Le salut de Jésus est inclusif ; l’amour ne passera pas

Homélie du 4ème dimanche C :

                Lectures : Jr 1, 4-5. 17-19 ; Ps 70;  Co 12, 31-13, 13; Lc 4, 21-30

Mes sœurs et mes frères, la 1ère lecture tirée du livre du prophète Jérémie concerne non seulement les vocations extraordinaires (sacerdoce, vie religieuse …), mais aussi l’appel à faire le bien que tout homme de bonne volonté peut entendre au fond de son cœur. Jérémie exerce son ministère de prophète entre 627 et 587 av. J-C. C’est une période sombre et douloureuse pour le peuple juif : prise de Jérusalem, destruction du Temple, exil à Babylone … Le prophète déplaît, ses propos dérangent. Il vivra même une crise de vocation (Jr 20, 9-10). C’est sur ces entrefaites  que Dieu, pour le rassurer, lui dira : « Je te connaissais, avant même que tu ne sois dans le sein de ta maman« .  Cette expression n’a rien d’intellectuel ; dans la Bible, elle signifie : « Pour toujours et sans condition, Je t’aime« .  En effet, le nom de chacune et de chacun de nous est tatoué, inscrit dans le cœur de Dieu. « Je t’ai consacré« , c’est-à-dire « Je t’ai appelé (e) à vivre une intimité toute particulière avec moi. » « Ne tremble pas devant eux …   ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer« . Te délivrer de quoi ? De tes ennemis, que sont entre autres  tes peurs, tes culpabilités paralysantes, ta permanente auto-dévaluation, ton manque de confiance en toi-même, ton complexe d’infériorité, tes pensées négatives … Par la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, Dieu fait de nous des êtres nouveaux, il nous guérit de nos blessures. Voilà pourquoi à la fin de sa vie, Jérémie a chanté le psaume 70 : « Sans fin, je proclamerai ta justice et ton salut. Malgré les épreuves et humiliations, tu as résolu de me sauver.  Tu es ma forteresse, mon roc, mon appui, mon espérance !« 

Dans l’Evangile, Jésus dit sans ambages, je le paraphrase : « Cette parole de Jérémie s’accomplit aujourd’hui« . Autrement dit, il te libère de toutes les chaînes qui te tiennent asservi (e) !  Saint Luc plante le décor de son Evangile : Jésus que l’on admire sera bientôt voué à l’anathème. L’amour bascule à la haine et déjà se dessine l’intrigue qui le mènera sur la croix. Au commencement de son enseignement public, Jésus revient à Nazareth où il a été élevé. Les siens exigent un miracle, ainsi qu’il l’a fait à Capharnaüm,  pour qu’ils croient en lui. Jésus n’a pas obtempéré, car pour lui, croire c’est aimer Dieu rien que pour lui et non d’abord et seulement pour quelques intérêts ! Il leur répliqua en ces termes : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son propre pays« . On le sait : « La perle est sans valeur dans sa propre coquille ! « (proverbe indien)…

C’est alors que plus largement,  se pose la question des bénéficiaires des bienfaits de Dieu : les faveurs divines, serait-ce le lot du seul peuple juif ? Il est bon de savoir que par Jésus-Christ, Dieu fait pleuvoir la pluie de ses grâces sur tous les êtres humains, sans distinction d’origine ni de religion. Sur tous, y compris sur toi qui es venu prier ce dimanche, sur ta famille, tes amis. Pour preuve, c’est chez une veuve étrangère, la veuve de Sarepta dans le pays même de Sidon, qu’Elie a été envoyé (1 R 17) ; et Elisée chez le général Naaman de l’armée syrienne,  qui venait d’écraser les troupes d’Israël. Le salut apporté par Jésus-Christ est bel et bien inclusif.

Pour snober Jésus et sa famille, ses auditeurs disent : « N’est-ce pas le fils de Joseph (le charpentier, le menuisier) ? » Dit autrement : « Ce n’est que le fils de Joseph« . Il y a du mépris, des préjugés socio-culturels dans cette phrase… Pourquoi donc compliquer les choses ? Pourquoi l’aigreur, la jalousie, la suspicion, le poison de la comparaison, la mesquinerie,  les jugements hâtifs ?  Et si tout simplement, il suffisait d’aimer ?

Voilà pourquoi dans la 2ème lecture, saint Paul nous propose la Voie la meilleure, celle de l’Amour que l’Esprit-Saint répand dans nos cœurs. Cet Amour, c’est celui de Dieu qui prend patience, rend service à l’homme, ne se gonfle point d’orgueil, ne s’emporte pas, ne cherche pas son intérêt, fait confiance, espère en l’homme, supporte tout. Se résoudre à en vivre   dans le train-train quotidien est la clé de notre bonheur et l’idéal de notre existence. Oui, nous pouvons grandir en bienveillance. Un jour, ce que nous sommes et ce que nous avons seront inutiles : la seule chose qui ait valeur d’éternité, c’est l’Amour-charité. Il est l’unique et le seul paradis de l’homme.

On l’aura compris : l’hymne à l’Amour de saint Paul est une merveilleuse grille d’évaluation pour tout chrétien en quête de croissance spirituelle.

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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