Jésus prie pour l’unité de ses amis.

Homélie du 7ème dimanche de Pâques C : Jésus prie pour l’unité de ses amis.

    Lectures : Ac 7, 55-60 ; Ps 96 ; Apoc 22, 12-14. 16-17, 20 ; Jn 17, 20-26

Chers amis, après avoir livré son testament aux disciples : « Je suis la Vigne, vous êtes les sarments« , « Je ne vous appelle plus serviteurs, vous avez acquis un autre statut dans mon cœur : vous êtes mes amis« , « Je vous laisse un commandement nouveau : vous aimer d’un amour qui soit don (donner, se donner, par-donner), comme moi je vous ai aimés« …, à la veille de sa mort, Jésus, en Grand-Prêtre, intercède. Il prie son Père dans ce chapitre 17ème de saint Jean, appelé selon la tradition biblique, « la prière sacerdotale ».

Pour qui donc et pour quelle intention Jésus prie-t-il dans la page d’Evangile d’aujourd’hui ? Déjà pour toi ! « Père, je ne te prie pas seulement pour eux, les apôtres, mais pour celles et ceux qui, à travers les âges, croiront en moi, grâce à leur témoignage« 

Jésus prie pour l’unité des chrétiens et pourquoi ? Parce que c’est réunis que les charbons brûlent ; en les séparant, ils s’éteignent… Quoi qu’il ne soit autre chose que la main, le poing est plus fort que la main… Et puis, les fourmis assemblées ne sont-elles pas capables de vaincre le lion ? L’unité est un des thèmes douloureux de l’actualité avec la guerre en Ukraine, mais aussi tous ces liens qui se brisent avec les blessures que cela charrie (le divorce, les hostilités, les oppositions, le cauchemar de la haine là où régnait la paix…). Le pape Jean-Paul II le disait à la Journée mondiale de la paix en janvier 2005 : il n’y a rien de plus fragile que la paix dans le monde, dans nos communautés, dans nos familles, dans nos relations interpersonnelles, dans nos cœurs. La paix demeure un combat permanent, un pari à gagner…Elle est acquise par le dialogue, le compromis, la remise en question, le respect mutuel, la gratitude, la tolérance, le pardon, le combat pour la justice dans l’humilité.

Jésus le dit : « Qu’ils soient UN en nous !« . Il nous plonge dans le puissant torrent de l’Amour trinitaire… « UN comme nous » : la Trinité devient non seulement le modèle (Amour-communion qui accueille les différences, unité dans le pluralisme : trois Personnes en un seul Dieu, de même nature, mais chacune avec ses attributions), mais aussi la Source de l’amour. L’unité des chrétiens accrédite leur appartenance au Christ crucifié pour la réconciliation des enfants de Dieu dispersés. La mission n’est pas prosélytisme, mais attraction, séduction (pape Benoît XVI). Oui, c’est l’unité qui évangélise : « Voyez comme ils s’aiment !« , disait-on de la première communauté chrétienne ! Un couple uni, une communauté unie ne peut qu’attirer l’admiration des gens curieux, étonnés, saisis et même conquis !

Autre intention de la prière de Jésus : « Je veux qu’ils soient avec moi et qu’ils contemplent ma gloire« . « Je veux » : c’est curieux d’entendre Jésus prononcer une telle formule impérative, lui qui s’en remet toujours à la volonté de son Père. C’est pour dire combien notre présence à ses côtés lui tient à cœur…  Effectivement, nous sommes avec Jésus aujourd’hui déjà puisqu’il l’a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des temps » (Mt 28, 20). La question, c’est celle de savoir si, en ce qui nous concerne, nous voulons vraiment vivre par lui, avec lui et en lui ! « Pour moi » dit saint Paul, « Le Christ vit en moi ! Ma vie présente,  je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et sauvé » (Ga 2, 20). 

Mes frères et mes sœurs, la gloire dont Jésus parle, c’est celle qu’Etienne rempli de l’Esprit-Saint contemplait (contempler = être dedans, faire l’expérience) à sa mort (1ère lecture), c’est celle que Pierre, Jacques et Jean ont savourée à la Transfiguration et justement, c’est le focus de notre espérance !

Dès lors, l’Eglise prie  pour que le Seigneur, l’alpha et l’oméga, (re)vienne aujourd’hui plus que jamais par son Esprit-Saint, l’Eau vive donnée gratuitement (2ème lecture), qui nous renouvelle et nous sanctifie : « Maranatha ! (Viens, Seigneur !)

Bonne Semaine du Cénacle !

                                                                          Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Journée mondiale de prière pour les vocations

Homélie du 4ème dimanche de Pâques C :

 Dimanche du Bon Berger (Jean 10, 27-30).

Chers amis, nous célébrons ce week-end, le dimanche des vocations. Qu’elle soit laïque, presbytérale, de vie consacrée ou dans le mariage, toute vocation est un feu dévorant, l’aspirationque l’on a tout au fond de son cœur de se rendre utile aux autres. En effet, il faut aimer ce que l’on fait et avoir de la passion pour arriver y arriver. Tout ce que nous réalisons sur cette terre n’a de sens et de soupçon d’éternité, que si nous le faisons par amour. La vocation chrétienne en général est un appel à se donner, comme Jésus, entièrement pour les autres … Alors dis-moi : à quoi Dieu t’appelle-il aujourd’hui et comment y réponds-tu ?

Commençons par reconnaître que chaque individu, étant donné qu’il est unique par son histoire, son parcours, son patrimoine génétique, par le profil de sa personnalité, son élan spirituel, par ses charismes et talents, toute personne a sa vocation propre. Il revient ainsi à chacun de s’ajuster à lui-même et à la volonté de Dieu pour lui. On ne doit pas se mentir, il faut être soi en vérité, trouver sa voie, le fil rouge de son existence. Et c’est au travers de ces diverses vocations particulières que le peuple de Dieu choisit, chacun en ce qui le concerne, de servir l’Eglise et l’Humanité.

Tout compte fait, comment Dieu te parle-t-il ? Par la voix de ta conscience, la voix des autres, par tes talents et ressources, dans la méditation de la Parole, dans le silence, la prière, l’émerveillement, la gratitude, grâce à l’intelligence des signes du temps et la meilleure connaissance de toi-même. Par tous ces canaux, Dieu te révèle petit à petit la mission à laquelle il te destine : « Seigneur » s’écrie saint Paul sur le chemin de Damas, le jour de sa conversion, « Que dois-je faire ?  » (Ac 22, 10).

Si le Christ nous décline son identité : « Je suis le Bon Pasteur, le Vrai Berger », c’est pour nous faire raisonner, mais surtout faire résonner en nous le mystère de l’amour de Dieu, nous aider à comprendre un tant soit peu comment il nous aime. Personnellement, je suis impressionné par la tendresse de ce Bon Berger, sa complicité avec ses brebis, sa capacité non seulement à les connaître par cœur (connaître dans la Bible signifie engager une relation mutuelle affectueuse, aimer intimement), mais aussi à les reconnaître (il distingue la voix de chacune et l’appelle par son nom). En disant qu’il est un berger sans nul autre pareil, le Berger sûr, il se rapporte à l’amour qu’il a pour le croyant. Avec lui, la brebis ne risque pas de se fourvoyer dans des voies sans issue, les ravins de la mort. Il soigne la brebis blessée, fortifie celle qui faiblit.

A l’époque de Jésus, le peuple d’Israël était majoritairement rural et pastoral… Il y a beaucoup de fermiers, de pasteurs en Israël. Voici le quotidien de la vie d’un berger : dès l’aube, il cherche de verts pâturages et les points d’eau pour la vie des brebis ; les protège des voleurs ou des animaux prédateurs (comme le loup) et, le soir, les ramène dans l’enclos… Si jamais une brebis manque à l’appel, même s’il est fatigué, il va à sa recherche. Quand il a retrouvé la brebis perdue, il la charge sur ses épaules.

Alors, comme Jésus qui prend sur ses épaule la brebis qui n’arrive plus à marcher, tu es invitéà porter à ton tour, celles et ceux qui passent des moments difficiles. A l’école de Jésus, nous sommes tous appelés à être des bons pasteurs les uns pour les autres.

                                                                                    Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Une maman est une icône sacrée !

      

L’amour, le vrai, le pur, l’inconditionnel, existe : serait-ce notamment celui d’une maman ?

Certes, aucune mère n’est parfaite, mais dans l’absolu, l’amour maternel est sans limite…  On ne touche donc pas au mythe de ma maternité !

En effet, son cœur est un puits d’amour qui ne vieillit pas,  le chef-d’œuvre de la création de Dieu tant il reflète sa divine Miséricorde. Même Lui, Dieu,  a eu sa mère !

Une maman connaît son enfant par cœur, même ses pires habitudes ; cependant, elle l’aime quand même. La plupart du temps, la maman ne fait que ça : garder sa faveur pour son enfant, le comprendre sans pour autant cautionner ses turpitudes. Championne de la grâce du don, elle donne sans compter, se donne, pardonne à l’enfant.  Elle est époustouflante la passion d’une maman pour l’être qui prend chair et sang en elle et qui, à ses yeux, est cadeau de sa destinée.  Par une vive et singulière intuition, elle détecte ce qui ne va pas chez son enfant.  Son cœur est profondément brisé lorsqu’elle le voit dans un sale pétrin, sans pouvoir ni savoir le soulager.  Dès que possible, elle l’encourage à suivre ses rêves et ses envies. Son unique souhait, c’est que son enfant lève la tête et avance en traçant sa route !

Intercesseuse naturelle de son enfant, la prière de la maman est particulièrement puissante. Elle offre le fruit de ses entrailles à Dieu, qui ne saurait résister à ses larmes et à sa prière.

Alors, bonne fête à toutes les mamans : les petites, les grandes, les noires, les blanches, les jeunes, les âgées, les tristes, les joyeuses, les débordées, les déboussolées, les riches, les fauchées, les épanouies, les frustrées, les angoissées, les malades, les bien-portantes, les tranquilles, les mamans solos, les mamans épouses, les mamans divorcées … Recevez toutes, y compris celles qui n’ont pas eu d’enfant biologique, mais qui préservent leur flamme maternelle,  notre filiale et totale gratitude !

                                                                                             Vital Nlandu

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Femme adultère, femme pardonnée !

          Homélie du 5èmedimanche C de Carême : Femme adultère, femme pardonnée !

                              Lectures : Is 43, 16-21 ; Ps 125 ; Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 1-11

Mes frères et mes sœurs, dans sa lettre aux Philippiens (2ème lecture), saint Paul écrit : « Oubliant ce qui est derrière et lancé vers l’avant, je cours vers le but « . Notre cap à nous aujourd’hui, c’est Pâques. Et comment m’y prendre alors ? Comme saint Paul, tout le reste, je m’en tape : ce qui importe pour moi, c’est la connaissance de Jésus-Christ et la puissance de sa résurrection. La connaissance dont il s’agit n’est pas une connaissance intellectualiste, livresque, mais c’est faire l’expérience du feu de l’amour de Dieu, vivre avec lui une relation profonde et intime. Et la puissance de sa résurrection est celle qui me donne la capacité de résilience et m’aide à me convertir.

Dans la page d’Evangile, Jésus est piégé par les chefs religieux pour le discréditer auprès de celles et de ceux qui écoutent son enseignement. Quoi qu’il dise, il est coincé : s’il dit de lapider la femme adultère, sa miséricorde passe à la trappe. S’il recommande de ne pas la lapider, il torpille et sabote la loi de Moïse. Toutes proportions gardées, cette histoire ressemble à celle de l’impôt à payer à César (Mc 12) : s’il conseille de le payer, il est collabo ; sinon il instigue les gens à se rebeller contre l’occupant romain. Pour déjouer ce nouveau traquenard, il ne répond pas, mais écrit sur le sol pour laisser à chacun le temps d’examiner sa propre conscience. Se faisant, il déplace le débat : ce n’est plus la femme qui est au centre du procès, mais ses accusateurs qui sont convoqués au tribunal de leur conscience. « Que celui qui se dit être parfait, qui n’est pas de temps en temps infidèle à son alliance de baptême, jette la 1ère pierre « . Chers amis, faisons attention à nos calomnies, nos ragots et à nos condamnations hâtives : c’est facile d’accuser les autres, et toi, que dis-tu de tes fautes, voire de tes pêchés ? Cela me rappelle l’histoire de la poutre et de la paille (Mt 7). Dans cette optique, saint Paul écrit : « Quand tu juges les autres alors que tu agis comme eux, tu te condamnes toi-même  » (Rm 2, 1).

Curieux, saint Jean l’évangéliste ne parle que de la femme prise en adultère et pas de son amant ! Comme quoi, la discrimination en fonction des sexes vient de loin… En tout cas, il mentionne que ce sont les séniors qui, les premiers, se sont éclipsés en tapinois. Sans doute à cause de leurs fautes plus nombreuses et plus alarmantes !

Reste alors le fabuleux tableau de la miséricorde face au péché, la prodigieuse scène de Jésus seul face à cette femme humiliée, culpabilisée, anéantie par l’angoisse d’une mort cruelle. Notons que Jésus ne cautionne pas ses turpitudes : « Désormais, ne pèche plus« .  En effet, on peut juger un acte sans pour autant stigmatiser son auteur.  Je sais que cela n’est pas évident. Il en faut de la maturité humaine et spirituelle pour ne pas se livrer à cet amalgame : associer le forfait qui doit absolument être réprouvé, à la personne qui le commet et qui, elle, doit garder sa dignité humaine et son droit d’être aimée. Avec son : « Moi non plus, je ne te condamne pas« , Jésus  offre à cette femme une nouvelle chance.  Son pardon a réparé ses échecs d’amour ; l’a guérie en l’orientant vers l’avenir : oublie tes erreurs et tes peurs, oublie ce qui est derrière toi et « Va … », va redécouvrir ta vraie vocation, celle d’aimer en vérité. Alors des fleuves de grâce ont coulé dans les lieux arides de cette femme (1ère lecture). L’acte de foi qu’elle a posé témoigne de sa conversion : elle appelle Jésus « Seigneur« , qui est un titre pascal. Ainsi a-t-elle anticipé sa résurrection… Soutenu par un regard d’amour, le vrai pardon est révélateur de la beauté intérieure de la personne pardonnée.

                                                                                           Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Enigme du mal et de la souffrance

Homélie du 3ème dimanche C du Carême : Enigme du mal et de la souffrance
Lectures: Ex 3, 1s; Ps 102; 1 Co 10, 1s; Lc 13, 1-9

Mes sœurs et mes frères, dans la 1ère lecture, Moïse s’avance vers le buisson ardent en prenant un détour. A bien des égards, notre chemin vers Dieu est fait de méandres sinueux.

Au regard de l’actualité, nous cherchons tous à comprendre pourquoi la folie, la cruauté de l’homme –homo homini lupus !-, pourquoi la guerre en Ukraine ?  Moi je suis sidéré et horrifié par ces images de destructions massives à la TV, le traumatisme d’enfants, l’humiliation d’un peuple souverain !  Il y en a qui, à juste titre, les yeux levés au ciel, se demandent : pourquoi Dieu, s’il existe, s’il est vivant, laisse-t-il faire le mal ? Ne joue-t-il pas aux abonnés absents ?

Chers amis, il y a 10 ans, j’ai vécu, dans mon ministère sacerdotal, une expérience pour le moins bouleversante : j’ai été sollicité pour baptiser à domicile un bébé de 8 mois atteint d’un cancer du cerveau.  C’était éprouvant ce samedi-là…  Quand je suis entré  dans la maison, certains me fusillaient du regard comme pour dire : « Que viens-tu faire, nous parler d’un Dieu d’amour qui laisse le malheur s’acharner sur un innocent ?« .  Oui, le scandale du mal et de la souffrance peut provoquer la révolte et même pousser à la défection de la foi !… Un mois après : les jeunes parents me téléphonent à 2h00 du matin, ils avaient besoin de ma présence. J’y suis allé sur-le-champ. Le climat était pesant et j’ai vite plongé dans cette espèce de conspiration du silence… Je vois encore cet enfant gisant sur le lit de ses parents, tout recroquevillé, gémissant intensément des douleurs qui, certainement, dépassaient le seuil de ce qui est supportable. Et qui voilà ? Un médecin et une infirmière ! Alors, j’ai compris ! A cet instant d’euthanasie, démuni, dans le secret de mon cœur, je priais pour ce petit ange en disant simplement : « Jésus, Jésus, Jésus« , c’est-à-dire : « Dieu sauve !« …

Dans son ouvrage La nuit, Elie Wiesel se demande : « Comment peut-on seulement penser à un dieu après Auschwitz? » Il rapporte cette scène cauchemardesque : ce jour-là, les SS pendent un enfant de 12 ans et tous les prisonniers sont obligés d’assister au spectacle. Avec son petit corps tout disloqué, cyanosé, l’enfant agonise, s’éteint lentement. Derrière lui, Elie Wiesel entend un autre déporté lui demander tout pantois : « Où est donc Dieu ? » « Je sentais en moi  » témoigne-t-il, « une voix qui lui répondait : où est-il ? Il est là, pendu à cette potence avec l’enfant !  » C’est vrai, chers amis, « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence » (Paul Claudel).

En même temps qu’il demeure un épais mystère, rationnellement inaccessible (Moïse se voile le visage en sa présence), notre Dieu est si proche ! Il est avec nous dans les tragédies qui affectent notre vie quotidienne : « J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris de détresse, je connais ses souffrances,  je suis descendu pour le délivrer  » (1ère lecture). Il a délivré son peuple par Moïse ; il délivre aujourd’hui les ukrainiens par l’entremise de celles et de ceux qui résistent dans le sang, au creuset des bombardements ; par celles et ceux qui les accueillent, contribuent à la sauvegarde de leur dignité humaine.

Aujourd’hui, Jésus n’a pas de pieds, mais il a les tiens pour visiter les malades ; il n’a pas de mains, mais il a les tiennes pour donner et partager ; il n’a pas de langue mais il a la tienne pour dénoncer les injustices et porter haut l’urgence de la paix ; il n’a pas de lèvres, mais il a les tiennes pour sourire aux naufragés de la vie et enflammer leur cœur de l’amour et de l’assurance…

Dans l’Evangile, il est rapporté à Jésus  le drame des galiléens massacrés comme du bétail par Pilate, le dictateur sanguinaire, mais aussi la catastrophe de la chute de la tour de Siloé.  Qui en est le responsable (Jn 9, 3) ? Serait-ce l’homme,  serait-ce Dieu ? Dans la logique karmique, tout se paie ici- bas : si on est victime, c’est parce qu’on a péché; nos malheurs sont une punition de Dieu. Combien de fois n’entend-on pas dire : « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ? « 

Jésus va alors élever le débat au niveau spirituel. En effet, il est trop facile de se retrancher dans l’accusation de Dieu et des autres. Aussi nous renvoie-t-il tous à notre propre conscience. Il y a tant de souffrances dans le monde qui sont imputables au cœur de pierre de l’homme. D’où l’urgence de la conversion : que chacun soit d’abord humain et humanisant; qu’il soit le changement qu’il veut voir dans le monde (Ghandi). Et prenons ceci en compte : si Dieu nous accorde le temps de sursis qui est le nôtre, c’est parce qu’il est patient, il attend que nous produisions des fruits.

                                                       Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Transfiguration ou Révélation

Homélie du 2ème dimanche de Carême C : Transfiguration ou Révélation

Lectures : Gn 15, 5-18 ; Ps 26 ; Ph 3, 17-4, 1 ; Lc 9, 28b-36

Mes frères et sœurs, dans la 1ère lecture, Yahvé fait alliance avec Abraham qui n’a pas d’enfant. Dans une merveilleuse poésie, il lui dit : « Regarde vers le ciel étoilé, contemple la création, compte les étoiles si tu peux … Telle sera ta descendance !« .  Abraham n’a pas de garantie matérielle que cela se réalisera, il fait seulement confiance et il a eu raison ! Le nom « Abraham » signifie père d’une multitude ! En effet, les fidèles des 3 grandes religions monothéistes de la planète, à savoir les juifs, les chrétiens et les musulmans, se réclament tous d’Abraham, le Père des croyants.

Pour célébrer cette alliance, Abraham applique un rite en vogue chez les hébreux à son époque : on découpe des animaux en 2 parts, en plaçant chaque moitié l’une en face de l’autre. Se tenant la main, les 2 partenaires qui font alliance passent entre les pièces découpées en jurant : « Qu’on me coupe en deux comme ces animaux, si je trahis le pacte ! » Au coucher du soleil, Yahvé passa, mais seul, entre les morceaux d’animaux sous forme d’un brasier, d’une torche enflammée. Ainsi conclut-il l’alliance avec Abraham…  De même, par le baptême et dans le sang de Jésus le Christ, le Dieu Trinitaire a scellé avec toi une alliance gravée dans l’amour. Tu lui appartiens éternellement ! Amen !

A son tour, avant de sceller, par son sang, l’alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’humanité, Jésus savait que le drame qui l’attendait,  allait certainement dérouter, déstabiliser ses disciples. Je renvoie ici aux disciples d’Emmaüs tout à fait désappointés : « Nous, on croyait que c’était lui le messie, hélas ! »

Alors, pour les rassurer, Jésus va leur révéler la gloire qui l’attend, la gloire qui vient, qui nous attend … question de les faire saliver ! Ce flash, c’est pour que les disciples comprennent dorénavant que la vie n’a jamais dit son dernier mot. La mort n’est qu’un passage et qu’au bout du tunnel, il y a la plénitude de lumière, de vie et d’amour, bref il y a la gloire. C’est de cette gloire dont parle saint Jean : « Nous avons vu sa gloire (sur le mont Thabor) » (Jn 1,4); « Père, donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi ; je veux que mes amis contemplent ma gloire« (Jn17, 24). La gloire dont parle saint Paul : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont nullement à comparer à la gloire qui va se révéler! » (Rm 8, 18)…
C’est elle qui fonde notre espérance ! En tout cas, c’est un rêve auquel j’aspire de tout mon cœur !

Jésus choisit  le même trio, c’est-à-dire Pierre, Jacques et Jean, les trois mêmes qu’il choisira pour l’accompagner au Jardin de son agonie, à Gethsémani. Et là, il fut transfiguré à leurs yeux, son visage se couvrit de l’habit de Dieu, à savoir la lumière. Et qui apparaît ? Les 2 colonnes de l’Ancien Testament,  Moïse et Elie, pour signifier que c’est lui, le Christ, qui éclaire et accomplit l’enseignement de Moïse (Tables de la loi), l’enseignement des prophètes représentés par Elie.

Epris d’un sentiment océanique (sentiment de plénitude et de fusion à quelque chose qui nous dépasse), le cœur bondissant, Pierre s’extasie !  Il propose de construire 3 tentes dans ce jardin de délices, pour qu’ils y demeurent à jamais.

A ce moment, d’une nuée, Dieu va se manifester en confirmant la nature divine de Jésus comme au jour de son baptême : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !« . Les 3 disciples-missionnaires ont rendu témoignage de cet événement inédit aux autres disciples et à des milliards de personnes à travers les siècles. La voix, atteste saint Pierre,  ils l’ont effectivement entendue : « Nous avons entendu nous-mêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte » (2 P 1, 18) !

Sauf que sa demande n’a pas été exaucée ! Pourquoi ? Parce que ta vie continue et à ras de terre, il faut boire la coupe jusqu’à la lie. Aussi, une fois irradié du soleil de Dieu sur la montagne sainte (tes moments d’adoration, de communion avec le Dieu Trinitaire), il convient de redescendre dans la vallée pour transmettre la lumière que tu as accumulée. Redescendre dans la vallée où bat le pouls de l’histoire. C’est là, avec tes doutes, tes balbutiements, tes questionnements, tes révoltes, tes frustrations, tes échecs, tes réussites, que tu es appelé à être un ferment au secret de la pâte du monde. C’est là, dans ton biotope, que tu vas continuer à t’émerveiller des signes que la vie t’envoie, bref que tu dois à ton tour transfigurer ton quotidien.

Tu y découvriras en chaque personne, par ton regard rempli de bienveillance, la part de lumière qui est la sienne. La vraie spiritualité, n’est-ce pas celle qui reconnaît la lumière divine qui brille en tout homme ?

                                                                              Vital Nlandu, votre curé-doyen

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Le combat spirituel

       Homélie du 1er dimanche C de carême : Le combat spirituel

             Lectures : Dt 26, 4-10; Ps 90; Rm 10, 8-13; Lc 4, 1-13

Mes sœurs et mes frères, avant de commencer son ministère, poussé par l’Esprit Saint, Jésus éprouve le besoin d’aller en retraite solitaire. Et ce, au désert, le lieu de la privation, du dépouillement, de la mise à nu de l’individu : on y est face à son propre destin… Alors, pour l’hygiène de ta vie spirituelle, ne convient-il pas d’apprendre à ralentir, à faire une halte, à respirer; ne convient-il pas de prendre de temps en temps quelques minutes de « désert », de silence, de détachement, de lâcher-prise pour retourner à ta cachette intérieure où est bâti le sanctuaire divin (1 Co 3, 16) ? « Ce qui embellit le désert » dit le Petit Prince, « c’est qu’il cache un puits quelque part » (Antoine de Saint Exupéry). Le retour au plus intime de soi ressource et restaure : on y acquiert la capacité de résilience et une fécondité nouvelle. 

Là, au désert, Jésus va livrer un farouche combat avec le diable, le « diabolos » qui divise, en nous opposant à nous-mêmes, aux autres, à la nature et à Dieu. Remarquons que, pour convaincre Jésus, le diable cite les Ecritures. En effet, on peut torpiller, manipuler avec perfidie la Parole de Dieu pour ses propres fins. Il y en a même qui tuent au nom de Dieu ! Toute interprétation de la Parole de Dieu qui n’est pas ajustée à la révélation de son Amour est dangereuse !… Comme homme, Jésus résistera grâce à l’Esprit Saint qui se diffuse en lui. Ses tentations sont en gros celles auxquelles nous cédons souvent. Aussi notre prière : »Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal » (le Pater).

1ère tentation : au-delà de notre besoin physiologique de manger, d’autres besoins légitimes comme la sécurité, l’argent, la santé, notre désir des biens de ce monde, notre peur de manquer, notre avarice, notre travers moderne de surconsommer et de gaspiller peuvent facilement nous éloigner de Dieu. Pour Jésus, il y a un besoin primordial qui fait tout autant vivre : le soin de ma vie intérieure, ma relation personnelle et intime avec « mon Seigneur et mon Dieu » : « Tu m’as fait pour toi, Seigneur, loin de toi, mon âme est en perpétuelle souffrance ! « (Saint Augustin). 2ème tentation : le culte du pouvoir et de la gloire. Bien des fois, nous nous laissons tenter par l’avidité du succès, l’envie d’être mis sur un piédestal, de dominer, d’imposer, d’avoir toujours raison, de monopoliser la parole … 3ème tentation : notre témérité à narguer Dieu, à le mettre à l’épreuve. « Si tu es le Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas, car Dieu viendra à ton secours » Et au pied de la croix : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de là » (Mt 27, 42). « Eh, votre Dieu, c’est de l’esbroufe : où est-il donc quand on est malade; et pourquoi n’intervient-il pas maintenant contre l’invasion unilatérale de l’Ukraine par les russes ? »

Chers amis, c’est ici que se dégage toute la problématique de la représentation de Dieu. En quel Dieu croyons-nous : un dieu prestidigitateur, distributeur automatique de boissons – je glisse mes 2 euros et boum !, voilà mon coca? Un dieu liberticide, qui pressure le sens de la responsabilité de l’homme ?… Et pourtant, nous avons absolument raison de lui confier nos intentions, de lui demander d’intervenir en notre faveur, sinon à qui d’autre irions-nous ? Vous savez, face au scandale du mal et de la souffrance, face à nos « pourquoi sans réponse » (le « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » de Jésus, le « Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter ça ? » des gens désespérés), la spiritualité de l’abandon est bien inspirante : à défaut de comprendre, on apprend à s’en remettre à la volonté de Dieu ! « Toutefois, non pas ma volonté, mais la tienne » (Jésus). « Mon Père, je m’abandonne à toi… Je suis prêt à tout, j’accepte tout …, car tu es mon Père » (Charles de Foucauld) …

« Ayant épuisé toutes les formes de tentations » écrit saint Luc, « le diable s’éloigna« . Certes, il a perdu une bataille, mais pas toute la guerre : ses assauts s’acharnent, la folie humaine continue ses ravages. Bien entendu, la victoire définitive que, par ailleurs, nous anticipons déjà aujourd’hui, poindra au bout du passage souterrain de la croix, à la Résurrection ! Aussi l’Eglise nous livre-t-elle 3 armes pour tenir le combat spirituel en ce carême, à savoir : le jeûne et la sobriété (élaguer les branches inutiles, fermer les routes sans issue, bref identifier l’essentiel en éliminant le reste, afin de nous réapproprier notre liberté intérieure), l’aumône (un carême sans partage est insipide) et la prière (c’est la sève de notre vie chrétienne).

A tous et à chacun, je souhaite une bonne montée vers pâques.

                                                                             Vital Nlandu, votre curé-doyen

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