Homélie du 17ème dimanche ord. A : quel est ton trésor ?
Lectures : 1 rois 3, 5.7-12; Rm 8, 28-30; Mt 13, 44-52
Mes frères et mes sœurs, cher ami, chère amie, s’il te faut prioriser, hiérarchiser tes valeurs, pour laquelle peux-tu tout sacrifier ? Serait-ce l’argent, le pouvoir, ta famille, ta santé, ta dignité, …? Et si Dieu te disait : « Demande-moi ce que tu veux! ». Que demanderais-tu ?
Dans la 1ère lecture, Dieu qui contribue au bien de ceux qui croient, dit au jeune roi Salomon qui venait de succéder à son père David : « Demande ce que tu veux ! » Le jeune homme a une conscience aiguë de ses responsabilités : il ne demande pas la déroute de ses adversaires, il ne demande ni la richesse matérielle, ni de longs jours, ni sécurité, honneurs ou puissance … S’il y a quelque chose sur lequel il veut tout miser comme moyen pour accomplir au mieux sa mission, c’est avoir un cœur attentif, une sollicitude pour son peuple; avoir la sagesse qui n’est pas un pouvoir, mais l’art de discerner le bien et le mal !
La page d’Evangile d’aujourd’hui évoque, quant à lui, le Royaume de Dieu. Ce thème est le cœur même du message de Jésus : sa mission primordiale est d’annoncer et d’inaugurer, par sa présence agissante et sa résurrection, le Monde à venir, à savoir le Royaume de Dieu… Un Monde qui n’est pas encore là, mais qui se conjugue déjà au présent. Nous avons comme objectif missionnaire de diligenter sa venue.
Mais curieux ! Du peu que nous avons compris de l’Evangile — comme aimait le dire le Frère Roger de Taisé –, quand Jésus parle du Royaume, il n’en explicite jamais la notion. Chaque fois qu’il en parle, il utilise plutôt un langage allégorique, symbolique, le langage des paraboles. Pourquoi cette extra-ordinaire pédagogie ? Sans doute parce que la notion du Royaume nous dépasse : c’est toute la révélation de l’insondable richesse de l’Amour de Dieu dont nous devons saisir, à tout le moins, la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur pour en être témoins. Le Royaume de Dieu est un trésor qui est certes présent, mais enfoui, caché : il faut le découvrir à tout prix ! C’est une perle rare à acquérir au prix des sacrifices et privations.
En Palestine, à l’époque de Jésus, il n’y avait pas de banque à chaque coin de rue comme nous le connaissons aujourd’hui. Pour protéger leurs économies, les gens mettaient leur argent dans une cassette qu’ils enterraient dans un champ. Il arrivait que le propriétaire meure sans avoir pu révéler le lieu de sa cache. Des mois, des années plus tard, travaillant, labourant la terre, un cultivateur pouvait tomber dessus par hasard ! Figurez-vous l’émotion de cet homme, sa jubilation. Si le terrain n’était pas à lui, il était capable de brader tous ses biens, les liquider pour s’en approprier et avoir le trésor…
Chers amis, vous savez bien comment nous sommes tous capables de faire d’énormes sacrifices pour avoir ce qui nous tient à cœur. Là où est ton trésor, c’est là que se trouve ton cœur ! Voyez les étudiants qui, pendant le blocus, sacrifient des soirées, des sorties … Les sportifs qui se privent de tant de choses pour être à la hauteur, avoir la forme… Des parents, des grands parents qui se sacrifient pour les études, l’éducation de leurs enfants … Nous arrivons ici à la pointe de la parabole : pour Jésus, le Royaume de Dieu est une réalité tellement précieuse qu’il vaut la peine de tout sacrifier pour le découvrir et le vivre. Et beaucoup l’ont fait : Saint Paul dira aux Philippiens (3, 4-10) : « J’ai tout perdu ! Je considère mes avantages d’antan comme des ordures au regard du gain suréminent qu’est la connaissance de Jésus-Christ et la puissance de sa résurrection« . François d’Assise, le patron de notre UP, a dû faire, lui aussi, un choix radical : se désencombrer des richesses matérielles pour s’enrichir du don de Dieu … Choisir, c’est renoncer !
Découvrir un trésor, voilà la motivation, la passion des chercheurs, des savants qui s’emploient aujourd’hui à chercher un vaccin contre le covid-19. Mais pour ce faire, il faut absolument s’appliquer : chercher, creuser, labourer.
Oui les amis, ne lâchons pas prise, continuons inlassablement à chercher le trésor, à nous accrocher à l’Amour de Dieu et en vivre pour qu’à jamais s’établisse chez nous et ailleurs, un monde où prédominent la justice, la paix et la concorde pour le bonheur de tous et la joie de Dieu.
Vital Nlandu, votre curé-doyen


Cependant, je tiens à indiquer qu’il ne va pas remplacer le Forem qui aide les chômeurs à trouver un emploi; le CPAS qui garantit un revenu minimum à ceux qui disposent des moyens de subsistance insuffisants; l’hôpital qui soigne les malades … Ce qu’il donne, c’est plutôt quelque chose que le monde ne peut donner, à savoir le repos spirituel, la paix intérieure. Paul Claudel a été inspiré en écrivant : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence » Avec Jésus, nos pauvretés offertes, nos vulnérabilités s’ouvrent à l’amour de Dieu. Avec Jésus, nous ne sommes pas seuls sur nos chemins de croix, il nous accompagne et même nous habite par l’Esprit Saint. Et par la grâce de sa présence, nous avons la guérison intérieure et nous restons ouverts à l’espérance.
André Malraux disait : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie« . En effet, s’il est un bien suprême auquel l’homme tient sans démordre, c’est la vie. Quand l’être humain a tout perdu, quand il est tout perdu, que lui reste-t-il d’autre sinon la vie ? Mais laquelle ? Le rêve le plus obsédant de l’homme n’est pas seulement de vivre longtemps, mais de bien vivre. C’est tout l’enjeu du bonheur à créer si on ne l’a pas trouvé.
Pour ce qui me concerne, j’ai appris à admirer la vie dans son étrange et radieuse beauté, mais aussi à tenir le coup quand les nuages envahissent mon ciel ou face à ce qui est laid et cruel. J’ai appris à regarder avec le cœur, à vivre simplement et à laisser les autres « respirer ». Comme pour chacun, ma vie est un fouillis d’images, de rêves, de révoltes, d’essais, de doutes, d’échecs mais aussi de succès, de rires, de clins d’œil, de chants, de danses… J’ai la chance d’avoir des amis fidèles, d’être utile aux autres, d’empêcher tant de digues de céder, d’accompagner des gens, de savoir demander pardon, de croire en Dieu et en l’Homme… J’ai connu des deuils, des frustrations, des silences qui stimulent ma vie spirituelle. J’ai versé des larmes d’émotion, j’ai fait l’expérience du désert intérieur, de la méchanceté, de l’indifférence, mais aussi de la bien-veillance.

