Homélie de la solennité des Saints Pierre et Paul, apôtres

 

Année liturgique A dimanche 28 juin à la cathédrale Saint-Pierre et Paul de Malmedy.

 Lectures Ac 12, 1-11; 2 Tm 4, 6-18; Mt 16, 13-19

Mes frères et mes sœurs, nous sommes heureux ce matin d’être rassemblés pour honorer les apôtres Pierre et Paul. Si nous avons anticipé cette fête de demain lundi 29 juin pour aujourd’hui, c’est parce qu’avec saint Quirin, saints Pierre et Paul sont les patrons de cette paroisse de Malmedy.  Ce sont 2 pasteurs profondément attachés au Christ, responsables de l’Eglise primitive;  2 piliers de l’Eglise  sur lesquels nous pouvons nous appuyer aujourd’hui pour le témoignage de leur foi, de leur espérance et de  leur dévouement au service de l’Eglise.

« Je suis capable de croire n’importe quoi » disait Oscar Wilde, « pourvu que ce soit complètement incroyable« . Effectivement, elle est tout à fait hallucinante l’action de Dieu dans l’histoire des hommes, et tout autant  fabuleux le parcours des saints Pierre et Paul.

Ce sont deux profils différents : Pierre vit principalement d’une modeste pêche dans le  lac de Tibériade. Il est brute, impulsif, en proie au doute, lâcheur : il a renié Jésus lors de son procès. Saul de Tarse devenu plus tard  Paul, est lui  formé à l’école de Gamaliel, le réputé docteur de loi en Israël (Ac 22, 3). Il est instruit, féru de la culture grecque. Il a en plus le statut privilégié de citoyen romain  qui lui valut d’être jugé à Rome … Avant sa conversion, il a été un  pharisien fanatique, défenseur zélé des traditions judaïques. Il a persécuté la jeune Eglise naissante qui, à ses yeux, était une secte dangereuse.  Mais la grâce de Dieu a transformé  leur pauvreté en fécondité  spirituelle inouïe. Ce sont 2 pécheurs pardonnés qui ont fait l’expérience de la miséricorde de Dieu dont ils ont témoigné inlassablement malgré les échecs et les épreuves endurées. Tous les deux  sont  devenus une bénédiction pour l’Eglise et le Monde, des missionnaires infatigables de la Bonne Nouvelle du Ressuscité. Paul dira un jour : « Prêcher l’Evangile n’est pas un titre pour moi, c’est une nécessité qui m’incombe. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » (1 Co 9, 16). Dans la 1ère lecture de ce jour, Pierre est  détenu en prison, les fidèles intercèdent pour lui. En plein sommeil, il a cette  vision: un ange qui le réveille et le délivre de ses chaînes…  Il gardera cette vision dans son for intérieur, convaincu que sa délivrance vient du Seigneur qui n’abandonne jamais celle ou celui qui lui fait confiance. Dans l’Evangile, Jésus lui fait changer de nom : Simon s’appellera dorénavant « Képhas » (pierre). Dans la tradition biblique, le changement de nom indique une nouvelle destinée. Dans la péricope de l’Evangile de Mathieu, c’est l’investiture officielle de Pierre : il devient le roc, la pierre de base sur laquelle Jésus fonde son Eglise, c’est-à-dire il devient « le prince des apôtres, le premier parmi les semblables« , « le serviteur des serviteurs« . Les évêques, successeurs des apôtres, forment le collège épiscopal, et l’évêque de Rome, élu pape, est le premier parmi ses pairs.  Les clés qui lui sont remises sont un signe de responsabilité et de confiance. C’est à un ami que l’on confie les clés de sa maison quand on va en vacances.

Prêchant d’abord aux juifs, Pierre aura la mission d’organiser et de conduire  la toute première Eglise, la tâche de raffermir la foi du troupeau de Dieu. « Pierre, m’aimes-tu ?  » lui demandera le Ressuscité par 3 fois, « alors prends soin de mes brebis » (Jn 21, 15-19).  Ou encore : « J’ai prié pour que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31-34). Quant à Paul,  le grand théologien qui, dans ses 14 lettres ou épîtres,  a fourni et structuré le terreau, le contenu de la foi chrétienne, il s’est  tourné vers les nations étrangères dites païennes, pour les engendrer à la foi. Il a parcouru une grande partie de l’Asie et de l’Europe, en fondant partout où il passait (Corinthe, Ephèse, Thessalonique …) et en communion avec l’Eglise-mère  de Jérusalem, des communautés chrétiennes   en vue de la catholicité de l’unique Eglise de Jésus-Christ.

On comprend dès lors comment  les 2 grands apôtres  sont complémentaires : Pierre représente l’institution ecclésiale, la tradition, les structures, le centre. En d’autres termes, il est  le conservateur qui veille  à ce que la digue ne cède pas. Tandis que Paul représente la liberté de l’esprit, l’imagination du futur, la périphérie. Progressiste, il est à son époque, l’apôtre de l’ouverture.  Tous les 2 ont travaillé assidument pour que l’Eglise de Jésus-Christ soit une et catholique. Il s’agit d’une communion de diverses personnes marquées par leurs différences légitimes, mais qui sont unies par la même  foi en Jésus-Christ, reçue des apôtres et professée depuis les origines.

Cependant, ce n’est pas toujours facile d’articuler les forces centripètes et les forces centrifuges de l’Eglise. Il y a  parfois des désaccords, comme ce jour où, à Antioche,  Paul  fustigea le comportement dissimulateur de Pierre, lui reprochant devant tout le monde de vouloir imposer aux chrétiens venus d’ailleurs, l’observance de certaines pratiques juives. Pour Paul, il est hors de question que les non-juifs nouvellement convertis pensent que les traditions juives sont indispensables au salut (Gal 2, 11-15).  Pierre lui a humblement donné raison. Il a d’ailleurs conseillé et recommandé la lecture des lettres  de Paul qu’il appelle « notre frère  et ami« , tout en reconnaissant, néanmoins, qu’il s’y trouve des passages difficiles (2 Pi 3, 15-16).

Leur destin les unit aussi : Pierre fut crucifié à Rome, tête en bas, vers 64 sur la colline du Vatican lors de la persécution par Néron. Et Paul décapité vers 67 dans un lieu que la tradition place hors les murs de la ville de Rome…

Dans l’Evangile, Jésus fait une étude qualitative (sondage) sur son identité. Vous le savez bien, chacun de nous est un mystère, un genre de secret caché derrière tant de masques. C’est à la longue que quelques facettes de la personnalité profonde de l’être humain  se dévoilent. Qu’est-ce que, demande Jésus à ses disciples,  vous entendez dire de moi auprès des foules, des politiques, des autorités religieuses que vous côtoyez ?

Réponse: Jésus, les témoignages s’accordent pour attester  que tu es un homme exceptionnel, un vrai témoin de Dieu assimilé aux grands prophètes. Et Jésus : Et vous-même, comment me percevez-vous, quelle est votre propre idée sur moi puisque chaque jour vous me découvrez un peu mieux. Alors Pierre répond : « Tu es le messie (attendu), le Fils du Dieu vivant« , c’est-à-dire tu es l’oint qui a reçu de Dieu la mission de délivrer et de sauver les hommes. Pour Jésus, cela ne saurait être autrement, cette profession de foi tient d’une révélation.

Parlant justement de la foi, au soir de sa vie, après en  avoir fait le bilan et débriefé  sa mission, Paul dira à Timothée et à nous tous aujourd’hui, dans une   parole testamentaire, que la foi n’est pas une sinécure : on se décourage, on doute, balbutie, tâtonne faute d’assurance suffisante… Comme dans une course à gagner à tout prix, il faut absolument s’entraîner, acquérir de l’endurance pour être champion de foi, d’espérance et d’amour.

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

Publié dans Actualité, Homélies | Commentaires fermés sur Homélie de la solennité des Saints Pierre et Paul, apôtres

Chair et sang pour la vie éternelle

Fête-Dieu, fête du Corps et du sang du Christ A : chair et sang pour la vie éternelle

Lectures : Dt 8, 2-16; 1 Co 10, 16-17; Jn 6, 51-58

Mes sœurs et mes frères, lorsqu’on se promène sur les places publiques de nos villages, de nos villes, à l’abri de nos cimetières, dans nos parcs,  il n’est pas rare de découvrir par-ci par-là un monument dédié aux morts des 2 guerres ou encore une pierre gravée aux noms de ceux qui sont tombés. Parfois on écrit et c’est poignant: « Passant, n’oublie pas ! ». Ce devoir de mémoire nous rappelle l’atrocité de la guerre, l’affreuse stupidité humaine, le prix de la liberté ! Croyez-moi, un peuple sans mémoire, c’est comme un zèbre sans rayures, il n’a pas d’identité ! Dans la 1ère lecture, Moïse dit au peuple d’Israël : N’oublie pas, s’il te plaît! N’oublie pas la bienveillance du Seigneur lors de ta longue et  éprouvante traversée de désert (40 ans), ce lieu terrifiant, aride, hostile, plein de serpents brûlants, de scorpions … Pour t’abreuver, le Seigneur a fait jaillir pour toi l’eau de la roche la plus dure; pour te nourrir, il a fait tomber du ciel une providentielle  et mystérieuse nourriture, la manne! Le matin, quand pour la 1ère fois, tu as  vu  ce pain du ciel, tu t’es étonné en t’exclamant : « Qu’est-ce que c’est ? », dit en hébreu : »Man hou ? » D’où vient le mot « manne »… 

Devoir de mémoire, dit Moïse, pour que tu saches que l’homme ne vit pas que de « pain matériel », autrement dit que tu apprennes à prioriser dans la vie : qu’est-ce qui est important pour toi,  qui te fait vivre : ta famille, tes amis, le service rendu gratuitement, tes lectures, la prière, l’argent, le pouvoir… ? Quelle est la place de Dieu dans ton quotidien ?

Chers amis, selon la tradition, la manne préfigurait l’eucharistie. A la dernière Cène,  Jésus a rappelé ce devoir de mémoire : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19). La messe est donc notre mémoire de la vie de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, et même plus, c’est un mémorial, c’est-à-dire la mémoire d’un événement passé certes, mais dont les effets sont mis à jour, actualisés, vécus en direct, en  live

Hélas, aujourd’hui encore, devant l’hostie consacrée, il y a des prêtres, des laïcs, des agnostiques, des athées qui s’exclament : »Man hou?« . Qu’est-ce que c’est ? Est-ce la présence réelle ou  symbolique de Jésus, l’agneau pascal ? Ou est-ce une histoire de vampires ou de zombies, de la fantasmagorie ?…  Oui, le mystère de l’eucharistie est épais, tellement grand en ceci : qu’un fragment d’un pain azyme devienne, grâce à l’invocation de l’Esprit Saint (épiclèse), le corps du Christ qui nourrit les affamés spirituels et  les sauve! Il est grand ce mystère parce qu’il défie notre besoin de tout contrôler et de tout maîtriser. Souvent rivés et cramponnés à ce qui est évident, perceptif, rationnel, nous sommes invités à aller au large de la confiance et,  humblement, à nous délester, à  nous abandonner, à contempler et adorer. La foi en l’eucharistie n’est pas une adhésion intellectuelle, c’est un accueil du don de Dieu : « Le pain que je donnerai« , dit Jésus dans l’Evangile !

En effet,  Jésus choque, il scandalise même ses interlocuteurs qui le prennent d’ailleurs pour un disjoncté ! Comment peut-il donner sa chair à manger, prend-il les gens pour des anthropophages, des cannibales ? Comment peut-il donner son sang à boire : ne sait- il pas que le sang est un tabou, un interdit  culturel ? Si même la viande des animaux doit être vidée de son sang avant de la manger, comment peut-on alors imaginer boire du sang humain ? Le prenant pour un imposteur, beaucoup de disciples l’ont quitté !… Mais lui assène la vérité : » Si vous ne mangez pas ma chair, si vous ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » En fait, c’est quoi l’enjeu ? C’est être nourri spirituellement, sinon on meurt.

Dans l’anthropologie biblique, la chair, c’est la personne elle-même. Manger, mâcher, c’est l’image de l’assimilation de la nourriture. Et boire du sang de quelqu’un évoque une communion profonde, intime avec lui. Par l’hostie consacrée, « Jésus demeure en moi et moi en lui« , je suis ainsi en communion avec lui, son sang coule dans mes veines. Saint Paul fait allusion à  cette affinité  dans la 2ème lecture : « La coupe de bénédiction que nous élevons à l’autel est communion au sang du Christ;  le pain rompu sur le même autel est communion au corps du Christ« . Partant de cette conviction, il dira  aux Galates : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20). On comprend dès lors saint Augustin quand il dit : « Deviens ce que tu reçois« . C’est le théomorphisme dont parle Maurice Zundel : par le baptême, nous sommes  configurés au Christ, appelés  à manifester plus que jamais sa présence dans le monde : nous sommes sa bouche aujourd’hui  pour annoncer l’Evangile du Royaume; ses yeux, son regard bienveillant;  ses mains généreuses, son cœur aimant et miséricordieux …

Chers amis, grâce à la Fête-Dieu, nous savons appréhender à tout le moins l’étendue de l’Amour de Dieu pour l’homme : non seulement il s’est incarné pour partager notre destin humain (naître, vivre et mourir), mais il s’est fait en plus « pain offert » pour nous donner  sa vie divine. Il s’agit du « pain de vie« , c’est-à-dire associé à sa mort. Ce pain, c’est la victoire de la vie sur  la mort.  Et il  est donné pour « la vie du monde« . Telle est la portée universelle et cosmique de l’eucharistie. A ce sujet, Teilhard de Chardin parle de la « messe sur le monde  » qu’il célèbre sur l’autel de la Terre entière. En ce moment, l’eucharistie procure un sentiment « océanique », sentiment de plénitude et  de totale fusion à l’Univers. La messe aide ainsi l’Eglise à faire corps (unité) ; elle rassemble et jette des ponts entre les hommes de bonne volonté.                                                                                                                                                         

                                                                                      Vital Nlandu, Doyen de l’Ardenne

Publié dans Homélies, Le mot du curé | Commentaires fermés sur Chair et sang pour la vie éternelle

Annonces du 14 juin 2020

  • Nous recommandons à vos prières

Madame Marie-Louise (Malou) Derefat décédée à l’âge de 84 ans.
La liturgie des funérailles sera célébrée ce lundi 15 juin à 10h00 en la cathédrale.

  • Messes en semaines

Toutes les messes sont célébrées à la cathédrale.

Mardi et mercredi à 8h00

Jeudi et vendredi à 18h00

  • Messes dominicales

Samedi 13 juin à 18h00 à la cathédrale

Dimanche 14 juin à 10h30 à la cathédrale

                           09h00 à Ligneuville

Samedi 20 juin à 18h00 à la cathédrale

Dimanche 21 juin à 10h30 à la cathédrale

                           09h00 à Xhoffraix

Publié dans Actualité, Communiqués officiels | Commentaires fermés sur Annonces du 14 juin 2020

Reprise des célébrations

Le Conseil national de Sécurité a accordé son feu vert aux cultes de notre pays, pour la reprise des célébrations liturgiques publiques à partir du lundi 8 juin. Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à permettre cette reprise après une longue attente.

Les mesures de sécurité décidées et approuvées par le Gouvernement et qui devront être appliquées, ont été transmises à tous les responsables pastoraux locaux et aux fabriques d’église, fin de la semaine dernière. Elles sont disponibles sur les sites web Cathobel et Kerknet. Leur mise en œuvre est en cours. Les responsables pastoraux locaux décideront du moment où ils seront prêts pour la reprise des célébrations. La sécurité et la santé de chacun sont primordiales.

L’une des mesures les plus importantes dans le cadre de cette première phase de déconfinement pour les cultes est la limitation à 100 participants par célébration, parfois moins dans les petites églises. Lorsque c’est insuffisant, nous proposons que les fidèles se joignent aux célébrations du weekend dans d’autres églises ou d’organiser temporairement plus de célébrations sur place. Les célébrations de la semaine reprendront également dans de nombreuses églises.

Nous tenons également à exprimer nos remerciements. Pour la compréhension et la patience qui furent les vôtres pendant ce long moment où nous n’avons pu célébrer ensemble dans les églises ; pour les alternatives créatives spontanément cherchées et mises en place via la radio, la télévision et des nombreux live-streams ; pour la prière individuelle à la maison, à l’église, dans une chapelle de campagne et tant d’autres lieux ; pour l’échange de prières et d’autres textes encourageants ; pour tant de nourriture spirituelle offerte par Cathobel, Dimanche, les médias sociaux et autres canaux ; pour ce souci des autres exprimé par un appel téléphonique, un mail,  une carte, un WhatsApp, une visite dans le respect de la distance, des courses faites les uns pour les autres et toute autre aide spontanément offerte ; et surtout pour la proximité témoignée à ceux qui ont perdu un proche ou qui ont été atteints par le virus .

Pendant de nombreuses semaines, nous n’avons pas pu célébrer ensemble dans nos églises, mais nos liens profonds ont cherché et trouvé beaucoup d’autres voies.

Les Évêques de Belgique

SIPI – Bruxelles, mercredi 3 juin 2020

Ci-dessous, le détail des mesures à prendre pour les célébrations.

Publié dans Actualité, Communiqués officiels | Commentaires fermés sur Reprise des célébrations

La Sainte Trinité

Homélie du dimanche de la Sainte Trinité A

Lectures : Ex 34, 4-9; 1 Co 13, 11-13; Jn 3, 16-18

Mes sœurs et mes frères, après avoir célébré Pâques et la Pentecôte, nous fêtons aujourd’hui la Sainte Trinité qui nous rappelle que nous avons été baptisés au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Cette fête nous aide à approfondir de plus belle  le mystère de Dieu : quel est son  vrai visage, comment le décrire, quel est son Nom ?  Son nom est : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » (1ère lecture). Dans le nouveau Testament, saint Jean résume cette expression en un seul mot : « Amour ». La Trinité n’est pas avant tout un casse-tête intellectuel (comment est-ce possible : 1+1+1 peuvent-ils donner 1 ?), mais  c’est  croire humblement  que Dieu est Amour (cf. 1 Jn 4, 8.16). Si un jour, tu ne crois pas à ce postulat, sache que tu pries un faux dieu (Maurice Zundel). La page de l’Evangile d’aujourd’hui nous conduit au cœur de la foi.  Il s’agit d’un verset fondateur, la récapitulation de la révélation centrale des Ecritures ou encore la clé herméneutique à partir de laquelle les Ecritures sont comprises : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique « (Jn 3, 16). Et s’il aime le monde, ce n’est pas que le monde est aimable, mais qu’il en a décidé ainsi !

En effet, l’Amour de Dieu a pris un visage : c’est Jésus sur la croix ! Il est le Fils unique du Père, qui lui donne tout ce qu’il a, car le Père ne retient rien pour lui (Jn 1,3)… C’est vrai que devant un  mystère si épais et si profond, on ne peut que contempler, adorer, garder silence! Lorsque saint Jean dit que Dieu est Amour, cela  signifie que l’amour n’est pas un attribut de Dieu, une qualité de Dieu, mais la substance même dont il est ontologiquement constitué… La fête de la Sainte Trinité  nous fait ainsi entrer dans l’intimité et la communion  de l’amour trinitaire.

Alors, dites-moi en qui vous croyez, je vous  dirai qui vous êtes. Il y a dans notre monde, 3 grandes religions monothéistes qui confessent leur foi en  un seul Dieu : l’islam, le judaïsme et le christianisme. Toutes les 3, figurez-vous, se réclament d’un même ancêtre : Abraham, le père des croyants. A ceci près que, et c’est là que le bât blesse, nous chrétiens, nous confessons que  Dieu est Un dans l’essence, c’est-à-dire que la nature divine est toute entière et seulement Amour. Mais puisque l’Amour n’est pas  repli sur soi-même, enfer-mement, ou autarcie, mais qu’il est partage, relation, ouverture, don, accueil, alliance,  échange, unité dialogique, ce Dieu Un est Trine. Autrement dit l’Amour se révèle en  3 personnes, avec chacune ses attributions : il y a  l’Amour-Père, le Bon Dieu qui nous aime sans mesure et sans condition (agapè). L’Amour-Fils, Jésus-christ qui,  ayant partagé notre condition mortelle, nous sert, nous délivre de la perdition et nous sauve en vertu de sa seule grâce (et non à cause de nos mérites), avec à la clé une offre gratuite de la vie éternelle (Jn 3, 16). On est ici dans ce que la théologie appelle « l’eschatologie présentéiste », c’est-à-dire l’éternité dans l’aujourd’hui: quand en femme et en homme debout, nous menons une vie qualitativement éternelle, qui s’ouvre à l’éternité !  L’Amour-Esprit Saint  est le principe de vie nouvelle, il irrigue les déserts de nos cœurs; il est la puissance de Dieu, nous ouvre  l’avenir. Il nous  donne chaque matin une nouvelle provision de joie, de paix et de confiance. Il nous sanctifie, c’est-à-dire il nous rend sacrés;  il fait de nous nous des dieux comme le dit le psaume : « O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton Nom par tout l’univers !… Un être humain mérite-t-il vraiment que tu t’occupes de lui ? Or tu l’as fait moindre qu’un dieu  » (Ps 8, 2.4-7).  L’Esprit Saint nous consacre, nous confirme  dans l’amour divin ainsi que l’atteste saint Paul : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Il fait de nous une bénédiction pour l’Eglise et le Monde, « une éternelle offrande  » pour la gloire de  Dieu (3èmeprière eucharistique).

trinitéCependant, la Trinité n’est pas qu’unité, elle est aussi mission: nous sommes ainsi envoyés pour  évangéliser, annoncer le Royaume d’Amour non seulement par la parole mais, je dirais même, par « irradiation », par la force de l’amour vécu. Tout homme qui aime en vérité n’est pas loin de Dieu d’Amour. Plus on est imbibé de l’Amour trinitaire, plus on est porté par la ferveur du verbe « aimer » dans l’espérance d’une société où on se met humblement au service des autres; où  tous les hommes sont frères, reconnus, valorisés, sans discrimination ni élitisme. C’est cela le « levain » qui fait croître l’humanité, la lumière qui brille dans le monde. Une civilisation de l’amour « sauveur » qui traduit en vie vécue, l’exhortation de saint Paul : « Soyez joyeux; encouragez-vous; exhortez-vous. Soyez d’accord entre vous; vivez en paix, et le Dieu d’amour  et de paix sera avec vous  » (2 Co 13, 11). Amen !

                                                         Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

 

 

 

 

 

Publié dans Actualité, Communiqués officiels, Homélies, Le mot du curé | Un commentaire

Recevez l’Esprit Saint

Homélie de la Pentecôte, Année A

Lectures : Ac 2, 1-11; 1 Co 12, 3-13; Jn 20, 19-23

shining dove with rays on a dark golden background 

Mes sœurs et mes frères, il y a 2000 ans, les apôtres étaient bousculés par l’avènement de l’Esprit Saint, qui signa pour  ainsi dire  le commencement de la mission de l’Eglise dans le monde.  Alléluia – Amen ! Jésus est vivant, il est ressuscité !  L’Esprit Saint serait-ce  un Dieu inconnu (Ac 19, 1-8) ? En tout cas, pour certains,  c’est  l’apanage d’une élite, le bien exclusif  des illuminés ou encore un concept théologique accessoire … Dans sa lettre apostolique « Tertio millennio adveniente », le pape Jean-Paul II souligne qu’il convient, dans l’Eglise, de s’appliquer à « la redécouverte de la présence et de l’action de l’Esprit Saint » (n°45). La Pentecôte est,  comme la tortue marine qui remonte à la surface des eaux pour respirer,  l’occasion favorable d’inspirer profondément le Souffle divin qui oxygène et fait vivre spirituellement;  l’occasion d’invoquer son effusion sur soi-même, sur sa famille, son Unité pastorale, sur l’Eglise et le monde entier.

En effet, il n’y a pas de vie chrétienne sans relation personnelle et intime avec l’Esprit Saint, « la boussole intérieure » (pape François) qui nous guide. Il nous entraîne dans l’aventure de la foi  en Dieu et en l’homme; il  nous engage dans l’amour et le service du prochain en nous  éveillant à la bienveillance (2ème lecture). A l’intérieur de chacun de nous, il travaille invisible mais fort.  Reclus et confinés derrière les portes verrouillées de nos suffisances et certitudes, de nos peurs et  désespoirs, de nos routines et lassitudes, il nous donne la force de rebondir autrement, le punch de  dé-confiner en créativité, la détermination  de ne plus bosser le nez dans le guidon, mais de fixer notre regard vers  l’horizon pour être présents au monde qui naît.  L’Esprit Saint assure l’unité du Peuple de Dieu au demeurant  différent par la diversité légitime  de ses origines et cultures, de ses races et langues, de ses talents et dons (1ère et 2ème lectures). Là où il y a des tensions acerbes et des déchirements, il suscite la compréhension et la conciliation … Pour Saint Jean, la preuve patente que  nous sommes en communion avec  Dieu et qu’il est présent en nous, c’est qu’il nous  donne  en partage son propre Souffle (1 Jn 4,  13). Et saint Paul de renchérir : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous ? » (1 Co 6, 19).

Le décor de la page d’Evangile de ce dimanche est bien agrémenté : un espace clos, les fidèles de Jésus assemblés, le don de l’Esprit Saint et l’envoi en mission. Par rapport à saint Luc qui relègue la Pentecôte 50 jours après la résurrection (1ère lecture), saint Jean ne les dissocie pas. Dans son Evangile, sitôt revenu à la vie, le  Ressuscité procède au baptême de l’Esprit Saint en  insufflant son Souffle sur les disciples. Ce geste rappelle le récit de la création (Gn 2, 7) et la vision de la vallée remplie d’ossements desséchés qui, grâce au Souffle divin, ont repris vie (Ez 37, 1-14). C’est pour signifier que le vent de la Pentecôte, printemps de l’Eglise, accomplit  le mystère pascal : tout recommence et refleurit. Par ailleurs, la mission du pardon, autrement dit de la réconciliation avec soi-même, avec l’autre, avec le cosmos et avec Dieu assignée aux disciples, est inséparable du don de l’Esprit Saint qui les rend capables de la réaliser.

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens

* »Recevez … » (Jn 20, 22) : recevoir est à bien des égards un geste difficile à effectuer dans notre civilisation post-moderne caractérisée entre autres par l’hyper-individualisation, l’autopromotion, l’autonomie et la toute-puissance du sujet, seul maître de son destin. L’on considère que recevoir aplatit et fait dépendre de l’autre. Et pourtant, qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Co 4, 7) : ta vie, ton patrimoine génétique, ton éducation, ta culture, … ?  L’Esprit Saint est un don que  Dieu ne peut refuser à un cœur-éponge, le cœur humble qui lâche prise et se dispose à s’en imprégner. A sujet, Jésus dira : « Si vous, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent  » (Lc 11, 13).

*Comment se fait-il que chacun les entende parler dans sa langue maternelle ? » (Ac 2,8)

La langue maternelle, c’est celle que parle, que me parlait ma maman. La langue qui m’a appris à nommer les choses, à comprendre le monde; elle est pour moi un référent de sens. Elle m’a ouvert aux gens qui partagent avec moi le même code de langage. C’est la langue que je parle naturellement. Cela signifie que la Parole de Dieu me rejoint dans mon âme socio-culturelle. L’Esprit Saint promeut ainsi l’inculturation du Message dans le respect de l’unicité de chaque individu et de chaque peuple : « C’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ, afin que fleurisse rouge le coquelicot, rose la rose, bleu le bleuet » (Basile de Césarée, père de l’Eglise).

Alors, chers amis, que L’Esprit Saint continue à faire irruption dans nos vies : qu’il nous consacre par l’Onction, pénètre au tréfonds de notre être ; que son feu consume tout mal et toute force mortifère en nous; qu’il nous rende fidèles à notre foi dans l’espérance du Jour du Seigneur !

 

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

Publié dans Actualité, Communiqués officiels, Homélies, Le mot du curé | Commentaires fermés sur Recevez l’Esprit Saint

Jésus prie pour ses amis

Homélie du 7ème dimanche de pâques A : Jésus prie pour ses amis
Ac 1, 12-14; Ps 26; 1 Pi 4, 13-16; Jn 17, 1-11.

Mes sœurs et mes frères, après l’Ascension du Seigneur, nous voilà entrés dans la semaine d’attente, avec Marie, du don renouvelé de l’Esprit Saint. Jésus retourne vers son Père ainsi qu’il le dit dans la péricope de l’Evangile de ce dimanche : « Je ne suis plus dans le monde …, je viens vers toi « . Mais auparavant, il laissera une consigne : dans un premier temps, les disciples ne doivent pas s’éloigner de Jérusalem pour ceci :  » Vous allez recevoir une Force, alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 4.8). En attendant, ils sont au Cénacle (chambre haute), assidus à la prière (1ère lecture). Tel est le programme que je vous propose en cette semaine de préparation à la Pentecôte : prier avec Marie pour que l’Esprit Saint vienne soutenir nos engagements, qu’il nous sanctifie et nous ouvre les trésors des merveilles de Dieu ….Ecoutons le témoignage de Gandhi sur la prière :  » Sans elle, j’aurais perdu la raison… La prière est la clé du matin et le verrou du soir. C’est une alliance sacrée entre Dieu et les hommes ». Et le curé d’Ars : « La prière est à notre âme, ce que la pluie est à la terre« .

En effet, après ses adieux aux disciples et ses ultimes exhortations (« Demeurez dans mon amour; je vous appelle mes amis; vous aurez à souffrir dans le monde, mais courage! …), Jésus, le grand prêtre, s’adresse à son Père en lui confiant le peuple des croyants. Il intercède pour que celui-ci participe à sa gloire dans la vie éternelle. Dans cette prière sacerdotale, nous ne pouvons que contempler et nous émerveiller de cette mystérieuse liaison entre Jésus et son Père : « Et maintenant, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant la création du cosmos » … C’est loin ça, au-delà du temps ! « Tout ce qui est à moi est à toi et tout ce qui est à toi est à moi ». Comme dans un couple, c’est un contrat de totale communauté des biens…

Jésus rend compte à son Père, du bilan de sa mission sur la terre. C’est l’heure de l’apothéose de sa mission : passion-exaltation; l’heure de son « poids réel », de sa vraie valeur (sa glorification) … Si cette heure unique de son élévation en croix est advenue, c’est pour que soit pleinement manifestée sa « passion » pour l’homme, car il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis. Pourquoi Jésus se retire-t-il du monde ? C’est sans doute pour rendre l’homme responsable du salut de l’homme, en poursuivant son œuvre : faire connaître Dieu dans le monde et ouvrir ainsi les portes de la vie éternelle. Cette connaissance au demeurant spirituelle, est « expérimentale ». C’est l’entrée dans l’intimité de Dieu, dans la communion de l’amour trinitaire. Le sentiment de plénitude qu’on en éprouve et la grande paix qui déferle du cœur, provoquent un avant-goût du ciel.

Cependant, en partant, Jésus sait qu’il laisse ses disciples dans un monde qui leur sera souvent hostile. En ce moment, ils doivent remonter à la Source, et ce n’est possible qu’en ramant à contre-courant. Pour ce faire, ils doivent faire confiance (Ps 26), mais aussi avoir des reins solides, capables de supporter les souffrances liées au témoignage de la foi et à tant d’autres parasites (2èmelecture). Tout compte fait, même si de temps à autre, nous sommes emportés par le courant, la foi est notre seule ancre et la miséricorde de Dieu notre force.

 

La Parole de Dieu nous interpelle à plus d’un sens *

 

* « Père, je t’ai glorifié (donné du poids) sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire« : voici le but que Jésus s’est assigné pour sa vie ! Oui, lorsque la pandémie du coronavirus a atteint son pic chez nous, j’ai été choqué comme beaucoup par l’hécatombe, la mort en cascade de nombreuses victimes : le même jour, c’était 2500 aux USA, 700 en Italie, 350 en Belgique … Le risque était de tomber dans la dérive inquiétante de la banalisation voire de l’indifférence face à la mort qui ne surprenait plus. Avec la banalisation, on perd le sens, y compris d’un mystère aussi épais que celui de la mort. Et toi, tant qu’il en est temps, quel est le but de ta vie ? Heureux est l’homme qui dira à la fin de son pèlerinage sur la terre : « J’ai accompli l’œuvre, la mission qui était la mienne !  » Encore faut-il l’avoir identifiée !

* Prière de préparation à la Pentecôte

Dieu notre Père, nous te supplions de nous donner une nouvelle effusion de l’Esprit-Saint, afin que notre foi en Jésus-Christ puisse se raviver. Enflamme-nous du feu de ton Amour. Seigneur Jésus, Tu nous invites à demeurer dans la foi en ta parole et en ta promesse, Garde-nous dans ta bénédiction et dans ta grâce, afin que nous puissions poursuivre notre chemin de vie avec courage, inspirés et fortifiés par ton Esprit-Saint. Ainsi nous serons remplis de joie et nous deviendrons source de bénédictions pour ceux qui nous entourent. Nous te le demandons à Toi qui es vivant avec le Père et l’Esprit maintenant et pour les siècles des siècles.

Amen.

 

Vital Nlandu, doyen de l’Ardenne

Publié dans Actualité, Formation, Homélies | Commentaires fermés sur Jésus prie pour ses amis