dimanche de la divine Miséricorde

Homélie du 2ème dimanche de Pâques A : dimanche de la divine Miséricorde. Lectures : Ac 2, 42-47; 1 Pi 1, 3-9; Jn 20, 19-31

Mes sœurs et frères, après la fête de Pâques, nous poursuivons l’approfondissement du mystère pascal en ce « dimanche de la divine Miséricorde« . Dans l’Evangile, les portes du cœur des disciples sont verrouillées de peur. Il s’agit de nos situations désespérantes, sans issue, que la paix, premier don du Ressuscité, vient débloquer : « Paix … à vous !« . Alors s’en suit l’envoi en mission qui est inséparable du don de l’Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint …, alors vous serez mes témoins » (Jn 20, 22 ; Ac 1,8). Ce souffle vital que le Ressuscité insuffle et transmet aux disciples, c’est l’Esprit Saint. Il leur donne la force de continuer la mission : être le reflet, le visage de la Miséricorde du Père dans le monde. En effet, la raison d’être du chrétien, n’est-ce pas de manifester la Miséricorde de Dieu ?

Et c’est quoi la Miséricorde ? Ce n’est pas une mièvrerie affective. C’est plutôt un cœur bouleversé de l’intérieur, saisi aux tripes; un cœur touché par la misère de l’autre, fût-elle morale, spirituelle, physique, psychologique, sociale ou encore matérielle. C’est comme me disait une maman, larmes aux yeux, dont l’enfant souffrait atrocement : « Comme je voudrais souffrir à sa place ! » … Nous sommes ici au cœur du message évangélique. La Miséricorde est l’autre nom de Dieu. Quand dans le Symbole des Apôtres, nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant« , il ne s’agit de rien d’autre que la toute- puissance de son amour, plus fort que nos égarements, nos lâchetés, nos trahisons voire nos péchés.

Et quid du doute de Thomas, l’incrédule, le libre penseur ? Il n’a pas une foi de charbonnier. Il a besoin des preuves, il veut vérifier avant de croire. Chers amis, si son nom est  » jumeau« , c’est sans doute parce que chacun de nous peut bien s’identifier à lui : il nous arrive aussi de nous emberlificoter dans les flots du doute. C’est ce qui fait dire à l’écrivain Georges Bernanos : « La foi, c’est 24 heures de doute, moins une minute d’espérance« . A bien des égards, notre foi ressemble aux marées hautes et basses de la mer, elle vient, elle va; toujours çà et là tant le mystère de Dieu est épais. Son silence, ses pensées, ses voies, le cours des événements du monde sont parfois déroutants. En clair, la foi n’est pas une certitude ou encore une évidence, mais la conviction intérieure que quoi qu’il arrive, quoi qu’il en soit, même et surtout si je ne comprends pas, même et surtout si je ne maîtrise pas, Dieu reste fidèle à son Amour. Et dites-vous bien que dès lors que Dieu n’est plus perçu comme un Père infiniment et inconditionnellement aimant (agapè), il devient un faux dieu… Ce qui me fait dire que la vraie démarche de foi aboutit inexorablement à l’abandon, au lâcher-prise, à la contemplation. C’est elle, cette foi-là, toute confiante, qui a fait dire à saint Paul : « Je sais en qui j’ai mis ma foi ! » (2 Ti 1, 12). C’est elle  qui nous plonge dans les réalités spirituelles inexplicables. Voilà pourquoi Jésus béatifie celles et ceux qui, au-delà de ce qui est visible et compréhensible, lui font confiance.

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

* Le Ressuscité porte toujours la marque des clous et du coup de lance (V. 25 et 27),  cicatrices qui rappellent les atrocités de son chemin de croix. C’est dire que sa  Résurrection ne supprime pas nos croix quotidiennes que, dorénavant, nous devrons porter dans l’espérance : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler! » (Rm 8, 18). Quand le Ressuscité porte, avec nous, nos fardeaux, il les allège grâce à la paix que l’Esprit Saint, le baume de notre vie chrétienne, diffuse dans nos cœurs (Rm 5, 5). Chaque matin, j’ai ainsi besoin d’accueillir la dose d’Esprit Saint dont j’ai besoin pour ma journée : « Veni Creator spiritus … Viens, Esprit Créateur ! »

* « Sois croyant, Thomas« .  Et pourtant il était disciple depuis 3 ans, il a tout quitté pour suivre Jésus. Bien qu’il ait cheminé à ses côtés, il avait absolument besoin de grandir et de fleurir dans la foi. Un peu comme l’amour, notre foi n’est pas un acquis. C’est chaque jour qu’il faut aller à sa (re)conquête. « Avance ton doigt« , la croissance spirituelle est à ce prix-là : il faut avancer, devenir chaque jour plus humain et témoin du Christ.

*C’est en voyant les cicatrices de plaies du Christ que Thomas le reconnaîtra comme Ressuscité. Où irions-nous alors rencontrer le Ressuscité sinon dans les blessures du Monde et de l’Eglise, que le Christ a prises sur lui ?

*Et que dire de la profession de foi de Thomas : «Mon Seigneur et mon Dieu » ? C’est un murmure du cœur, une prière d’abandon tellement simple, humble, paisible et combien profonde, puissante ! Je la récite à la consécration. Comme Thomas, j’ose employer l’adjectif possessif « Mon« . C’est fort ! Le Christ devient  à moi, il m’appartient, je lui appartiens. Voilà un pas à  franchir !

                                                                            Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

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Invitation à la retraite de carême

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Ne pas se venger, est-ce raisonnable ?     

           Homélie du 7ème dimanche ord A :

Lectures : Lv 19, 1-2.17-18; Ps 102; 1 Co 16-23; Mt 5, 38-48

Mes sœurs et mes frères, se laisser faire ne serait-il pas un signe de faiblesse et de naïveté,  une lâcheté qui cautionne les injustices ? Qui fait l’âne, doit-il  s’étonner que les autres lui montent dessus ? En responsabilité civile, la justice réparatrice stipule que lorsqu’on a été lésé, on est en droit de  réclamer d’être dédommagé. « Si quelqu’un t’a mordu » dit un proverbe africain, « c’est  pour te rappeler que tu as aussi des dents« .  La vengeance est un instinct naturel,  qui est parfois spontané et inconscient. 

Cependant,  depuis les temps les plus anciens, la logique des représailles a toujours généré des rapports tendus et conflictuels, incitant à répondre au mal de manière brutale et inflexible. Chez les juifs, avant la loi du Talion, ce qui prévalait,  c’était  la démesure de la  vendetta intempestive (Gn 4, 23-24). Tu me casses une dent, et si jamais  je suis le plus fort, je te brise la mâchoire ; tu m’insultes, et si jamais je suis  impitoyable et féroce, je sors mon couteau pour t’égorger. Etant donné ces débordements, pour éviter le chaos, il devenait  urgent de trouver un coefficient de proportionnalité : le châtiment doit être  proportionné à l’offense. Aussi, la législation hébraïque opta  pour la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent »,  autrement dit ni plus ni moins, coup pour coup, insulte pour insulte, brûlure pour brûlure (cf. Ex.21, 23-25) !  Cette conception archaïque du droit  a inspiré la logique de  la peine de mort encore de mise dans certains pays comme les USA, l’Iran, l’Arabie Saoudite… Mais l’expérience montre que répondre au mal par le mal n’arrête pas le mal, loin s’en faut. La haine et la violence sont toujours un échec.  De la même manière qu’une chemise  blanche tachée de sang  ne redevient pas blanche si on la trempe dans un bassin de sang…  Et puis, répondre à la barbarie par la barbarie, n’est-ce pas trahir  les valeurs au nom desquelles on se bat ? A. Camus l’exprime en ces termes : « Chaque fois qu’un opprimé prend les armes au nom de la justice,  il fait un pas dans le camp de l’injustice ».

D’où cette question lancinante : comment sortir de la  spirale infernale du déferlement de la haine,  cette plaie qui défigure l’humanité depuis les origines ? Voici la réponse de Jésus : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 38-39). Bien entendu, le conseil de Jésus ne s’applique pas à la lettre. Il ne nous invite pas à nous laisser tondre la laine sur le dos comme le mouton ou à faire le gros con en  nous résignant à subir des outrages sans réagir. Lui-même n’a pas osé présenter l’autre joue lorsqu’un soldat impertinent lui flanqua une gifle au moment de sa Passion. Mais calmement et dignement, sans se laisser écrabouiller,  il a voulu faire entendre  raison à son agresseur, l’aidant à se remettre en question : « Si j’ai dit quelque chose de mal, montre-moi en quoi ; mais si ce que j’ai dit est juste, pourquoi donc me frappes-tu ? » (Jn 18, 23). « Présenter l’autre joue », c’est présenter un autre visage que celui du vengeur justicier, le visage de la non-violence. Ce que Jésus nous suggère, c’est  vaincre le mal par le bien, la haine par l’amour (Rm 12, 21). Autrement, avec l’œil pour œil, on finit tous aveugles ! On le sait,  la haine n’apaise pas la souffrance,  elle l’entretient au contraire. Un cœur qui brasse rancœur, répulsion et ressentiment n’est pas en paix ; il vit un enfer. Les apôtres de la non-violence comme Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, le Dalaï-Lama et tant d’autres ont toujours cru dur comme fer que, comme l’écrit Henry David Thoreau, « Il n’y a qu’un remède à l’amour, aimer davantage« 

Aussi, être disciple de Jésus, c’est consentir  à imiter son Père et notre Père (Ep 5, 1), qui n’agit pas envers nous selon nos fautes (Ps 102). Et l’imiter, c’est rechercher la sainteté (1ère lecture);  c’est aimer de l’amour-agapè dont il nous aime, c’est-à-dire de manière toute pure,  désintéressée, détachée, gratuite et inconditionnelle. En effet, l’amour-agapè est parfait,  achevé, accompli. Il pose notamment  l’acte le plus puissant qu’il soit  donné à un homme d’accomplir, à savoir  aimer  y compris ses ennemis. La personne transformée de l’intérieur par l’agapè devient bienveillante. Elle acquiert cette maturité humaine et spirituelle qui lui permet de faire la distinction entre la faute à reprouver absolument  et la personne qui l’a commise  qui, cependant,  garde  sa dignité de frère, de sœur en humanité  et son droit à l’amour.  

Chers amis, puisque chacun de nous est un sanctuaire de Dieu, une demeure de l’Esprit Saint (2ème lecture), c’est à l’amour-agapè  que Dieu nous convie.

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen  

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Aime et fais ce que tu veux !

         Homélie du 6ème dimanche ord A :

            Lectures : Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37

Mes sœurs et mes frères, la page d’Evangile d’aujourd’hui montre bien le mouvement  de ce que les théologiens appellent « l’économie du salut », c’est-à-dire l’évolution du plan de Dieu et sa réalisation, pour le salut des hommes,  tout au long de l’histoire. Nous lisons : « Il a été dit jadis… Eh bien ! moi, je vous dis aujourd’hui« .

En effet, l’Evangile de saint Matthieu s’adresse principalement aux nouvelles communautés chrétiennes venues du judaïsme. La question fondamentale qui prévaut, c’est de faire ressortir la griffe de la nouveauté apportée par Jésus-Christ. Faut-il, somme toute, conserver les anciennes coutumes et lois, continuer de circoncire les enfants par exemple, de respecter le sabbat, de ne manger que l’alimentation « casher » …?  Les antagonismes entre les anciens et les modernes, les tradis et les progressistes furent à bien des égards  l’objet de la convocation du premier concile de l’Eglise (Ac 15). Et la controverse se poursuit de nos jours : tout dernièrement encore, on a longuement comparé feu le pape Benoît XVI avec le pape François. Et même hors de l’Eglise, le débat sur la diversification croissante des attitudes, des valeurs et intérêts des différentes strates d’âge, ce fameux « conflit des générations » est omniprésent  au travail, en politique, dans les familles…  Quant à lui, au lieu d’une rupture totale, Jésus plaide pour un continuum, une dynamique de l’économie du salut. Le Nouveau Testament a été greffé sur le vieil olivier de l’Ancien Testament, et toute la Bible est nourrie par la sève de l’Esprit Saint ; elle fleurit en Jésus-Christ. Aussi,  puisque Jésus n’abolit pas l’ancienne loi, mais qu’il l’accomplit en lui donnant tout son sens, c’est  à partir des lunettes de son Evangile qu’il convient d’interpréter les textes bibliques.

Dans la 2ème lecture, saint Paul souligne qu’il s’adresse aux chrétiens « adultes » dans la foi, autrement dit, qui savent ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Chers amis, ces chrétiens-là, c’est vous aujourd’hui, car vous n’êtes pas des marionnettes, mais des femmes et des hommes libres et responsables. C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a sauvés (Ga 5, 1). La 1ère lecture fait écho à cette liberté : « Si tu le veux, tu peux respecter les commandements ; il dépend de ton choix de rester fidèle. Tu as devant toi l’eau et le feu, la vie et la mort : choisis ce que tu préfères« .

Souvent j’entends dire : « Moi je n’ai pas besoin de me confesser. Je ne tue pas, je ne vole pas, je n’ai pas d’ennemi. Je suis en règle, je fais ce que je dois faire« . Ok, c’est bon tout ça, mais ce sont là  des actes « extérieurs » dont s’occupe principalement la justice des hommes. La justice de Dieu se préoccupe plutôt du for intérieur, du tribunal de la conscience, du secret du cœur, des intentions profondes de chacun. De fait, l’homme peut faire n’importe quoi en ce qui concerne par exemple l’affectivité, pourvu que cela soit motivé par de bonnes intentions. « Aime » écrit saint Augustin, « et fais ce que tu veux« … Antoine Nouis raconte qu’un jour, un père du désert chemine sur une route avec son disciple lorsqu’ils croisent une très jolie femme montée sur un âne. Le vieillard lève sur elle un regard admiratif tandis que son disciple garde son regard sur ses chaussures, de peur de succomber à la de convoitise. Quelques kilomètres  plus loin, le disciple interroge son maître : « Pourquoi as-tu  donc posé les yeux sur cette jolie femme ?  » Réponse : « Tu vois, cette dame t’a charmé, tu penses encore à elle. Tu l’as regardée comme une source de tentation, alors que moi je l’ai regardée comme une des merveilles de la création de Dieu ! « …

Tout dépend  finalement  de la bienveillance du regard et des visées que l’on cache au tréfonds de soi,  et c’est particulièrement le cas quand il s’agit de la vertu de donner.

L »important n’est pas ce que l’on donne, mais l’amour que l’on y met. Il y en a qui donnent pour s’afficher, pour enchaîner celui qui reçoit (« Malgré ce que j’ai fait pour lui, voilà ce que j’en reçois« ), pour faire du troc affectif, ou encore pour se dédouaner en conscience. Quand on donne avec une arrière-pensée de retour, le don est stratégique et manipulateur… D’autres  donnent de leur superflu. Sur ce, le pape François écrit : « Je me méfie des dons qui ne coûtent rien au donateur« .

Chers amis, que par la grâce de cette eucharistie, Dieu nous donne de vivre pleinement dans la liberté des enfants de Dieu, et d’être des femmes et des hommes responsables de l’alliance de leur baptême.

                                                                                      Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Invitation à la retraite de carême

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Vous êtes Sel et Lumière

                   Homélie du 5ème dimanche ord A :

                       Lectures: Is 58, 7-10; Ps 111; 1 Co 2, 1-5; Mt 5, 13-16

Mes sœurs et frères, dimanche dernier, Jésus a inauguré sa mission en présentant les Béatitudes. Ce sont les perles, les valeurs spirituelles et profondes qui spécifient le vrai bonheur de l’homme. Dans la page d’Evangile d’aujourd’hui, il poursuit son discours sur la montagne en donnant deux caractéristiques identitaires du disciple : celui-ci s’insère dans l’épaisseur du monde en y étant à la fois salé et lumineux.

C’est une immense responsabilité mais aussi un grand honneur qui lui sont attribués !

L’usage du sel est multiple. En RDC, j’ai vu des paysannes venir le samedi au marché, vendre les produits de leur travail aux champs, que l’on achète d’ailleurs à vil prix. Et quand elles ont un peu d’argent, la première chose qu’elles font, figurez-vous,  c’est acheter du sel. Pourquoi ? Parce que le sel est un condiment qui assaisonne, donne goût et saveur à la nourriture, rehausse l’harmonie d’un plat.

Alors, si le sel se dénature, si toi chrétien ami, frère et sœur de Jésus-Christ, tu t’affadis ; si tu n’es plus authentique, cohérent avec ta foi, comment peux-tu encore donner la saveur de la confiance au monde ?

Comment peux-tu donner le goût de l’espérance aux visages blafards qui, dans la banalité, la routine et la grisaille quotidiennes, déclarent leur vie et même la Vie absurde en se réfugiant dans les  » A quoi bon ! « 

Si ton témoignage de chrétien est insipide, incolore, inodore, comment peux-tu encore être attractif, donner aux autres l’envie de chercher Dieu et de croire en Lui ?

Dans les civilisations sans réfrigérateur, le sel permet de conserver les aliments, les denrées périssables (comme le poisson en Afrique).  Ainsi es-tu appelé, avec les moyens qui sont les tiens, à empêcher ta famille, tes amis de pourrir spirituellement. Tu es appelé à aider les autres, en l’occurrence les jeunes en recherche, à ne pas se perdre.

Et puis, dans certaines cultures d’Orient, le sel était un symbole d’alliance entre les hommes. Manger du sel avec quelqu’un, c’était sceller un pacte d’amitié avec lui, le pacte du sel étant indissoluble. De même, le sel est signe d’alliance et de fidélité des hommes avec Dieu (Nb 18, 19). Aussi, es-tu convié à promotionner la paix entre les hommes et avec Dieu.

Cependant, tout excès nuit. Il faut de la modération en tout. Une soupe trop salée est immangeable ! Les terres à haute teneur en sel (salinisation des sols) deviennent stériles, rien n’y pousse.

Autre métaphore forte de l’Evangile de ce dimanche : Vous êtes la lumière du monde !

Sans lumière, on végète dans l’obscurité ; on est dans l’insécurité : un serpent peut te mordre au talon et des voleurs dévaliser ta maison. Jésus nous demande de ne pas cacher la lumière, ni de plonger la tête dans le sable comme l’autruche, mais d’être lumineux, de briller simplement et sans artifice devant les hommes.

Sans lumière, il n’y a pas de repère.  Comme éclaireur, tu es appelé à être la lanterne, le grain de lumière qui balise l’océan du monde.

Sans lumière, nulle couleur, nulle beauté : tu es ainsi convié à révéler avant tout la beauté intérieure des autres, à les valoriser par ton regard bienveillant, ton a priori positif … »En tout homme, il y a plus des choses à admirer qu’à mépriser » (A. Camus).

Sans lumière, nulle vie (photo-synthèse) : tu es appelé à être donneur de vie, de joie de vivre et d’aimer, rien que déjà par la bulle d’oxygène qui éclate de ton sourire !

Sans lumière, pas d’énergie renouvelable, de panneaux photovoltaïques : tu es appelé à booster ceux qui sont fatigués et découragés…

Cependant, tout excès nuit. Il faut de la modération en tout. Trop de lumière aveugle et éblouit le regard ! Tu n’es pas le soleil ou encore une star, mais le reflet de l’Amour infini de Dieu. Puisque tu as reçu, donne humblement.

Et enfin, ce qui est prometteur et encourageant à témoigner de la lumière évangélique, c’est de savoir que la victoire est déjà remportée. Car le propre de la lumière est de s’imposer : lorsqu’elle rencontre l’obscurité, c’est cette dernière qui est éclairée, la lumière, elle, ne s’enténèbre pas… Alors, debout peuple de lumière, baptisé prophète pour annoncer les merveilles de Dieu.

                                                                                     Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Unité des chrétiens et mission

Homélie du 3ème dimanche ord A :

       Lectures : Is 8, 23b-9,3; Ps 26; 1 Co 1, 10-13. 17; Mt 4, 12-23

Mes frères et mes sœurs,  nous sommes en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens et la 2ème lecture de ce dimanche vient à point nommé. En effet, cette lecture nous révèle un mal profond et affligeant qui ronge la communauté de Corinthe : le démon de la division. Il y en a qui se réclament de Paul, fondateur de la communauté, d’autres d’Apollos, le brillant savant versé dans les Écritures (Ac 18, 24) ou de Pierre, en l’occurrence les chrétiens de tendance judaïsante.  D’autres encore du Christ, ceux qui ne se réclament d’aucune école et essaient de s’en tenir à l’essentiel… La démarche de la prière pour l’unité des chrétiens est un appel à faire corps et signe, à accueillir l’autre dans sa particularité et à dépasser les peurs.  Le  témoignage de notre unité  repérable relève, selon saint Jean,  de la cohérence de notre appartenance au Christ (Jn 13, 34-35). L’indifférence, la méfiance, le poison de la comparaison,  la mémoire douloureuse du passé, nos retranchements doctrinaux,  notre fixation aveugle et autarcique sur les règles et les rituels nous ont tellement séparés. Pour le cardinal Jozef De Kesel, « L’unité n’est possible que lorsque nous nous aimons et nous apprécions les uns les autres. L’amour est  le véritable moteur de l’œcuménisme« … Ceci dit, comprenons-nous bien : nous ne prions pas pour la fusion ou l’unification des chrétiens,  mais bien pour l’unité dans la diversité de leurs différentes approches  et lectures de la foi chrétienne !

Quant à elle,  la 1ère lecture évoque la terrible déportation de 721 av. J.C. Le Royaume du Nord – la Galilée – est conquis par les Assyriens. Le peuple est humilié, rabaissé. On crève même les yeux aux déportés. Aussi Isaïe prophétise-t-il : le peuple qui marchait dans les ténèbres du désespoir et de l’ignorance a vu poindre une grande lumière. C’est un cri d’espérance qui, pour le philosophe protestant Paul Ricoeur, est « l’optimisme qui a connu les larmes« !

Selon saint Matthieu, la parole d’Isaïe s’est pleinement réalisée en Jésus-Christ. La page d’Évangile de ce dimanche nous y renvoie. Après son baptême dans le Jourdain et l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus prend la relève. Quittant ainsi  le village de son enfance,  il déménage dans le Nord de la  Judée, précisément en Galilée, carrefour des routes,  des étrangers, loin de Jérusalem dite  la Sainte Ville. Et là, il choisit de s’installer dans la bourgade appelée Capharnaüm, sur les rives du lac de Galilée. Il y établit  son quartier général. Voici donc Jésus faire de la pastorale des périphéries : et toi, quels sont tes reflexes vis-à-vis des  périphéries modernes, où vivent  des gens presque « mal vus »,  qui ne pensent pas, ne prient pas, ne se comportent pas comme toi, bref des gens différents ?   En fait, si Jésus choisit la Galilée comme première étape de son ministère pastoral, avec sa population toute brassée et cosmopolite, c’est pour signifier que la mission est universelle : la Bonne Nouvelle est destinée à tous les hommes de la Terre. Et pour la continuité de l’œuvre, il commence  par l’essentiel du message de Jean Baptiste : puisque l’Amour t’est révélé et que tu te sais aimé de Dieu, convertis-toi, autrement dit, retourne-toi  et reviens vers Dieu. Comment ? En acquérant un regard bienveillant, positif vis-à-vis de toi-même, de  l’autre, de la nature et de Dieu. Chers amis, notre vie chrétienne ne serait-elle pas  ce re-tournement perpétuel ?

Jésus recrute alors ses premiers collaborateurs, il en a besoin pour travailler avec eux, comme témoins, à la construction du Royaume de justice et de paix. La mission qui leur est assignée, qui t’est ainsi confiée,  est de « pêcher » les êtres humains, c’est-à-dire de les tirer de la mer pour  les empêcher de se noyer dans les flots des forces du mal et de la mort. Sa méthodologie  pastorale, c’est enseigner, proclamer et guérir. En effet, la parole seule ne suffit pas, encore faut-il, pour la rendre crédible, l’accompagner par des actions concrètes de compassion et d’entraide : il y a tant de plaies à panser, de victimes d’injustice à défendre, de découragés à stimuler, de naufragés de la vie à secourir. 

Mais avant de confier la mission à ses disciples, Jésus leur a dit : « Venez derrière moi« . Tant qu’il nous devance, nous savons que nous sommes en sécurité. Notre chemin est illuminé de son éclat, qui nous aide à discerner la route à suivre.

                                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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