Qui a mis la main à la charrue !

Homélie du 13ème dimanche ord C : Qui a mis la main à la charrue !

               Lectures : 1 R 19, 16-21; Ps 15; Gal 5, 1.13. 18; Lc 9, 51-62

Mes sœurs et mes frères, la 2ème lecture de la liturgie de la Parole évoque un mot magique, qui nous distingue fondamentalement comme êtres humains et chrétiens : c’est notre liberté, la chérie, la souveraine liberté. Aux yeux de saint Paul, c’est là même le but du salut de Jésus-Christ : que nous soyons absolument des femmes et des hommes libres et libérés. Et il s’empresse de préciser ce qu’est la vraie liberté. Ce n’est pas le laisser-aller, le libertinage, la tendance à privilégier ses propres intérêts ; mais le choix de planter un arbre au profit d’une autre génération ; le choix du don de soi, du service, bref de l’amour. Aussi, lance saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux !« . Oui, la liberté est le 1er discernement : tout ce que nous entreprenons n’a de sens que si c’est fait par et avec amour !… Celle ou celui qui veut suivre le Christ est donc appelé à la liberté. Dans la page d’Evangile, Jésus donne 3 conseils pour le suivre :

*La conquête incessante de la paix. Les samaritains et les juifs entretiennent entre eux une animosité historique, manifestée notamment par la rivalité entre le temple juif de la Ville sainte, Jérusalem, et le temple bâti en territoire samaritain sur le mont Garizim. Or, traverser la Samarie est la route la plus courte pour aller de la Galilée à Jérusalem. Aussi, pour nuire et empêcher les caravanes qui se rendent en pèlerinage à Jérusalem via leur région, les samaritains dressent des embuscades. Alors, en artisan de paix et fin diplomate – par essence, la diplomatie c’est l’art d’éviter la guerre ! -, Jésus envoie des messagers pour négocier le laisser-passer. C’est niet ! Scandalisés par ce refus, Jacques et Jean plaident pour des représailles par un feu ravageur. Jésus les réprimande : répondre au mal par le mal ne fait qu’engendrer l’escalade de la violence. On ne lave pas une chemise blanche tachée de sang dans un bassin de sang ! … On observe ici plus qu’ailleurs la pseudo-représentation que même les amis les plus proches de Jésus se font encore de lui. Il leur faudra encore parcourir du chemin pour comprendre que la toute-puissance du Bon Dieu ne se traduit que dans sa Miséricorde. « En tant qu’Amour, Dieu ne peut que ce que l’amour peut ! » (Maurice Zundel).

*Par rapport aux paradis artificiels et autres superflus, choisir la spiritualité du détachement pour la (re)conquête de sa liberté intérieure. Voilà pourquoi Jésus choisit plutôt l’état social de SDF : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête« . Cette spiritualité du dépouillement (kénose) nous pousse tout naturellement à prioriser… « Laissez les morts enterrer leurs morts !  » Chers amis, loin de prôner l’incurie des funérailles de nos êtres chers, Jésus nous prie de cerner d’abord et de préférer l’amour pour Dieu et pour l’autre. Un diamant avec quelques défauts n’est-il pas préférable qu’une simple pierre qui n’en a pas ? Un jour, dans un bus, un vieil homme est assis avec en main un joli bouquet de fleurs fraîchement cueillies. Dans l’autre allée se trouve une jeune fille dont le regard est posé sans relâche sur les fleurs. A l’arrêt, en descendant du bus, la personne âgée déposa le bouquet sur les genoux de la jeune fille en disant : « Je remarque que vous aimez les fleurs. Vous en avez plus besoin. Ma femme apprécierait certainement que ces fleurs, qui lui étaient destinées, vous reviennent plutôt « . Le temps de réagir et de refuser poliment, le bus a redémarré ! A travers les vitres, la jeune femme voit le vieil homme pousser la grille d’un cimetière…

*Avoir le regard tourné devant : « Qui a mis la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas digne du Royaume« . Pour tracer des sillons droits, le cultivateur au volant de son tracteur doit se concentrer en regardant devant, autrement les sillons sont sinueux et tortueux… Sommes-nous obligés de nous installer dans nos vieilles et stériles habitudes, dans nos « on a toujours fait ça ; obligés d’être « des gardiens de musées d’ossements ?  » (pape François, Evangelii Gaudium N° 33).

Dans un monde où il y a moult défis à relever, il nous faut de la confiance en l’avenir, de l’audace et de la créativité. Ce temps de « vacances » pourrait être un moment propice de conversion de regard, y compris sur nos habitudes !

                                                                                Vital Nlandu, votre curé-doyen

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