’amour ne passera pas

Homélie du 4ème dimanche C :

                Lectures : Jr 1, 4-5. 17-19 ; Ps 70;  Co 12, 31-13, 13; Lc 4, 21-30

Mes sœurs et mes frères, la 1ère lecture tirée du livre du prophète Jérémie concerne non seulement les vocations extraordinaires (sacerdoce, vie religieuse …), mais aussi l’appel à faire le bien que tout homme de bonne volonté peut entendre au fond de son cœur. Jérémie exerce son ministère de prophète entre 627 et 587 av. J-C. C’est une période sombre et douloureuse pour le peuple juif : prise de Jérusalem, destruction du Temple, exil à Babylone … Le prophète déplaît, ses propos dérangent. Il vivra même une crise de vocation (Jr 20, 9-10). C’est sur ces entrefaites  que Dieu, pour le rassurer, lui dira : « Je te connaissais, avant même que tu ne sois dans le sein de ta maman« .  Cette expression n’a rien d’intellectuel ; dans la Bible, elle signifie : « Pour toujours et sans condition, Je t’aime« .  En effet, le nom de chacune et de chacun de nous est tatoué, inscrit dans le cœur de Dieu. « Je t’ai consacré« , c’est-à-dire « Je t’ai appelé (e) à vivre une intimité toute particulière avec moi. » « Ne tremble pas devant eux …   ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer« . Te délivrer de quoi ? De tes ennemis, que sont entre autres  tes peurs, tes culpabilités paralysantes, ta permanente auto-dévaluation, ton manque de confiance en toi-même, ton complexe d’infériorité, tes pensées négatives … Par la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, Dieu fait de nous des êtres nouveaux, il nous guérit de nos blessures. Voilà pourquoi à la fin de sa vie, Jérémie a chanté le psaume 70 : « Sans fin, je proclamerai ta justice et ton salut. Malgré les épreuves et humiliations, tu as résolu de me sauver.  Tu es ma forteresse, mon roc, mon appui, mon espérance !« 

Dans l’Evangile, Jésus dit sans ambages, je le paraphrase : « Cette parole de Jérémie s’accomplit aujourd’hui« . Autrement dit, il te libère de toutes les chaînes qui te tiennent asservi (e) !  Saint Luc plante le décor de son Evangile : Jésus que l’on admire sera bientôt voué à l’anathème. L’amour bascule à la haine et déjà se dessine l’intrigue qui le mènera sur la croix. Au commencement de son enseignement public, Jésus revient à Nazareth où il a été élevé. Les siens exigent un miracle, ainsi qu’il l’a fait à Capharnaüm,  pour qu’ils croient en lui. Jésus n’a pas obtempéré, car pour lui, croire c’est aimer Dieu rien que pour lui et non d’abord et seulement pour quelques intérêts ! Il leur répliqua en ces termes : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son propre pays« . On le sait : « La perle est sans valeur dans sa propre coquille ! « (proverbe indien)…

C’est alors que plus largement,  se pose la question des bénéficiaires des bienfaits de Dieu : les faveurs divines, serait-ce le lot du seul peuple juif ? Il est bon de savoir que par Jésus-Christ, Dieu fait pleuvoir la pluie de ses grâces sur tous les êtres humains, sans distinction d’origine ni de religion. Sur tous, y compris sur toi qui es venu prier ce dimanche, sur ta famille, tes amis. Pour preuve, c’est chez une veuve étrangère, la veuve de Sarepta dans le pays même de Sidon, qu’Elie a été envoyé (1 R 17) ; et Elisée chez le général Naaman de l’armée syrienne,  qui venait d’écraser les troupes d’Israël. Le salut apporté par Jésus-Christ est bel et bien inclusif.

Pour snober Jésus et sa famille, ses auditeurs disent : « N’est-ce pas le fils de Joseph (le charpentier, le menuisier) ? » Dit autrement : « Ce n’est que le fils de Joseph« . Il y a du mépris, des préjugés socio-culturels dans cette phrase… Pourquoi donc compliquer les choses ? Pourquoi l’aigreur, la jalousie, la suspicion, le poison de la comparaison, la mesquinerie,  les jugements hâtifs ?  Et si tout simplement, il suffisait d’aimer ?

Voilà pourquoi dans la 2ème lecture, saint Paul nous propose la Voie la meilleure, celle de l’Amour que l’Esprit-Saint répand dans nos cœurs. Cet Amour, c’est celui de Dieu qui prend patience, rend service à l’homme, ne se gonfle point d’orgueil, ne s’emporte pas, ne cherche pas son intérêt, fait confiance, espère en l’homme, supporte tout. Se résoudre à en vivre   dans le train-train quotidien est la clé de notre bonheur et l’idéal de notre existence. Oui, nous pouvons grandir en bienveillance. Un jour, ce que nous sommes et ce que nous avons seront inutiles : la seule chose qui ait valeur d’éternité, c’est l’Amour-charité. Il est l’unique et le seul paradis de l’homme.

On l’aura compris : l’hymne à l’Amour de saint Paul est une merveilleuse grille d’évaluation pour tout chrétien en quête de croissance spirituelle.

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Dieu ouvre nos cœurs à sa Parole !

Homélie du 3ème dimanche ord C

Lectures : Ne 8, 2-4.5-6.8-10; Ps 18B; 1 CO 12, 12-30; Lc 1, 1-4; 4, 14-21

Chers amis, jeudi dernier à 20h, nous nous sommes rassemblés dans cette cathédrale avec nos amis de l’Eglise protestante baptiste de Malmedy et ceux de la Communauté évangélique de Xhoffraix, afin de prier pour l’unité des chrétiens. C’est Jésus lui-même qui a instauré cette prière : « Père, qu’ils soient UN comme toi et moi nous sommes UN » (Jn 17, 22). En effet, il y a par-ci, par-là des velléités d’orgueil : on se croit le détenteur de la vérité évangélique, chacun défend sa propre tradition alors que nous n’en avons qu’une : la tradition apostolique. Dans la 2ème lecture de ce dimanche, les corinthiens sont divisés pour des motifs de vaine gloire : rivalités d’intérêt, d’appartenance à telle ou telle autre culture, à tel ou tel autre serviteur de Dieu … Saint Paul leur rappellera ainsi qu’ils ont reçu un seul Baptême, un même Esprit ! L’image du corps qu’il emploie est assez parlante. Observez bien comment fonctionnent les membres d’un même corps : chaque membre a un rôle spécifique à jouer, aucun n’est de trop, chacun est nécessaire.  Et ce qui est merveilleux, c’est que chaque membre vit avec les autres, pour les autres et par les autres. Ils sont complémentaires et ont une valeur égale. Quand l’un d’eux dysfonctionne, c’est tout le corps qui souffre. Et c’est cette diversité des membres dans leur indispensable unité qui permet au corps de vivre et d’être dynamique. Je vous le dis : chacun de nous est résolument une note de musique indispensable à la symphonie de notre communauté ; chacun est une goutte d’eau indispensable à la création du fleuve baptismal dans lequel nous avons été plongés; chacun est une pierre incontournable pour la construction de l’Eglise de Jésus-Christ dans sa famille, son milieu de vie.

Dans la page d’Evangile, Jésus ouvre le Livre, en lit un extrait d’Isaïe (Is 61, 1-2), le referme et fixe ses auditeurs dans les yeux en leur disant : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre !« . Cela veut dire que l’histoire de chacun de nous est concernée et rejointe par les paroles et les actes de Dieu relatés dans la Bible. L’évangéliste Luc dédie son livre à un certain Théophile dont le nom signifie en grec « ami de Dieu ». En fait, il l’adresse à tous les amis et chercheurs de Dieu dont tu fais partie. Luc veut raffermir ta foi en t’assurant que la Parole de Dieu que tu écoutes, médites, n’est pas une mythologie, elle ne relève pas de la fantasmagorie. C’est assurément une Parole sûre, crédible, efficiente, qui sanctifie, ouvre à la conversion, à la guérison et à la libération. Par elle, la grâce de Dieu est à l’œuvre, Jésus déploie sur ses amis la puissance de sa résurrection.  C’est ce que dit saint Paul quand il déclare : « Je n’ai point honte de l’Evangile, c’est la puissance de Dieu, la force dont il se sert pour sauver tous ceux qui croient » (Rm 1, 16).

Dans la première lecture, le peuple hébreu revient de l’exil de Babylone, il est ému et remué. Il pleure des larmes d’émotion … Il prend conscience qu’il a sombré dans la déchéance parce qu’il a bafoué, négligé la Parole de Dieu. Cette parole qui, pourtant, est la seule réponse à nos pourquoi, à notre recherche de sens, qui change notre regard en nous invitant à l’espérance : oui, la vie est plus forte que la mort ; oui, l’amour est plus fort que la haine !

Alors le prêtre scribe Esdras va consoler le peuple de Dieu et le rassurer : « Ecoutez les gars, arrêtez, s’il vous plaît, de pleurer, ne prenez pas le deuil. Dieu est grand, la joie qu’il éprouve quand nous écoutons sa Parole, quand nous revenons à Lui, est notre seul rempart  » Amen, amen ! 

Mes sœurs et mes frères, que Dieu ouvre nos cœurs à sa Parole de ce dimanche pour que nous prenions conscience que nous sommes ces pauvres à qui la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est annoncée; ces aveugles incapables de voir les merveilles de Dieu, que Jésus veut éclairer.  C’est nous ces prisonniers de convoitise, d’orgueil et d’égoïsme qu’il veut libérer; ces cabossés de la vie qu’il veut redresser, pour que nous soyons aujourd’hui plus que jamais des femmes et des hommes debout, en marche et dignes ! 

                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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